Les flammes ont parcouru près de 42 000 hectares en Gironde et environ 3 600 hectares dans les Landes à la fin juillet 2026. Trois mois plus tard, le feu de Saumos est officiellement éteint, les premières aides publiques arrivent et les communes préparent la reconstruction. Mais les maisons détruites, les habitants relogés et les milliers d’hectares de pins calcinés rappellent que le retour à la normale prendra des années.
L’été 2026 a laissé une marque profonde dans le massif forestier des Landes de Gascogne. En Gironde, le mégafeu parti de Saumos le 22 juillet a parcouru environ 42 000 hectares. Dans les Landes, l’incendie de Biscarrosse, déclenché le lendemain, a touché environ 3 600 hectares. Ces deux événements ont provoqué des évacuations massives, détruit des bâtiments et frappé une économie locale qui dépend largement de la forêt, du tourisme et des activités de plein air.
Trois mois après, la situation a changé de nature. Il ne s’agit plus seulement de combattre les flammes, mais de sécuriser les parcelles, d’accompagner les sinistrés, de remettre en état les équipements communaux et de préparer le devenir des forêts brûlées. Les opérations sont engagées, mais elles n’avancent pas toutes au même rythme.
En Gironde, le feu est éteint, mais le paysage reste profondément marqué
Le 28 septembre, la préfecture de la Gironde a officiellement annoncé l’extinction du feu de Saumos. Le bilan consolidé fait état de 42 000 hectares parcourus par les flammes, dont 37 296 hectares détruits, ainsi que de 252 maisons et bâtiments détruits. Près de 224 000 personnes avaient été évacuées dans 23 communes au cours de la crise. Aucun décès n’a été recensé parmi la population.
Au Porge, l’une des communes les plus durement touchées, le bilan humain ne se résume pas aux maisons perdues. Les habitants doivent aussi faire face à la disparition de repères familiers, aux démarches administratives, aux problèmes de relogement et à l’incertitude sur le retour à une vie normale. La solidarité locale s’est organisée dès les premières semaines, avec des collectes et des distributions de biens de première nécessité.
La forêt communale du Porge a elle aussi subi des dégâts majeurs. Les zones incendiées restent méconnaissables et la reconstitution du couvert forestier demandera du temps. Dans les secteurs où les pins ont été fortement atteints, les opérations de sécurisation et de traitement du bois brûlé précèdent les choix de replantation.
Les premières aides publiques arrivent
Le 17 août, le gouvernement avait annoncé une enveloppe de 10 millions d’euros pour les collectivités girondines et de 2 millions pour celles des Landes. Ces crédits doivent contribuer aux travaux prioritaires, à la remise en état des équipements et à la reprise des territoires sinistrés. Le 8 octobre, la préfecture de la Gironde a annoncé une première enveloppe de 300 000 euros au titre de la dotation d’équipement des territoires ruraux, afin de soutenir des projets communaux, dont la rénovation de bâtiments publics et la création d’équipements sportifs. La répartition de l’enveloppe générale de 10 millions d’euros est toujours travaillée avec les collectivités.
L’indemnisation des particuliers et des entreprises constitue un autre chantier. Au 25 septembre, la mission interministérielle chargée de la reconstruction indiquait que la quasi-totalité des visites d’expertise assurantielle avait été réalisée et que les premiers acomptes avaient été versés. L’objectif annoncé était de clôturer l’essentiel des procédures d’indemnisation d’ici à la fin de l’année.
Pour les maisons qui peuvent être reconstruites à l’identique sans risque particulier, l’État a annoncé une instruction accélérée des permis de construire, avec un délai maximal d’un mois pour les premiers dossiers. Mais toutes les parcelles ne pourront pas nécessairement accueillir à nouveau une habitation : les zones les plus exposées au risque d’incendie doivent faire l’objet d’un examen spécifique.
Dans les Landes, Biscarrosse et Luglon sortent aussi de la crise
La situation landaise ne se limite pas au feu de Biscarrosse. Les incendies de Biscarrosse et de Luglon ont parcouru respectivement environ 3 600 et 1 700 hectares. Les services de l’État ont annoncé leur extinction officielle le 1er octobre, après plusieurs semaines de mobilisation et de surveillance.
Le bilan landais fait état de 198 maisons et bâtiments détruits ou touchés et de plus de 30 000 personnes évacuées de cinq communes. Là encore, aucune victime n’a été recensée. La fin des opérations de lutte ne signifie toutefois pas que tous les secteurs sont immédiatement accessibles ni que les travaux de sécurisation sont terminés.
À Biscarrosse, une nouvelle étape s’est dessinée ce mercredi 28 octobre : le préfet des Landes a présenté aux sinistrés une première carte des secteurs où la reconstruction pourrait poser des difficultés en raison de l’exposition au risque. Cette cartographie doit aider à distinguer les parcelles où un retour à la situation antérieure est envisageable de celles qui nécessitent un examen plus poussé. Les réactions des habitants et des élus montrent que la question reste sensible : reconstruire vite est une attente forte, mais reconstruire dans les mêmes conditions qu’avant le feu peut exposer à nouveau les personnes et les biens.
Le suivi individuel des sinistrés, engagé avec les communes et les assureurs, vise à mieux coordonner relogement, indemnisation et projets de reconstruction. L’enjeu est particulièrement important pour les familles qui ne peuvent pas réintégrer leur logement et pour les professionnels dont l’activité dépend de locaux détruits ou de zones touristiques perturbées.
La forêt brûlée : faut-il replanter immédiatement ?
C’est l’une des grandes questions des mois à venir. Les parcelles incendiées ne peuvent pas toutes être reboisées de la même façon ni au même rythme. Il faut d’abord sécuriser les secteurs dangereux, évaluer l’état des sols, traiter les arbres qui menacent de tomber et déterminer ce qui peut repousser naturellement.
Après l’incendie de 2022 à La Teste-de-Buch, l’observation de la régénération naturelle a montré qu’une partie importante de la végétation pouvait repartir sans plantation systématique. Ce retour spontané ne garantit pas le même résultat partout, mais il plaide pour un diagnostic parcelle par parcelle plutôt qu’une replantation uniforme.
Le pin maritime reste une essence majeure de l’économie forestière locale. Pourtant, la succession d’incendies extrêmes conduit les acteurs de la filière à réfléchir à des peuplements plus résilients, à l’organisation des coupures forestières et à la protection des zones habitées. La Région Nouvelle-Aquitaine a notamment proposé de faire du massif des Landes de Gascogne un territoire pilote pour l’adaptation de la forêt au changement climatique. Il s’agit à ce stade d’une proposition politique, pas d’un programme entièrement déployé.
Le retrait des arbres calcinés répond aussi à des enjeux de sécurité et de gestion forestière. Le bois brûlé peut être récupéré selon son état, mais sa valeur commerciale varie fortement. Certaines parcelles demandent donc des investissements importants avant même qu’une nouvelle génération d’arbres puisse s’installer.
Trois mois après, un bilan encore ouvert
Les conséquences économiques dépassent les seules propriétés détruites. Les commerces, les entreprises touristiques, les exploitations agricoles et les collectivités ont subi des évacuations, des fermetures ou des pertes d’activité. Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures de soutien, dont des dispositifs fiscaux et sociaux, ainsi qu’un accompagnement des entreprises touchées. Leur mise en œuvre et les délais d’indemnisation restent déterminants pour éviter que les dégâts de l’été ne se prolongent par une crise économique locale.
La forêt, elle, ne retrouvera pas son aspect en quelques mois. Même lorsque les jeunes pousses apparaissent, il faudra des années pour reconstituer un couvert forestier et plusieurs décennies pour retrouver des peuplements adultes. Les travaux de prévention, les choix de plantation et la protection des habitations pèseront donc autant que la vitesse de reconstruction des bâtiments.
Le point à retenir : trois mois après les incendies, le feu de Saumos est éteint depuis le 28 septembre et les feux de Biscarrosse et de Luglon depuis le 1er octobre. Les aides aux collectivités sont engagées, les premières indemnisations ont été versées et les dossiers de reconstruction avancent. Mais le relogement, les cartes de risque, la remise en état des équipements et la reconstitution de dizaines de milliers d’hectares de forêt restent des chantiers de longue haleine. Le retour à la normale se mesurera en années, pas en semaines.




