La saison cyclonique 2026 devait entrer dans sa pĂ©riode la plus active. Elle fait exactement l’inverse. Au 16 septembre, aucun ouragan n’a encore Ă©tĂ© observĂ© dans l’Atlantique nord et seulement cinq tempĂȘtes tropicales ont atteint le stade permettant de recevoir un nom. C’est une situation extrĂȘmement rare Ă l’Ă©poque des observations satellitaires. Pourtant, l’explication n’a rien de mystĂ©rieux : un El Niño particuliĂšrement puissant perturbe la circulation atmosphĂ©rique et impose sur l’Atlantique un environnement trĂšs dĂ©favorable aux cyclones tropicaux. L’ocĂ©an reste chaud, mais la chaleur de l’eau ne suffit pas Ă fabriquer un ouragan lorsque l’atmosphĂšre situĂ©e au-dessus refuse de coopĂ©rer.
Normalement, la mi-septembre constitue l’un des moments les plus surveillĂ©s de l’annĂ©e dans le bassin Atlantique. La saison officielle s’Ă©tend du 1er juin au 30 novembre, mais l’activitĂ© se concentre surtout entre aoĂ»t et octobre. Le pic statistique se situe autour du 10 septembre.
C’est donc prĂ©cisĂ©ment Ă cette pĂ©riode que les mĂ©tĂ©orologues s’attendent habituellement Ă voir se multiplier les ondes tropicales quittant l’Afrique, les dĂ©pressions tropicales, les tempĂȘtes et les ouragans.
En 2026, le décor est radicalement différent.
Au 15 septembre, le National Hurricane Center comptabilisait seulement cinq tempĂȘtes tropicales nommĂ©es : Arthur, Bertha, Cristobal, Dolly et Edouard. Aucune n’avait atteint la catĂ©gorie d’ouragan, qui commence avec des vents soutenus d’au moins 64 nĆuds, soit environ 119 km/h.
La situation est d’autant plus remarquable que l’Atlantique sort d’une pĂ©riode de plusieurs annĂ©es souvent trĂšs active.
Cette annĂ©e, la machine tropicale est presque Ă l’arrĂȘt.
Une absence d’ouragan qui bat un record de l’Ăšre satellitaire
L’absence d’ouragan Ă la mi-septembre n’est pas simplement une impression.
Selon les donnĂ©es du National Hurricane Center et les analyses des spĂ©cialistes amĂ©ricains, 2026 a Ă©tabli un record de durĂ©e avant l’apparition du premier ouragan depuis le dĂ©but de l’Ăšre satellitaire moderne. Des annĂ©es trĂšs calmes avaient existĂ© avant les annĂ©es 1950, mais les observations Ă©taient alors beaucoup moins complĂštes et certains systĂšmes ont probablement Ă©chappĂ© aux rĂ©seaux de surveillance.
La comparaison avec les décennies récentes est donc plus fiable.
Le 15 septembre 2026, le bassin n’avait toujours enregistrĂ© aucun systĂšme ayant atteint le seuil d’ouragan. L’ACE Ă©tait Ă©galement extrĂȘmement faible : 4,4 Ă 10⎠ktÂČ, soit environ 94 % sous la moyenne 1991-2020 Ă cette date.
L’ACE est particuliĂšrement intĂ©ressant parce qu’il ne compte pas simplement les tempĂȘtes.
Une tempĂȘte tropicale qui vit quelques heures ne pĂšse pas autant dans cet indice qu’un puissant ouragan qui conserve une intensitĂ© Ă©levĂ©e pendant plusieurs jours. L’indicateur permet donc d’Ă©valuer l’Ă©nergie cyclonique accumulĂ©e au cours d’une saison.
En 2026, mĂȘme cet indicateur est quasiment au plancher.
Pourtant, la saison n’est pas terminĂ©e
Il serait toutefois beaucoup trop tÎt pour écrire que la saison cyclonique 2026 est terminée.
Le calendrier officiel court jusqu’au 30 novembre.
L’Atlantique peut encore produire des tempĂȘtes et des ouragans en septembre, octobre et mĂȘme novembre. Le fait que la saison soit exceptionnellement calme jusqu’Ă la mi-septembre ne signifie donc pas qu’aucun ouragan ne se formera plus tard.
Le National Hurricane Center indique d’ailleurs actuellement qu’il n’y a aucun cyclone tropical dans l’Atlantique.
Le calme est donc rĂ©el, mais il ne faut pas transformer un record d’activitĂ© faible en garantie de tranquillitĂ© pour les prochaines semaines.
Une seule tempĂȘte correctement organisĂ©e peut changer rapidement les statistiques d’une saison.
Pourquoi l’Atlantique est-il aussi calme ?
Le principal coupable porte un nom bien connu : El Niño.
Mais dans ce cas prĂ©cis, il ne faut pas simplement retenir que l’ocĂ©an Pacifique est chaud.
El Niño modifie la circulation atmosphĂ©rique Ă l’Ă©chelle planĂ©taire.
Lorsque les températures de surface augmentent fortement dans le Pacifique équatorial central et oriental, les échanges de chaleur et de quantité de mouvement modifient les circulations atmosphériques à plusieurs milliers de kilomÚtres.
Pour l’Atlantique tropical, l’une des consĂ©quences les plus importantes est une augmentation du cisaillement vertical du vent.
Et pour un cyclone tropical, le cisaillement est une trĂšs mauvaise nouvelle.
Le cisaillement vertical : le vĂ©ritable casseur d’ouragans
Imaginez une colonne d’air situĂ©e au-dessus d’une zone ocĂ©anique chaude.
Pour qu’une perturbation tropicale devienne un cyclone bien organisĂ©, il faut que les vents restent relativement cohĂ©rents avec l’altitude.
Si les vents soufflent dans une direction prÚs de la surface et dans une direction trÚs différente quelques kilomÚtres plus haut, la colonne orageuse est inclinée et désorganisée.
C’est ce qu’on appelle le cisaillement vertical du vent.
Un systÚme tropical naissant a alors beaucoup plus de difficultés à conserver son centre de circulation.
Les orages sont dĂ©placĂ©s par rapport au cĆur de la dĂ©pression.
La convection profonde se retrouve éparpillée.
Le centre chaud caractĂ©ristique du cyclone ne parvient pas Ă s’organiser correctement.
Le résultat est souvent une perturbation qui reste faible, se désagrÚge ou perd rapidement son organisation.
Or les prévisions de 2026 avaient précisément identifié ce mécanisme.
NOAA estime que l’El Niño attendu pendant le pic de saison devait favoriser un cisaillement supĂ©rieur Ă la normale sur l’Atlantique tropical, ce qui rĂ©duit fortement les conditions nĂ©cessaires au dĂ©veloppement des ouragans.
Un El Niño exceptionnellement puissant
Le phĂ©nomĂšne de 2026 n’est pas un petit El Niño de passage.
Les donnĂ©es de NOAA indiquent que les conditions El Niño sont devenues extrĂȘmement robustes au cours de l’annĂ©e.
Dans son analyse de septembre, NOAA donne une probabilitĂ© de 100 % de conditions El Niño pour les pĂ©riodes aoĂ»t-septembre-octobre, septembre-octobre-novembre et octobre-novembre-dĂ©cembre. Les probabilitĂ©s restent Ă©galement trĂšs Ă©levĂ©es pendant l’hiver.
Les anomalies de température de surface dans la région équatoriale du Pacifique atteignent des niveaux particuliÚrement élevés.
Certains scĂ©narios envisagent mĂȘme un Ă©pisode parmi les plus intenses observĂ©s depuis le dĂ©but des mesures modernes.
Ce contexte est trÚs défavorable à la formation des cyclones atlantiques.
Il explique une grande partie du paradoxe de 2026 : un ocĂ©an mondial exceptionnellement chaud et, malgrĂ© cela, presque aucun ouragan dans l’Atlantique.
Mais l’eau de l’Atlantique est chaude !
C’est justement ce qui rend la situation intĂ©ressante.
On entend parfois : « Les ocĂ©ans sont plus chauds, donc il devrait forcĂ©ment y avoir davantage d’ouragans. »
Ce raisonnement est incomplet.
Une tempĂ©rature Ă©levĂ©e de la mer constitue une source d’Ă©nergie potentielle pour un cyclone tropical, mais elle ne suffit pas.
Il faut également une atmosphÚre favorable.
Pour qu’un ouragan se dĂ©veloppe, il faut notamment une eau suffisamment chaude sur une profondeur importante, une atmosphĂšre humide dans les diffĂ©rentes couches, une rotation suffisante de la Terre, une perturbation initiale et un cisaillement vertical limitĂ©.
Si l’un de ces paramĂštres devient franchement dĂ©favorable, le dĂ©veloppement peut Ă©chouer.
En 2026, l’atmosphĂšre est en train de contrarier l’ocĂ©an.
Un paradoxe climatique particuliÚrement intéressant
L’Atlantique peut donc prĂ©senter des eaux suffisamment chaudes pour alimenter un cyclone potentiel, tout en restant dĂ©favorable Ă sa formation.
C’est exactement ce qui semble se produire cette annĂ©e.
L’eau chaude fournit l’Ă©nergie.
Mais le cisaillement vertical disperse la convection.
L’air sec limite les orages.
Les mouvements descendants de l’atmosphĂšre empĂȘchent certaines zones de dĂ©velopper une convection profonde durable.
La combinaison devient trÚs défavorable.
C’est un peu comme disposer d’un rĂ©servoir de carburant rempli mais avec un moteur qui refuse de dĂ©marrer.
L’air sec joue Ă©galement un rĂŽle
Le cisaillement n’est pas le seul problĂšme.
Les mĂ©tĂ©orologues surveillent Ă©galement la quantitĂ© d’air sec prĂ©sente dans l’environnement tropical.
Un cyclone tropical a besoin d’une atmosphĂšre suffisamment humide pour entretenir une convection profonde.
Lorsque de l’air sec pĂ©nĂštre dans le systĂšme, les courants descendants peuvent s’intensifier et affaiblir les structures orageuses.
Les analyses de la saison 2026 montrent justement un environnement combinant cisaillement Ă©levĂ©, air sec et mouvements descendants, trois facteurs qui compliquent fortement la naissance et l’intensification des cyclones.
Les systÚmes qui apparaissent ont donc du mal à franchir les différents seuils nécessaires pour devenir de véritables cyclones tropicaux.
Les ondes africaines n’arrivent-elles plus ?
Elles existent toujours.
C’est un autre point important.
Le continent africain continue de produire des ondes tropicales d’est, ces perturbations qui se dĂ©placent vers l’ouest et peuvent parfois devenir les futures tempĂȘtes atlantiques.
Mais une onde tropicale n’est pas automatiquement un ouragan.
Elle doit traverser plusieurs milliers de kilomĂštres d’ocĂ©an dans un environnement favorable.
Si elle rencontre trop de cisaillement ou de l’air sec, elle peut rester dĂ©sorganisĂ©e.
Le problĂšme de 2026 n’est donc pas nĂ©cessairement l’absence totale de perturbations.
C’est surtout leur incapacitĂ© Ă transformer leur Ă©nergie en circulation tropicale organisĂ©e.
La zone principale de développement est particuliÚrement défavorable
La rĂ©gion situĂ©e entre les cĂŽtes africaines et les CaraĂŻbes constitue traditionnellement l’une des grandes zones de naissance des ouragans atlantiques.
Les perturbations quittent l’Afrique de l’Ouest, traversent l’Atlantique tropical et peuvent progressivement dĂ©velopper une circulation fermĂ©e.
Cette année, le cisaillement dans cette zone est particuliÚrement défavorable.
Les systĂšmes sont donc souvent dĂ©sorganisĂ©s avant mĂȘme d’avoir parcouru suffisamment de distance pour profiter pleinement de la chaleur de l’ocĂ©an.
C’est une des raisons pour lesquelles le nombre d’ouragans reste nul alors que nous sommes dĂ©jĂ Ă la mi-septembre.
NOAA avait pourtant prévu une saison sous la normale
Le calme actuel n’est donc pas complĂštement sorti de nulle part.
DĂšs le mois d’aoĂ»t, NOAA avait abaissĂ© ses prĂ©visions.
Son scénario central donnait 75 % de probabilité à une saison sous la normale, 20 % à une saison proche de la normale et seulement 5 % à une saison au-dessus de la normale.
NOAA prĂ©voyait alors entre 7 et 13 tempĂȘtes nommĂ©es, dont 2 Ă 6 ouragans et jusqu’Ă 2 ouragans majeurs.
Ces chiffres sont des fourchettes saisonniÚres et non une prédiction précise du nombre final.
Surtout, ils montrent une chose : les prévisionnistes avaient identifié plusieurs mois avant le pic de saison un environnement atmosphérique particuliÚrement défavorable.
La réalité observée est toutefois encore plus calme que ne le suggéraient les premiÚres projections.
Une saison historiquement faible, mais pas forcément terminée
La situation actuelle est donc plus extrĂȘme que la simple expression « saison sous la normale ».
Au 15 septembre, le déficit est considérable.
| đ Indicateur au 15 septembre 2026 | Situation |
| TempĂȘtes nommĂ©es | 5 |
| Ouragans | 0 |
| Ouragans majeurs | 0 |
| ACE | 4,4 Ă 10⎠ktÂČ |
| Ăcart ACE vs normale | â94 % |
| Saison officielle | 1er juinâ30 novembre |
| Pic climatologique | autour du 10 septembre |
Il s’agit donc d’une anomalie statistique majeure.
Mais elle ne permet pas de prévoir exactement ce qui se passera pendant les deux mois et demi qui restent.
Pourquoi l’ocĂ©an chaud ne suffit pas
C’est probablement la meilleure leçon mĂ©tĂ©orologique de cette saison.
Un ouragan est un systĂšme thermodynamique complexe.
Il puise son Ă©nergie dans l’ocĂ©an chaud.
L’Ă©vaporation transfĂšre de la vapeur d’eau vers l’atmosphĂšre.
La condensation de cette vapeur libĂšre de la chaleur latente.
Cette énergie entretient les mouvements ascendants et la circulation cyclonique.
Mais pour que le systĂšme s’organise, la convection doit rester concentrĂ©e autour du centre.
Si le cisaillement disperse les orages, le moteur perd son efficacité.
Si l’air sec entre dans la circulation, la convection s’affaiblit.
Si les mouvements descendants dominent, les nuages convectifs ont du mal à se développer.
Un ocĂ©an chaud est donc une condition favorable, pas une garantie d’ouragan.
Et pendant ce temps, le Pacifique n’est pas calme
Le contraste avec le Pacifique est particuliÚrement intéressant.
Le phĂ©nomĂšne El Niño qui perturbe l’Atlantique favorise gĂ©nĂ©ralement une activitĂ© cyclonique diffĂ©rente dans certaines parties du Pacifique.
En 2026, l’est et le centre du Pacifique ont connu une activitĂ© nettement plus importante que l’Atlantique, avec plusieurs systĂšmes tropicaux et des ouragans.
C’est exactement le type de redistribution de l’activitĂ© que les climatologues associent aux effets de la circulation ENSO.
Le mĂȘme phĂ©nomĂšne climatique peut donc rĂ©duire l’activitĂ© cyclonique dans une rĂ©gion et la favoriser dans une autre.
Il ne faut donc pas regarder l’Atlantique isolĂ©ment.
Le changement climatique n’est pas responsable du calme de 2026
Autre précision importante.
Il serait incorrect d’expliquer l’absence d’ouragans par le rĂ©chauffement climatique.
La cause météorologique dominante identifiée actuellement est El Niño et la configuration atmosphérique associée.
Le rĂ©chauffement climatique intervient dans le contexte gĂ©nĂ©ral des tempĂ©ratures ocĂ©aniques, mais il ne permet pas d’expliquer directement pourquoi l’Atlantique est aussi calme cette annĂ©e.
Les relations entre changement climatique et activitĂ© cyclonique sont d’ailleurs complexes.
Les modĂšles climatiques indiquent notamment que le rĂ©chauffement peut favoriser une augmentation de l’intensitĂ© maximale des cyclones les plus puissants, alors que le nombre total de cyclones tropicaux pourrait ne pas augmenter et pourrait mĂȘme diminuer dans certaines projections.
Il faut donc Ă©viter la formule simpliste « plus chaud = plus d’ouragans ».
Le calme de 2026 ne signifie surtout pas que les cĂŽtes sont Ă l’abri
C’est peut-ĂȘtre le message de sĂ©curitĂ© le plus important.
Une saison trĂšs calme ne signifie pas qu’un ouragan est impossible.
Il suffit d’un changement de circulation atmosphĂ©rique pour qu’une fenĂȘtre favorable apparaisse.
Un systÚme peut se développer relativement rapidement lorsque les conditions deviennent favorables.
Le golfe du Mexique et les CaraĂŻbes restent donc sous surveillance jusqu’Ă la fin officielle de la saison.
Et l’histoire mĂ©tĂ©orologique montre qu’un seul ouragan puissant peut suffire Ă transformer complĂštement le bilan d’une saison.
Pourquoi septembre reste dangereux malgré tout
La saison cyclonique n’est pas organisĂ©e comme une horloge.
Le pic autour du 10 septembre est une moyenne calculée sur de nombreuses années.
Certains systĂšmes apparaissent plus tĂŽt.
D’autres plus tard.
Octobre peut encore produire des ouragans, notamment dans les Caraïbes et le golfe du Mexique, lorsque les conditions régionales deviennent favorables.
Le dĂ©placement progressif des zones de formation vers l’ouest au cours de l’automne modifie Ă©galement les rĂ©gions menacĂ©es.
Le silence actuel de l’Atlantique ne doit donc pas ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme une fin de saison anticipĂ©e.
Ce qui pourrait changer dans les prochaines semaines
Pour qu’une activitĂ© plus importante apparaisse, plusieurs paramĂštres devraient Ă©voluer.
Le cisaillement devrait diminuer dans les principales zones tropicales.
L’atmosphĂšre devrait devenir plus humide.
Les mouvements descendants liés à la circulation El Niño devraient perdre de leur influence.
Une ou plusieurs ondes tropicales devraient ensuite réussir à conserver leur organisation suffisamment longtemps pour développer une circulation fermée.
Si ces conditions apparaissent simultanĂ©ment, l’Atlantique pourrait rapidement produire des tempĂȘtes.
Mais il est impossible, Ă la date du 16 septembre, d’affirmer combien de systĂšmes apparaĂźtront d’ici la fin novembre.
Les prĂ©visions saisonniĂšres ne permettent pas de dĂ©terminer Ă l’avance la trajectoire d’un cyclone particulier.
Une saison exceptionnellement calme peut-elle devenir active trĂšs vite ?
Oui.
C’est justement pourquoi les services mĂ©tĂ©orologiques continuent de surveiller quotidiennement le bassin.
La climatologie donne une moyenne.
La météorologie opérationnelle surveille les conditions du jour.
Entre les deux, il peut exister des écarts importants.
Une saison qui accumule un Ă©norme dĂ©ficit d’activitĂ© jusqu’Ă la mi-septembre peut encore connaĂźtre plusieurs systĂšmes en octobre.
Cela ne rend pas les statistiques actuelles moins exceptionnelles.
Cela signifie simplement que le record de calme actuel ne constitue pas une prévision pour la fin de saison.
Le vrai paradoxe de 2026
L’annĂ©e 2026 donne une dĂ©monstration presque parfaite de la complexitĂ© de la mĂ©tĂ©orologie tropicale.
La planÚte connaßt des températures océaniques trÚs élevées.
Le climat mondial est exceptionnellement chaud.
Pourtant, l’Atlantique tropical est presque silencieux.
La raison tient Ă l’atmosphĂšre.
El Niño modifie la circulation tropicale et augmente le cisaillement vertical au-dessus de l’Atlantique. L’air sec et les mouvements descendants ajoutent d’autres obstacles.
RĂ©sultat : les perturbations ont du mal Ă s’organiser.
L’ocĂ©an fournit le carburant, mais l’atmosphĂšre empĂȘche le moteur de fonctionner correctement.
C’est probablement la meilleure maniĂšre de rĂ©sumer la situation sans tomber dans les explications trop simplistes.
Les chiffres de 2026 en disent long
Au 15 septembre, l’Atlantique nord compte donc cinq tempĂȘtes nommĂ©es et aucun ouragan.
La normale 1991-2020 est d’environ 14 tempĂȘtes nommĂ©es, 7 ouragans et 3 ouragans majeurs sur l’ensemble d’une saison.
La diffĂ©rence est considĂ©rable, mĂȘme si la comparaison entre une saison en cours et une moyenne saisonniĂšre complĂšte doit ĂȘtre faite avec prudence.
L’ACE est encore plus spectaculaire : environ 94 % sous la normale Ă la date du 15 septembre.
Cela montre que l’anomalie ne porte pas uniquement sur le nombre de tempĂȘtes.
Les systÚmes qui se sont formés ont également été relativement faibles et de courte durée.
Ce que cette saison nous apprend
La premiĂšre leçon est que chaleur de l’ocĂ©an et activitĂ© cyclonique ne sont pas synonymes.
La deuxiĂšme est qu’El Niño conserve une influence majeure sur la circulation atmosphĂ©rique tropicale.
La troisiĂšme est que les prĂ©visions saisonniĂšres peuvent identifier un risque de saison faible, mais qu’elles ne peuvent pas dĂ©terminer exactement quand et oĂč apparaĂźtra le prochain cyclone.
La quatriĂšme est que le changement climatique ne supprime pas les fluctuations naturelles du climat.
MĂȘme dans un contexte de rĂ©chauffement global, les annĂ©es peuvent connaĂźtre de trĂšs fortes diffĂ©rences d’activitĂ© cyclonique.
La cinquiĂšme est peut-ĂȘtre la plus importante : un record de calme n’est jamais une garantie de sĂ©curitĂ© pour les semaines suivantes.
Les repĂšres du 16 septembre 2026
| đȘïž ParamĂštre | Situation actuelle |
| đ Saison officielle | 1er juin â 30 novembre |
| đ Pic climatologique | autour du 10 septembre |
| đ TempĂȘtes nommĂ©es | 5 |
| đ Ouragans | 0 |
| đŽ Ouragans majeurs | 0 |
| ⥠ACE | 4,4 Ă 10⎠ktÂČ |
| đ Ăcart ACE | â94 % par rapport Ă la normale |
| đ Cause mĂ©tĂ©orologique dominante | fort El Niño |
| đš Principal effet | fort cisaillement vertical |
| đ§ Autre facteur | air sec et mouvements descendants |
| đ Fin officielle de la saison | 30 novembre |
La situation est donc rĂ©ellement exceptionnelle, mais elle n’est pas mystĂ©rieuse. L’Atlantique n’est pas dĂ©pourvu d’Ă©nergie : il est surtout privĂ©, pour l’instant, de l’environnement atmosphĂ©rique nĂ©cessaire pour transformer cette Ă©nergie en ouragans. El Niño joue ici un rĂŽle majeur en renforçant le cisaillement vertical et en favorisant une circulation dĂ©favorable aux cyclones.
Et il y a une derniĂšre subtilitĂ© : l’absence d’ouragan en septembre 2026 ne contredit absolument pas le rĂ©chauffement des ocĂ©ans. Elle rappelle simplement que la tempĂ©rature de l’eau n’est qu’une piĂšce du puzzle tropical. Pour obtenir un ouragan, il faut que l’ocĂ©an et l’atmosphĂšre travaillent ensemble. Cette annĂ©e, ils ne semblent dĂ©cidĂ©ment pas avoir pris rendez-vous.




