L’Ă©tĂ© 2026 restera comme une annĂ©e hors norme pour la chaleur en France. Depuis le premier Ă©pisode de la fin mai, les autoritĂ©s sanitaires ont dĂ©jĂ recensĂ© prĂšs de 8 000 dĂ©cĂšs en excĂšs au cours des pĂ©riodes de canicule. Le chiffre est considĂ©rable, mais il ne constitue pas encore le bilan dĂ©finitif : les donnĂ©es restent provisoires, la surveillance de la chaleur se poursuit jusqu’au 15 septembre et certains dĂ©cĂšs liĂ©s aux Ă©pisodes de fortes chaleurs peuvent apparaĂźtre avec un dĂ©calage. Surtout, ces milliers de dĂ©cĂšs ne peuvent pas ĂȘtre prĂ©sentĂ©s comme autant de dĂ©cĂšs directement causĂ©s par la chaleur. Ils correspondent Ă une surmortalitĂ© toutes causes confondues observĂ©e pendant les pĂ©riodes concernĂ©es.
Le chiffre publiĂ© ce 16 septembre 2026 donne une nouvelle dimension sanitaire Ă l’Ă©tĂ© exceptionnel que vient de connaĂźtre la France. SantĂ© publique France estime dĂ©sormais Ă 817 le nombre de dĂ©cĂšs en excĂšs durant le troisiĂšme Ă©pisode de canicule de l’Ă©tĂ©, celui qui s’est dĂ©roulĂ© du 27 juillet au 20 aoĂ»t. Cette nouvelle estimation vient s’ajouter aux 5 764 dĂ©cĂšs en excĂšs estimĂ©s pour la pĂ©riode du 17 juin au 2 juillet, aux 1 243 dĂ©cĂšs du troisiĂšme Ă©pisode de chaleur de juillet et aux 95 dĂ©cĂšs recensĂ©s lors du premier Ă©pisode de la fin mai. Le total atteint ainsi 7 919 dĂ©cĂšs en excĂšs, soit prĂšs de 8 000.
Ce total doit cependant ĂȘtre lu avec prudence. SantĂ© publique France ne dit pas que 7 919 personnes sont mortes « de la canicule ». L’indicateur utilisĂ© est celui de l’excĂšs de mortalitĂ© toutes causes, obtenu en comparant le nombre de dĂ©cĂšs observĂ©s avec le nombre de dĂ©cĂšs qui Ă©tait attendu en l’absence de l’Ă©pisode de chaleur. La mĂ©thode permet de mesurer l’impact sanitaire global d’une pĂ©riode exceptionnellement chaude, y compris lorsque la chaleur a aggravĂ© une maladie cardiovasculaire, respiratoire ou autre sans ĂȘtre inscrite comme cause principale sur le certificat de dĂ©cĂšs.
La diffĂ©rence n’est pas simplement sĂ©mantique. Elle est importante pour comprendre les statistiques. Lorsqu’une personne ĂągĂ©e souffrant d’une maladie chronique dĂ©cĂšde pendant une pĂ©riode de canicule, il est souvent impossible de dĂ©terminer Ă partir du seul certificat de dĂ©cĂšs quelle part revient directement Ă la chaleur. Les Ă©tudes de surmortalitĂ© permettent justement de dĂ©tecter le signal collectif qui apparaĂźt lorsque les dĂ©cĂšs dĂ©passent nettement le niveau attendu.
7 919 décÚs en excÚs, mais un bilan encore provisoire
Le total actuel se décompose de façon assez spectaculaire.
| đĄïž Ăpisode de chaleur | đ PĂ©riode | â°ïž DĂ©cĂšs en excĂšs |
| âïž Premier Ă©pisode | 24â28 mai | 95 |
| đ„ DeuxiĂšme Ă©pisode | 17 juinâ2 juillet | 5 764 |
| đĄïž TroisiĂšme Ă©pisode | 3â22 juillet | 1 243 |
| đ„ QuatriĂšme Ă©pisode | 27 juilletâ20 aoĂ»t | 817 |
| đ Total provisoire | fin maiâ20 aoĂ»t | 7 919 |
Les chiffres ne sont pas parfaitement comparables sur tous les aspects, car les périodes, les départements concernés et les délais de consolidation des données diffÚrent. Le chiffre de 7 919 constitue donc un cumul des estimations disponibles, et non encore un bilan définitif homogÚne de toute la saison.
Le bilan va continuer Ă Ă©voluer. La surveillance sanitaire de la chaleur pour la saison 2026 couvre la pĂ©riode allant du 1er juin au 15 septembre, et les donnĂ©es de mortalitĂ© sont transmises avec des dĂ©lais qui empĂȘchent d’obtenir immĂ©diatement un chiffre dĂ©finitif. SantĂ© publique France indique qu’un bilan dĂ©finitif est attendu au dĂ©but de 2027.
Il faut donc éviter une formule du type « la canicule a déjà tué 8 000 Français ». La formulation exacte est : « prÚs de 8 000 décÚs en excÚs ont été estimés pendant les épisodes de canicule depuis la fin mai ».
L’Ă©pisode de juin reprĂ©sente Ă lui seul prĂšs des trois quarts du bilan actuel
Le chiffre le plus impressionnant concerne la premiĂšre grande canicule de l’Ă©tĂ©, du 17 juin au 2 juillet.
Santé publique France avait estimé 5 764 décÚs en excÚs, soit une hausse de 36,2 % par rapport au nombre de décÚs attendu dans les 92 départements concernés. PrÚs de 98,5 % de la population hexagonale avait été exposée à cet épisode.
Cette séquence possÚde une particularité importante : elle est arrivée trÚs tÎt dans la saison.
Fin juin, la population n’avait pas encore bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une pĂ©riode estivale suffisamment longue pour s’acclimater Ă des tempĂ©ratures aussi Ă©levĂ©es. L’organisme humain possĂšde une certaine capacitĂ© d’adaptation Ă la chaleur, mais cette adaptation nĂ©cessite du temps et reste incomplĂšte chez les personnes fragiles.
L’Ă©pisode a aussi touchĂ© une France encore largement active. Les Ă©tablissements scolaires fonctionnaient encore, de nombreuses personnes travaillaient et les dĂ©placements Ă©taient nombreux.
Les 24 et 25 juin ont par ailleurs constitué deux journées exceptionnelles. La température moyenne nationale sur 24 heures a atteint pour la premiÚre fois 30 °C, selon les données reprises par Santé publique France.
Ce niveau est particuliĂšrement remarquable parce qu’il ne s’agit pas de la tempĂ©rature maximale d’une station mĂ©tĂ©orologique. Il s’agit d’une moyenne calculĂ©e Ă l’Ă©chelle nationale sur l’ensemble des 24 heures.
Autrement dit, la France entiÚre a connu des températures exceptionnellement élevées simultanément, y compris pendant la nuit.
Puis juillet a ajouté plus de 1 200 décÚs en excÚs
Le deuxiĂšme grand bilan concerne la pĂ©riode du 3 au 22 juillet, avec 1 243 dĂ©cĂšs en excĂšs selon l’estimation publiĂ©e par SantĂ© publique France et reprise dans le bulletin du 16 septembre.
Cette deuxiĂšme pĂ©riode a Ă©tĂ© moins meurtriĂšre que celle de juin, mais il serait trompeur d’y voir un Ă©pisode secondaire.
Le corps humain avait déjà subi plusieurs périodes de chaleur intense. Les organismes les plus fragiles avaient parfois été particuliÚrement sollicités dÚs juin. Chez certaines personnes ùgées ou atteintes de maladies chroniques, la répétition des épisodes peut réduire les capacités de récupération.
C’est l’un des problĂšmes posĂ©s par une succession de canicules : le risque sanitaire ne dĂ©pend pas seulement de la tempĂ©rature maximale atteinte pendant une journĂ©e donnĂ©e, mais aussi de la durĂ©e et de la rĂ©pĂ©tition des Ă©pisodes.
La troisiÚme grande canicule a été trÚs longue
L’Ă©pisode du 27 juillet au 20 aoĂ»t possĂšde une autre caractĂ©ristique : sa durĂ©e.
Il a concernĂ© 79 dĂ©partements, soit environ 89 % de la population hexagonale. La durĂ©e moyenne de canicule dans les dĂ©partements concernĂ©s a atteint 13,3 jours. SantĂ© publique France indique que cette sĂ©quence Ă©gale, Ă l’Ă©chelle nationale, la plus longue vague de chaleur jamais observĂ©e, celle de juillet 1983, tout en prĂ©sentant une intensitĂ© supĂ©rieure.
Elle a provoqué 817 décÚs en excÚs.
Ce bilan paraĂźt beaucoup plus faible que celui de juin. Pourtant, la durĂ©e et l’Ă©tendue gĂ©ographique de l’Ă©pisode Ă©taient considĂ©rables.
PrÚs de la moitié de ces 817 décÚs supplémentaires sont survenus au cours de seulement trois journées, les 14, 15 et 16 août, qui ont correspondu aux moments les plus intenses et les plus étendus de la séquence.
Ce constat montre une nouvelle fois que la moyenne d’une pĂ©riode entiĂšre peut masquer de trĂšs fortes variations Ă l’intĂ©rieur mĂȘme d’une canicule.
Les personnes de 75 ans et plus concentrent l’essentiel du bilan
Pour le dernier épisode étudié, le signal démographique est particuliÚrement net.
Sur les 817 décÚs en excÚs estimés entre le 27 juillet et le 20 août, 751 concernaient des personnes ùgées de 75 ans et plus.
La chaleur agit sur plusieurs mécanismes physiologiques.
Lorsque la tempĂ©rature extĂ©rieure augmente, l’organisme doit Ă©vacuer davantage de chaleur. La transpiration augmente et les vaisseaux sanguins se dilatent afin de favoriser les Ă©changes avec l’environnement.
Le cĆur doit alors fournir davantage d’efforts. La dĂ©shydratation peut rĂ©duire le volume sanguin et perturber l’Ă©quilibre hydrique et Ă©lectrolytique. Chez une personne ĂągĂ©e dont les capacitĂ©s de thermorĂ©gulation sont dĂ©jĂ rĂ©duites, l’organisme peut atteindre ses limites plus rapidement.
Les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, respiratoires ou rĂ©nales sont particuliĂšrement vulnĂ©rables. Certains traitements peuvent Ă©galement modifier la rĂ©ponse de l’organisme Ă la chaleur ou aux pertes hydriques.
La chaleur ne tue donc pas uniquement par « coup de chaleur ».
Elle peut aussi aggraver une pathologie existante jusqu’Ă provoquer une dĂ©compensation.
Pourquoi parle-t-on de « décÚs en excÚs » ?
Prenons un exemple volontairement simplifié.
Si une population compte habituellement 1 000 dĂ©cĂšs pendant une pĂ©riode donnĂ©e et qu’elle enregistre 1 100 dĂ©cĂšs pendant une canicule, l’excĂšs est de 100 dĂ©cĂšs.
On ne peut pas dire que ces 100 personnes sont toutes mortes d’un coup de chaleur.
Certaines seraient peut-ĂȘtre dĂ©cĂ©dĂ©es quelques jours ou semaines plus tard sans l’Ă©pisode de chaleur. D’autres ont pu souffrir d’une maladie aggravĂ©e par les tempĂ©ratures Ă©levĂ©es.
C’est pour cette raison que les Ă©pidĂ©miologistes utilisent la notion de mortalitĂ© en excĂšs.
Elle permet de mesurer l’impact global d’un Ă©vĂ©nement sur la mortalitĂ© sans prĂ©tendre dĂ©terminer individuellement la cause exacte du dĂ©cĂšs de chaque personne.
Cette méthode est particuliÚrement utile pour les canicules, car leur impact sanitaire est diffus.
Les dĂ©cĂšs ne reprĂ©sentent qu’une partie du problĂšme
Le bilan de mortalitĂ© attire naturellement l’attention parce qu’il fournit un chiffre facile Ă comprendre.
Mais les dĂ©cĂšs ne reprĂ©sentent qu’une partie des consĂ©quences sanitaires.
Pendant l’Ă©pisode de septembre, SantĂ© publique France a observĂ© une hausse des passages aux urgences pour les indicateurs liĂ©s Ă la chaleur : hyperthermie, coup de chaleur, dĂ©shydratation et hyponatrĂ©mie. Les passages quotidiens sont montĂ©s jusqu’Ă 153 le 4 septembre, contre environ 100 Ă 120 avant l’Ă©pisode. Plus de la moitiĂ© concernaient des personnes ĂągĂ©es de 75 ans et plus.
Il faut aussi compter les hospitalisations, les consultations médicales, les décompensations de maladies chroniques et les situations de détresse liées à la chaleur.
Ces phénomÚnes ne produisent pas tous immédiatement un décÚs.
C’est pourquoi SantĂ© publique France rappelle que les indicateurs de morbiditĂ© observĂ©s pendant une vague de chaleur ne permettent pas Ă eux seuls de prĂ©voir la mortalitĂ© finale.
Le bilan 2026 dépasse déjà les grandes canicules récentes
Les chiffres disponibles donnent une comparaison saisissante.
SantĂ© publique France rappelle qu’environ 15 000 dĂ©cĂšs en excĂšs avaient Ă©tĂ© enregistrĂ©s lors de la canicule de 2003, sur une pĂ©riode beaucoup plus courte.
Les épisodes suivants avaient également laissé des traces importantes : environ 2 000 décÚs en 2006, 1 739 en 2015, 1 480 en 2018, 1 924 en 2019 et 2 816 en 2022.
Pour 2026, le chiffre de 7 919 dĂ©cĂšs en excĂšs est dĂ©jĂ supĂ©rieur Ă chacun de ces Ă©pisodes pris sĂ©parĂ©ment, mĂȘme si la comparaison directe doit rester prudente puisque l’Ă©tĂ© 2026 a Ă©tĂ© marquĂ© par plusieurs Ă©pisodes successifs et non par une seule canicule.
Cette différence est importante.
On ne compare pas exactement un épisode de quinze jours à une saison entiÚre comportant plusieurs séquences de chaleur.
L’Ă©tĂ© 2026 a Ă©tĂ© exceptionnel sur le plan climatique
Le contexte météorologique permet de comprendre pourquoi le bilan sanitaire est aussi élevé.
Selon le bulletin de SantĂ© publique France du 16 septembre, l’Ă©tĂ© 2026 devient le plus chaud depuis 1900, avec une tempĂ©rature moyenne supĂ©rieure de 3,6 °C Ă la normale 1991-2020.
Juin et juillet ont chacun Ă©tĂ© les mois de juin et de juillet les plus chauds jamais enregistrĂ©s, avec une anomalie de +3,8 °C. AoĂ»t a Ă©tĂ© le deuxiĂšme mois d’aoĂ»t le plus chaud, Ă +3,3 °C.
Il ne s’agit donc pas simplement d’une succession de quelques journĂ©es trĂšs chaudes.
Le contexte thermique de l’ensemble de la saison a Ă©tĂ© exceptionnel.
La rĂ©pĂ©tition des Ă©pisodes constitue prĂ©cisĂ©ment l’une des caractĂ©ristiques qui rendent l’Ă©tĂ© 2026 particulier.
Pourquoi le bilan n’est-il pas terminĂ© ?
Il existe plusieurs raisons.
D’abord, les statistiques de dĂ©cĂšs ne sont pas instantanĂ©es. Les communes, les Ă©tablissements de santĂ© et les systĂšmes statistiques transmettent les informations avec des dĂ©lais variables.
Ensuite, les analyses Ă©pidĂ©miologiques doivent ĂȘtre consolidĂ©es.
Enfin, la pĂ©riode de surveillance sanitaire des fortes chaleurs 2026 ne s’arrĂȘte pas au 20 aoĂ»t. Elle couvre la pĂ©riode estivale jusqu’au 15 septembre.
Un nouvel Ă©pisode de chaleur a d’ailleurs touchĂ© une partie du pays du 4 au 8 septembre. MĂȘme si son impact a Ă©tĂ© beaucoup plus limitĂ© que celui des Ă©pisodes prĂ©cĂ©dents, SantĂ© publique France a observĂ© une augmentation temporaire des passages aux urgences et des hospitalisations pour des pathologies liĂ©es Ă la chaleur.
Le chiffre dĂ©finitif de la saison ne sera donc connu qu’aprĂšs consolidation des donnĂ©es.
Et il existe un autre phénomÚne : les effets différés
Une pĂ©riode de chaleur intense peut provoquer une dĂ©gradation de l’Ă©tat de santĂ© d’une personne fragile sans entraĂźner immĂ©diatement son dĂ©cĂšs.
Une personne souffrant d’une insuffisance cardiaque, d’une maladie respiratoire ou d’une insuffisance rĂ©nale peut subir une dĂ©compensation pendant ou aprĂšs l’Ă©pisode.
C’est pourquoi l’analyse de la mortalitĂ© doit tenir compte d’une pĂ©riode suffisamment longue autour des Ă©pisodes de chaleur.
La relation entre tempĂ©rature et mortalitĂ© n’est d’ailleurs pas limitĂ©e aux seules journĂ©es classĂ©es officiellement en « canicule ». SantĂ© publique France rappelle que la mortalitĂ© augmente dĂšs que la tempĂ©rature quotidienne moyenne dĂ©passe certains niveaux, mĂȘme lorsque les seuils administratifs de canicule ne sont pas atteints.
Cela signifie que le bilan sanitaire d’un Ă©tĂ© chaud ne peut pas ĂȘtre rĂ©duit aux seuls jours placĂ©s en vigilance canicule.
Le changement climatique augmente le risque, mais chaque dĂ©cĂšs ne peut pas lui ĂȘtre attribuĂ©
Il existe aujourd’hui un lien scientifique solide entre le rĂ©chauffement climatique et l’augmentation de la frĂ©quence, de la durĂ©e ou de l’intensitĂ© de certaines vagues de chaleur.
Le bulletin de SantĂ© publique France rappelle que le changement climatique augmente la probabilitĂ© d’Ă©pisodes de chaleur trĂšs intenses, longs et Ă©tendus gĂ©ographiquement.
Mais cela ne signifie pas qu’un dĂ©cĂšs particulier peut ĂȘtre prĂ©sentĂ© comme « causĂ© par le changement climatique ».
Ă l’Ă©chelle d’une population, les chercheurs peuvent mesurer l’augmentation du risque et de la mortalitĂ© associĂ©e Ă la chaleur.
Ă l’Ă©chelle individuelle, la situation est diffĂ©rente.
Une personne peut avoir plusieurs causes médicales de décÚs, et la chaleur peut avoir joué un rÎle aggravant sans apparaßtre comme cause principale.
Cette distinction permet d’Ă©viter deux erreurs opposĂ©es : sous-estimer l’impact sanitaire de la chaleur ou attribuer automatiquement chaque dĂ©cĂšs survenu pendant une canicule au changement climatique.
Pourquoi 2026 est particuliÚrement préoccupante
Le plus inquiĂ©tant n’est pas uniquement le chiffre de 7 919 dĂ©cĂšs.
C’est la combinaison de plusieurs facteurs : une premiĂšre vague dĂšs mai, une canicule extrĂȘmement intense en juin, une nouvelle pĂ©riode de chaleur en juillet, une trĂšs longue sĂ©quence entre fin juillet et aoĂ»t, puis un nouvel Ă©pisode au dĂ©but de septembre.
La population n’a pratiquement pas bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une longue pĂ©riode estivale vĂ©ritablement fraĂźche permettant de rĂ©cupĂ©rer entre les Ă©pisodes.
Le corps humain supporte une journée chaude.
Il supporte beaucoup moins facilement une succession de périodes chaudes, de nuits trop douces et de récupérations incomplÚtes.
La nuit joue ici un rĂŽle majeur.
Lorsque la tempĂ©rature nocturne reste Ă©levĂ©e, l’organisme Ă©vacue moins efficacement la chaleur accumulĂ©e pendant la journĂ©e. Le sommeil peut Ă©galement ĂȘtre perturbĂ©, ce qui rĂ©duit encore les capacitĂ©s de rĂ©cupĂ©ration.
Chez une personne ùgée vivant dans un logement mal ventilé ou mal isolé, plusieurs nuits consécutives de forte chaleur peuvent donc créer une situation particuliÚrement difficile.
Le chiffre de 8 000 ne doit surtout pas devenir un plafond
Le bilan actuel est impressionnant, mais il ne constitue pas une estimation maximale.
Il faut attendre les données définitives de la saison.
La surveillance sanitaire s’est prolongĂ©e jusqu’au 15 septembre et le bilan dĂ©finitif devrait ĂȘtre consolidĂ© au dĂ©but de 2027.
Il est donc trop tĂŽt pour Ă©crire que « l’Ă©tĂ© 2026 a fait 8 000 morts ».
La formulation rigoureuse est plutÎt : « prÚs de 8 000 décÚs en excÚs ont déjà été estimés pendant les épisodes de canicule survenus depuis la fin mai, selon les données provisoires de Santé publique France. »
Cette nuance est importante, surtout pour un sujet aussi sensible.
Les personnes ùgées ne sont pas les seules concernées
Le dernier épisode a surtout touché les personnes de 75 ans et plus, mais les fortes chaleurs concernent également les enfants, les travailleurs exposés, les personnes sans domicile, les personnes vivant dans des logements trÚs chauds et celles souffrant de maladies chroniques.
Les travailleurs exposés à la chaleur peuvent subir une déshydratation, une hyperthermie ou une baisse de vigilance.
Les nourrissons et les jeunes enfants régulent moins bien leur température corporelle.
Les personnes vivant seules sont Ă©galement davantage exposĂ©es lorsqu’elles ne disposent pas d’un proche capable de dĂ©tecter rapidement une dĂ©gradation de leur Ă©tat.
Enfin, les conditions du logement jouent un rÎle considérable.
Un appartement situé sous une toiture mal isolée, avec une forte exposition solaire et peu de ventilation nocturne, peut rester trÚs chaud plusieurs heures aprÚs la baisse de la température extérieure.
La question des nuits tropicales devient donc sanitaire
Une nuit tropicale correspond, en météorologie, à une température minimale supérieure ou égale à 20 °C.
Dans les régions habituées à la chaleur, quelques nuits tropicales ne constituent pas nécessairement un événement exceptionnel.
Mais lorsqu’elles deviennent nombreuses et que les tempĂ©ratures minimales atteignent 24, 25 ou 26 °C, la rĂ©cupĂ©ration nocturne devient beaucoup plus difficile.
Les organismes ne disposent plus de la fraßcheur nocturne nécessaire pour évacuer efficacement la chaleur accumulée.
Ce phénomÚne prend une importance croissante avec le réchauffement climatique, car les nuits se réchauffent souvent plus rapidement que les journées dans certaines régions urbaines et lors des épisodes de chaleur persistante.
Un été qui dépasse déjà 2003 sur certains indicateurs
Il serait prĂ©maturĂ© de comparer directement l’impact sanitaire total de 2026 Ă celui de 2003, puisque le bilan 2026 n’est pas terminĂ©.
Mais sur le plan climatique, l’Ă©tĂ© 2026 est dĂ©jĂ considĂ©rĂ© comme le plus chaud depuis 1900, avec +3,6 °C par rapport Ă la moyenne 1991-2020, contre +2,7 °C en 2003.
Cette différence illustre une évolution importante.
L’annĂ©e 2003 avait Ă©tĂ© marquĂ©e par une canicule exceptionnelle et trĂšs concentrĂ©e.
2026 présente une configuration différente : plusieurs épisodes successifs sur une grande partie de la saison.
Le risque sanitaire n’est donc plus uniquement celui d’un « Ă©tĂ© caniculaire » au sens traditionnel.
Il devient celui d’une saison durant laquelle les pĂ©riodes de forte chaleur peuvent se succĂ©der avec des intervalles de rĂ©cupĂ©ration de plus en plus courts.
Le vĂ©ritable bilan ne sera connu qu’en 2027
Pour l’instant, 7 919 dĂ©cĂšs en excĂšs constituent le meilleur chiffre disponible Ă la date du 16 septembre 2026.
Il pourra ĂȘtre rĂ©visĂ©.
Il pourra augmenter avec les nouvelles données.
Il pourra aussi ĂȘtre lĂ©gĂšrement corrigĂ© lorsque les sĂ©ries statistiques seront consolidĂ©es.
Le chiffre dĂ©finitif devra surtout ĂȘtre analysĂ© avec les donnĂ©es mĂ©tĂ©orologiques, dĂ©mographiques et sanitaires de l’ensemble de la saison.
C’est seulement Ă ce moment-lĂ que les chercheurs pourront mesurer avec prĂ©cision l’impact global de l’Ă©tĂ© 2026.
Une chose est dĂ©jĂ certaine : l’Ă©tĂ© 2026 n’est pas une simple parenthĂšse chaude dans les statistiques mĂ©tĂ©orologiques françaises. Il s’agit d’un Ă©vĂ©nement climatique exceptionnel qui s’accompagne d’un signal sanitaire d’une ampleur rarement observĂ©e depuis la crĂ©ation du systĂšme national de surveillance des canicules.
Et le bilan actuel de prĂšs de 8 000 dĂ©cĂšs en excĂšs n’est donc probablement pas le dernier chiffre que l’on verra apparaĂźtre dans les statistiques.
RepĂšres Ă retenir
7 919 décÚs en excÚs : cumul provisoire des estimations disponibles depuis la fin mai.
5 764 dĂ©cĂšs : bilan de la grande canicule du 17 juin au 2 juillet, soit le principal Ă©pisode meurtrier de l’Ă©tĂ© Ă ce stade.
817 dĂ©cĂšs : excĂšs de mortalitĂ© estimĂ© pendant l’Ă©pisode du 27 juillet au 20 aoĂ»t.
751 personnes de 75 ans et plus : dĂ©cĂšs en excĂšs recensĂ©s dans cette tranche d’Ăąge lors de ce dernier Ă©pisode.
89 % de la population hexagonale : proportion concernée par la canicule du 27 juillet au 20 août.
+3,6 °C : anomalie moyenne de l’Ă©tĂ© 2026 par rapport Ă la normale 1991-2020, ce qui en fait l’Ă©tĂ© le plus chaud depuis 1900.
DĂ©but 2027 : pĂ©riode attendue pour disposer d’un bilan sanitaire consolidĂ© de l’ensemble de la saison.
Le chiffre de 8 000 doit donc ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un bilan provisoire de surmortalitĂ©, pas comme un dĂ©compte dĂ©finitif des personnes mortes directement de la chaleur. La diffĂ©rence est importante, mais elle ne diminue en rien l’ampleur du signal sanitaire : aprĂšs plusieurs mois de chaleur exceptionnelle, la France connaĂźt dĂ©jĂ une surmortalitĂ© de plusieurs milliers de personnes, et les statistiques dĂ©finitives permettront de mesurer jusqu’oĂč le bilan de l’Ă©tĂ© 2026 sera allĂ©.




