L’été 2026 n’a pas seulement laissé derrière lui des hectares noircis. Il a laissé des sols fragilisés, des arbres dangereux, des pistes à remettre en état, des habitations détruites, des entreprises désorganisées, des habitants déplacés et des écosystèmes dont la reconstruction prendra parfois plusieurs décennies. Le feu s’arrête lorsqu’il n’y a plus de flammes visibles, mais pour une forêt, le sinistre commence alors une seconde vie, beaucoup plus silencieuse. Et cette fois, avec près de 100 000 hectares de forêt et de végétation brûlés selon les comptages disponibles à la fin septembre, la France doit gérer une surface sinistrée exceptionnelle.
Le chiffre donne immédiatement la mesure du problème, mais il faut être précis avec les chiffres des incendies. Les données opérationnelles communiquées pendant les grands sinistres comptabilisent souvent une surface parcourue par les flammes, alors que les observations satellitaires calculent ensuite la surface effectivement brûlée. Les deux valeurs ne sont donc pas toujours identiques. À la fin septembre, les différents dispositifs de suivi plaçaient la France autour de la barre des 100 000 hectares de forêt, de végétation et de surfaces agricoles touchés depuis le début de l’année, un niveau très supérieur à celui des années récentes. Pour la période débutant au 1er mai, un suivi satellitaire disponible au 30 septembre évaluait à environ 72 400 hectares la surface parcourue par le feu, dont un peu plus de 43 000 hectares classés comme forêt. Cette différence avec les bilans opérationnels n’est pas une anomalie : elle vient de la méthode de mesure, du périmètre retenu et du moment où le feu est évalué.
L’année 2026 restera surtout marquée par une combinaison météorologique hors norme. L’été a été le plus chaud jamais observé en France depuis le début des mesures en 1900, avec une température moyenne de 24,0 °C, soit environ 3,6 °C au-dessus de la moyenne de référence. Les précipitations estivales ont affiché un déficit proche de 40 %, tandis que les sols ont atteint des niveaux de sécheresse particulièrement élevés. Entre juin et août, 53 jours de vague de chaleur ont été recensés au cours de trois épisodes, contre 33 durant l’été 2022. La végétation est donc entrée dans l’été avec un déficit hydrique considérable, puis a subi plusieurs séquences de chaleur durable.
Le feu n’obéit toutefois jamais à un seul bouton météorologique. Il faut de la végétation combustible, de l’oxygène, une source d’ignition, puis des conditions permettant au front de progresser. Le vent change tout. Une forêt chaude et sèche peut rester relativement calme tant que le vent reste faible ; quelques dizaines de kilomètres par heure suffisent parfois à transformer radicalement la vitesse de propagation et le comportement des flammes. En 2026, les épisodes de mistral, de tramontane et de vents secs ont joué ce rôle sur plusieurs secteurs, tandis que de grandes régions situées beaucoup plus au nord ont elles aussi connu des incendies importants.
Le système français de suivi du danger montre d’ailleurs à quel point la saison a été longue. Entre le 8 juin et le 20 août, la France a connu 74 jours consécutifs avec au moins un département placé en danger élevé de feu, selon la classification orange de la Météo des forêts. Au cours de l’été, 27 journées ont comporté au moins un département en danger très élevé, niveau rouge, et 90 journées au moins un département en danger élevé. Cinq départements seulement n’ont pas connu de niveau orange pendant l’été : les Hautes-Alpes, la Savoie, la Haute-Savoie, les Pyrénées-Atlantiques et les Hautes-Pyrénées.
| 🔥 Repère 2026 | 📊 Valeur | 🧭 Ce que cela signifie |
| 🌡️ Température moyenne de l’été | 24,0 °C | Été le plus chaud depuis 1900 |
| 🌡️ Anomalie estivale | +3,6 °C | Écart exceptionnel par rapport à la référence |
| 💧 Pluviométrie estivale | ≈ –40 % | Deuxième été le moins arrosé depuis 1959 |
| ☀️ Ensoleillement | > +20 % | Été parmi les plus ensoleillés jamais observés |
| 🔥 Danger orange | 90 jours | Niveau élevé observé sur une très longue période |
| 🔴 Danger rouge | 27 jours | Nouveau maximum depuis la création de la Météo des forêts |
| 🔥 Période continue orange | 74 jours | Du 8 juin au 20 août |
| 🌲 Surface forêt + végétation touchée | ≈ 100 000 ha | Ordre de grandeur du bilan 2026 fin septembre |
| 🛰️ Surface brûlée depuis le 1er mai | ≈ 72 400 ha | Estimation satellitaire, méthode différente |
| 🌲 Forêt dans ce dernier ensemble | ≈ 43 000 ha | Environ 59 % du périmètre satellitaire |
| 🏠 Bâtiments détruits à Saumos | 252 | Bilan consolidé fin septembre |
| 👥 Évacuations à Saumos | ≈ 224 000 personnes | 23 communes concernées |
| 🌳 Coût indicatif de restauration forestière | 5 000 à 10 000 €/ha | Ordre de grandeur national annoncé pour restaurer une forêt |
L’exemple de la Gironde permet de comprendre ce qui se passe maintenant. Le feu parti de Saumos le 22 juillet a parcouru environ 42 000 hectares, dont 37 296 hectares détruits dans le bilan consolidé communiqué fin septembre. Le sinistre a concerné 23 communes et entraîné l’évacuation préventive d’environ 224 000 personnes. Au total, 252 maisons et bâtiments ont été détruits, tandis que 2 473 bâtiments ont été préservés.
Ces chiffres racontent une partie de l’histoire, pas toute l’histoire. Une maison détruite se voit. Une piste forestière rendue impraticable se voit moins. Un réseau de drainage obstrué par des bois brûlés devient problématique lorsque les premières pluies importantes arrivent. Un sol qui a perdu une partie de sa matière organique ne se remarque presque pas à l’œil nu. Pourtant, ces éléments peuvent peser pendant plusieurs années sur le territoire.
C’est précisément là que commence la deuxième phase de la catastrophe.
Après un incendie, la première urgence consiste à sécuriser les personnes et les infrastructures. Un arbre totalement noir n’est pas forcément mort, et un arbre qui semble encore vivant peut présenter un risque mécanique important. La chaleur peut avoir détruit une partie des racines, fragilisé le bois ou altéré la stabilité du système racinaire. Lorsqu’un arbre brûlé se trouve à proximité d’une route, d’une maison, d’une ligne électrique ou d’une piste d’accès, son maintien peut devenir dangereux.
Dans le massif de Saumos, plusieurs milliers d’arbres dangereux ont ainsi dû être traités. Au début septembre, plus de 2 800 arbres avaient déjà été abattus pour des raisons de sécurité. Ce travail n’a rien d’une opération esthétique destinée à rendre le paysage plus présentable. Il faut parfois couper rapidement des arbres qui risquent de tomber sur une route ou une habitation, tout en évitant de détruire inutilement les arbres capables de survivre.
La différence entre un arbre brûlé et un arbre mort est particulièrement importante. Certaines espèces méditerranéennes disposent d’une capacité de reprise remarquable. Des chênes peuvent repartir de souche, des arbustes peuvent rejeter depuis leur système racinaire et certaines espèces adaptées au feu possèdent des graines capables de profiter de l’ouverture du milieu. Dans une pinède, le scénario peut être différent selon l’intensité du feu, l’âge des arbres, la sécheresse préalable et la capacité de régénération naturelle.
La tentation de tout raser après un incendie est donc mauvaise conseillère. Dans certains secteurs, l’abattage intégral peut accélérer l’érosion, supprimer les derniers refuges pour la faune et éliminer des arbres vivants capables de participer à la régénération. Dans d’autres, le bois mort peut constituer un combustible important pour un prochain feu ou gêner les opérations de sécurité. Le travail doit donc être réalisé parcelle par parcelle.
Le sol est probablement le grand oublié de l’après-incendie. Pourtant, c’est lui qui conditionne la suite. Une forêt ne repousse pas simplement parce que quelques jeunes arbres apparaissent au printemps suivant. Sous la couche superficielle se trouvent des racines, des champignons, des bactéries, des invertébrés, de la matière organique et une structure complexe qui permet à l’eau de pénétrer puis d’être retenue.
Lorsque le feu est très intense, une partie de cette organisation biologique est détruite. La matière organique diminue, les communautés microbiennes sont perturbées et la capacité du sol à retenir l’eau peut se dégrader. Le problème devient particulièrement sérieux sur les terrains en pente.
Un sol forestier couvert par une litière de feuilles, d’aiguilles, de branches et de végétation ralentit l’eau de pluie. Après un incendie sévère, une grande partie de cette protection disparaît. Lorsque survient une pluie intense, l’eau peut alors ruisseler beaucoup plus rapidement. Elle arrache des particules fines, emporte des cendres et des éléments nutritifs et creuse progressivement les horizons superficiels.
Et c’est là qu’un paradoxe apparaît : la pluie tant attendue après un incendie peut devenir un nouveau danger.
Une grosse averse quelques semaines après un feu peut provoquer une érosion importante, surtout sur les fortes pentes. Les sédiments peuvent ensuite atteindre les fossés, les ruisseaux, les retenues ou les zones habitées. Les risques de ruissellement et de coulées boueuses ne concernent donc pas seulement les zones montagneuses. Les secteurs méditerranéens, les massifs des Landes et certains terrains sableux ou limoneux peuvent également être concernés, avec des mécanismes différents.
Les forestiers disposent pour cela de techniques assez simples mais efficaces lorsqu’elles sont correctement dimensionnées. Les fascines, constituées de branchages placés transversalement à la pente, permettent de ralentir les écoulements et de piéger une partie des sédiments. Les filets biodégradables en fibres végétales peuvent également être utilisés sur certaines zones particulièrement exposées. Des billons de bois peuvent être disposés selon la pente pour casser l’énergie du ruissellement. La végétation herbacée spontanée joue aussi un rôle important lorsqu’elle recolonise rapidement le terrain.
Il faut cependant éviter une autre erreur : vouloir intervenir partout, immédiatement, avec des engins lourds. Une pelleteuse qui travaille sur un sol brûlé peut parfois aggraver le compactage et l’érosion. La mécanisation doit donc être réservée aux secteurs où elle apporte un réel bénéfice.
La régénération naturelle constitue souvent la première option étudiée. Elle coûte moins cher qu’une plantation intégrale et respecte les individus qui ont survécu au feu. Mais elle ne fonctionne pas partout. Une forte intensité de combustion, une sécheresse persistante, une faible disponibilité de graines ou des populations trop fragmentées peuvent compromettre le renouvellement.
Dans ces cas, le forestier peut recourir à des plantations ou à des enrichissements. Là encore, planter vingt mille arbres au hasard ne constitue pas une stratégie forestière. Il faut choisir des essences adaptées au climat futur, au sol, à l’exposition, à la disponibilité en eau et au risque incendie. Il faut également penser à la diversité des espèces et des structures forestières.
Les recherches menées après les incendies montrent justement que la forêt de demain ne pourra pas être une simple copie de celle qui existait avant le feu. Le changement climatique modifie déjà les conditions de croissance. Une essence parfaitement adaptée à un secteur il y a cinquante ans peut rencontrer davantage de stress hydrique aujourd’hui.
La question de l’eau devient donc centrale. Un jeune arbre planté après un incendie peut avoir besoin de plusieurs années pour établir un système racinaire suffisamment développé. Si les étés deviennent plus chauds et plus secs, les premières années deviennent particulièrement délicates. Une plantation qui survit au premier été mais échoue au deuxième ou au troisième représente une perte financière et écologique.
Les coûts donnent une idée de la difficulté. Les estimations françaises situent la restauration d’un hectare de forêt autour de 5 000 à 10 000 euros, selon les opérations nécessaires. Une plantation peut coûter plusieurs milliers d’euros par hectare avant même d’intégrer toutes les opérations de suivi et d’entretien. Dans certains projets forestiers, les montants dépassent largement cette fourchette lorsque le terrain nécessite une préparation importante, des protections contre le gibier, des travaux d’accès ou des opérations répétées.
Pour 1 000 hectares, une restauration complète peut donc représenter plusieurs millions d’euros. Pour 10 000 hectares, la facture peut rapidement dépasser 50 à 100 millions d’euros. Et encore, ces montants concernent la restauration forestière : ils ne comprennent pas automatiquement les habitations, les routes, les réseaux électriques, les entreprises, les pertes agricoles, les infrastructures DFCI, les pistes, les ouvrages hydrauliques ou les coûts humains.
À Saumos, l’État avait déjà annoncé une enveloppe de 10 millions d’euros pour les projets de reconstruction de 15 communes sinistrées, ainsi que des moyens spécifiques pour les infrastructures forestières et la remise en état des pistes et points d’eau. Plus de 500 tonnes de déchets avaient également été collectées dans les zones sinistrées lors des premières opérations de nettoyage.
Ces chiffres montrent pourquoi le véritable coût d’un incendie ne peut pas être calculé en multipliant simplement le nombre d’hectares brûlés par un prix moyen. Un hectare de forêt isolé et inhabité n’a pas la même valeur économique immédiate qu’un hectare situé autour d’un village, d’une route départementale, d’une zone touristique ou d’un réseau électrique.
Il faut également compter le temps perdu par les entreprises. Dans les territoires évacués, les commerces ferment, les chantiers s’arrêtent, les salariés ne peuvent plus rejoindre leur lieu de travail et les entreprises doivent parfois fonctionner avec des locaux endommagés. À Saumos et dans les communes concernées, plusieurs milliers de demandes d’activité partielle ont été déposées après le sinistre. À début septembre, plus de 40 000 salariés étaient concernés par les demandes d’activité partielle recensées.
La forêt, elle aussi, perd une partie de sa fonction économique. Le bois brûlé n’est pas systématiquement valorisable. Le feu peut dégrader la qualité des grumes, accélérer les attaques d’insectes et imposer une exploitation rapide avant que la dégradation biologique ne progresse. Mais exploiter trop vite et partout peut également supprimer une partie des éléments nécessaires à la régénération naturelle.
Le compromis est délicat.
Un autre effet mérite beaucoup plus d’attention : la biodiversité. Après un grand incendie, le paysage paraît vide, mais il ne l’est jamais complètement. Certaines espèces ont disparu localement, d’autres ont survécu dans des îlots épargnés, et certaines profitent de l’ouverture du milieu. La composition de la faune et de la flore peut donc changer profondément.
Les animaux mobiles peuvent fuir devant le front de flammes. Les oiseaux peuvent quitter la zone. Les mammifères peuvent se déplacer vers des secteurs voisins. Les reptiles et les invertébrés sont beaucoup plus vulnérables lorsque le feu est intense. Les organismes vivant dans les premiers centimètres du sol subissent eux aussi une forte perturbation.
La fragmentation constitue un problème supplémentaire. Une population animale qui survit dans une petite zone non brûlée peut se retrouver isolée des autres populations. La question n’est alors plus seulement de savoir combien d’animaux ont survécu au feu, mais si les individus survivants disposent encore de corridors permettant leurs déplacements et leur reproduction.
Il faut également surveiller les ravageurs. Les arbres affaiblis ou récemment morts constituent parfois des habitats favorables à certains insectes. Dans les peuplements de pins, des insectes peuvent profiter des arbres stressés ou morts. Le bois brûlé peut aussi attirer certaines espèces qui utilisent les arbres récemment dépérissants. Là encore, la surveillance doit être raisonnée : éliminer systématiquement tout bois mort n’est pas toujours souhaitable pour la biodiversité.
Le carbone constitue un autre dossier de longue durée. Une forêt stocke du carbone dans les arbres, les racines, la litière et le sol. Lorsqu’elle brûle, une partie de ce carbone retourne rapidement dans l’atmosphère sous forme de dioxyde de carbone et d’autres composés. Une estimation réalisée sur le grand incendie de Gironde place les émissions associées à la biomasse et à la litière brûlées à plusieurs millions de tonnes de carbone, avec une estimation autour de 2,4 millions de tonnes de carbone pour le seul incendie de Saumos selon une première approche scientifique.
Mais il ne faut pas tomber dans le raccourci consistant à considérer que tout le carbone d’une forêt brûlée est définitivement perdu. Une forêt qui repousse recommence à stocker du carbone. Le problème est le temps nécessaire. Un jeune peuplement ne compense pas rapidement le stock accumulé par des arbres âgés de plusieurs décennies.
C’est aussi pour cette raison que les incendies répétés sont particulièrement préoccupants. Une forêt peut se régénérer après un incendie. Elle peut avoir beaucoup plus de difficultés si un second feu survient avant que la végétation ait retrouvé une structure suffisamment développée.
Le calendrier des prochaines années sera donc déterminant. Automne 2026 : sécurisation et lutte contre l’érosion. Hiver 2026-2027 : diagnostic approfondi et préparation des travaux. Printemps 2027 : suivi de la régénération et premières plantations lorsque cela se justifie. Étés suivants : surveillance du stress hydrique et des reprises de végétation. Puis plusieurs années d’entretien et de suivi. Une forêt ne se restaure pas en un printemps.
Pour les particuliers dont la propriété a été touchée, la logique est différente mais le principe reste le même. Il ne faut pas couper immédiatement tous les arbres noircis sans diagnostic. Un arbre peut présenter des signes de survie alors que ses parties aériennes ont été sévèrement touchées. À l’inverse, un arbre qui conserve quelques feuilles peut avoir perdu une partie importante de ses racines.
Après un incendie, la priorité autour d’une maison est la sécurité mécanique : arbres susceptibles de tomber, branches mortes, poteaux, clôtures, toitures, cuves, réseaux et accès. Il faut ensuite gérer les cendres, les déchets et les matériaux contaminés sans les disperser. Le nettoyage doit éviter de remettre en suspension inutilement les particules fines.
Pour une petite parcelle boisée, le budget peut varier énormément. Un simple diagnostic et quelques coupes de sécurité peuvent rester relativement limités. À l’inverse, une parcelle très touchée nécessitant abattage, évacuation du bois, remise en état du sol, plantation et entretien peut rapidement représenter plusieurs milliers d’euros par hectare. Une plantation forestière complète peut atteindre ou dépasser 6 000 à 9 000 euros par hectare selon les essences et les protections, et les situations difficiles peuvent coûter davantage.
Pour une maison située en lisière, le débroussaillement reste l’un des investissements les plus intéressants à examiner. Le principe réglementaire français repose notamment sur une zone de débroussaillement autour des constructions, avec des modalités qui dépendent de la situation locale. Dans une configuration difficile, le coût peut atteindre plusieurs milliers d’euros pour une intervention initiale, surtout lorsque le terrain est pentu, rocheux ou inaccessible aux machines.
Et le débroussaillement ne consiste pas simplement à tondre l’herbe. Il s’agit de réduire la continuité du combustible, d’élaguer certaines branches, d’espacer la végétation et de limiter les possibilités de propagation du feu vers la maison. Une végétation entretenue mais continue peut encore constituer une voie de propagation. La logique est donc celle de la discontinuité du combustible.
La technologie prend désormais une place importante dans cette surveillance. Les satellites permettent de cartographier rapidement les surfaces brûlées et de suivre la cicatrice du feu. Les drones équipés de caméras thermiques peuvent rechercher des points chauds résiduels, notamment dans les zones difficiles d’accès. Les caméras fixes peuvent surveiller certains massifs. Les systèmes de détection automatique peuvent analyser des images en temps réel pour identifier une colonne de fumée.
Les données météorologiques jouent également un rôle croissant. Température, humidité relative, vent, humidité des sols, état de la végétation et précipitations peuvent être combinés pour établir des cartes de danger de plus en plus fines. Le véritable progrès ne réside pas dans une seule technologie miraculeuse, mais dans la capacité à faire circuler rapidement l’information entre les différents acteurs.
Pour le suivi d’une parcelle brûlée, une méthode simple peut également être mise en place. Vous pouvez photographier plusieurs points fixes après l’incendie, puis reprendre exactement les mêmes cadrages à trois mois, six mois, un an et deux ans. Vous verrez ainsi apparaître la recolonisation herbacée, la reprise des arbustes et l’apparition des jeunes arbres. Avec un smartphone équipé d’un GPS, vous pouvez même conserver les coordonnées des points de suivi sans installer de matériel coûteux.
FOCUS — Ce que les premières pluies vont réellement changer. La première pluie après un grand incendie ne signifie pas automatiquement que la situation s’améliore. Si elle est modérée et suivie de plusieurs épisodes espacés, elle peut favoriser la reprise végétale. Si elle tombe brutalement sur un terrain très pentu et fortement brûlé, elle peut au contraire déclencher un ruissellement intense et déplacer les particules de sol. La surveillance des fossés, des petits cours d’eau, des buses et des points bas devient alors particulièrement importante. Dans certains secteurs, quelques dizaines de millimètres tombés en peu de temps peuvent produire davantage de dégâts qu’une pluie régulière répartie sur plusieurs jours.
Le calendrier climatique compte beaucoup. Une végétation qui recolonise rapidement un terrain réduit progressivement l’exposition du sol. Mais la première couverture végétale n’a pas immédiatement la même efficacité qu’une forêt mature. Les racines sont peu développées, la couverture reste discontinue et la structure du sol demeure fragilisée. Les premières saisons pluvieuses constituent donc une période de surveillance.
Repères et points clés à retenir : un incendie n’est pas terminé lorsque les flammes disparaissent ; le sol peut rester vulnérable plusieurs années ; un arbre brûlé n’est pas forcément un arbre mort ; l’abattage doit être raisonné ; la régénération naturelle mérite d’être observée avant de planter partout ; les fascines, les branchages et les dispositifs antiérosion peuvent limiter les pertes de sol ; les premières pluies fortes après un feu doivent être surveillées ; les ravageurs peuvent profiter des arbres affaiblis ; la biodiversité ne revient pas partout à la même vitesse ; une plantation forestière se raisonne sur plusieurs décennies ; la prévention du prochain incendie doit commencer avant que la végétation ait totalement recolonisé le massif.
La grande leçon de l’été 2026 se trouve peut-être là. Il serait facile de regarder une photographie d’un massif noirci et de penser que le problème appartient déjà au passé. C’est exactement l’inverse. Le feu visible est spectaculaire parce qu’il est rapide. Les dégâts secondaires sont beaucoup plus discrets parce qu’ils s’étalent sur des mois ou des années.
Une forêt brûlée peut retrouver des herbes en quelques semaines, des arbustes en quelques années et une structure forestière en plusieurs décennies. Le temps écologique n’a rien à voir avec le temps médiatique. Une actualité incendie dure quelques jours ; la reconstruction d’un massif peut occuper plusieurs générations.
Il faut aussi accepter que la forêt restaurée ne soit pas exactement celle qui existait avant. Dans certaines régions, la gestion devra davantage tenir compte des sécheresses, des vagues de chaleur, de la disponibilité en eau et de la continuité des combustibles. Des peuplements plus diversifiés, des espaces ouverts, des zones moins combustibles et des infrastructures DFCI correctement entretenues peuvent contribuer à réduire la vulnérabilité.
La prévention devra également sortir de la seule période juillet-août. Avec des épisodes de chaleur plus précoces et une sécheresse de la végétation qui peut commencer dès le printemps, le calendrier du risque se décale. Les données de 2026 l’ont montré de manière spectaculaire : le danger élevé a commencé très tôt et s’est maintenu pendant plus de deux mois.
Pour aller plus loin, il faudra donc suivre trois indicateurs beaucoup plus attentivement dans les prochaines années : l’état hydrique des sols, la vitesse de régénération des végétations après incendie et la fréquence des reprises de feu sur les mêmes territoires. Le troisième indicateur est particulièrement intéressant. Une forêt qui brûle une fois peut se reconstruire. Une forêt qui brûle deux ou trois fois en quelques décennies entre dans une autre dynamique écologique, avec un risque de dégradation durable des sols et de changement de végétation.
Le suivi devra aussi intégrer les cours d’eau, les zones agricoles, les infrastructures et les habitations. Les incendies ne s’arrêtent pas aux limites administratives d’une forêt. Le bassin versant entier peut être concerné par les conséquences d’un grand feu.
Et pour vous, propriétaire d’une maison proche d’un espace boisé, le message est finalement assez concret : ne regardez pas uniquement le risque de flammes, regardez aussi ce qui peut brûler autour de votre maison, ce qui pourrait tomber après le feu et ce qui pourrait être emporté par les pluies. Débroussailler, maintenir un accès dégagé pour les secours, vérifier les points d’eau lorsqu’ils existent, entretenir les abords des bâtiments et connaître les consignes d’évacuation coûtent généralement beaucoup moins cher que réparer après un incendie.
L’été 2026 a donc changé d’échelle. Avec un été français à +3,6 °C, un déficit pluviométrique proche de 40 %, des dizaines de milliers d’hectares brûlés et plusieurs grands sinistres hors des zones traditionnellement les plus exposées, la question n’est plus seulement de savoir comment éteindre un feu. Il faut désormais savoir comment vivre avec un risque qui s’étend dans le temps et dans l’espace, comment restaurer les territoires brûlés et surtout comment éviter que les mêmes secteurs ne deviennent demain des poudrières végétales.
Les flammes sont passées. Les tronçonneuses, les engins forestiers, les experts des sols, les naturalistes, les collectivités et les habitants viennent maintenant prendre le relais. Et cette fois, le combat se compte non plus en heures, mais en années, en décennies et parfois en générations.




