đŸ”„Feux de forĂȘt : comment s’organise le COS, le chef d’orchestre qui dirige des centaines de pompiers face aux flammes ?

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Sur un incendie de forĂȘt, les flammes attirent naturellement tous les regards. Les Canadair qui Ă©copent Ă  toute vitesse, les CCFM qui progressent dans un nuage de poussiĂšre, les colonnes de fumĂ©e visibles Ă  plusieurs dizaines de kilomĂštres donnent souvent l’impression d’une bataille oĂč chacun agit de son cĂŽtĂ©. La rĂ©alitĂ© est tout autre. DerriĂšre chaque dĂ©cision, chaque dĂ©placement de vĂ©hicule, chaque largage aĂ©rien ou chaque Ă©vacuation se trouve une organisation extrĂȘmement rigoureuse. Au sommet de cette chaĂźne de commandement se trouve le COS, le Commandant des OpĂ©rations de Secours.

Son rĂŽle dĂ©passe largement celui d’un simple chef d’Ă©quipe. Il coordonne parfois plusieurs centaines de sapeurs-pompiers, des dizaines de vĂ©hicules, des avions bombardiers d’eau, des hĂ©licoptĂšres, des forces de sĂ©curitĂ©, des Ă©lus locaux, des forestiers, des gestionnaires de rĂ©seaux Ă©lectriques et de nombreuses autres structures. Lorsque plusieurs milliers d’hectares sont menacĂ©s, il devient le vĂ©ritable chef d’orchestre d’une opĂ©ration oĂč chaque minute compte.

Le grand public imagine souvent que le COS dirige directement tous les pompiers prĂ©sents sur le terrain. En rĂ©alitĂ©, l’organisation repose sur une chaĂźne hiĂ©rarchique extrĂȘmement structurĂ©e qui permet d’Ă©viter toute confusion. Plus un incendie devient important, plus cette organisation gagne en complexitĂ©.

En France, la fonction de COS est dĂ©finie par le Code gĂ©nĂ©ral des collectivitĂ©s territoriales ainsi que par la doctrine nationale de secours. DĂšs l’arrivĂ©e des premiers secours, un commandant des opĂ©rations est dĂ©signĂ©. Il dispose de l’autoritĂ© opĂ©rationnelle sur l’ensemble des moyens engagĂ©s pendant toute la durĂ©e de l’intervention.

Cette responsabilité est indépendante du grade administratif occupé au quotidien. Ce qui compte avant tout est la qualification opérationnelle et le niveau de commandement adapté à la situation.

Sur un petit dĂ©part de feu, le COS est souvent un chef d’agrĂšs, c’est-Ă -dire le responsable du premier camion arrivĂ© sur place. Si l’incendie prend de l’ampleur, le commandement est progressivement transfĂ©rĂ© Ă  un officier disposant d’une qualification supĂ©rieure.

Cette montĂ©e en puissance est parfaitement codifiĂ©e.Chaque changement de commandement s’effectue selon une procĂ©dure prĂ©cise afin que toutes les Ă©quipes sachent immĂ©diatement qui dirige les opĂ©rations.

Le transfert ne dure généralement que quelques minutes.Le nouveau COS reçoit un point complet sur la situation, les moyens engagés, les difficultés rencontrées, les risques identifiés et les objectifs déjà fixés.

Cette continuitĂ© du commandement Ă©vite toute perte d’information.Les grands feux de forĂȘt peuvent Ă©voluer extrĂȘmement rapidement.Un incendie parcourant seulement quelques hectares au dĂ©but d’aprĂšs-midi peut dĂ©passer plusieurs centaines d’hectares en quelques heures si le vent se renforce brutalement.

Dans ce contexte, le COS doit en permanence anticiper plusieurs scénarios.Son travail commence bien avant de donner les premiers ordres.DÚs son arrivée, il réalise ce que les pompiers appellent une reconnaissance.Cette phase paraßt simple mais elle constitue la base de toute la stratégie.

Le COS cherche Ă  rĂ©pondre Ă  plusieurs questions.Quelle est la superficie concernĂ©e ?.Quelle est la vitesse de propagation ?.Quelle est la direction du vent ?Quels sont les reliefs ?.Existe-t-il des habitations menacĂ©es ?.Les voies d’accĂšs sont-elles praticables ?.Quels moyens sont dĂ©jĂ  prĂ©sents ?.Les rĂ©serves d’eau sont-elles suffisantes ?.Des lignes Ă©lectriques traversent-elles le secteur ?.Des installations industrielles ou agricoles prĂ©sentent-elles un danger particulier ?

Pendant que ces informations sont collectées, les premiers engins commencent déjà à agir.Le COS doit donc analyser la situation tout en laissant les premiÚres équipes protéger les enjeux les plus immédiats.

L’un des grands principes de la doctrine française consiste Ă  attaquer le feu le plus tĂŽt possible.Les statistiques opĂ©rationnelles montrent qu’un dĂ©part de feu traitĂ© dans les toutes premiĂšres minutes possĂšde des probabilitĂ©s trĂšs Ă©levĂ©es d’ĂȘtre maĂźtrisĂ© avant qu’il ne prenne une ampleur importante.

À l’inverse, chaque minute gagnĂ©e par l’incendie augmente considĂ©rablement les difficultĂ©s.Le COS ne cherche donc pas uniquement Ă  Ă©teindre le feu.Il cherche surtout Ă  empĂȘcher qu’il change d’Ă©chelle.Cette diffĂ©rence est fondamentale.Sur un petit incendie, la prioritĂ© consiste souvent Ă  encercler rapidement les flammes.Sur un grand feu, l’objectif devient parfois de protĂ©ger les populations, ralentir la progression et prĂ©server certains secteurs stratĂ©giques.

Le commandement repose en permanence sur l’analyse des risques.Les pompiers utilisent une mĂ©thode simple mais extrĂȘmement efficace.Ils hiĂ©rarchisent les prioritĂ©s.Les vies humaines arrivent toujours en premiĂšre position.

Viennent ensuite les habitations.Puis les infrastructures sensibles.Enfin seulement la protection du massif forestier.Cette hiĂ©rarchie explique pourquoi certaines parcelles peuvent ĂȘtre volontairement abandonnĂ©es lorsque les conditions deviennent trop dangereuses.

Le COS refuse de mettre des Ă©quipages en danger pour sauver quelques hectares de forĂȘt.Cette rĂšgle, parfois mal comprise par le public, a permis de rĂ©duire considĂ©rablement les accidents mortels parmi les intervenants.Les moyens engagĂ©s Ă©voluent progressivement selon la gravitĂ©.

Un simple CCFM peut suffire au dĂ©part.Puis arrivent d’autres camions.Ensuite des groupes d’intervention.Puis des colonnes complĂštes.Enfin les moyens nationaux.Chaque renfort rĂ©pond Ă  une logique prĂ©cise.

Le COS ne demande jamais des moyens « au hasard ».Chaque vĂ©hicule possĂšde une mission.Chaque Ă©quipage reçoit un secteur.Chaque chef connaĂźt son objectif.Cette organisation Ă©vite que plusieurs camions interviennent inutilement au mĂȘme endroit pendant que d’autres zones restent sans protection.Lorsque les premiers renforts arrivent, le COS commence Ă  structurer le terrain.

L’incendie est dĂ©coupĂ© en plusieurs zones opĂ©rationnelles.Chaque secteur possĂšde un responsable.Ces chefs de secteur rendent directement compte au COS.Cette organisation permet au commandant de conserver une vision globale sans avoir Ă  gĂ©rer individuellement plusieurs dizaines de vĂ©hicules.

Les transmissions jouent alors un rĂŽle majeur.Chaque ordre doit ĂȘtre compris immĂ©diatement.Chaque information importante doit remonter rapidement.Les radios opĂ©rationnelles utilisent une phrasĂ©ologie normalisĂ©e afin d’Ă©viter toute ambiguĂŻtĂ©.

Les messages restent courts.Précis.Factuels.Sur un incendie mobilisant plusieurs centaines de personnes, une mauvaise compréhension peut entraßner des conséquences importantes.Les nouvelles technologies ont profondément transformé le travail du COS.

Autrefois, la plupart des dĂ©cisions reposaient essentiellement sur les cartes papier, les observations visuelles et les comptes rendus radio.Aujourd’hui, les postes de commandement disposent de vĂ©ritables outils d’aide Ă  la dĂ©cision.Les vĂ©hicules de commandement sont Ă©quipĂ©s d’ordinateurs reliĂ©s aux systĂšmes cartographiques dĂ©partementaux.Les cartes affichent les pistes DFCI, les points d’eau, les reliefs, les lignes Ă©lectriques, les habitations isolĂ©es, les zones dĂ©broussaillĂ©es et parfois mĂȘme la position GPS des principaux vĂ©hicules engagĂ©s.

Le COS peut ainsi suivre presque en temps réel le déploiement des moyens.Les drones constituent également une aide précieuse.Quelques minutes aprÚs leur décollage, ils transmettent des images thermiques montrant les secteurs les plus actifs.Ils repÚrent les reprises.

Ils suivent la progression du front.Ils localisent les sauts de feu provoqués par les braises.Cette vision aérienne complÚte celle des équipages au sol.Le COS ne travaille jamais seul.Autour de lui se met progressivement en place une véritable équipe de commandement.

Un officier peut ĂȘtre chargĂ© uniquement des transmissions.Un autre suit la logistique.Un troisiĂšme coordonne les moyens aĂ©riens.Un quatriĂšme prĂ©pare les relĂšves.Cette organisation devient indispensable dĂšs que plusieurs dizaines de vĂ©hicules sont engagĂ©s.

La fatigue constitue d’ailleurs un paramĂštre que le COS surveille constamment.Un feu de forĂȘt peut durer plusieurs heures.Parfois plusieurs jours.Les Ă©quipages doivent ĂȘtre relevĂ©s rĂ©guliĂšrement.

Les temps de repos sont planifiĂ©s.Les ravitaillements sont organisĂ©s.L’eau potable, l’alimentation, le carburant et les Ă©quipements de rechange deviennent rapidement une prĂ©occupation majeure.

Sur les plus grands incendies français, plusieurs centaines de repas peuvent ĂȘtre distribuĂ©s quotidiennement aux intervenants.Le COS doit Ă©galement tenir compte des conditions mĂ©tĂ©orologiques.

Une variation de vent de seulement vingt degrés peut modifier totalement la trajectoire du feu.Une augmentation de la vitesse du vent de 20 à 40 km/h peut multiplier la vitesse de propagation.

L’humiditĂ© de l’air influence Ă©galement le comportement de la vĂ©gĂ©tation.Toutes ces informations sont analysĂ©es en permanence avec les prĂ©visionnistes spĂ©cialisĂ©s.Le relief ajoute une difficultĂ© supplĂ©mentaire.

Un feu progresse gĂ©nĂ©ralement plus rapidement en montĂ©e qu’en descente.Les flammes prĂ©chauffent naturellement la vĂ©gĂ©tation situĂ©e au-dessus d’elles.Dans certaines fortes pentes, cette accĂ©lĂ©ration devient spectaculaire.Le COS adapte donc constamment son dispositif.La sĂ©curitĂ© des intervenants reste sa responsabilitĂ© permanente.

Chaque dĂ©cision est Ă©valuĂ©e selon le bĂ©nĂ©fice attendu et le risque encouru.Si un secteur devient trop dangereux en raison d’un changement brutal de vent, d’un risque d’encerclement ou d’un embrasement gĂ©nĂ©ralisĂ©, les Ă©quipes sont immĂ©diatement retirĂ©es.Les pompiers disposent de procĂ©dures d’urgence trĂšs prĂ©cises pour quitter rapidement une zone menacĂ©e.

Cette culture de la sĂ©curitĂ© est devenue encore plus forte aprĂšs plusieurs accidents dramatiques survenus dans diffĂ©rents pays lors de grands incendies.Le commandement moderne repose dĂ©sormais autant sur la protection des intervenants que sur l’efficacitĂ© de la lutte.

Au fil des annĂ©es, le mĂ©tier de COS s’est considĂ©rablement professionnalisĂ©.Les officiers suivent des formations spĂ©cifiques en gestion de crise, en comportement des feux de vĂ©gĂ©tation, en mĂ©tĂ©orologie opĂ©rationnelle, en cartographie numĂ©rique et en management des opĂ©rations complexes.

Ils participent Ă©galement Ă  des exercices grandeur nature simulant des incendies mobilisant plusieurs centaines de personnels.Ces entraĂźnements permettent de tester les procĂ©dures avant qu’une vĂ©ritable crise ne survienne.

Sur un grand incendie estival, le public voit surtout les flammes et les moyens aĂ©riens. Pourtant, le succĂšs de l’intervention dĂ©pend souvent de dĂ©cisions prises plusieurs kilomĂštres en arriĂšre du front de feu, dans un vĂ©hicule de commandement oĂč cartes, radios, Ă©crans et prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques sont analysĂ©s en permanence. C’est lĂ  que le COS construit sa stratĂ©gie, adapte les moyens et prĂ©pare dĂ©jĂ  les heures suivantes, car un feu de forĂȘt ne laisse jamais beaucoup de temps Ă  l’improvisation.

À mesure que l’incendie grandit, le travail du Commandant des OpĂ©rations de Secours change complĂštement de dimension. Au dĂ©part, quelques vĂ©hicules interviennent sur un foyer limitĂ© et le chef d’agrĂšs garde facilement une vision d’ensemble. Mais lorsque le feu franchit plusieurs dizaines d’hectares, menace plusieurs communes ou mobilise des centaines de sapeurs-pompiers, une organisation beaucoup plus Ă©laborĂ©e devient indispensable. Le COS ne peut plus tout voir, tout entendre et tout dĂ©cider seul. Il met alors en place une vĂ©ritable architecture opĂ©rationnelle oĂč chaque responsable connaĂźt exactement son secteur d’action.

La premiĂšre dĂ©cision consiste gĂ©nĂ©ralement Ă  dĂ©couper l’incendie en plusieurs zones gĂ©ographiques. Ce dĂ©coupage rĂ©pond Ă  une logique simple : plus le terrain est vaste, plus il devient difficile pour une seule personne de suivre simultanĂ©ment tous les mouvements des flammes.

Le feu est donc partagĂ© en secteurs opĂ©rationnels.Chaque secteur reçoit un chef.Ce responsable devient l’interlocuteur direct du COS.Il suit l’Ă©volution de son pĂ©rimĂštre, rĂ©partit les engins, transmet les demandes de renforts et rend compte rĂ©guliĂšrement de la situation.Cette mĂ©thode prĂ©sente plusieurs avantages.

Elle rĂ©duit le nombre d’informations arrivant directement au COS.Elle accĂ©lĂšre les prises de dĂ©cision.Elle limite Ă©galement les erreurs de transmission.Sur un incendie important, plusieurs secteurs peuvent ĂȘtre créés simultanĂ©ment.On retrouve souvent un secteur « tĂȘte de feu », correspondant Ă  la partie la plus active de l’incendie.

Un autre couvre les flancs.Un troisiĂšme surveille l’arriĂšre du feu afin de traiter les reprises.D’autres secteurs peuvent ĂȘtre créés autour des zones habitĂ©es ou des infrastructures sensibles.

Le découpage reste totalement adaptable.

Si le vent change brutalement, le COS peut modifier cette organisation en quelques minutes.Les chefs de secteur disposent eux-mĂȘmes d’une Ă©quipe de commandement.Ils suivent la progression des engins, rĂ©partissent les missions et ajustent les dispositifs selon les ordres reçus.

Cette structure hiĂ©rarchique Ă©vite que plusieurs dizaines de vĂ©hicules demandent directement des instructions au poste de commandement principal.Dans le mĂȘme temps, les unitĂ©s engagĂ©es sont regroupĂ©es selon leur niveau d’organisation.L’unitĂ© de base reste le CCFM, le Camion-Citerne Feux de ForĂȘt.

Avec son Ă©quipage de quatre ou cinq sapeurs-pompiers selon les dĂ©partements, il constitue l’outil principal de la lutte terrestre.Plusieurs CCFM sont ensuite rĂ©unis au sein d’un groupe.Le groupe permet d’obtenir une puissance d’attaque beaucoup plus importante.Le chef de groupe coordonne gĂ©nĂ©ralement plusieurs dizaines de personnels.Au-dessus vient la colonne.

Une colonne feux de forĂȘt regroupe plusieurs groupes sous un commandement unique.Selon les doctrines dĂ©partementales et les missions, une colonne de renfort comprend souvent une vingtaine Ă  une trentaine de vĂ©hicules, dont une majoritĂ© de CCFM, mais Ă©galement des vĂ©hicules de commandement, de logistique, de soutien sanitaire ou de maintenance.

Les effectifs dépassent fréquemment 70 à 100 sapeurs-pompiers.Lors des grands incendies estivaux, plusieurs colonnes venues de départements différents peuvent intervenir simultanément.

Le COS doit alors gĂ©rer une vĂ©ritable mosaĂŻque d’unitĂ©s provenant parfois de toute la France.Chaque colonne conserve son chef.Celui-ci reçoit une mission prĂ©cise.ProtĂ©ger un village.DĂ©fendre une ligne de crĂȘte.Stopper une progression.Traiter les lisiĂšres.Ou encore assurer les opĂ©rations de noyage aprĂšs le passage des flammes.Cette organisation hiĂ©rarchisĂ©e limite les risques de saturation radio.Le COS transmet ses objectifs aux chefs de colonne.Les chefs de colonne rĂ©partissent ensuite les missions entre les groupes.

Les groupes dirigent les diffĂ©rents CCFM.L’information descend rapidement.Les comptes rendus remontent selon le mĂȘme principe.Cette mĂ©thode est directement inspirĂ©e des grands systĂšmes de gestion de crise utilisĂ©s dans de nombreux pays.

Le poste de commandement, souvent appelĂ© PC de site, devient progressivement le cerveau de toute l’opĂ©ration.Son implantation n’est jamais choisie au hasard.Le COS recherche un emplacement offrant plusieurs avantages.Une bonne visibilitĂ©.Une sĂ©curitĂ© suffisante.Un accĂšs facile.La possibilitĂ© d’accueillir les renforts.Une couverture radio correcte.

Et suffisamment d’espace pour installer les diffĂ©rents vĂ©hicules de commandement.Le poste de commandement peut ĂȘtre installĂ© dans un vĂ©hicule spĂ©cialisĂ©.Certains SDIS disposent de vĂ©ritables PC mobiles dĂ©ployables en quelques minutes.Ces vĂ©hicules embarquent des moyens informatiques puissants, plusieurs rĂ©seaux radio, des systĂšmes de cartographie numĂ©rique, des Ă©crans gĂ©ants et parfois mĂȘme des stations mĂ©tĂ©orologiques portables.

Lorsque l’intervention dure plusieurs jours, le PC prend parfois l’allure d’une petite base opĂ©rationnelle.Des tentes sont montĂ©es.Des groupes Ă©lectrogĂšnes assurent l’alimentation Ă©lectrique.

Des antennes supplĂ©mentaires amĂ©liorent les communications.Des espaces sont rĂ©servĂ©s aux rĂ©unions tactiques.Le COS rĂ©unit rĂ©guliĂšrement ses principaux collaborateurs.Ces points de situation permettent d’actualiser les informations.La superficie parcourue.Les secteurs les plus actifs.Les moyens disponibles.Les renforts attendus.Les difficultĂ©s rencontrĂ©es.Les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques.Les objectifs des prochaines heures.Chaque dĂ©cision importante est ensuite diffusĂ©e Ă  l’ensemble des responsables de terrain.

Les communications reprĂ©sentent un enjeu majeur.Lors d’un grand incendie, plusieurs centaines de messages radio peuvent ĂȘtre Ă©changĂ©s chaque heure.Sans discipline, les frĂ©quences deviendraient rapidement inutilisables.Les procĂ©dures imposent donc une grande rigueur.Les messages commencent par l’identification de l’Ă©metteur.

Ils prĂ©cisent ensuite le destinataire.Puis viennent les informations essentielles.Cette mĂ©thode Ă©vite les confusions.Les rĂ©seaux numĂ©riques modernes ont considĂ©rablement amĂ©liorĂ© la qualitĂ© des Ă©changes.Les systĂšmes ANTARES, progressivement remplacĂ©s par le futur rĂ©seau national RRF, permettent des communications sĂ©curisĂ©es, mĂȘme lors d’opĂ©rations de trĂšs grande ampleur.

En parallĂšle, le dispositif FENICS peut ĂȘtre dĂ©ployĂ© lorsque les infrastructures de tĂ©lĂ©communications classiques sont dĂ©gradĂ©es ou saturĂ©es, afin de maintenir les Ă©changes entre les diffĂ©rents acteurs des secours.

La coordination avec les moyens aĂ©riens constitue une autre responsabilitĂ© du COS.Contrairement Ă  une idĂ©e rĂ©pandue, un Canadair ou un Dash ne choisit jamais seul l’endroit oĂč il largue son chargement.Chaque mission fait l’objet d’une coordination trĂšs prĂ©cise.

Le COS exprime son besoin.Un officier spĂ©cialisĂ© assure la liaison avec les Ă©quipages.Les pilotes reçoivent ensuite leurs objectifs.Le largage doit tenir compte de nombreux paramĂštres.La position des Ă©quipes au sol.La direction du vent.Le relief.La prĂ©sence Ă©ventuelle de lignes Ă©lectriques.La visibilitĂ©.La proximitĂ© des habitations.Le risque de projection d’eau ou de retardant sur les intervenants.

Lorsque plusieurs avions travaillent simultanĂ©ment, leur circulation aĂ©rienne est elle aussi organisĂ©e avec prĂ©cision.Un incendie majeur peut voir intervenir plusieurs Canadair, un Dash, des hĂ©licoptĂšres bombardiers d’eau et des appareils de reconnaissance.

Le ballet aĂ©rien impressionne souvent les observateurs.En rĂ©alitĂ©, chaque rotation est planifiĂ©e afin d’Ă©viter tout conflit entre les aĂ©ronefs.Pendant que les moyens aĂ©riens attaquent la tĂȘte du feu, les unitĂ©s terrestres poursuivent leur travail.Le COS veille constamment Ă  la complĂ©mentaritĂ© entre ces deux composantes.L’eau larguĂ©e depuis les airs rĂ©duit momentanĂ©ment l’intensitĂ© des flammes.

Les CCFM profitent alors de cette baisse de puissance pour progresser et terminer l’extinction.Sans cette coordination, une partie de l’efficacitĂ© des largages serait perdue.La gestion des renforts constitue Ă©galement un exercice dĂ©licat.

Au plus fort de la saison estivale, plusieurs incendies peuvent Ă©clater simultanĂ©ment dans diffĂ©rentes rĂ©gions.Le COS ne peut donc pas demander indĂ©finiment de nouveaux moyens.Chaque demande est analysĂ©e avec le Centre OpĂ©rationnel DĂ©partemental d’Incendie et de Secours, le CODIS.

Lorsque les capacités départementales approchent de leurs limites, les renforts zonaux ou nationaux sont sollicités.Les colonnes arrivent parfois aprÚs plusieurs heures de route.Leur accueil est entiÚrement organisé.

DÚs leur arrivée, elles passent par un point de regroupement.Leur chef reçoit un briefing.Les cartes sont mises à jour.Les fréquences radio sont communiquées.Les itinéraires sont précisés.Les consignes de sécurité sont rappelées.Ce temps de préparation paraßt parfois long.

Il Ă©vite pourtant des erreurs qui pourraient avoir de lourdes consĂ©quences sur le terrain.Le COS doit Ă©galement penser Ă  la logistique.Plus un incendie dure, plus les besoins augmentent.Un CCFM consomme plusieurs dizaines de litres de carburant au cours d’une intervention prolongĂ©e.

Les motopompes nĂ©cessitent Ă©galement du carburant.Les vĂ©hicules doivent parfois refaire le plein plusieurs fois par jour.Les Ă©quipages doivent boire rĂ©guliĂšrement.Lors d’une journĂ©e caniculaire, un sapeur-pompier engagĂ© en attaque directe peut perdre plusieurs litres d’eau par transpiration.

Les repas sont acheminĂ©s sur le terrain.Des Ă©quipes logistiques assurent l’approvisionnement en eau potable, en alimentation et en Ă©quipements de remplacement.Le soutien sanitaire accompagne lui aussi les opĂ©rations.Des postes mĂ©dicaux avancĂ©s peuvent ĂȘtre installĂ©s Ă  proximitĂ© du poste de commandement.

Ils prennent en charge les blessures, les coups de chaleur, les intoxications par les fumées ou les malaises liés à la fatigue.Le COS suit ces aspects avec une grande attention.Un personnel fatigué ou déshydraté devient plus vulnérable face aux dangers du feu.Enfin, la coopération avec les autres services représente une composante permanente du commandement.

Les forces de sĂ©curitĂ© sĂ©curisent les routes et organisent les Ă©vacuations.Les communes ouvrent parfois des centres d’accueil.Les gestionnaires des rĂ©seaux Ă©lectriques mettent hors tension certaines lignes.Les forestiers renseignent les pistes DFCI, les points d’eau et la nature des peuplements.

Les services mĂ©tĂ©orologiques fournissent des prĂ©visions actualisĂ©es plusieurs fois par jour.Le COS rassemble toutes ces informations afin de construire une stratĂ©gie cohĂ©rente.Plus l’incendie grandit, plus cette coordination devient dĂ©terminante.

Sur les plus grands feux ayant frappĂ© le sud de la France au cours des derniĂšres dĂ©cennies, plusieurs centaines de vĂ©hicules, plusieurs milliers de sapeurs-pompiers et de nombreux partenaires institutionnels ont parfois travaillĂ© simultanĂ©ment sous une organisation unique. Cette capacitĂ© Ă  transformer un ensemble de moyens trĂšs diffĂ©rents en une force coordonnĂ©e constitue l’une des plus grandes rĂ©ussites de la doctrine française de lutte contre les feux de forĂȘt.

Au cours des vingt derniĂšres annĂ©es, le travail du Commandant des OpĂ©rations de Secours a profondĂ©ment Ă©voluĂ©. Le principe de commandement reste identique, mais les outils disponibles n’ont plus grand-chose Ă  voir avec ceux utilisĂ©s dans les annĂ©es 1980 ou 1990. À cette Ă©poque, les cartes papier, les comptes rendus radio et l’observation visuelle constituaient les principales sources d’information. Aujourd’hui, le COS dispose d’une vĂ©ritable salle de contrĂŽle mobile oĂč convergent des donnĂ©es mĂ©tĂ©orologiques, cartographiques, thermiques et opĂ©rationnelles en temps rĂ©el. L’objectif n’est pas de remplacer l’expĂ©rience du terrain, mais de lui apporter une vision globale que l’Ɠil humain ne peut pas toujours obtenir.

La cartographie numĂ©rique reprĂ©sente probablement l’Ă©volution la plus spectaculaire.

Chaque vĂ©hicule de commandement est dĂ©sormais Ă©quipĂ© de systĂšmes informatiques affichant des cartes extrĂȘmement dĂ©taillĂ©es. Les pistes DFCI, les points d’eau, les rĂ©serves incendie, les pare-feux, les reliefs, les lignes Ă©lectriques, les habitations isolĂ©es, les exploitations agricoles ou encore les zones sensibles apparaissent instantanĂ©ment.

Le COS peut ainsi visualiser la totalitĂ© du massif concernĂ© sans avoir Ă  consulter plusieurs cartes diffĂ©rentes.Cette cartographie dynamique Ă©volue en permanence.Les informations remontĂ©es par les chefs de secteur permettent d’actualiser le contour du feu.

Les zones déjà traitées sont identifiées.Les secteurs encore actifs apparaissent immédiatement.Les nouvelles reconnaissances modifient réguliÚrement les estimations de superficie.Cette mise à jour permanente facilite considérablement la prise de décision.

La gĂ©olocalisation des moyens constitue un autre progrĂšs majeur.De nombreux SDIS Ă©quipent dĂ©sormais leurs vĂ©hicules d’un systĂšme GPS permettant de connaĂźtre leur position presque en temps rĂ©el.Le COS visualise rapidement oĂč se trouvent les colonnes engagĂ©es.

Il peut vĂ©rifier qu’un secteur est correctement couvert.Il identifie immĂ©diatement les engins disponibles pour renforcer un point sensible.Autrefois, cette recherche nĂ©cessitait plusieurs Ă©changes radio.Aujourd’hui, quelques secondes suffisent souvent.Les drones sont devenus des partenaires incontournables.Leur utilisation ne cesse de progresser.

Contrairement Ă  un hĂ©licoptĂšre, un drone peut dĂ©coller trĂšs rapidement, voler Ă  basse altitude et transmettre une image extrĂȘmement prĂ©cise.Les appareils actuellement utilisĂ©s par les SDIS embarquent gĂ©nĂ©ralement des camĂ©ras haute dĂ©finition ainsi que des capteurs thermiques.Ces derniers dĂ©tectent les diffĂ©rences de tempĂ©rature invisibles Ă  l’Ɠil nu.

MĂȘme lorsqu’un incendie paraĂźt stabilisĂ©, les camĂ©ras infrarouges mettent en Ă©vidence les secteurs encore trĂšs chauds.Le COS peut alors concentrer les moyens exactement lĂ  oĂč ils seront les plus efficaces.Les drones servent Ă©galement pendant les reconnaissances.Ils survolent les tĂȘtes de feu.Ils contrĂŽlent les flancs.Ils recherchent les dĂ©parts secondaires provoquĂ©s par les projections de braises.Ils vĂ©rifient l’Ă©tat des pistes d’accĂšs.Ils observent les secteurs trop dangereux pour les Ă©quipes terrestres.Cette capacitĂ© rĂ©duit fortement les risques pour les intervenants.Les images sont retransmises directement au poste de commandement.Le COS ne dĂ©pend donc plus uniquement des comptes rendus radio.Il voit lui-mĂȘme l’Ă©volution du sinistre.

Cette vision directe amĂ©liore considĂ©rablement la qualitĂ© des dĂ©cisions.La mĂ©tĂ©orologie opĂ©rationnelle occupe une place tout aussi importante.Un feu de forĂȘt ne rĂ©agit jamais de maniĂšre constante.Une variation de vent de quelques kilomĂštres par heure peut modifier complĂštement la vitesse de propagation.

Une rotation du vent de vingt ou trente degrĂ©s suffit parfois Ă  menacer un secteur jusque-lĂ  considĂ©rĂ© comme sĂ©curisĂ©.Le COS suit donc en permanence les prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques.Les informations concernent naturellement la vitesse du vent.Mais elles portent Ă©galement sur son orientation.La tempĂ©rature.L’humiditĂ© relative.La stabilitĂ© atmosphĂ©rique.Le risque d’orages secs.Les inversions thermiques.Les effets liĂ©s au relief.

Les vallĂ©es, les crĂȘtes ou les couloirs naturels peuvent accĂ©lĂ©rer localement les vents.Les incendies dĂ©veloppent parfois leur propre circulation d’air.Cette interaction entre la mĂ©tĂ©o et le feu fait l’objet d’analyses permanentes.Les spĂ©cialistes du comportement des incendies utilisent des modĂšles numĂ©riques de propagation.Ces logiciels prennent en compte plusieurs dizaines de paramĂštres.La pente.La nature des vĂ©gĂ©taux.Leur humiditĂ©.La vitesse du vent.La tempĂ©rature.L’exposition des versants.Les coupures de combustible.Le modĂšle calcule ensuite les directions de propagation les plus probables.Le COS n’applique jamais ces rĂ©sultats aveuglĂ©ment.Ils constituent une aide supplĂ©mentaire.L’expĂ©rience humaine reste toujours prioritaire.

Les satellites participent Ă©galement au dispositif.Ils fournissent une vision d’ensemble particuliĂšrement utile sur les incendies couvrant plusieurs milliers d’hectares.Les anomalies thermiques sont dĂ©tectĂ©es.Les contours du feu peuvent ĂȘtre affinĂ©s.Les observations complĂštent celles rĂ©alisĂ©es par les drones et les moyens aĂ©riens.Les communications reprĂ©sentent un domaine oĂč les progrĂšs technologiques ont profondĂ©ment modifiĂ© le commandement.

Les rĂ©seaux radio numĂ©riques offrent une qualitĂ© de transmission bien supĂ©rieure aux anciens systĂšmes analogiques.Les Ă©changes restent audibles malgrĂ© la distance.Les communications sont sĂ©curisĂ©es.Les risques d’interfĂ©rences diminuent fortement.Lorsque plusieurs centaines d’utilisateurs communiquent simultanĂ©ment, une organisation rigoureuse demeure indispensable.

Chaque niveau hiérarchique dispose de ses propres canaux.Les chefs de secteur utilisent une fréquence.Les chefs de colonne une autre.Le poste de commandement conserve ses propres réseaux.Cette répartition évite la saturation.

Les solutions de secours restent prĂ©vues.Si une infrastructure de communication est endommagĂ©e, des dispositifs mobiles peuvent ĂȘtre dĂ©ployĂ©s rapidement afin de maintenir les Ă©changes.Les grands incendies rĂ©cents ont montrĂ© que la rĂ©silience des rĂ©seaux de communication devient un facteur dĂ©terminant.

Le COS suit Ă©galement les ressources disponibles.Chaque CCFM transporte gĂ©nĂ©ralement entre 3 000 et 6 000 litres d’eau.Chaque citerne DFCI possĂšde une capacitĂ© connue.Chaque point de ravitaillement est cartographiĂ©.

Le commandement doit Ă©viter qu’un secteur se retrouve momentanĂ©ment sans rĂ©serve d’eau.Cette gestion logistique est souvent invisible pour le public.Elle conditionne pourtant l’efficacitĂ© des attaques.Les rotations des Ă©quipages sont elles aussi planifiĂ©es.Un incendie majeur peut durer plusieurs jours.Les personnels doivent ĂȘtre relevĂ©s.Les vĂ©hicules entretenus.Les Ă©quipements remplacĂ©s.Les appareils respiratoires contrĂŽlĂ©s.Les niveaux de carburant surveillĂ©s.

Les pneumatiques inspectĂ©s aprĂšs des dizaines de kilomĂštres parcourus sur des pistes parfois trĂšs dĂ©gradĂ©es.Le COS travaille en Ă©troite collaboration avec les Ă©quipes logistiques afin que les unitĂ©s opĂ©rationnelles restent disponibles.Les retours d’expĂ©rience, plus connus sous l’acronyme RETEX, occupent une place trĂšs importante.

AprÚs chaque grand incendie, les responsables analysent minutieusement le déroulement des opérations.Quels choix ont permis de gagner du temps ?.Quels secteurs ont posé des difficultés ?

Les transmissions étaient-elles adaptées ?.Les renforts sont-ils arrivés suffisamment tÎt ?.Les moyens aériens ont-ils été engagés au meilleur moment ?

Ces analyses donnent parfois lieu Ă  des modifications importantes de la doctrine opĂ©rationnelle.Les grands incendies des Landes, de Gironde, du Var ou des PyrĂ©nĂ©es-Orientales ont permis d’amĂ©liorer de nombreuses procĂ©dures aujourd’hui appliquĂ©es partout en France.Les simulations informatiques deviennent elles aussi de plus en plus sophistiquĂ©es.

Les officiers s’entraĂźnent rĂ©guliĂšrement sur des logiciels reproduisant des incendies trĂšs rĂ©alistes.Le vent Ă©volue.Le relief influence la propagation.Les moyens arrivent progressivement.Le COS virtuel doit prendre ses dĂ©cisions comme sur un vĂ©ritable feu.Ces exercices permettent d’acquĂ©rir de l’expĂ©rience sans attendre une crise rĂ©elle.

Les formations des futurs COS sont particuliĂšrement exigeantes.Avant d’assumer le commandement d’un grand feu de forĂȘt, un officier suit plusieurs niveaux de qualification.Il Ă©tudie le comportement des incendies.La mĂ©tĂ©orologie.La gestion des risques.Le commandement opĂ©rationnel.La sĂ©curitĂ© des personnels.La coordination interservices.La communication de crise.La gestion des moyens aĂ©riens.La planification logistique.

Ces formations alternent cours thĂ©oriques et exercices de terrain.Les mises en situation mobilisent parfois plusieurs centaines de figurants et plusieurs dizaines de vĂ©hicules.Les budgets consacrĂ©s Ă  ces entraĂźnements sont importants.Organiser un exercice dĂ©partemental mobilisant une centaine d’engins reprĂ©sente souvent plusieurs dizaines de milliers d’euros lorsqu’on prend en compte le carburant, les dĂ©placements, la logistique, les consommables et l’encadrement.

Cet investissement reste largement infĂ©rieur au coĂ»t d’une mauvaise coordination lors d’un incendie majeur.

Le coĂ»t d’un grand feu peut atteindre plusieurs dizaines de millions d’euros si l’on additionne les moyens engagĂ©s, les dĂ©gĂąts forestiers, les pertes Ă©conomiques, les infrastructures dĂ©truites et les opĂ©rations de remise en Ă©tat.Dans ce contexte, quelques dĂ©cisions pertinentes prises au bon moment peuvent Ă©viter des consĂ©quences considĂ©rables.

Le COS doit également composer avec une pression psychologique permanente.

Pendant plusieurs heures, parfois plusieurs jours, il prend des dĂ©cisions qui concernent simultanĂ©ment la sĂ©curitĂ© des habitants, celle des intervenants, la protection des biens et l’utilisation de moyens extrĂȘmement coĂ»teux.

Chaque ordre peut avoir des consĂ©quences immĂ©diates.Pour limiter les erreurs, les dĂ©cisions importantes sont souvent discutĂ©es avec les principaux officiers prĂ©sents au poste de commandement.Cette rĂ©flexion collective constitue une garantie supplĂ©mentaire.L’expĂ©rience joue enfin un rĂŽle irremplaçable.

Aucun logiciel ne remplace plusieurs dizaines d’annĂ©es passĂ©es Ă  observer les rĂ©actions d’un incendie face au vent, Ă  la pente ou Ă  la sĂ©cheresse.Les officiers les plus expĂ©rimentĂ©s dĂ©veloppent une vĂ©ritable capacitĂ© d’anticipation.Ils remarquent certains indices presque imperceptibles.

Une fumée qui change de couleur.Une accélération du vent.Une modification du panache.Une hausse brutale des températures.Autant de signaux qui annoncent parfois une évolution rapide du comportement du feu.

Le mĂ©tier de COS est ainsi devenu un Ă©quilibre permanent entre la technologie la plus moderne et l’expĂ©rience acquise sur le terrain. Les ordinateurs, les drones, les satellites, les modĂšles numĂ©riques ou les rĂ©seaux radio apportent une masse considĂ©rable d’informations, mais la dĂ©cision finale reste toujours humaine. C’est prĂ©cisĂ©ment cette combinaison entre savoir-faire, prĂ©paration et outils de haute technologie qui permet aujourd’hui de gĂ©rer des incendies mobilisant plusieurs milliers d’intervenants sans perdre la maĂźtrise de l’organisation.

Lorsque les mĂ©dias Ă©voquent un incendie ayant parcouru plusieurs milliers d’hectares, ils parlent souvent du nombre de pompiers mobilisĂ©s, des Canadair, des Dash, des hĂ©licoptĂšres ou encore des Ă©vacuations de population. Pourtant, derriĂšre cette mobilisation spectaculaire se cache une organisation oĂč rien n’est laissĂ© au hasard. À partir d’un certain niveau de gravitĂ©, le COS ne dirige plus uniquement une opĂ©ration d’extinction. Il pilote une vĂ©ritable gestion de crise oĂč interviennent simultanĂ©ment des services de secours, des forces de sĂ©curitĂ©, des collectivitĂ©s territoriales, des gestionnaires d’infrastructures, des opĂ©rateurs de rĂ©seaux, des services sanitaires et les autoritĂ©s prĂ©fectorales.

Il est important de distinguer les responsabilitĂ©s.Le COS reste exclusivement responsable de la conduite des opĂ©rations de secours.Le prĂ©fet, quant Ă  lui, assure la direction gĂ©nĂ©rale de la crise lorsqu’elle dĂ©passe le cadre habituel ou menace directement les populations.Cette rĂ©partition Ă©vite les confusions.

Le prĂ©fet dĂ©cide par exemple de l’Ă©vacuation d’une commune, de la fermeture d’une autoroute ou de la mobilisation de moyens nationaux supplĂ©mentaires.Le COS indique les secteurs devenus dangereux, les dĂ©lais disponibles et les consĂ©quences possibles sur le terrain.Les deux travaillent donc en permanence de maniĂšre complĂ©mentaire.

Lorsque la situation devient exceptionnelle, un Centre Opérationnel Départemental est activé en préfecture.Les informations remontent réguliÚrement depuis le poste de commandement installé au plus prÚs du feu.

Les dĂ©cisions administratives peuvent ainsi ĂȘtre prises rapidement.Cette organisation prend toute son importance lorsqu’un incendie menace simultanĂ©ment plusieurs communes.Les maires demeurent responsables de la sĂ©curitĂ© sur leur territoire.

Ils Ă©changent rĂ©guliĂšrement avec le prĂ©fet et avec le COS afin d’organiser les Ă©vacuations, les centres d’accueil, les restrictions de circulation ou les mesures de protection des habitants.Sur le terrain, le COS garde nĂ©anmoins une prioritĂ© absolue : assurer la sĂ©curitĂ© des personnels engagĂ©s.

Cette responsabilitĂ© dĂ©passe largement la seule lutte contre les flammes.Les risques sont nombreux.Les arbres fragilisĂ©s peuvent s’effondrer plusieurs heures aprĂšs leur combustion.Les blocs rocheux chauffĂ©s Ă©clatent parfois brutalement.

Les fumĂ©es rĂ©duisent fortement la visibilitĂ©.Les pistes deviennent glissantes sous l’effet des cendres.Les vĂ©hicules lourds Ă©voluent sur des terrains parfois instables.Les changements mĂ©tĂ©orologiques peuvent transformer un secteur relativement calme en piĂšge en quelques minutes.

Le phĂ©nomĂšne d’embrasement gĂ©nĂ©ralisĂ© constitue l’une des situations les plus redoutĂ©es.Lorsque les conditions deviennent extrĂȘmes, l’ensemble de la vĂ©gĂ©tation peut s’enflammer presque simultanĂ©ment.La puissance thermique augmente alors trĂšs rapidement.

La température dépasse localement plusieurs centaines de degrés.Les flammes prennent plusieurs dizaines de mÚtres de hauteur.Dans une telle situation, aucun véhicule terrestre ne peut poursuivre une attaque directe.Le COS ordonne immédiatement le repli.Cette capacité à interrompre une offensive fait partie intégrante du commandement.

Renoncer temporairement n’est jamais un Ă©chec.Il s’agit souvent de la meilleure dĂ©cision possible pour prĂ©server les Ă©quipes.Le facteur humain occupe une place centrale.Pendant une campagne estivale particuliĂšrement intense, certains officiers enchaĂźnent plusieurs semaines d’interventions.

La fatigue mentale devient aussi importante que la fatigue physique.Le COS doit conserver une vision lucide malgrĂ© des journĂ©es qui dĂ©passent parfois quinze heures.Les relĂšves concernent donc Ă©galement les responsables du commandement.Un officier reposĂ© prendra de meilleures dĂ©cisions qu’un responsable Ă©puisĂ©.

Les retours d’expĂ©rience montrent que la qualitĂ© du commandement dĂ©pend directement de cette gestion de la fatigue.L’Ă©volution climatique complique progressivement la mission.Les pĂ©riodes de sĂ©cheresse deviennent plus longues.

Les vĂ©gĂ©taux restent inflammables pendant davantage de semaines.Les Ă©pisodes de vent violent associĂ©s aux fortes chaleurs augmentent les risques de propagation rapide.Dans certaines rĂ©gions françaises, la saison opĂ©rationnelle qui se concentrait autrefois sur deux ou trois mois s’Ă©tend dĂ©sormais sur une pĂ©riode beaucoup plus longue.

Le COS doit donc gĂ©rer des dispositifs prĂ©ventifs plus frĂ©quents et des moyens prĂ©positionnĂ©s sur des secteurs sensibles.Les grands incendies de Gironde en 2022 illustrent parfaitement cette Ă©volution.Plus de 30 000 hectares de forĂȘt ont Ă©tĂ© parcourus par les flammes au cours de l’Ă©tĂ©.Plus de 3 000 speurs-pompiers ont Ă©tĂ© mobilisĂ©s au plus fort des opĂ©rations, en provenance de trĂšs nombreux dĂ©partements français.

Une telle concentration de moyens aurait Ă©tĂ© impossible sans une organisation hiĂ©rarchique extrĂȘmement rigoureuse.Chaque colonne connaissait son secteur.Chaque chef de groupe recevait des objectifs prĂ©cis.Le COS disposait d’une vision globale lui permettant de dĂ©placer progressivement les moyens selon l’Ă©volution du sinistre.

Les technologies continueront probablement Ă  transformer cette fonction.Les drones autonomes devraient progressivement couvrir des surfaces toujours plus importantes.L’intelligence artificielle pourra proposer des scĂ©narios de propagation calculĂ©s en quelques secondes.Les communications gagneront encore en robustesse grĂące aux futurs rĂ©seaux sĂ©curisĂ©s.

Les véhicules seront de mieux en mieux géolocalisés.Les cartes seront enrichies automatiquement par les images satellites.Ces évolutions ne modifieront pourtant pas le principe fondamental du commandement.Les outils aideront le COS.

Ils ne dĂ©cideront jamais Ă  sa place.L’expĂ©rience opĂ©rationnelle restera irremplaçable.L’observation directe du terrain conservera toute son importance.L’intuition dĂ©veloppĂ©e aprĂšs des centaines d’interventions demeurera un atout que les ordinateurs ne peuvent reproduire.Le grand public dĂ©couvre parfois le COS uniquement lors des confĂ©rences de presse organisĂ©es au cours des grands incendies.

Ces quelques minutes d’intervention mĂ©diatique reprĂ©sentent pourtant une infime partie de son activitĂ©.Pendant toute la durĂ©e de l’opĂ©ration, il Ă©change en continu avec les chefs de secteur, les autoritĂ©s, les pilotes des moyens aĂ©riens, les responsables logistiques, les services de santĂ©, les collectivitĂ©s locales et les centres opĂ©rationnels.

Des centaines de dĂ©cisions sont prises quotidiennement.Certaines concernent le dĂ©placement d’une seule Ă©quipe.D’autres engagent plusieurs centaines de personnels.Toutes poursuivent le mĂȘme objectif : protĂ©ger les vies humaines tout en limitant autant que possible les dĂ©gĂąts causĂ©s par l’incendie.Cette organisation française fait aujourd’hui rĂ©fĂ©rence dans de nombreux domaines.

Elle repose sur des procĂ©dures communes, des formations harmonisĂ©es et une culture du commandement dĂ©veloppĂ©e depuis plusieurs dĂ©cennies.Les exercices interservices organisĂ©s chaque annĂ©e permettent de maintenir ce niveau de prĂ©paration.Ils reproduisent des scĂ©narios trĂšs proches de la rĂ©alitĂ©.Les officiers s’entraĂźnent Ă  gĂ©rer des situations complexes oĂč plusieurs dĂ©parts de feu apparaissent simultanĂ©ment, oĂč les vents changent brutalement de direction ou encore oĂč plusieurs communes doivent ĂȘtre Ă©vacuĂ©es.

Ces exercices rappellent une Ă©vidence souvent oubliĂ©e : un grand incendie ne se combat jamais uniquement avec de l’eau.Il se combat avant tout avec une organisation solide, une anticipation permanente et une chaĂźne de commandement parfaitement maĂźtrisĂ©e.

Lorsqu’un habitant aperçoit un impressionnant dĂ©ploiement de camions rouges, il voit surtout la partie visible de l’opĂ©ration. En rĂ©alitĂ©, derriĂšre chaque CCFM positionnĂ© au bon endroit, chaque colonne engagĂ©e au bon moment et chaque largage aĂ©rien effectuĂ© avec prĂ©cision, se trouve le travail discret du COS et de son Ă©tat-major. C’est cette organisation, bien plus que la puissance des moyens engagĂ©s, qui permet aujourd’hui aux sapeurs-pompiers français de faire face Ă  des incendies toujours plus complexes.

Tableau rĂ©capitulatif : l’organisation du commandement sur un grand feu de forĂȘt

Niveau de commandement Responsable Missions principales Effectifs généralement concernés
Chef d’agrĂšs Sous-officier ou officier Commande un CCFM, rĂ©alise les premiĂšres attaques, transmet les reconnaissances 4 Ă  6 pompiers
Chef de groupe Officier Coordonne plusieurs engins sur un mĂȘme secteur 20 Ă  40 pompiers
Chef de colonne Officier supérieur Dirige plusieurs groupes, reçoit les objectifs du COS 70 à 120 pompiers
Chef de secteur Officier Supervise une partie du sinistre et rend compte directement au COS Plusieurs colonnes selon les besoins
COS (Commandant des OpĂ©rations de Secours) Officier qualifiĂ© DĂ©finit la stratĂ©gie gĂ©nĂ©rale, engage les moyens, assure la sĂ©curitĂ© des personnels, coordonne les partenaires De quelques engins Ă  plusieurs milliers d’intervenants
PrĂ©fet (gestion de crise) AutoritĂ© de l’État Coordonne les dĂ©cisions administratives, les Ă©vacuations et les moyens nationaux Échelle dĂ©partementale ou zonale

Quelques chiffres représentatifs

Indicateur Valeur couramment observée
Effectif d’une colonne de renfort FDF 70 Ă  100 sapeurs-pompiers
VĂ©hicules d’une colonne 20 Ă  30
Eau embarquée dans un CCFM 3 000 à 6 000 litres
Nombre de secteurs sur un grand incendie 3 Ă  plus de 10 selon la superficie
Effectifs mobilisés sur les plus grands feux français Plus de 3 000 intervenants
Superficie des plus grands incendies récents en France Plus de 30 000 hectares
DurĂ©e d’engagement possible d’un incendie majeur Plusieurs jours, parfois plus d’une semaine

Au final, le COS n’est pas seulement un chef qui donne des ordres. Il est le garant de la cohĂ©rence de l’ensemble du dispositif, celui qui transforme des centaines de femmes, d’hommes, de vĂ©hicules terrestres, d’aĂ©ronefs et de partenaires en une seule force organisĂ©e. Dans un contexte oĂč les feux de forĂȘt deviennent plus intenses et plus imprĂ©visibles, cette capacitĂ© de coordination reprĂ©sente l’un des principaux atouts des services d’incendie et de secours français.