Les premières données de novembre confirment une situation préoccupante : la pluie d’octobre a amélioré l’humidité des sols dans plusieurs régions, mais elle n’a pas effacé la sécheresse exceptionnelle accumulée depuis le printemps. Au 1er novembre 2026, l’indicateur d’humidité des sols issu du modèle SIM de Météo-France classe encore 70,5 % du territoire métropolitain dans la catégorie des sols secs. Cette estimation, établie à partir de mailles d’environ 8 km, montre que le problème dépasse largement quelques secteurs isolés.
Les pluies parfois diluviennes d’octobre ont donné l’impression d’un retour à la normale. Pourtant, le constat dressé au début de novembre reste préoccupant : une grande partie des sols français conserve un déficit d’humidité important. L’eau est tombée en abondance dans certains secteurs, mais elle n’a pas suffi à effacer plusieurs mois de sécheresse. Et le retour des pluies ne garantit pas, à lui seul, la reconstitution des réserves souterraines.
Une sécheresse toujours largement installée au 1er novembre
Le mois de novembre débute avec un constat qui peut surprendre après les épisodes pluvieux d’octobre. Selon les données quotidiennes issues du modèle hydrométéorologique SIM de Météo-France, au 1er novembre, 70,5 % des mailles du territoire métropolitain présentent un indice d’humidité des sols inférieur à 0,40, seuil retenu pour caractériser des sols secs dans cette analyse. Parmi elles, 1,2 % affichent un indice inférieur ou égal à 0,10, correspondant aux situations les plus sèches. À l’inverse, seulement 3,5 % des mailles atteignent un indice d’au moins 0,80, associé à des sols très humides.
Ces valeurs sont des indicateurs modélisés, calculés à partir de données météorologiques et du fonctionnement hydrique des sols. Elles ne correspondent pas à des prélèvements réalisés dans chaque champ ou chaque jardin. Leur intérêt réside dans la possibilité de suivre l’évolution de l’humidité sur de vastes territoires et de comparer la situation actuelle aux années précédentes.
Le constat rejoint celui de Météo-France publié le 26 octobre : malgré les pluies du mois, les sols restaient anormalement secs sur une grande partie du pays au 25 octobre. L’organisme soulignait que les précipitations avaient amélioré la situation dans plusieurs régions, sans permettre un retour généralisé aux normales de saison.
Un été et un mois de septembre qui ont laissé des traces
Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir sur les mois précédents. L’année 2026 a connu une succession de périodes déficitaires en précipitations. Selon le bulletin hydrologique de Météo-France publié le 9 octobre, septembre a enregistré un déficit pluviométrique national de 70 %. Il se classe au troisième rang des mois de septembre les moins arrosés depuis 1959.
La sécheresse ne s’est pas limitée à une région particulière. Les précipitations ont été déficitaires de 25 à 75 % sur une large partie du quart nord-ouest. Dans plusieurs secteurs allant du Sud-Ouest au Nord-Est, en passant par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse, les déficits ont généralement dépassé 75 %. L’est du Languedoc a fait exception, avec des cumuls mensuels atteignant une fois et demie à trois fois la normale.
La chaleur a aggravé le phénomène. Septembre a affiché une température moyenne nationale de 20,6 °C, soit 3,1 °C au-dessus de la normale 1991-2020. Il s’est classé au deuxième rang des mois de septembre les plus chauds depuis 1900, derrière septembre 2023.
Les températures élevées augmentent l’évaporation de l’eau présente dans les sols et la transpiration des végétaux. En l’absence de précipitations suffisantes, les réserves superficielles diminuent rapidement. La végétation continue alors de puiser dans l’eau disponible, ce qui accentue l’assèchement.
Octobre a apporté de l’eau, mais pas partout de la même façon
Le retour des précipitations en octobre a parfois pris des proportions spectaculaires. Entre le 19 et le 25 octobre, Salon-de-Provence a reçu 279 mm de pluie, Aigues-Mortes 187 mm, Flamanville 106 mm et Rocroi 101 mm. Brest-Guipavas a relevé 81 mm et Bidache 78 mm.
En Corse, l’épisode méditerranéen des 19 et 20 octobre a provoqué des cumuls exceptionnels. À Solenzara, Météo-France a mesuré 196,2 mm en une heure, 420,6 mm en trois heures et 538,5 mm en six heures. Le cumul total de l’épisode a atteint 640,5 mm.
Ces précipitations ont amélioré l’humidité des sols dans plusieurs zones, notamment en Bretagne, en Normandie et dans les Hauts-de-France. La situation s’est également améliorée en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse, où les cumuls ont dépassé les normales sur certains secteurs.
Mais les pluies ont été très inégalement réparties. Un épisode méditerranéen peut apporter plusieurs centaines de millimètres en quelques heures sur un territoire restreint, tandis que d’autres régions ne reçoivent que quelques averses. Les fortes précipitations d’octobre ne permettent donc pas de conclure à une recharge suffisante de l’ensemble des sols français.
Pourquoi les sols restent-ils secs après de fortes pluies ?
La quantité de pluie tombée ne suffit pas à déterminer l’état hydrique d’un territoire. Il faut également examiner la durée des précipitations, leur intensité, la nature des sols, leur pente, leur couverture végétale et leur capacité d’infiltration.
Lorsqu’une pluie tombe progressivement, une partie importante de l’eau peut pénétrer dans le sol. À l’inverse, lorsqu’une quantité très importante arrive en peu de temps, l’eau peut ruisseler en surface et rejoindre rapidement les fossés, les rivières et les fleuves. Elle ne profite alors que partiellement aux réserves du sol.
Les terrains argileux, les sols compactés et les surfaces urbaines peuvent notamment limiter l’infiltration. Sur les reliefs, les pentes accélèrent parfois les écoulements. Dans les zones agricoles, l’état de la terre et la présence de végétation modifient également la quantité d’eau qui reste disponible.
Une autre difficulté tient à la profondeur. L’indice d’humidité des sols superficiels ne décrit pas directement les réserves d’eau en profondeur. Un sol peut se réhumidifier rapidement après une pluie alors que les couches plus profondes restent déficitaires. À l’inverse, un terrain peut conserver de l’humidité en profondeur malgré une surface sèche.
Les nappes phréatiques ne se remplissent pas en quelques heures
La situation des nappes souterraines mérite une attention particulière. Elles ne réagissent pas toutes de la même manière aux précipitations. Certaines nappes, dites réactives, peuvent répondre assez rapidement aux pluies, notamment dans les terrains constitués de sables, de graviers ou de calcaires karstiques. D’autres, qualifiées d’inertielles, évoluent beaucoup plus lentement.
Le BRGM rappelle que la recharge des nappes intervient principalement pendant la période automnale et hivernale, lorsque les précipitations deviennent plus régulières et que la végétation prélève moins d’eau. Au printemps et en été, une part plus importante de l’eau retourne vers l’atmosphère par évapotranspiration, ce qui réduit la quantité susceptible de rejoindre les nappes.
Il faut donc éviter de confondre trois situations : l’humidité de la couche superficielle, l’état des réserves hydriques dans les sols profonds et le niveau des nappes souterraines. Ces indicateurs sont liés, mais ils ne racontent pas exactement la même histoire.
Les pluies d’octobre peuvent avoir provoqué une remontée rapide de certains cours d’eau et amélioré l’humidité des terres, sans pour autant reconstituer les nappes les plus lentes. Le suivi du BRGM, qui publie des observations régulières sur les niveaux souterrains, reste nécessaire pour évaluer cette évolution.
Quelles régions restent les plus exposées ?
Le déficit observé en septembre concernait un vaste axe allant du Sud-Ouest au Nord-Est, ainsi qu’une partie du quart nord-ouest. Les pluies d’octobre ont ensuite modifié la situation, mais de manière très contrastée.
Dans le Sud-Ouest, les mois précédents ont laissé un déficit important. Les secteurs du bassin Adour-Garonne ont notamment connu un assèchement marqué. Les précipitations automnales peuvent améliorer progressivement la situation, mais leur efficacité dépend de leur régularité et de leur répartition.
Dans le Nord-Est, la sécheresse de septembre a également été importante. Les pluies de fin octobre ont apporté une amélioration locale, sans permettre d’affirmer que l’ensemble des sols a retrouvé une humidité normale.
Le quart nord-ouest présente un tableau plus nuancé. La Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France ont bénéficié de précipitations qui ont nettement amélioré l’état des sols. Cette amélioration ne signifie pas que toutes les parcelles disposent désormais de réserves suffisantes, mais elle contraste avec les conditions très sèches observées en septembre.
Dans le Sud-Est, les fortes pluies ont parfois largement dépassé les normales. La Provence et la Corse ont ainsi connu des épisodes particulièrement arrosés. Pourtant, les secteurs voisins n’ont pas nécessairement reçu les mêmes quantités. La situation peut donc changer fortement d’un bassin versant à l’autre.
Le jardin, les cultures et les arbres restent concernés
La sécheresse des sols ne concerne pas seulement les grandes cultures ou les réserves en eau potable. Elle touche aussi les jardins, les espaces verts, les arbres et les plantations pérennes.
Après un été sec, les arbres peuvent avoir consommé une part importante de leurs réserves. Certaines espèces montrent rapidement des signes de stress, tandis que d’autres réduisent leur activité pour limiter les pertes en eau. Le jaunissement ou la chute précoce des feuilles ne signifie pas nécessairement que l’arbre est condamné, mais une sécheresse prolongée peut fragiliser les sujets les plus sensibles.
Dans les jardins, les plantations récentes restent particulièrement vulnérables, car leur système racinaire n’a pas encore exploré un volume de terre suffisant. Une pluie de quelques millimètres humidifie parfois seulement la surface, sans atteindre les racines profondes.
Au potager, les cultures d’automne et les jeunes plantations peuvent également souffrir d’un sol trop sec. Il faut toutefois adapter les apports d’eau à la météo réelle et à la nature du terrain. Arroser systématiquement après une forte pluie n’a aucun intérêt si la terre est déjà suffisamment humide.
Pour les arbres et les arbustes récemment plantés, un contrôle manuel de l’humidité de la terre reste plus utile qu’une décision fondée uniquement sur le cumul de pluie annoncé pour la commune.
La recharge hivernale sera déterminante
Novembre marque normalement le début d’une période favorable à la reconstitution des réserves en eau. Les températures diminuent, la végétation ralentit son activité et l’évapotranspiration baisse. Une part plus importante des précipitations peut alors s’infiltrer dans les sols et contribuer à la recharge des nappes.
Mais tout dépendra de la succession des perturbations. Quelques épisodes pluvieux très intenses ne remplaceront pas nécessairement plusieurs semaines de précipitations régulières. La recharge sera plus efficace si les pluies s’étalent dans le temps, sans ruissellement excessif ni longues périodes sèches entre les passages perturbés.
L’hiver 2026-2027 sera donc une période importante pour mesurer l’évolution de la situation. Les bulletins de Météo-France permettront de suivre l’humidité des sols, tandis que le BRGM renseignera sur les nappes. Les données de Vigicrues apporteront un éclairage complémentaire sur les réactions des cours d’eau.
Une sécheresse qui ne disparaît pas avec les premières grosses pluies
Le début de novembre confirme que la sécheresse de 2026 laisse une empreinte durable sur une grande partie de la France. Les précipitations d’octobre ont amélioré la situation dans plusieurs régions, parfois de manière spectaculaire, mais elles n’ont pas effacé les déficits accumulés depuis le printemps et l’été.
Le chiffre de 70,5 % de mailles classées comme sèches au 1er novembre illustre cette persistance. Il ne signifie pas que 70,5 % des terres sont touchées par une restriction d’eau, ni que toutes les régions connaissent le même degré de sécheresse. Il indique toutefois que l’humidité des sols reste inférieure au seuil retenu sur une très large partie du territoire.
La suite dépendra désormais de la régularité des précipitations pendant l’automne et l’hiver. Les pluies sont attendues pour reconstituer les réserves, mais leur efficacité dépendra autant de leur répartition que de leur quantité. Après un été particulièrement éprouvant, les sols français ont besoin de temps pour retrouver un fonctionnement hydrique plus habituel.
Repères chiffrés à retenir
| Indicateur | Valeur | Période |
| Sols classés secs (SWI inférieur à 0,40) | 70,5 % | 1er novembre 2026 |
| Sols très secs (SWI inférieur ou égal à 0,10) | 1,2 % | 1er novembre 2026 |
| Sols très humides (SWI supérieur ou égal à 0,80) | 3,5 % | 1er novembre 2026 |
| Déficit pluviométrique national | –70 % | Septembre 2026 |
| Température moyenne de septembre | 20,6 °C | Septembre 2026 |
| Anomalie thermique | +3,1 °C | Par rapport à 1991-2020 |
| Pluie à Salon-de-Provence | 279 mm | Du 19 au 25 octobre |
| Pluie à Solenzara | 640,5 mm | Épisode des 19 et 20 octobre |
Sources de vérification : Météo-France, bulletins de situation hydrologique de septembre et octobre 2026 ; données quotidiennes de l’indice SWI issu du modèle SIM ; BRGM, suivi des nappes souterraines.
Précaution de lecture : l’indice SWI est une estimation modélisée de l’humidité des sols, et non une mesure directe de chaque parcelle. Les catégories « secs » et « très secs » utilisées ici correspondent aux seuils de l’outil de suivi cité ; elles ne sont pas équivalentes aux niveaux réglementaires de restriction d’eau.




