🇮🇩 Indonésie : les fumées des incendies étouffent l’Asie du Sud-Est
La crise environnementale la plus alarmante de ces derniers jours se joue en Indonésie. Depuis plusieurs mois, des incendies touchent les forêts et les tourbières de Sumatra et de Bornéo. Leurs fumées se dispersent bien au-delà des zones brûlées, jusqu’à Singapour et en Malaisie, où la qualité de l’air s’est fortement dégradée.
Le 15 octobre, les concentrations de particules fines PM2,5 mesurées à Singapour avaient atteint un pic horaire de 284 microgrammes par mètre cube dans l’ouest de l’île. Ces particules, assez petites pour pénétrer profondément dans les voies respiratoires, sont particulièrement préoccupantes pour les enfants, les personnes âgées et celles qui souffrent de maladies respiratoires ou cardiovasculaires. En Indonésie, les autorités sanitaires avaient recensé plus de 283 000 cas de troubles respiratoires dans sept provinces au 13 octobre, soit plus du double du chiffre communiqué début septembre. Des écoles ont fermé dans certaines zones d’Indonésie, du Timor oriental et de Malaisie, tandis que les fumées ont perturbé le trafic aérien indonésien.
Le phénomène est aggravé par les conditions sèches associées à El Niño, mais les causes humaines pèsent lourd dans le bilan. Les feux sont parfois allumés pour défricher des terrains agricoles, notamment dans les zones liées à la production d’huile de palme. Les tourbières drainées sont particulièrement vulnérables : une fois enflammée, la matière organique peut continuer à brûler sous la surface, ce qui rend les foyers difficiles à repérer et à éteindre.
Jakarta affirme avoir mobilisé plus de 60 000 personnes et une cinquantaine d’appareils pour combattre les incendies, notamment par des largages d’eau et des opérations d’ensemencement des nuages. Des critiques persistent cependant sur la prévention, le contrôle des défrichements et le refus de l’Indonésie d’accepter certaines offres d’aide de pays voisins. La situation dépendra en grande partie du retour de pluies suffisamment durables. Les prévisions évoquent un retard de la saison humide jusqu’en novembre dans certaines zones, ce qui pourrait prolonger l’épisode de pollution.
🇹🇭 Thaïlande : des millions de personnes touchées par les inondations
La Thaïlande reste confrontée aux conséquences de pluies persistantes qui ont provoqué des inondations dans plusieurs régions depuis la seconde moitié de septembre. Les eaux ont recouvert des terres agricoles, des zones d’aquaculture et des secteurs habités, notamment dans la province de Prachin Buri. Des images satellitaires publiées début octobre montraient l’étendue des surfaces inondées le long de la rivière Bang Pakong.
Le phénomène ne se résume pas à quelques averses tropicales particulièrement intenses. Une zone de basse pression est restée bloquée plusieurs jours au-dessus de la région, apportant des précipitations répétées sur des sols déjà humides et des cours d’eau qui avaient peu de capacité pour absorber de nouveaux apports. Des millions de personnes ont été touchées par les inondations à l’échelle du pays, selon les bilans disponibles au début du mois. Les dégâts concernent les habitations, les déplacements, les cultures et les infrastructures locales.
La situation météorologique demeure préoccupante. Le Département météorologique thaïlandais a émis, le 20 octobre, un nouvel avertissement pour des pluies fortes à très fortes entre le 21 et le 25 octobre. Bangkok, plusieurs provinces du centre et de l’est, le nord-est inférieur et le sud du pays figurent parmi les zones concernées. Les autorités redoutent des crues soudaines, des ruissellements rapides et des glissements de terrain, notamment sur les pentes et près des cours d’eau. En mer d’Andaman et dans le golfe de Thaïlande, les vagues pourraient dépasser trois mètres sous les orages.
Pour les habitants, la difficulté est double : évacuer lorsque le niveau de l’eau monte, puis revenir dans des logements parfois endommagés, au milieu de boues et de déchets. Pour les agriculteurs, quelques jours d’inondation peuvent suffire à détruire une récolte ou à rendre une parcelle temporairement inutilisable. Et lorsque les pluies persistent, les opérations de réparation deviennent elles-mêmes plus compliquées.
🇳🇵 Népal : deux villages dévastés par une crue brutale
Le 11 octobre, des crues soudaines ont frappé le district de Gorkha, dans le centre du Népal, après qu’un glissement de terrain a obstrué la rivière Budhi Gandaki. L’eau s’est accumulée derrière l’obstacle avant que le niveau ne monte rapidement en aval. Deux villages de la municipalité rurale de Chumanubri ont été dévastés.
Le bilan communiqué dans les jours suivants faisait état de 204 habitations endommagées et de plus de 650 personnes touchées. Des routes et des ponts ont également été détruits, et une partie d’une centrale hydroélectrique a subi des dégâts. Plus d’une centaine de randonneurs étrangers se sont retrouvés bloqués dans la région, difficile d’accès en temps normal et encore davantage après la destruction d’infrastructures.
L’épisode rappelle une caractéristique dangereuse des vallées himalayennes : un glissement de terrain peut transformer un cours d’eau en barrage temporaire, puis provoquer une montée brutale lorsque l’obstacle cède ou laisse passer davantage d’eau. Le danger ne dépend donc pas uniquement du cumul de pluie enregistré à une station météorologique. La géologie, la pente, la stabilité des versants et la configuration du réseau fluvial comptent tout autant.
Le Népal reste particulièrement exposé aux crues et aux glissements de terrain pendant la mousson et lors des épisodes de fortes précipitations. Le réchauffement climatique peut intensifier certains risques liés aux pluies extrêmes, mais attribuer cet événement précis au changement climatique demanderait une analyse scientifique dédiée. Le déclencheur immédiat rapporté ici est l’obstruction de la rivière par un glissement de terrain.
🌏 El Niño : 190 millions d’enfants exposés à des risques climatiques
L’Asie et le Pacifique figurent parmi les régions qui pourraient connaître des conséquences importantes du puissant épisode El Niño attendu entre la fin de 2026 et le début de 2027. Une estimation publiée le 6 octobre évalue à 190 millions le nombre d’enfants vivant dans des zones susceptibles de connaître des conditions inhabituellement sèches ou humides entre octobre et décembre 2026. Ce chiffre correspond à une exposition potentielle aux risques climatiques, et non à 190 millions d’enfants déjà victimes de catastrophes.
Les conséquences possibles sont très différentes selon les territoires. Dans certaines régions, la sécheresse peut réduire les récoltes, compliquer l’accès à l’eau potable et augmenter le risque d’incendie. Ailleurs, des pluies excessives peuvent provoquer des inondations, contaminer les réserves d’eau et interrompre la scolarité. Dans les deux cas, les enfants sont particulièrement vulnérables lorsque les services de santé, l’assainissement et les dispositifs de protection sont fragiles.
Les effets indirects peuvent durer bien après l’événement météorologique. Une récolte perdue peut réduire les revenus d’une famille pendant plusieurs mois ; une école endommagée peut interrompre les cours ; une pénurie d’eau peut accroître les risques sanitaires. C’est pourquoi les alertes saisonnières ne servent pas seulement à prévoir la météo : elles permettent aussi aux autorités de préparer les stocks alimentaires, de protéger les points d’eau et d’organiser des plans d’évacuation.
L’Organisation météorologique mondiale prévoit que les températures de surface du Pacifique tropical central et oriental pourraient atteindre des niveaux records au cours du trimestre octobre-décembre 2026. El Niño devrait modifier la répartition des précipitations et augmenter le risque de sécheresse dans certaines zones comme d’inondations dans d’autres. Cette tendance ne permet toutefois pas de déterminer à l’avance la météo de chaque ville ou village.
🌊 Pacifique occidental : un nouveau typhon pourrait se renforcer rapidement
La saison cyclonique du Pacifique occidental reste sous surveillance. À la mi-octobre, la dépression tropicale Champi se formait dans le Pacifique et les prévisionnistes estimaient qu’elle pourrait devenir un typhon avant de passer à proximité de Guam. Certaines projections évoquaient des rafales destructrices dépassant 160 km/h, avec un risque de renforcement supplémentaire au cours de sa trajectoire.
Les conditions océaniques chaudes et une atmosphère favorable pouvaient permettre au système de gagner rapidement en intensité. Des scénarios envisageaient ensuite une trajectoire vers Taïwan ou le Japon, mais cette évolution restait incertaine au moment des prévisions publiées le 15 octobre. Il ne faut donc pas confondre un risque envisagé par les modèles avec une trajectoire déjà confirmée.
Le contexte climatique attire néanmoins l’attention des spécialistes. Un océan chaud fournit de l’énergie aux cyclones tropicaux, mais la température de surface ne suffit pas à prévoir leur puissance. La structure des vents en altitude, l’humidité de l’air, la profondeur de la couche océanique chaude et la trajectoire du système influencent également son évolution.
Les îles du Pacifique occidental sont particulièrement exposées aux vents violents, aux pluies torrentielles, aux submersions marines et aux glissements de terrain. Pour les territoires déjà touchés par des cyclones précédents, la répétition des événements augmente les difficultés de reconstruction et fragilise les réseaux d’eau, d’électricité et de transport.
🌡️ Santé et environnement : la crise dépasse désormais la seule question de la météo
La pollution atmosphérique provoquée par les incendies indonésiens illustre un problème plus large : les crises climatiques et environnementales ont des conséquences sanitaires directes. Les particules fines issues de la combustion peuvent aggraver l’asthme, irriter les voies respiratoires et augmenter les risques cardiovasculaires. Les personnes qui travaillent dehors sont particulièrement exposées lorsque la fumée persiste plusieurs jours.
Les inondations soulèvent d’autres difficultés. Lorsque les réseaux d’assainissement sont submergés, l’eau potable peut être contaminée. Les eaux stagnantes peuvent aussi créer des conditions favorables à la reproduction des moustiques, même si l’évolution du risque de dengue dépend de nombreux facteurs, dont la température, les habitudes de stockage de l’eau, la prévention et les capacités sanitaires locales.
Les événements récents en Thaïlande et au Népal rappellent également que les catastrophes météorologiques deviennent particulièrement meurtrières lorsque les populations vivent dans des zones exposées, que les alertes arrivent trop tard ou que les voies d’évacuation sont insuffisantes. Les investissements dans la prévention, les systèmes d’alerte et les infrastructures adaptées peuvent limiter les pertes, même lorsqu’il est impossible d’empêcher le phénomène météorologique lui-même.
Le point à retenir
Cette semaine, l’Asie présente deux visages climatiques particulièrement inquiétants. En Indonésie, des incendies persistants polluent l’air et affectent plusieurs pays voisins. En Thaïlande, les pluies continuent de menacer les zones basses, tandis qu’au Népal, une crue soudaine provoquée par un glissement de terrain a détruit des villages. Dans le même temps, les prévisions concernant El Niño font craindre des risques accrus de sécheresse et d’inondation dans de nombreuses régions de l’Asie et du Pacifique.
La situation ne se résume pas à une succession d’événements isolés. Le réchauffement climatique modifie les conditions dans lesquelles surviennent les vagues de chaleur, les pluies extrêmes et les sécheresses ; la déforestation, l’urbanisation et la fragilité des infrastructures peuvent ensuite aggraver les conséquences. Mais les causes précises varient d’un événement à l’autre, et toutes les catastrophes ne peuvent pas être attribuées automatiquement au changement climatique ou à El Niño.
Dans les prochains jours, les priorités seront de suivre l’évolution de la pollution en Indonésie, les nouvelles précipitations annoncées en Thaïlande et la trajectoire des systèmes tropicaux du Pacifique. Ce sont des situations évolutives : les bilans humains, les superficies touchées et les prévisions peuvent encore changer.




