Le 21 octobre 2026, le Programme des Nations unies pour l’environnement publie une nouvelle évaluation de l’écart entre les engagements climatiques des États et les réductions d’émissions réellement nécessaires. Le constat est sévère : même si les pays respectent leurs promesses actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement nettement supérieur à l’objectif de l’accord de Paris.
Le message de l’ONU ne signifie pas que le climat de 2100 est déjà écrit. Il signifie que la trajectoire actuelle conduit à une planète plus chaude que celle promise par les gouvernements, et que le temps disponible pour limiter les dégâts se réduit. Le rapport présente aussi un scénario permettant de revenir sous le seuil de 1,5 °C d’ici la fin du siècle, mais il exige des réductions d’émissions beaucoup plus rapides que celles actuellement prévues.
2,8 °C d’ici 2100 si les politiques actuelles se poursuivent
Le chiffre qui résume le mieux l’alerte est celui-ci : avec les politiques climatiques actuellement en vigueur, le réchauffement mondial pourrait atteindre environ 2,8 °C d’ici 2100, par rapport à la période préindustrielle, située autour de 1850-1900. Si les États appliquent intégralement leurs engagements climatiques actuels, la projection descend à environ 2,6 °C. La différence est réelle, mais elle reste très loin de l’objectif de l’accord de Paris, qui vise à maintenir le réchauffement nettement en dessous de 2 °C et à poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5 °C.
Ces chiffres ne sont pas des prédictions météorologiques au sens habituel. Ils ne permettent pas de dire quelle température il fera dans une ville donnée en 2100, ni de prévoir le nombre exact de canicules ou d’inondations. Ce sont des projections climatiques fondées sur les émissions futures, les politiques publiques et la réponse du système climatique. Leur intérêt est de comparer les conséquences probables de différentes trajectoires.
L’écart entre 2,6 °C et 2,8 °C peut sembler modeste sur le papier. À l’échelle de la planète, il représente pourtant une quantité supplémentaire de chaleur qui augmente les risques pour les populations, les écosystèmes et les infrastructures. Chaque fraction de degré compte, notamment pour les vagues de chaleur extrême, les sécheresses, les pluies intenses, les glaciers et l’élévation du niveau marin.
Le seuil de 1,5 °C sera-t-il dépassé ?
Le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement estime que le monde ne peut plus raisonnablement compter sur le maintien du réchauffement sous 1,5 °C sans dépassement temporaire. La planète devrait franchir ce seuil au cours des prochaines années ou de la prochaine décennie, selon les indicateurs et les trajectoires considérés.
Il faut toutefois bien comprendre ce que signifie ce seuil. Une année isolée au-dessus de 1,5 °C ne suffit pas, à elle seule, à établir que l’objectif climatique de long terme est définitivement dépassé. Les objectifs de l’accord de Paris portent sur un réchauffement durable, évalué à partir de tendances pluriannuelles, tandis que les températures annuelles varient aussi sous l’influence de phénomènes naturels comme El Niño.
L’ONU met désormais en avant une stratégie dite de « dépassement, puis retour ». Dans ce scénario, la température mondiale dépasse temporairement 1,5 °C, atteint un maximum, puis redescend vers ce seuil d’ici 2100. Le rapport de 2026 estime que le scénario le plus favorable pourrait limiter le pic à environ 1,7 à 1,8 °C vers le milieu du siècle, avant un retour à 1,5 °C ou moins à la fin du siècle, avec une probabilité d’environ 50 %.
Ce scénario ne correspond pas à une trajectoire acquise. Il suppose des réductions d’émissions extrêmement rapides et un recours croissant à l’élimination du dioxyde de carbone de l’atmosphère. Cette dernière option peut passer par des solutions naturelles, comme la restauration des écosystèmes, ou par des technologies encore limitées à grande échelle. Leur efficacité, leur coût, leurs besoins en énergie et leurs conséquences sur les terres disponibles demeurent des sujets de recherche et de débat.
Des réductions d’émissions beaucoup plus rapides sont nécessaires
Le rapport fixe des objectifs chiffrés par rapport aux niveaux d’émissions de 2025. Pour rendre possible le scénario de dépassement limité suivi d’un retour sous 1,5 °C, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient diminuer d’environ 18 % d’ici 2030, de 45 % d’ici 2035 et de 69 % d’ici 2040. Ces baisses doivent intervenir à l’échelle mondiale : elles ne peuvent pas être obtenues par les seuls efforts de quelques pays.
Les engagements nationaux actuels restent nettement en dessous de ce rythme. Selon l’évaluation de l’ONU, leur mise en œuvre ne conduirait qu’à une réduction des émissions d’environ 5 à 8 % d’ici 2030 et de 11 à 15 % d’ici 2035. Le décalage est donc considérable entre les mesures annoncées et les transformations nécessaires pour limiter le réchauffement.
Les leviers sont connus : réduire l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz, développer les énergies renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique, réduire les émissions de méthane et protéger les forêts. Mais la difficulté ne tient pas uniquement aux technologies disponibles. Elle concerne aussi les investissements, les réseaux électriques, les transports, l’industrie, le logement et les choix politiques des prochaines années.
Les énergies renouvelables progressent et certaines politiques climatiques ont déjà permis de limiter les émissions attendues par rapport aux scénarios envisagés il y a dix ans. Ce progrès est réel. Il ne suffit cependant pas à compenser le retard pris sur les objectifs les plus ambitieux.
À quoi pourrait ressembler un monde plus chaud ?
Un réchauffement mondial de 2,6 à 2,8 °C ne signifie pas que chaque région se réchauffera de la même façon. Les continents se réchauffent généralement plus vite que les océans, et les régions polaires connaissent des évolutions particulièrement marquées. Les conséquences locales dépendront aussi de la géographie, de la disponibilité en eau, de l’urbanisation et des capacités d’adaptation.
Les vagues de chaleur deviendraient plus fréquentes et plus intenses dans de nombreuses régions. Des épisodes qui étaient autrefois rares pourraient survenir beaucoup plus souvent, avec des conséquences sur la santé, le travail en extérieur, l’agriculture et la demande d’électricité. Les nuits très chaudes pourraient également devenir plus courantes, limitant le repos du corps et augmentant les risques sanitaires lors des longues périodes de chaleur.
Le cycle de l’eau serait lui aussi profondément perturbé. Certaines régions pourraient subir des sécheresses plus longues ou plus sévères, tandis que d’autres connaîtraient des précipitations extrêmes plus intenses. Une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, ce qui favorise des pluies intenses lorsque les conditions météorologiques permettent à cette humidité de se condenser. Cela ne signifie pas que les précipitations augmenteront partout : la répartition des pluies dépend de nombreux mécanismes régionaux.
Les océans continueront d’absorber une grande partie de la chaleur excédentaire et une part du dioxyde de carbone émis par les activités humaines. Ils se réchauffent, s’acidifient et contribuent à l’élévation du niveau de la mer. Même si les émissions diminuaient fortement, le niveau marin continuerait à monter pendant longtemps, en raison de l’inertie thermique des océans et de la réaction lente des glaciers et des calottes glaciaires.
Les écosystèmes seraient également soumis à une pression croissante. Les récifs coralliens sont particulièrement sensibles aux vagues de chaleur marines ; les forêts peuvent être davantage exposées aux incendies et aux sécheresses ; certaines espèces risquent de perdre une partie de leurs habitats. Les effets ne se limiteraient pas à la nature : ils pourraient toucher la pêche, l’agriculture, les ressources en eau et les moyens de subsistance de millions de personnes.
Pourquoi le rapport de l’ONU est-il plus alarmant que l’an dernier ?
L’évaluation de 2026 relève une dégradation des perspectives par rapport à l’année précédente. Les projections de réchauffement à la fin du siècle ont été révisées à la hausse, en partie en raison de l’évolution des engagements politiques et de nouvelles estimations des émissions historiques. Le retrait officiel des États-Unis de l’accord de Paris figure parmi les éléments cités dans cette révision.
Il serait toutefois trompeur de présenter ce changement comme le résultat d’une seule décision politique. La trajectoire climatique mondiale dépend des émissions de l’ensemble des pays, des choix énergétiques, de la croissance de la demande, de l’évolution industrielle et de la mise en œuvre concrète des engagements. Les États-Unis ont un poids important dans les émissions mondiales, mais les résultats dépendront aussi des décisions prises en Chine, en Europe, en Inde et dans les autres grandes économies.
Le rapport ne dit pas non plus que les politiques climatiques n’ont servi à rien. Les projections actuelles restent moins élevées que celles qui prévalaient au moment de l’adoption de l’accord de Paris en 2015. Les politiques engagées ont donc modifié les trajectoires possibles. Le problème est que les progrès obtenus restent insuffisants au regard des objectifs fixés.
Le message final : le futur climatique n’est pas écrit, mais le retard est mesurable
L’alerte de l’ONU est sévère, mais elle ne signifie pas que toutes les conséquences sont désormais inévitables. Le réchauffement futur dépend encore largement des émissions qui seront produites au cours des prochaines décennies. Chaque réduction durable limite la quantité de chaleur supplémentaire accumulée par la planète et réduit les risques associés.
La difficulté est le calendrier. Réduire fortement les émissions d’ici 2030, puis accélérer encore les baisses au cours des années suivantes, exige des transformations rapides dans l’énergie, les transports, l’industrie et les bâtiments. Plus l’action est retardée, plus il devient difficile de limiter le pic de réchauffement et plus le retour sous 1,5 °C dépendrait de méthodes d’élimination du carbone dont le déploiement à très grande échelle reste incertain.
Le constat le plus solide est donc le suivant : avec les politiques actuelles, le monde se dirige vers environ 2,8 °C de réchauffement d’ici 2100 ; avec la réalisation complète des engagements nationaux, la projection descend à environ 2,6 °C. Une trajectoire plus sûre reste théoriquement possible, mais elle impose des réductions d’émissions beaucoup plus rapides et un effort mondial sans commune mesure avec les mesures actuellement annoncées.
Le climat de 2100 n’est pas fixé d’avance. En revanche, les émissions produites aujourd’hui déterminent déjà une part importante des risques auxquels les générations futures seront confrontées.




