Du Canada à la Patagonie, l’actualité environnementale du continent américain raconte une même histoire : des phénomènes météorologiques plus difficiles à gérer, des ressources naturelles sous pression et des populations qui doivent s’adapter à des risques parfois très différents d’une région à l’autre.
Pour cette nouvelle lettre d’Amérique, trois sujets méritent une attention particulière : l’évolution du phénomène El Niño et ses conséquences possibles sur les pluies, la multiplication des tensions autour de l’eau et les effets du réchauffement sur les forêts, les océans et les écosystèmes. Il faut toutefois distinguer les observations déjà mesurées des prévisions : une anomalie climatique ne provoque pas les mêmes conséquences partout, et une tendance de fond ne suffit pas à attribuer chaque événement météorologique au changement climatique.
🇧🇷 Amazonie : les incendies gagnent du terrain
L’actualité environnementale la plus préoccupante d’Amérique du Sud vient du Brésil, où les incendies ont fortement augmenté dans l’État d’Amazonas pendant la première moitié d’octobre. Selon les chiffres publiés le 14 octobre, 1 679 départs de feu ont été recensés durant les deux premières semaines du mois, soit une hausse de 253 % par rapport à la même période de 2025. Le retour des pluies se fait attendre dans certaines zones, alors qu’octobre marque habituellement une transition vers des conditions plus humides.
À Manaus, la fumée dégrade la qualité de l’air et perturbe la vie quotidienne. Des activités scolaires ont été annulées et des recommandations sanitaires ont été diffusées. Plus de 36 municipalités ont déclaré des situations d’urgence selon les informations rapportées ces derniers jours. Les autorités brésiliennes ont mobilisé des moyens de lutte contre les feux, tandis que des responsables environnementaux signalent des incendies dans des secteurs protégés.
La sécheresse n’explique pas tout. Des feux sont allumés volontairement pour défricher des terres, préparer des parcelles agricoles ou étendre des zones de pâturage. Lorsque la végétation manque d’humidité, ces mises à feu peuvent échapper au contrôle et se propager dans des milieux forestiers déjà fragilisés. El Niño et le réchauffement climatique augmentent les risques météorologiques, mais l’usage du feu et les pressions sur les terres jouent un rôle direct dans le déclenchement de nombreux incendies.
Une nouvelle inquiétante accompagne cette flambée : les feux peuvent émettre d’importantes quantités de particules et de gaz à effet de serre, détruire des habitats et réduire la capacité des forêts à stocker du carbone. Les conséquences peuvent persister bien après l’extinction des flammes, notamment lorsque les sols se dégradent et que la forêt peine à se régénérer.
🇺🇸 États-Unis : septembre bat un record de chaleur
Les données climatiques américaines publiées le 8 octobre dressent un constat spectaculaire : septembre 2026 a été le mois de septembre le plus chaud jamais enregistré dans les États-Unis contigus, dans une série de mesures qui remonte à 1895. La température moyenne a atteint 69,4 °F, soit environ 20,8 °C, dépassant le précédent record établi en 1998. Elle se situait à 4,6 °F, soit environ 2,6 °C, au-dessus de la moyenne du XXe siècle.
Huit États ont connu leur mois de septembre le plus chaud, parmi lesquels l’Arkansas, l’Illinois, le Kansas, le Missouri et l’Oklahoma. La chaleur nocturne a également marqué les esprits : les températures minimales moyennes ont dépassé le précédent record mensuel. Or, des nuits plus chaudes limitent la récupération du corps après une journée éprouvante et empêchent parfois les logements de se rafraîchir suffisamment.
Le contraste géographique reste frappant. Une grande partie du sud et du centre des États-Unis a subi des conditions sèches, alors que le Sud-Ouest a reçu des précipitations très abondantes. L’Arizona a enregistré son deuxième mois de septembre le plus pluvieux, avec près de 2,97 pouces de précipitations, soit environ 75 millimètres. Le Nouveau-Mexique a lui aussi connu un mois exceptionnellement humide. Un même pays peut donc affronter simultanément des déficits hydriques dans certaines régions et des épisodes pluvieux remarquables dans d’autres.
À la fin septembre, environ 59 % du territoire continental américain était touché par la sécheresse. Dans le Sud, la proportion atteignait 89 %, son niveau le plus étendu depuis octobre 2000. Cette situation pèse sur les sols, les cultures, les ressources en eau et le risque d’incendie. Les précipitations récentes peuvent améliorer localement les conditions sans effacer automatiquement plusieurs semaines ou plusieurs mois de déficit.
🇺🇸 Californie : le risque d’incendie reste élevé malgré les premières pluies
La Californie du Sud a connu plusieurs incendies importants à la mi-octobre, favorisés par une végétation sèche, une faible humidité et des vents de Santa Ana particulièrement puissants. Le 16 octobre, le feu Norte, dans le comté d’Orange, avait parcouru près de 500 acres, soit environ 200 hectares, et entraîné des évacuations. D’autres incendies étaient signalés près de Malibu et dans le secteur de Camp Pendleton.
Ces épisodes rappellent que le danger ne disparaît pas avec le changement de saison. Les vents descendants peuvent assécher l’air, accélérer la propagation des flammes et compliquer le travail des pompiers. Les coupures préventives d’électricité, destinées à réduire le risque de départ de feu sur certaines lignes, peuvent aussi perturber les habitants et les services locaux.
Le paradoxe californien se dessine déjà : des conditions sèches peuvent favoriser les incendies avant l’arrivée de pluies plus abondantes, tandis que les premières précipitations intenses peuvent ensuite provoquer des ruissellements rapides sur les sols brûlés. Dans les secteurs où la végétation a disparu, les cendres et les débris peuvent être entraînés vers les routes, les cours d’eau et les habitations. Le risque évolue donc au fil de la saison, plutôt qu’il ne disparaît du jour au lendemain.
🌧️ Amérique du Sud : des pluies abondantes et des crues dans le bassin du Paraná
Pendant que certaines parties de l’Amazonie manquent d’eau, le sud du continent subit des précipitations abondantes. En Argentine, au Paraguay et en Uruguay, des inondations ont provoqué des évacuations et menacé des élevages. Dans la province argentine de Corrientes, le Paraná a atteint 4,7 mètres, poussant des habitants à quitter les secteurs exposés. Au Paraguay, plus de 2 000 personnes avaient fui des zones menacées par la montée des eaux, notamment autour d’Ayolas. En Uruguay, des débordements liés aux niveaux élevés des cours d’eau ont également entraîné des déplacements de population.
Les éleveurs tentent de déplacer les bovins vers des terrains plus élevés. Les autorités locales dégagent des canaux et des systèmes de drainage pour faciliter l’évacuation des eaux, tandis que les inondations perturbent les déplacements et certaines activités touristiques. Aux chutes d’Iguazú, des installations ont dû fermer temporairement.
Ces événements sont compatibles avec les effets régionaux que peut favoriser El Niño, mais la prudence s’impose lorsqu’il s’agit d’attribuer une crue particulière à un seul phénomène climatique. L’intensité des pluies, l’humidité des sols, l’état des bassins versants, les ouvrages hydrauliques et l’occupation des plaines inondables contribuent tous au résultat final. Les prévisions annoncent des risques de précipitations supérieures aux normales dans plusieurs secteurs du sud du Brésil et de l’Uruguay jusqu’en décembre.
🌊 El Niño se renforce : les prochains mois sous surveillance
Les prévisions publiées début octobre indiquent que l’épisode El Niño continue de se renforcer dans le Pacifique tropical. Les températures de surface de la mer pourraient atteindre des niveaux records au cours du trimestre octobre-décembre 2026. Les probabilités disponibles au 8 octobre favorisaient un épisode fort à très fort jusqu’au premier trimestre 2027.
El Niño modifie la circulation atmosphérique et déplace les zones de pluie. Il peut augmenter le risque de sécheresse dans certaines régions et favoriser des précipitations excédentaires dans d’autres. Ce n’est pas une anomalie qui impose partout la même météo : les effets dépendent de la saison, de la géographie et d’autres facteurs océaniques et atmosphériques.
L’Organisation panaméricaine de la santé a déjà alerté sur les risques pour les populations, avec des conséquences possibles sur la sécurité alimentaire, les incendies, les inondations et certaines maladies, notamment la dengue. Les pluies et les températures influencent en effet les conditions de reproduction des moustiques, mais le risque sanitaire dépend aussi de l’accès à l’eau potable, de l’assainissement, de la prévention et de l’organisation des soins.
La suite dépendra de l’intensité réelle du phénomène et de la manière dont il interagira avec les conditions locales. Les prévisions saisonnières permettent de repérer des tendances et des risques ; elles ne permettent pas d’annoncer dès maintenant la date et le lieu de chaque sécheresse, incendie ou inondation.
🌎 Ce qu’il faut retenir de cette semaine américaine
L’actualité climatique du continent est marquée par des extrêmes qui coexistent : incendies et fumées en Amazonie, chaleur record aux États-Unis, risque d’incendie en Californie et inondations dans le bassin du Paraná. Cette juxtaposition ne signifie pas que chaque événement possède la même origine, mais elle souligne la difficulté croissante de gérer des risques environnementaux simultanés.
Le réchauffement climatique augmente la probabilité ou l’intensité de nombreux épisodes de chaleur et modifie le cycle de l’eau. El Niño ajoute une variabilité naturelle à ce contexte, avec des effets régionaux parfois considérables. La déforestation, l’urbanisation des zones exposées, la dégradation des sols et les choix d’aménagement peuvent ensuite transformer un aléa météorologique en catastrophe humaine.
Pour les prochaines semaines, trois indicateurs méritent une surveillance particulière : l’évolution des incendies et de la qualité de l’air en Amazonie, l’extension de la sécheresse dans le sud des États-Unis et les niveaux des fleuves en Argentine, au Paraguay et en Uruguay. Le renforcement d’El Niño rend ces évolutions particulièrement importantes à suivre, sans permettre de présumer à l’avance de leur ampleur exacte.




