Les « moyennes saisonnières » en France pour le mois de septembre sont une notion que l’on emploie régulièrement dans la presse, dans les bulletins télévisés ou encore dans les conversations entre voisins. Mais peu de gens savent exactement ce que recouvre ce terme, ni comment ces moyennes sont calculées, ajustées et perçues au fil du temps.
Quand on parle de « moyenne saisonnière », on se réfère en réalité aux normales climatiques définies par l’Organisation météorologique mondiale. Ces normales sont établies sur une période de trente ans, ce qui permet de lisser les aléas d’une année à l’autre et de donner une valeur représentative. En France, nous utilisons actuellement la période 1991-2020 comme référence, même si, dans la mémoire collective, beaucoup de gens gardent en tête les chiffres des décennies précédentes (1971-2000 par exemple), qui étaient déjà bien différents. Ces moyennes se calculent pour chaque paramètre : la température maximale et minimale, la pluviométrie, l’ensoleillement, le nombre de jours de pluie ou encore la fréquence des orages.
Le mois de septembre est une période charnière. Nous sortons de l’été météorologique, qui s’arrête fin août, et nous entrons doucement dans l’automne, même si, dans l’esprit des vacanciers, septembre reste un mois d’été tardif. C’est ce contraste entre les masses d’air encore chaudes du sud et les premiers décrochages d’air froid du nord qui fait de ce mois un véritable laboratoire météorologique. Alors, que disent les moyennes ?
Prenons d’abord la température. En métropole, la température moyenne nationale de septembre s’établit entre 16 et 19 °C, selon les régions. À Paris-Montsouris, station de référence pour l’Île-de-France, la normale 1991-2020 donne environ 17,5 °C de moyenne mensuelle, avec des maximales autour de 22 °C et des minimales proches de 13 °C. Plus au sud, à Toulouse, la moyenne grimpe à 19,3 °C, tandis qu’à Marseille on atteint souvent 21 °C. À l’inverse, à Strasbourg, la moyenne retombe à 16,5 °C, et dans les plaines du Massif central ou dans les vallées alpines, on se rapproche souvent des 15 °C. Ce dégradé traduit bien l’influence combinée de la latitude, de l’altitude et de l’éloignement de la mer. Les climatologues remarquent que, par rapport aux normales 1971-2000, ces moyennes ont gagné entre 0,7 et 1 °C, ce qui n’est pas rien. Cela explique pourquoi l’on parle souvent aujourd’hui d’« étés qui s’allongent » : septembre n’a plus tout à fait la fraîcheur qu’il avait il y a cinquante ans.
Viennent ensuite les précipitations. Septembre est un mois réputé instable, notamment dans le sud-est de la France. Les normales montrent que la pluviométrie est assez contrastée : autour de 55 mm à Paris, 80 mm à Lyon, mais jusqu’à 120 mm à Nice et parfois 150 mm à Marseille, où les fameux épisodes cévenols peuvent se déclencher dès ce mois. Ces épisodes, alimentés par des remontées d’air chaud et humide de Méditerranée, sont connus pour donner en 24 heures l’équivalent de deux à trois mois de pluie. Mais attention, la moyenne mensuelle ne reflète pas toujours l’extrême : certains septembres passent presque au sec, d’autres voient des records historiques, comme en 2002 dans le Gard avec plus de 400 mm tombés en quelques jours. Dans l’ouest, la Bretagne connaît un septembre en général plus calme, avec des totaux autour de 70 à 80 mm, tombant souvent en petites pluies régulières.
L’ensoleillement est une autre variable scrutée par les jardiniers et les vacanciers tardifs. À Paris, la normale 1991-2020 tourne autour de 165 heures d’ensoleillement pour le mois, ce qui reste correct mais bien inférieur aux 250 heures d’un mois de juillet. Dans le sud, Marseille ou Montpellier dépassent encore régulièrement les 220 heures. On comprend mieux pourquoi les terrasses méditerranéennes restent pleines à craquer à la mi-septembre, quand les Parisiens ressortent déjà leurs vestes légères. Mais l’ensoleillement est souvent trompeur : un mois de septembre peut être radieux en apparence, mais ponctué d’averses brèves et orageuses, ce qui ne se lit pas forcément dans le total global.
Il faut aussi évoquer la fréquence des orages. Les normales indiquent que septembre est encore un mois orageux, surtout dans le sud. À Nîmes, on compte en moyenne 4 à 6 jours d’orage en septembre, contre seulement 1 à 2 en Île-de-France. Ce sont ces orages qui marquent le passage progressif vers l’automne, avec des contrastes de températures parfois brutaux. Les météorologues observent d’ailleurs que le mois de septembre est le plus propice de l’année aux « retours d’est » sur les Alpes-Maritimes, ces flux méditerranéens chargés d’humidité qui viennent buter contre les reliefs et déclencher des pluies diluviennes.
Au-delà des chiffres, il faut replacer ces moyennes dans leur dimension temporelle. Car la météo, vous le savez, n’est jamais une science figée. Les moyennes changent, elles évoluent avec le climat. Ainsi, un ancien agriculteur du Beaujolais vous dira qu’autrefois, les vendanges commençaient fin septembre, parfois même début octobre. Aujourd’hui, elles s’ouvrent parfois dès la dernière semaine d’août, signe d’un réchauffement tangible. Dans les relevés de la station de Lyon-Bron, la température moyenne de septembre a grimpé de 16,2 °C (normale 1961-1990) à 17,5 °C (normale 1991-2020). Un degré de plus en moyenne, ce n’est pas seulement une statistique : c’est une modification profonde de la phénologie des plantes, du cycle de l’eau et des comportements humains.
Un autre indicateur marquant est le nombre de jours avec gel. En septembre, la normale nationale reste proche de zéro, sauf en montagne où des gelées précoces peuvent apparaître dès la seconde quinzaine. À Chamonix, par exemple, on observe en moyenne 2 jours de gel en septembre, mais ce chiffre a tendance à diminuer au fil des décennies. Dans les plaines, il est rarissime d’avoir du gel avant octobre, mais il arrive qu’une descente polaire surprenne tout le monde : septembre 1972, par exemple, avait vu des gelées blanches précoces jusqu’en plaine dans le nord de la France. Ces événements exceptionnels sont gommés par les moyennes, mais ils marquent la mémoire collective.
On pourrait s’attarder aussi sur le vent. En septembre, les régimes de brises marines se font encore sentir sur le littoral atlantique et méditerranéen, mais les tempêtes automnales n’ont pas encore vraiment commencé. La vitesse moyenne du vent reste donc modérée, sauf dans certaines zones exposées comme le couloir rhodanien où le mistral peut se lever dès septembre avec une violence déjà marquée. Les relevés de la station de Montélimar indiquent une moyenne de 10 jours de mistral par mois en septembre, avec des rafales dépassant parfois les 80 km/h.
Enfin, il ne faut pas oublier que les moyennes saisonnières ne sont pas des prédictions, mais des références. Quand, à la télévision, le présentateur vous dit qu’il fait « au-dessus des normales de saison », il compare la valeur du jour à ces moyennes 1991-2020. Si vous avez 25 °C à Paris le 15 septembre, cela paraît agréable, mais c’est environ 3 °C au-dessus de la normale. De quoi justifier ce fameux commentaire qui amuse certains : « il fait encore estival ! ».
Voilà donc ce que sont les moyennes saisonnières de septembre en France : un mélange de chiffres précis, hérités de décennies de relevés, et une matière vivante, qui se transforme sous nos yeux. Derrière ces valeurs se cachent des histoires de vendanges avancées, de vacanciers qui prolongent leur été, de citadins surpris par un orage de fin de journée, et d’agriculteurs qui scrutent le ciel pour savoir si la pluie viendra ou non gonfler le raisin et les maïs.




