Septembre, c’est ce mois étrange où l’été n’a pas encore lâché prise, mais où les matins frais et la lumière qui décline viennent rappeler que les jours raccourcissent inexorablement. Depuis des siècles, les paysans, les jardiniers et les observateurs du ciel ont résumé ce mois de transition par une foule de dictons, transmis de bouche à oreille et gravés dans l’agenda agricole. Contrairement aux proverbes plus philosophiques, ces dictons sont des condensés d’observation météorologique et d’expérience du travail de la terre. Ils témoignent de la finesse avec laquelle nos anciens scrutaient les nuages, les vents et la pluie pour prévoir ce qui allait arriver.
« Septembre se nomme le mai de l’automne. »
On retrouve ici l’idée que septembre garde encore quelque chose du printemps, avec un redoux, des journées claires, et parfois un regain de végétation. Les relevés climatiques montrent que la première quinzaine de septembre conserve souvent des températures maximales supérieures à 20 °C dans la moitié nord de la France, ce qui justifie cette comparaison.
« Septembre humide, pas de tonneau vide. »
Un dicton tourné vers la vigne. L’humidité de septembre favorise le grossissement des raisins et permet des vendanges abondantes. Historiquement, les vignerons du Bordelais et de Bourgogne notaient que les années où il pleuvait un peu en septembre offraient des cuvées plus généreuses, même si la qualité pouvait en pâtir.
« Septembre en sa tournure, de mars fait la figure. »
Il s’agit d’un dicton comparatif : le temps instable de septembre, alternant averses et éclaircies, rappelle celui du mois de mars. On retrouve ce parallèle dans les relevés : en moyenne, le nombre de jours de pluie est proche en mars et en septembre dans les régions de climat océanique.
« En septembre, le raisin ou la figue pendent. »
Ici, la nature est le calendrier : la vigne et le figuier atteignent leur maturité à cette période. Dans le sud de la France, la récolte des figues commence souvent dès la fin août et s’étale jusqu’en octobre.
« Septembre emporte les ponts ou tarit les fontaines. »
Ce dicton illustre l’extrême variabilité du mois : il peut être marqué par des crues soudaines liées à des épisodes pluvieux violents (notamment en Méditerranée), ou au contraire être si sec que les sources se tarissent. Les archives hydrologiques du Rhône et de la Loire confirment ce contraste d’une année sur l’autre.
« Septembre est le mai de l’automne, il en a la parure mais non la durée. »
Variante du premier, mais insistant sur la brièveté de ce répit estival. Les moyennes saisonnières montrent en effet une chute rapide des températures à partir du 15-20 septembre.
« Septembre sans rosée, pomme non assurée. »
La rosée du matin est perçue comme bénéfique pour les vergers. Elle protège de la sécheresse et maintient un certain équilibre hydrique. Les relevés hygrométriques confirment que les nuits claires de septembre donnent souvent lieu à de fortes rosées, utiles aux fruits tardifs comme les pommes et les poires.
« En septembre, si trois jours il tonne, c’est un nouveau vendangeon. »
Le tonnerre à cette période est associé à un climat encore chaud et instable, ce qui peut relancer la maturation des raisins. Les années avec épisodes orageux tardifs ont souvent donné des récoltes plus riches en sucre.
« En septembre, sois prudent, achète bois et vêtements. »
Là, c’est l’anticipation de l’hiver. Dans les campagnes, on savait que dès la fin du mois, les nuits pouvaient être froides. Statistiquement, les premières gelées surviennent en moyenne dès la dernière décade de septembre dans certaines vallées alpines et du Massif central.
« Septembre emporte les fruits ou les laisse mûrir. »
Encore une illustration de l’incertitude : si les tempêtes viennent, les fruits tombent ; sinon, ils mûrissent doucement. On retrouve cette logique dans les vergers : les années venteuses et pluvieuses en septembre entraînent des pertes massives de pommes ou de noix.
« Beau septembre, finit d’emplir les chambres. »
Les « chambres » désignent ici les greniers et celliers. Si septembre est beau et sec, les récoltes se terminent dans de bonnes conditions et les réserves se remplissent. Les statistiques agricoles montrent que le mois est en effet décisif pour la conservation des récoltes.
« Septembre nous produit le plus délectable des fruits. »
C’est le mois des vendanges et de la profusion fruitière : pommes, poires, prunes, raisins. On comprend que ce soit le dicton de l’abondance.
« Septembre en sa rosée, de l’hiver fait la beauté. »
Une autre façon de dire que la fraîcheur humide de septembre prépare une saison hivernale plus douce. Les archives climatiques du XIXe siècle notent en effet une corrélation entre automnes humides et hivers moins rigoureux, au moins en plaine.
« Septembre emporte les fruits, emporte les fleurs, mais donne du blé aux laboureurs. »
C’est le mois où se termine la fructification, mais où commencent aussi les labours d’automne. L’agenda agricole médiéval en faisait un mois de transition entre la cueillette et le travail du sol.
« En septembre, si tu as des poires, garde-les pour tes soirs. »
Dicton de conservation. Les poires tardives se gardaient bien en cave, et permettaient de passer l’automne et le début de l’hiver. C’était un rappel pratique autant qu’une observation.
« Quand beaucoup d’étoiles filent en septembre, les tonneaux sont trop petits en novembre. »
On associe les pluies d’étoiles filantes à un ciel clair, donc à un mois sec et favorable à la vigne. L’abondance annoncée des vendanges est plus symbolique qu’astronomique, mais l’idée a traversé les siècles.
« Septembre se montre souvent comme un second août. »
On retrouve dans les relevés thermiques que certaines années, la chaleur persiste jusqu’au cœur du mois. Des vagues de chaleur tardives se produisent encore régulièrement en France, confirmant l’intuition du dicton.
« Septembre de pluie, pas de champ vide. »
La pluie de septembre prépare les semis d’automne et facilite la levée des cultures. Les agriculteurs considéraient ce mois comme essentiel à l’installation du blé d’hiver.
« À septembre chaud, octobre mouillé. »
Ce dicton établit une corrélation d’une année sur l’autre : la persistance de la chaleur en septembre annonce un changement brutal en octobre. Statistiquement, il n’y a pas toujours corrélation stricte, mais on observe souvent une bascule nette entre les deux mois.
« Si septembre ne voit pas de pluie, le paysan peut aller se pendre. »
Un dicton rude mais qui traduit l’angoisse de la sécheresse : sans pluie en septembre, les semis d’automne ne lèvent pas, les prairies ne repoussent pas et l’hiver s’annonce difficile pour les troupeaux. Les grandes sécheresses historiques, comme celles de 1949 ou 1976, avaient donné à ce dicton un écho douloureux.
À travers ces vingt dictons, on voit se dessiner un mois oscillant entre chaleur tardive, pluies bénéfiques, orages parfois violents et premiers frissons de l’automne. Les paysans du passé n’avaient ni satellites ni radars, mais une expérience millénaire. Leur langage imagé recouvre souvent des réalités confirmées par les relevés modernes : la persistance de la chaleur, l’importance des pluies pour la vigne et les semis, le rôle de la rosée pour les vergers.
On perçoit aussi, derrière ces dictons, une certaine poésie. Septembre est tantôt le « mai de l’automne », tantôt le « second août ». Il est généreux en fruits, mais il peut aussi emporter les récoltes par une pluie trop violente. On entend presque la voix des anciens nous dire, avec un mélange de sagesse et de résignation, qu’il faut savoir composer avec l’incertitude du climat.




