Des États-Unis au Canada, de l’Amérique centrale à l’Amazonie, l’actualité climatique du continent américain se joue sur plusieurs fronts. Ouragans, incendies, tensions sur l’eau, déforestation et évolution des températures composent un tableau très contrasté. Voici les principaux sujets à suivre dans cette revue d’actualité, avec une distinction entre les événements observés, les bilans établis et les tendances de fond.
Du bassin amazonien aux forêts canadiennes, des Caraïbes aux États-Unis, le continent américain traverse une période de fortes tensions climatiques. Les incendies progressent dans certaines régions du Brésil, le Canada tire les enseignements d’une nouvelle saison difficile et les organismes météorologiques alertent sur les conséquences possibles d’un épisode El Niño particulièrement puissant. Une actualité contrastée, entre avancées contre la déforestation et risques environnementaux qui s’accumulent.
L’Amérique connaît une actualité environnementale particulièrement dense en ce début novembre. Le phénomène El Niño, qui modifie la circulation atmosphérique et la répartition des précipitations à l’échelle planétaire, occupe une place centrale dans les préoccupations des scientifiques. Ses effets se font déjà sentir dans plusieurs régions tropicales, tandis que les organismes météorologiques préparent leurs perspectives pour les prochains mois.
La situation n’est toutefois pas uniforme. Le Brésil annonce une baisse historique de la déforestation amazonienne, mais doit simultanément faire face à une recrudescence des incendies. Au Canada, la saison des feux de forêt 2026 a déjà brûlé environ 4,5 millions d’hectares. Dans les Caraïbes, le déficit pluviométrique fait craindre une aggravation de la sécheresse. Aux États-Unis, les prévisions hivernales de la NOAA mettent en évidence des contrastes régionaux liés au puissant El Niño en cours.
Amazonie : les incendies repartent à la hausse dans le nord du Brésil
Le bassin amazonien fait partie des principaux foyers d’inquiétude de cette fin d’année. En octobre, l’État brésilien d’Amazonas a enregistré une forte augmentation des départs de feu. Selon les données du système brésilien de surveillance de l’Amazonie rapportées le 14 octobre, 1 679 incendies ont été recensés durant les deux premières semaines du mois. Ce chiffre représente une hausse de 253 % par rapport à la même période de 2025.
La situation s’explique par une combinaison de facteurs. Les conditions de sécheresse associées à El Niño, les températures élevées et le retard des pluies saisonnières rendent la végétation plus vulnérable. Les activités humaines jouent également un rôle majeur. Au Brésil, une partie des incendies est liée aux brûlis destinés à défricher des terrains pour l’agriculture ou l’élevage. Les autorités ont notamment signalé des feux à l’intérieur de zones forestières protégées et annoncé des investigations sur de possibles mises à feu volontaires.
Les conséquences dépassent largement les surfaces brûlées. Les fumées ont dégradé la qualité de l’air à Manaus, grande ville de l’État d’Amazonas. Le 12 octobre, les mesures de particules fines PM2,5 rapportées par la NASA dépassaient 135 microgrammes par mètre cube. Cette concentration correspond à une pollution atmosphérique préoccupante pour la santé, notamment pour les personnes fragiles, les enfants et les personnes souffrant de troubles respiratoires. Des établissements scolaires ont fermé et plusieurs activités en plein air ont été annulées.
Les incendies amazoniens ne se comportent pas comme ceux des forêts boréales. Les écosystèmes tropicaux humides ne sont pas adaptés à des feux fréquents et étendus. Les arbres, la faune et les sols peuvent subir des dommages importants, tandis que les zones déjà dégradées deviennent plus vulnérables lors des épisodes suivants. La répétition des incendies fragilise donc progressivement des espaces forestiers qui devraient normalement rester humides.
La NASA estime que la progression des feux pourrait se poursuivre tant que les pluies saisonnières ne seront pas suffisamment installées. Les chercheurs surveillent aussi les régions plus septentrionales du bassin amazonien, notamment le Roraima, le nord du Pará et l’Amapá, ainsi que certaines zones du Venezuela, du Guyana et du Suriname. Il s’agit d’une perspective de risque, et non de la confirmation de futurs incendies dans chacune de ces régions.
Une bonne nouvelle pour la forêt : la déforestation recule au Brésil
Le tableau amazonien comporte cependant une évolution positive. Le gouvernement brésilien a annoncé une baisse de la déforestation pour la période allant d’août 2025 à juillet 2026. Les surfaces déboisées atteignent 3 335 km², selon les données satellitaires officielles. Il s’agit du niveau annuel le plus bas depuis le début des relevés en 1988.
La diminution est importante par rapport à l’année précédente, lorsque 5 731 km² avaient été déboisés sur la période de comparaison. Le recul atteint environ 41,8 %. Depuis 2023, la baisse cumulée annoncée par les autorités est encore plus marquée.
Cette évolution est attribuée à plusieurs mesures : renforcement de la surveillance satellitaire, reprise des contrôles contre les défrichements illégaux, rétablissement de sanctions et relance du plan brésilien de prévention et de lutte contre la déforestation en Amazonie, connu sous le nom de PPCDAm.
Il faut toutefois éviter une lecture trop optimiste. Une baisse de la déforestation ne signifie pas que la forêt amazonienne est sortie de danger. Les incendies, l’exploitation illégale du bois, la fragmentation des habitats et les effets du réchauffement continuent de peser sur cet écosystème. Une forêt peut également subir une dégradation importante sans que celle-ci apparaisse immédiatement dans les statistiques de déforestation totale.
La différence entre déforestation et dégradation forestière mérite d’être soulignée. La première correspond à la disparition durable d’une surface boisée au profit d’un autre usage. La seconde peut résulter de coupes sélectives, d’incendies répétés ou d’autres perturbations qui diminuent la qualité écologique de la forêt sans provoquer nécessairement sa disparition complète. Les deux phénomènes doivent être surveillés séparément.
Canada : 4,5 millions d’hectares brûlés en 2026
Le Canada vient de dresser un premier bilan national de sa saison des feux de forêt. Selon la mise à jour publiée par le gouvernement fédéral le 15 octobre, plus de 5 400 incendies ont été recensés depuis le début de l’année. Ils ont parcouru environ 4,5 millions d’hectares.
Le chiffre reste très important, même si la saison avait commencé plus lentement que la moyenne. L’activité des feux s’est ensuite intensifiée dans plusieurs régions, notamment dans le nord-ouest de l’Ontario et le sud de la Colombie-Britannique. Les Territoires du Nord-Ouest ont également connu une activité particulièrement intense et représentaient plus du tiers de la superficie totale brûlée au Canada en 2026.
Les incendies ont contraint plus de 33 750 personnes à quitter leur domicile depuis avril, dont plus de 8 800 membres des Premières Nations. Derrière les statistiques, les conséquences touchent les habitations, les infrastructures, les réseaux de transport, les activités économiques et les territoires traditionnels des communautés autochtones.
La lutte contre les incendies a nécessité une coopération internationale. Plus de 560 pompiers venus notamment du Mexique, du Costa Rica, de Nouvelle-Zélande et d’Australie ont apporté leur aide aux équipes canadiennes. Le dispositif fédéral de lutte aérienne a également été renforcé, avec dix appareils supplémentaires loués par l’intermédiaire du Centre interservices des feux de forêt du Canada. Ces avions et hélicoptères ont cumulé plus de 2 120 heures de vol et réalisé plus de 14 400 largages d’eau ou de produits retardants.
La saison 2026 rappelle que le risque d’incendie ne dépend pas uniquement des températures. La durée des périodes sèches, l’humidité de la végétation, le vent et l’état des sols jouent un rôle déterminant. Une succession de journées chaudes et peu humides peut assécher les combustibles végétaux et favoriser une propagation rapide des flammes.
Le gouvernement canadien souligne également que les saisons de feux deviennent plus longues, plus complexes et plus difficiles à gérer. Cette évolution impose de renforcer la prévention, les moyens d’intervention et la préparation des collectivités exposées.
El Niño : un épisode très puissant sous surveillance
Le phénomène El Niño occupe une place majeure dans les perspectives climatiques de la fin 2026 et du début 2027. Il correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial central et oriental. Cette anomalie modifie les échanges entre l’océan et l’atmosphère, ce qui déplace certaines zones de précipitations et influence les circulations atmosphériques à grande échelle.
Le 26 octobre, l’Organisation météorologique mondiale a publié une mise à jour de ses perspectives saisonnières. Elle indique que l’épisode en cours pourrait atteindre une intensité exceptionnelle. Pour la période novembre 2026 à janvier 2027, les températures de surface de la mer dans la zone de référence du Pacifique tropical pourraient atteindre une anomalie de 3,8 °C au-dessus de la moyenne.
Cette valeur est une projection, pas une mesure déjà constatée pour l’ensemble du trimestre. Elle traduit néanmoins la puissance potentielle de l’épisode. Pour rappel, le seuil de référence utilisé pour caractériser une anomalie El Niño est de +0,5 °C dans la région océanique surveillée, sous réserve de critères de persistance et de contexte atmosphérique.
Les conséquences varient selon les régions. El Niño peut favoriser des déficits de pluie dans certaines zones, tandis que d’autres connaissent des précipitations plus abondantes et des risques de crues. Il peut aussi modifier les températures, la fréquence des épisodes de chaleur et les conditions propices aux incendies.
Il ne faut donc pas imaginer un effet uniforme sur tout le continent américain. Le même phénomène peut contribuer à la sécheresse dans une région et à des pluies abondantes dans une autre. Les effets dépendent de la saison, de la géographie et de la circulation atmosphérique régionale.
Amérique centrale et Caraïbes : la sécheresse devient une préoccupation majeure
Les Caraïbes abordent la fin de la saison humide avec des déficits de précipitations déjà installés sur plusieurs îles. Le Centre climatique régional des Caraïbes, rattaché à l’Institut caribéen de météorologie et d’hydrologie, signale une première moitié de saison humide 2026 anormalement sèche.
Les prévisions pour la période de septembre à novembre font état d’un risque accru de déficits pluviométriques, notamment à Hispaniola, Porto Rico, dans les îles Vierges américaines et dans les Petites Antilles. Le risque de sécheresse durable est particulièrement préoccupant pour Sainte-Lucie, où les organismes régionaux estiment que la situation pourrait devenir sévère à la fin novembre.
D’autres territoires sont également surveillés, parmi lesquels les îles ABC — Aruba, Bonaire et Curaçao —, Antigua, les Bahamas du nord et du nord-ouest ainsi que Tobago. La situation pourrait s’étendre à d’autres îles au cours de la saison sèche 2026-2027.
Les conséquences concernent directement les ressources en eau potable. Certaines îles disposent d’installations de dessalement, mais leur fonctionnement nécessite de l’énergie et des infrastructures adaptées. Les territoires qui dépendent davantage des précipitations, des nappes et des réservoirs peuvent se retrouver plus rapidement sous tension.
La sécheresse touche aussi l’agriculture, les écosystèmes et les activités touristiques. Une baisse durable des réserves d’eau peut réduire les disponibilités pour l’irrigation et augmenter les coûts d’approvisionnement des collectivités.
La saison cyclonique atlantique se poursuit officiellement jusqu’au 30 novembre. Toutefois, au moment du point effectué par le Centre national américain des ouragans le 2 novembre, aucun cyclone tropical n’était actif dans l’Atlantique, les Caraïbes ou le golfe du Mexique. Aucun système tropical n’était non plus signalé dans le Pacifique oriental. Cette absence de phénomène actif ne signifie pas que la saison est terminée : des tempêtes tropicales peuvent encore se former en novembre.
États-Unis : un hiver sous l’influence d’El Niño
La NOAA a publié le 15 octobre ses prévisions saisonnières pour l’hiver météorologique 2026-2027, qui couvre décembre, janvier et février. L’organisme prévoit des températures supérieures aux normales sur une grande partie du nord des États-Unis, notamment dans le Nord-Ouest Pacifique, les Rocheuses du Nord, le Midwest, la vallée du Mississippi et une grande partie de la façade est.
Le sud du pays présente un signal différent pour les précipitations. La NOAA privilégie un hiver plus humide que la normale dans une large bande allant du Sud-Ouest au Sud-Est, ainsi que le long de la côte atlantique. Ces conditions pourraient contribuer à améliorer la sécheresse dans plusieurs régions, notamment dans le Sud-Ouest, les Grandes Plaines méridionales et certaines zones de l’Est.
À l’inverse, des conditions plus sèches que la normale sont envisagées dans certaines parties des Rocheuses du Nord, autour des Grands Lacs et dans plusieurs secteurs de l’Alaska. Ces tendances ne prévoient pas la météo de chaque journée : elles indiquent les probabilités d’anomalies sur l’ensemble du trimestre.
La NOAA relie ces perspectives au puissant El Niño en cours. Ce phénomène tend à déplacer vers le sud et l’est le courant-jet dans certaines configurations, ce qui peut favoriser des trajectoires dépressionnaires plus méridionales et des précipitations plus fréquentes sur le sud des États-Unis.
Cette situation pourrait apporter un répit à certaines régions touchées par la sécheresse. Mais un sol très sec ne garantit pas une bonne absorption de fortes pluies. Des précipitations intenses peuvent provoquer des ruissellements rapides, des crues soudaines et des glissements de terrain, en particulier sur les reliefs et les terrains fragilisés.
Amérique du Sud : des contrastes hydrologiques de plus en plus marqués
Le Brésil offre un exemple particulièrement net des contrastes associés à El Niño. Le bulletin publié le 29 octobre par le Cemaden, le centre national brésilien de surveillance et d’alerte des catastrophes naturelles, prévoit des précipitations inférieures à la moyenne dans le nord du pays et supérieures à la moyenne dans le sud pour le trimestre novembre-janvier.
Dans le nord, le déficit de pluie peut accentuer les tensions sur les cours d’eau, les réserves et les activités agricoles. Le bulletin signale une progression de la sécheresse dans plusieurs secteurs et une vigilance particulière autour du risque d’incendie. Pour la période novembre 2026 à janvier 2027, le Cemaden recense 307 communes en niveau d’alerte élevé et 464 en niveau d’alerte concernant le risque de feu, principalement dans le nord du pays.
Dans le sud, les précipitations plus abondantes peuvent au contraire entraîner une hausse des niveaux des rivières. Le bulletin mentionne déjà des inondations localisées dans les bassins de l’Uruguay, du Taquari et du Caí. Les territoires concernés doivent surveiller les niveaux d’eau et les éventuels débordements.
Ces différences illustrent une caractéristique majeure du climat sud-américain : les conséquences d’un même épisode océanique peuvent être opposées selon les régions. Le risque ne se limite donc pas à la sécheresse. Les excès de pluie, les crues et les glissements de terrain peuvent aussi peser sur les populations et les infrastructures.
Les glaciers andins, un autre signal d’alerte
L’actualité climatique américaine ne se résume pas aux événements météorologiques immédiats. Les glaciers des Andes constituent un indicateur de long terme particulièrement suivi. Dans son bilan consacré à l’Amérique latine et aux Caraïbes pour 2025, l’Organisation météorologique mondiale souligne la poursuite du recul glaciaire et les conséquences sur les ressources en eau.
La fonte des glaciers peut augmenter temporairement les débits de certains cours d’eau, mais la diminution de leur masse réduit progressivement les réserves naturelles disponibles pendant les périodes sèches. Les populations, l’agriculture et la production hydroélectrique peuvent être concernées, notamment dans les régions qui dépendent de l’eau issue des montagnes.
Le recul glaciaire modifie également les risques naturels. La formation de lacs glaciaires et l’instabilité de certains versants peuvent favoriser des débordements ou des phénomènes de type glissement de terrain. Ces risques ne se manifestent pas partout de la même manière, mais ils font partie des évolutions suivies par les scientifiques.
Une actualité américaine dominée par l’eau, la chaleur et le feu
Les informations publiées ces dernières semaines dessinent un continent confronté à des situations très différentes, mais reliées par plusieurs mécanismes climatiques. Dans l’Amazonie brésilienne, la sécheresse et la chaleur favorisent les incendies, tandis que les autorités annoncent une baisse de la déforestation. Au Canada, les feux de forêt ont parcouru environ 4,5 millions d’hectares. Dans les Caraïbes, les déficits de pluie menacent les réserves en eau. Aux États-Unis, les prévisions hivernales annoncent des contrastes régionaux importants.
El Niño constitue un facteur majeur de cette situation, mais il ne peut pas expliquer seul chaque incendie, chaque sécheresse ou chaque inondation. L’occupation des sols, la déforestation, les pratiques agricoles, l’état des infrastructures et le réchauffement climatique de fond interviennent également.
Les prochains mois seront particulièrement surveillés. L’Organisation météorologique mondiale anticipe un épisode El Niño potentiellement très puissant, avec des effets possibles jusqu’en 2027. Pour les pays américains, l’enjeu consiste à préparer simultanément des risques qui semblent parfois contradictoires : manque d’eau dans certaines régions, excès de précipitations dans d’autres, feux de végétation et épisodes de chaleur.
L’Amérique ne traverse donc pas une crise climatique unique, mais une succession de situations régionales qui exigent des réponses adaptées. Les prochains bulletins permettront de vérifier si les scénarios actuels se confirment, notamment pour les pluies en Amérique du Sud, la sécheresse caribéenne et les conditions hivernales aux États-Unis.




