Mer Morte : en perdant son eau, elle s’enfonce dans un cercle vicieux de chaleur et d’évaporation.

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La mer Morte se réchauffe alors même qu’elle rétrécit. Une étude publiée le 29 septembre 2026 montre comment la baisse du niveau, la hausse de la salinité et les échanges de chaleur peuvent se renforcer mutuellement. D’ici 2100, le lac pourrait encore perdre 85 mètres de hauteur et gagner jusqu’à 8 °C selon le scénario climatique retenu.

Un réchauffement mesuré sur plusieurs décennies. Depuis 1979, la température de l’eau de la mer Morte a augmenté d’environ 3 °C dans l’ensemble de la colonne d’eau, selon le modèle physique présenté dans la revue Geophysical Research Letters. La couche de surface s’est réchauffée à un rythme estimé entre 0,5 et 0,6 °C par décennie. La couche profonde a elle aussi gagné environ 2,8 °C, un phénomène particulièrement marqué pour un lac profond. L’étude reproduit ces observations et cherche à expliquer pourquoi le réchauffement se poursuit alors que l’évaporation devrait, en principe, refroidir la surface.

Le lac perd environ 40 mètres de hauteur depuis les années 1970. La mer Morte est un lac salé fermé, sans débouché vers l’océan. Son niveau dépend donc du bilan entre les apports d’eau et les pertes par évaporation. Les prélèvements dans le bassin du Jourdain, qui alimentait historiquement le lac, ont fortement réduit les arrivées d’eau. La chaleur et les conditions sèches de la région accentuent la pression. Le niveau est passé d’environ −403,5 mètres sous le niveau de la mer en 1985 à près de −440 mètres en 2025. Le recul atteint donc plusieurs dizaines de mètres en quatre décennies.

Pourquoi la mer Morte se réchauffe-t-elle en rétrécissant ? L’évaporation absorbe normalement de l’énergie et refroidit la surface d’un plan d’eau, comme la transpiration refroidit la peau. Mais la mer Morte contient une concentration exceptionnelle de sels. À mesure que l’eau s’évapore, la saumure devient plus concentrée et les propriétés thermodynamiques du liquide changent. Selon l’étude, la baisse de l’activité de l’eau réduit l’efficacité du refroidissement par évaporation. La chaleur reçue ne s’évacue donc plus de la même manière : l’eau peut continuer à perdre de la masse tout en accumulant davantage de chaleur.

Un mécanisme qui s’auto-renforce. Une eau plus chaude favorise les échanges de vapeur avec l’atmosphère, tandis que la baisse du niveau et la concentration en sels modifient le bilan thermique du lac. Les chercheurs décrivent ainsi une rétroaction entre réchauffement et perte d’eau. Il ne s’agit pas d’un phénomène qui se déclenche seul, indépendamment du climat et des activités humaines : le réchauffement de l’air et la réduction des apports d’eau contribuent au processus. La particularité réside dans la manière dont la salinité et les échanges de chaleur peuvent amplifier la réponse du lac.

Des étés déjà proches de 34 °C. Dans la région, la température moyenne mensuelle de l’air et celle de l’eau de surface atteignent environ 34 °C pendant les mois les plus chauds, selon le communiqué scientifique de l’université de Lyon. Ce sont des moyennes mensuelles, pas des records ponctuels. Le lac se trouve dans une dépression située à plusieurs centaines de mètres sous le niveau marin, dans un environnement chaud et aride. Le réchauffement de l’eau s’ajoute donc à des conditions estivales déjà extrêmes.

Que prévoit l’étude pour 2100 ? Les simulations indiquent une baisse possible du niveau de l’ordre de 85 mètres supplémentaires et un réchauffement de 5 à 8 °C, selon l’évolution future des émissions de gaz à effet de serre. Le scénario le plus marqué associe une hausse de la température de l’air régional de 4 °C à une augmentation de la température de l’eau pouvant atteindre environ 8 °C. Il s’agit de résultats de modélisation, et non d’une certitude sur la température exacte du lac en 2100. Les résultats dépendent des hypothèses climatiques et hydrologiques retenues.

🌡️ Indicateur 📊 Valeur publiée 🔎 Ce que cela signifie
Réchauffement de l’eau depuis 1979 Environ +3 °C Hausse reconstituée par le modèle
Réchauffement de la surface +0,5 à +0,6 °C par décennie Rythme observé dans les études utilisées
Baisse du niveau depuis les années 1980 Plusieurs dizaines de mètres Environ −440 m par rapport au niveau marin en 2025
Baisse future simulée d’ici 2100 Environ 85 m Projection du modèle
Réchauffement futur simulé +5 à +8 °C Résultat variable selon les émissions

La découverte dépasse le cas de la mer Morte. Les chercheurs ont appliqué leur modèle à un bassin méditerranéen hypothétique, progressivement coupé de l’océan. Dans cette simulation, l’eau pourrait se réchauffer d’environ 20 °C et le niveau baisser de 2 500 mètres sur plusieurs millénaires. Ce scénario ne constitue pas une prévision pour la Méditerranée actuelle. Il sert à tester un mécanisme susceptible d’expliquer la formation de gigantesques dépôts de sel observés dans les archives géologiques. Ces dépôts pourraient refléter, au moins en partie, l’isolement et l’assèchement progressif d’anciens bassins, et pas seulement un climat extrêmement chaud et aride.

Ce que l’étude ne dit pas. La mer Morte ne crée pas un nouveau climat régional au sens où elle modifierait à elle seule la météo de tout le Moyen-Orient. Le titre décrit surtout une dynamique locale : la diminution des apports d’eau, la concentration en sels et les échanges thermiques se combinent pour produire des conditions de plus en plus extrêmes dans le lac. La recherche ne signifie pas non plus que toute eau salée se réchauffera de la même façon. La profondeur, le brassage, l’humidité de l’air et les caractéristiques chimiques de chaque bassin modifient le résultat.

Le constat. La mer Morte a perdu plusieurs dizaines de mètres de hauteur depuis les années 1970 et son eau s’est réchauffée d’environ 3 °C. La nouvelle étude explique comment la baisse du niveau et l’augmentation de la salinité peuvent réduire l’efficacité du refroidissement par évaporation, ce qui renforce le réchauffement. Si les tendances hydrologiques et climatiques se poursuivent, les simulations prévoient un lac nettement plus chaud et plus bas en 2100. La principale incertitude concerne l’ampleur exacte de cette évolution, pas l’existence du recul actuel.