La sécheresse ne s’arrête pas aux frontières françaises. À l’automne 2026, une grande partie de l’Europe reste confrontée à des sols secs, à des cours d’eau fragilisés et à des déficits de précipitations accumulés pendant l’été. La France figure parmi les territoires touchés, mais elle n’est pas seule : Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande et plusieurs régions d’Europe centrale connaissent aussi des conditions préoccupantes. À l’inverse, certaines zones de la péninsule Ibérique, de la Scandinavie et du nord-est européen montrent des signes de rétablissement.
Une sécheresse à l’échelle européenne
Le dernier état des lieux de l’Observatoire européen de la sécheresse, publié en octobre et fondé sur les données de la fin septembre, montre que les conditions sèches persistent dans une grande partie du continent. L’indicateur européen combine plusieurs paramètres : humidité des sols, évolution de la végétation et signaux liés au déficit hydrique. Il ne mesure donc pas uniquement la quantité de pluie tombée dans chaque pays.
La France reste concernée par des zones en alerte et en avertissement. Mais des situations comparables touchent de vastes secteurs d’Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas, du Danemark, du Royaume-Uni et de l’Irlande. Les Alpes, plusieurs régions des Balkans et des secteurs d’Europe centrale sont également concernés. Il serait donc inexact de présenter la sécheresse de 2026 comme un problème essentiellement français.
France : une situation encore préoccupante pour les nappes phréatiques
En France, la sécheresse ne se résume plus aux sols desséchés de l’été. Les nappes souterraines continuent de se vider dans une grande partie du pays, alors que les pluies de l’automne restent trop irrégulières pour assurer partout une recharge suffisante.
Le bilan du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), établi au 15 octobre 2026, indique que 74 % des niveaux de nappes étaient encore en baisse et 64 % se situaient sous les normales mensuelles. La situation globale avait peu évolué depuis le début du mois. Les précipitations localisées de fin septembre avaient notamment peu bénéficié aux secteurs en difficulté du Massif central et du Grand Est.
La carte française masque toutefois des situations très contrastées. Les nappes du Limousin, du Morvan, du Livradois, du Forez et du Vivarais affichent encore des niveaux très bas. Le Jura figure également parmi les secteurs à surveiller pour ses nappes karstiques. À l’inverse, la situation apparaît plus favorable entre la frontière espagnole et la vallée du Rhône, où plusieurs nappes réactives ont bénéficié d’une amélioration.
Cette distinction compte : une région peut recevoir des pluies abondantes sans que ses nappes retrouvent rapidement un niveau satisfaisant. Une partie de l’eau ruisselle, une autre reste dans les sols ou sert aux besoins de la végétation. Seule une fraction atteint les réserves souterraines, parfois après plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Allemagne, Belgique et Pays-Bas : des voisins loin d’être épargnés
L’Allemagne figure parmi les pays européens encore largement concernés par les déficits hydriques. À la fin septembre, l’Observatoire européen de la sécheresse signalait des conditions d’alerte dans de vastes secteurs du pays, notamment à l’ouest et au sud. D’autres régions restaient classées en avertissement, ce qui traduit une situation préoccupante sans signifier que chaque bassin versant connaît le même niveau de pénurie.
La Belgique et les Pays-Bas restaient eux aussi sous surveillance. Dans ces deux pays, les pluies automnales peuvent améliorer rapidement l’humidité des sols, mais elles ne règlent pas nécessairement les problèmes d’alimentation des cours d’eau ou des réserves souterraines. Les besoins agricoles, industriels et domestiques, tout comme les caractéristiques géologiques locales, influencent la durée de la récupération.
Le Danemark était également concerné par des conditions d’avertissement. Dans ces régions d’Europe occidentale et septentrionale, la sécheresse de 2026 ne correspond donc pas uniquement à une succession de journées chaudes : elle traduit un déficit hydrique qui persiste dans plusieurs composantes du cycle de l’eau.
Royaume-Uni et Irlande : les pluies ne suffisent pas partout
Le Royaume-Uni et l’Irlande ont eux aussi connu des conditions de sécheresse au cours de l’été et au début de l’automne. À la fin septembre, des secteurs importants des deux pays restaient classés en avertissement par l’Observatoire européen, tandis que quelques zones étaient en alerte.
Le nord de l’Irlande et les régions les plus septentrionales du Royaume-Uni présentaient toutefois des conditions normales ou en voie de rétablissement. Cette différence montre pourquoi il faut éviter de qualifier un pays entier de « sec » ou de « sorti de la sécheresse » à partir d’une seule carte nationale.
La situation dépend de la répartition des pluies, de leur efficacité pour recharger les sols et les nappes, mais aussi de la période étudiée. Une semaine très pluvieuse peut relever les débits de certains cours d’eau sans compenser plusieurs mois de déficit. À l’inverse, une région qui a reçu peu de pluie récemment peut conserver des réserves satisfaisantes si les précipitations des mois précédents ont été abondantes.
Espagne et Portugal : un répit dans certaines régions, pas partout
La péninsule Ibérique présente un tableau plus contrasté. À la fin septembre, plusieurs secteurs d’Espagne et du Portugal étaient en situation normale ou en phase de rétablissement, tandis que d’autres restaient sous surveillance. L’Observatoire européen relevait notamment des conditions de veille dans certaines parties de la péninsule.
Il serait donc excessif d’affirmer que l’Espagne et le Portugal sont uniformément mieux lotis que la France. La situation dépend des bassins versants, des réserves disponibles et des besoins locaux. Les régions méditerranéennes, en particulier, peuvent rester vulnérables même après le retour de quelques épisodes pluvieux.
Le climat méditerranéen accentue ce contraste : les précipitations se concentrent souvent sur une partie de l’année et peuvent tomber sous forme d’épisodes intenses. Ces pluies ne pénètrent pas toujours efficacement dans les sols. Sur des terrains secs ou imperméabilisés, une grande quantité d’eau peut s’écouler rapidement vers les rivières et la mer sans recharger suffisamment les nappes.
Italie et Balkans : une situation très hétérogène
L’Italie n’échappe pas aux tensions hydriques. À la fin septembre, des conditions d’alerte subsistaient dans certaines zones du nord et du sud du pays, tandis que plusieurs secteurs du centre et du sud étaient classés en veille. Des améliorations locales avaient néanmoins été relevées par rapport aux semaines précédentes.
Les Alpes, les Balkans et le bassin moyen du Danube présentaient eux aussi des zones en alerte ou en avertissement. Ces territoires sont particulièrement importants pour l’alimentation des cours d’eau qui traversent plusieurs pays. Une sécheresse dans les secteurs amont peut affecter les débits en aval, même lorsque les précipitations diffèrent d’un pays à l’autre.
Les niveaux d’eau dépendent aussi de la fonte nivale, des retenues, des prélèvements agricoles et de la gestion des barrages. Une comparaison fondée uniquement sur les précipitations ne suffit donc pas à mesurer la vulnérabilité réelle d’un bassin.
Scandinavie et nord-est de l’Europe : des améliorations, mais pas un retour général à la normale
La Scandinavie a également connu des conditions sèches durant l’été. À la fin septembre, des secteurs du sud de la Scandinavie restaient concernés par des conditions d’alerte ou d’avertissement, même si certaines zones avaient commencé à récupérer. Le nord-est de l’Europe présentait davantage de secteurs en situation normale ou en rétablissement.
Ces améliorations ne signifient pas que toute la région a échappé à la sécheresse. Les cartes européennes montrent des différences entre régions voisines, parfois à l’intérieur d’un même pays. Elles rappellent aussi que la sécheresse agricole, la sécheresse météorologique et la sécheresse hydrologique ne suivent pas forcément le même calendrier.
Une baisse des pluies peut d’abord assécher les sols. Si elle se prolonge, les cours d’eau et les nappes réagissent à leur tour, avec des délais variables. Le retour des précipitations peut inverser la tendance des sols en quelques jours, alors que la remontée des nappes profondes demande parfois plusieurs mois.
Pourquoi les cartes européennes ne donnent-elles pas un classement simple des pays ?
L’Observatoire européen de la sécheresse utilise un indicateur combiné qui permet de repérer des secteurs où plusieurs signes de déficit hydrique se rejoignent. Les classes d’alerte, d’avertissement et de veille donnent une indication sur la situation, mais elles ne constituent pas un palmarès direct des pays les plus touchés.
Trois paramètres doivent notamment être distingués. La sécheresse météorologique correspond à un manque de précipitations par rapport aux références climatiques. La sécheresse agricole se traduit par une humidité insuffisante des sols pour les plantes. La sécheresse hydrologique concerne les réserves et les débits des rivières, des lacs et des nappes souterraines.
Ces trois formes de sécheresse peuvent se succéder ou se chevaucher. Une région peut avoir retrouvé une humidité correcte en surface alors que ses nappes restent basses. Une autre peut subir un manque de pluie récent sans connaître encore de tension hydrologique majeure. Les comparaisons entre pays doivent donc tenir compte de la période, des indicateurs utilisés et de la ressource étudiée.
Il faut également signaler une limite méthodologique : l’Observatoire européen indique que des problèmes affectant certaines estimations de l’humidité des sols peuvent réduire la fiabilité de son indicateur dans quelques régions, notamment dans l’ouest de la Russie. Les résultats doivent donc être interprétés avec prudence dans les secteurs concernés.
Le bilan : la France n’est pas seule face au manque d’eau
À la fin septembre 2026, la France fait partie des pays européens encore fortement touchés par la sécheresse, mais elle n’est pas un cas isolé. L’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni, l’Irlande, les Alpes, l’Italie et plusieurs régions des Balkans restent concernés par des déficits hydriques de différents niveaux.
L’Espagne, le Portugal et certaines zones du nord-est européen montrent des signes de récupération, sans que cette amélioration soit uniforme. Les différences entre pays tiennent autant à la répartition des précipitations qu’à l’état des nappes, aux sols, aux bassins versants et aux besoins en eau.
Pour la France, le bilan du BRGM au 15 octobre reste préoccupant : près des deux tiers des niveaux suivis se situaient sous les normales mensuelles, et les nappes continuaient majoritairement de se vider. Le retour de pluies régulières et suffisamment efficaces sera déterminant pour les prochaines semaines.
L’automne peut encore améliorer la situation, mais quelques journées pluvieuses ne suffiront pas partout. Le véritable indicateur sera la capacité des pluies à recharger durablement les sols, les cours d’eau et les nappes, et pas seulement la quantité d’eau tombée en quelques heures.




