Sécheresse : 80 % du territoire sous restrictions d’eau.

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En ce mois d’août 2026, la France fait face à une sécheresse particulièrement sévère et étendue, marquée par l’enchaînement de vagues de chaleur et un déficit marqué de précipitations efficaces. Environ 95 % du territoire métropolitain subit les effets de ce stress hydrique, et plus de 80 % du pays est désormais couvert par des arrêtés préfectoraux de restriction d’eau.
Une dégradation marquée des nappes phréatiques

La situation des nappes se dégrade en lien avec le déficit de pluie efficace du mois de juillet et avec l’augmentation de la demande en eaux des différents usages.

Comme le mois précédent, sur l’ensemble du territoire, la vidange des nappes se poursuit en lien avec le déficit de pluie efficace du mois de juillet et l’augmentation des prélèvements.

37% des points d’observation ont un niveau au-dessus ou autour des normales mensuelles. Cette situation est plus dégradée que celle au 1er août 2025 : 56% des points d’observation avaient un niveau au-dessus ou autour des normales mensuelles.

Le niveau des nappes est contrasté sur le territoire. Il est très bas pour les nappes du socle limousin et les calcaires de la Côte des Bars et encore haut pour les nappes des formations de la Vistrenque.

Les nappes réactives dont les niveaux sont encore au-dessus de la normale mensuelle peuvent espérer avoir des niveaux satisfaisants pour le trimestre prochain. Cependant, des incertitudes existent concernant la répartition et l’efficacité des pluies estivales qui permettraient de réhumidifier les sols et ainsi limiter les prélèvements dans les nappes pour satisfaire les besoins des différents usages, notamment agricoles. Les prévisions à plus long terme restent incertaines

Le bilan publié le 10 août 2026 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) confirme une baisse quasi généralisée des réserves souterraines. La phase de vidange s’est accélérée pendant l’été et concerne 94 % des points d’observation à travers le pays. Les niveaux piézométriques des nappes présentent des tendances à la baisse généralisée au niveau national. Ce phénomène s’explique par un déficit de pluie efficace depuis le mois de mai sur tout le territoire avec notamment une sécheresse plus marquée et des températures élevées au mois de juin et juillet. Les données recueillies en juillet 2026 révèlent que la vidange s’opère sur 94% des points d’observation. Les niveaux sont stables pour 4% des points et sont à la hausse pour 2% d’entre eux. L’intensité de la vidange apparait plus marquée que celle de juillet 2025.

Au total, 63 % des nappes présentent un niveau inférieur aux normales mensuelles, traduisant une détérioration nettement plus forte qu’à la même période en 2025 (où 44 % des niveaux étaient déficitaires). Si les pluies abondantes de la fin de l’hiver 2025-2026 ont permis de reconstituer une partie des réserves avant le printemps et d’éviter un bilan globalement aussi critique qu’en août 2022 (73 % de niveaux sous les normales), des records locaux de bas niveau ont déjà été franchis avec un mois d’avance, notamment en Dordogne. Seules quelques zones résistent mieux, comme le littoral méditerranéen ou la nappe de Beauce, tandis que la Lorraine, la Charente, la Côte des Bars et le socle limousin affichent des niveaux très bas.


Carte de France hexagonale de la situation des nappes d’eau souterraine au 1er août 2026.
Carte établie le 6 août 2026 par le BRGM, à partir de données de la banque ADES acquises jusqu’au 31 juillet 2026.
Source des données : ADES (ades.eaufrance.fr) / Hydroportail (hydro.eaufrance.fr) / Fond de carte © IGN. Producteurs de données et contribution : APRONA, BRGM, Conseil Départemental de la Vendée, Conseil Départemental des Landes, Conseil Départemental du Lot, EPTB Vistre Vistrenque, Parc Naturel Régional des Grandes Causses, Syndicat Mixte d’Etudes et de Travaux de l’Astien (SMETA), Syndicat Mixte pour la protection et la gestion des nappes souterraines de la plaine du Roussillon (SMNPR).
Cette carte présente les indicateurs globaux traduisant les fluctuations moyennes des nappes. Ils sont établis à partir des indicateurs ponctuels relevés au niveau des points de surveillance du niveau des nappes (piézomètres).
L’indicateur « Niveau des nappes » compare le mois en cours par rapport aux mêmes mois de l’ensemble de la chronique, soit au minimum 15 ans de données, et jusqu’à plus de 100 ans. Il est réparti en 7 classes, du niveau le plus bas (en rouge) au niveau le plus haut (en bleu foncé).
Les zones grises correspondent à des secteurs sans nappes libres, c’est-à-dire avec une couche imperméable ou semi-perméable au-dessus de la nappe, et/ou des secteurs comportant une très faible densité de points de suivi. Ce dernier cas concerne notamment les zones montagneuses dont les nappes sont petites et hétérogènes.
L’indicateur « Évolution des niveaux » traduit la variation du niveau d’eau du mois échu par rapport aux deux mois précédents (stable, à la hausse ou à la baisse).
Ces indicateurs globaux rendent compte de situations et de tendances générales et ne tiennent pas compte d’éventuelles disparités locales.© BRGM

Baisse critique et assecs record pour les cours d’eau.

En juillet 2026, le niveau des nappes à forte inertie continue de baisser. C’est le cas des nappes des calcaires de Beauce, de l’Artois, de Normandie, du Lutétien et des sables yprésiens du Bassin parisien, des grès des Vosges et des calcaires triasiques de Lorraine, des formations de la Bresse et de la Dombes, des formations fluvio-glaciaires de l’est lyonnais et du Dauphiné.

Seul le niveau de la nappe des cailloutis du Sundgau se stabilise.

Sur les nappes réactives,la quasi-totalité pésente des niveaux à la baisse. Seule la nappe des calcaires karstifiés du Quercy et celle des bassins de la Limagne ont des niveaux qui se stabilisent.Ce constat est habituel pour la période. Les pluies tombées lors des épisodes orageux souvent violents, s’infiltrent peu dans les sols. De plus, les températures élevées de la période ont favorisé l’évapotranspiration et accru le besoin en eau des plantes. Les prélèvements pour l’irrigation et le tourisme ont pu localement accélérer la baisse des niveaux.

La situation hydrologique en surface s’avère particulièrement critique sous l’effet combiné de la forte évapotranspiration et de la chaleur. Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), 1 373 petits cours d’eau subissent des ruptures d’écoulement ou un assèchement total, ce qui représente 43 % des points suivis sur le territoire national, un niveau jamais observé.

Des rivières emblématiques comme la Drôme connaissent des tronçons totalement asséchés dès le début du mois d’août. Face à cette chute des débits, les préfectures multiplient les basculements en niveau d’« alerte renforcée » et de « crise » (le niveau maximal), interdisant tout prélèvement non prioritaire et limitant l’usage de l’eau aux besoins sanitaires et d’approvisionnement en eau potable.

Situation des nappes

Durant le mois de juillet 2026, la situation s’est détériorée en lien avec le déficit de pluie, les températures élevées et l’augmentation des prélèvements.

Fin du mois de juillet, les niveaux des nappes sont satisfaisants pour seulement 37% des points d’observation qui sont légèrement au-dessus ou autour de la normale. 63% des points d’observation sont en dessous des normales. Dans le détail, 16% des points sont au-dessus de la normale, 21% sont comparables et 63% sont en dessous de la normale (respectivement 22%, 24% et 54% fin juin).

La situation actuelle apparait plus dégradée que celle observée fin juillet 2025, période au cours de laquelle 30% des niveaux se situaient au-dessus de la normale mensuelle, 26% étaient comparables à cette dernière et 44% étaient en-dessous.

Nappes inertielles

Les niveaux des nappes à inertie élevée sont contrastés sur le territoire.

Certaines nappes affichent des niveaux modérément hauts par rapport à la moyenne. Il s’agit des nappes des calcaires de Beauce et des calcaires d’Armagnac.

La nappe du Sundgau présente des niveaux proches de la moyenne.

Les nappes des calcaires lutétiens et des sables yprésiens du nord du Bassin parisien, celle de la craie de l’Artois, de la craie normande, des formations du Dijonnais, de la Bresse et de la Dombes et des alluvions fluvioglaciaires du Dauphiné et de l’avant-pays savoyard ont des niveaux modérément bas pour la saison.

La nappe des grès des Vosges et des calcaires triasiques de Lorraine a un niveau bas.

Il convient de souligner que des disparités locales significatives peuvent être observées au sein de ces systèmes aquifères.

Nappes réactives 

La situation des nappes à réactivité élevée est aussi contrastée.

Des niveaux restent encore modérément élevés pour les nappes des sables de Valras-Agde et des alluvions de la plaine du Roussillon. Les niveaux sont encore hauts pour la nappe des formations de la Vistrenque.

Les niveaux des nappes de socle de la Vilaine et bocage vendéen, de la craie de Touraine, des calcaires jurassiques de la Brenne et de la Vienne, des calcaires de l’Angoumois et du Périgord, des calcaires de l’entre-deux-mers, des alluvions de la Garonne amont, des calcaires de Corbières, des sables de la plaine du Roussillon, des calcaires jurassiques des Grands-Causses, des alluvions de l’Hérault, des calcaires de Provence et des formations fluvio-glaciaires de l’est lyonnais sont autour de la normale.

Certaines d’entre elles ont des niveaux bas. C’est le cas des nappes de socle du Morvan et de l’est du Massif central, des calcaires jurassiques des Charentes, des formations volcaniques du Massif central, des alluvions de la plaine nord d’Alsace, des calcaires de Lorraine et du Jura et de la craie de Champagne.

Les nappes du socle limousin et des calcaires de la Côte des Bars ont des niveaux très bas.Les autres nappes réactives ont des niveaux modérément bas.A noter que la situation des nappes des bassins de la Limagne, du Quercy et des alluvions de l’Adour, gave de Pau et Garonne aval s’est améliorée passant de niveaux bas à modérément bas.Il convient de souligner que des disparités locales significatives peuvent être observées au sein de ces systèmes aquifères.


Carte de France hexagonale de la situation des nappes au 1er août 2025 (à gauche) et au 1er août 2026 (à droite).
© BRGM

Conséquences majeures sur l’agriculture

Le monde agricole subit de plein fouet ce manque d’eau cumulé aux fortes températures. L’assèchement précoce des sols superficiels bloque l’absorption des nutriments et accélère la maturité forcée ou le dessèchement de nombreuses cultures d’été, notamment le maïs, le tournesol et le soja.

Dans les régions pastorales, l’arrêt de la pousse de l’herbe contraint les éleveurs à puiser prématurément dans leurs stocks de fourrage prévus pour l’hiver ou à réduire le cheptel. Par ailleurs, la généralisation des restrictions d’irrigation imposées dans les zones en crise restreint fortement la possibilité d’arroser les cultures, ce qui laisse présager des baisses significatives de rendement sur les récoltes estivales et automnales.