Ce lundi 12 janvier 2026 au soir, le silence qui enveloppe les stations de ski françaises est trompeur. Après un week-end marqué par la disparition tragique de six skieurs sous des coulées de neige, la montagne reste dans une configuration de danger extrême. Pour la journée du mardi 13 janvier, les services de Météo-France et les autorités préfectorales maintiennent un niveau de vigilance qui frôle l’alerte maximale sur plusieurs massifs. La situation est d’autant plus préoccupante que le redoux entamé aujourd’hui va se confirmer demain, transformant un manteau neigeux déjà instable en un véritable piège mouvant.
Une instabilité structurelle héritée de la tempête Goretti
Pour comprendre les risques qui pèsent sur la journée de demain, il faut remonter à la fin de la semaine dernière. Le passage de la tempête Goretti a agi comme un puissant agitateur sur les sommets. Les vents, qui ont soufflé en tempête à plus de 130 km/h sur les crêtes de la Vanoise et du Mont-Blanc, ont transporté des volumes de neige considérables des versants au vent vers les versants sous le vent. Ce phénomène a créé ce que les nivologues appellent des « plaques à vent », des accumulations massives de neige sans cohésion avec la sous-couche.
Ces plaques sont particulièrement vicieuses car elles ne reposent sur rien de solide. En dessous, on trouve souvent une couche de « neige roulée » ou de « faces planes », une structure cristalline qui agit comme un tapis de billes. Pour la journée de mardi, le risque de déclenchement accidentel — c’est-à-dire par le seul passage d’un skieur ou d’un randonneur — demeure au niveau 4 sur une échelle de 5 sur la quasi-totalité des Alpes du Nord. Un simple virage un peu appuyé dans une pente raide peut suffire à briser l’équilibre précaire d’une plaque et libérer des milliers de tonnes de neige sur plusieurs centaines de mètres.
Le facteur aggravant du redoux de mardi
Si les plaques à vent étaient le danger principal du week-end, la journée de mardi introduit une nouvelle menace : l’humidité. L’isotherme 0°C, qui se situait vers 1 200 mètres lundi matin, va brusquement remonter aux alentours de 2 200 mètres demain après-midi sous l’effet d’un flux de sud-ouest. Cette remontée des températures est le pire scénario pour un manteau neigeux récent et abondant.
En s’infiltrant dans les premières couches de neige, l’eau de fonte ou l’humidité ambiante va alourdir considérablement la neige fraîche. Ce surpoids va solliciter les couches profondes déjà fragiles. On s’attend donc demain à de nombreux départs spontanés d’avalanches de neige humide, plus lentes que les avalanches de plaques mais beaucoup plus denses et destructrices. Ces coulées lourdes ont la capacité de descendre très bas dans les vallées, empruntant des couloirs de purge habituels mais pouvant aussi surprendre par leur ampleur. Les secteurs de l’Isère, notamment le massif de l’Oisans et de la Belledonne, sont particulièrement visés par cette menace de « neige de printemps » précoce en plein mois de janvier.
État des massifs : une cartographie du danger
En Savoie et Haute-Savoie, le danger est omniprésent au-dessus de 1 800 mètres. Les massifs de la Haute-Tarentaise et du Beaufortain sont sous surveillance maximale. Les pisteurs-secouristes prévoient de nouvelles campagnes de déclenchement préventif à l’explosif dès l’aube mardi pour sécuriser les abords des domaines skiables. Cependant, cette sécurisation s’arrête strictement aux limites des pistes balisées. Au-delà des jalons, le terrain est considéré comme « totalement instable ».
Dans les Pyrénées, le risque est légèrement moindre mais reste marqué (niveau 3 sur 5). Ici, c’est surtout la partie occidentale de la chaîne qui inquiète. Les chutes de neige moins abondantes qu’en altitude alpine n’empêchent pas la formation de plaques friables sur les versants nord et est. La prudence est également de mise pour les randonneurs en raquettes, souvent moins conscients que les skieurs que leur poids peut déclencher une rupture de pente, même sur des inclinaisons modérées.
Enfin, dans le Massif Central et les Vosges, bien que les altitudes soient plus modestes, la tempête Goretti a accumulé de la neige dans les couloirs du Sancy ou du Hohneck. Le redoux de demain pourrait y provoquer des glissements de talus ou des chutes de corniches, un danger souvent sous-estimé par les promeneurs.
Consignes de sécurité : la responsabilité au cœur de la pratique
Face à ce tableau alarmant, les messages des professionnels de la montagne sont d’une clarté absolue pour ce mardi. Le ski hors-piste doit être banni de toute pratique, même à proximité immédiate des remontées mécaniques. Les autorités rappellent qu’une avalanche peut être déclenchée à distance : un skieur évoluant sur un replat peut provoquer l’effondrement d’une pente située plusieurs dizaines de mètres au-dessus de lui par effet de propagation.
Pour ceux qui choisiraient malgré tout de s’aventurer en montagne, le port du triptyque DVA (Détecteur de Victimes d’Avalanches), pelle et sonde est une condition sine qua non, mais il ne constitue en aucun cas un « permis de prendre des risques ». En cas d’ensevelissement, les chances de survie chutent drastiquement après 15 minutes, un délai souvent trop court pour que les secours héliportés arrivent sur zone, surtout si les conditions de visibilité se dégradent avec le redoux.
Les préfectures de montagne n’excluent pas de prendre des arrêtés d’interdiction d’accès à certains sentiers ou routes de col pour la journée de demain. Il est vivement conseillé de consulter les Bulletins d’Estimation du Risque d’Avalanche (BERA) publiés chaque soir vers 16h et réactualisés le matin même. Ce mardi 13 janvier sera une journée de transition périlleuse où la montagne, gorgée d’eau et de vent, cherchera son point d’équilibre. La meilleure façon de la respecter sera, pour quelques heures encore, de rester sur les pistes sécurisées ou en fond de vallée.
Et dans les Alpes du sud, prudence également.
Ce lundi 12 janvier 2026 au soir, les massifs des Alpes du Sud basculent dans une configuration météo singulière qui tranche avec le chaos observé dans le Nord. Si la tempête Goretti a principalement dévasté les Alpes du Nord, les départements des Hautes-Alpes, des Alpes-de-Haute-Provence et des Alpes-Maritimes n’ont pas été totalement épargnés par les vents de sud et les retours d’Est. Pour la journée du mardi 13 janvier, le risque d’avalanche reste une préoccupation majeure, bien que les facteurs de danger diffèrent sensiblement de ceux de la Savoie.
Un ciel voilé mais un redoux marqué
Les prévisions pour demain mardi indiquent une journée globalement ensoleillée sur les Alpes du Sud, bien que le ciel se voile progressivement par de hauts nuages d’altitude. Mais l’information capitale pour la sécurité en montagne réside dans l’envolée des températures. L’isotherme 0°C, qui a déjà entamé sa remontée aujourd’hui, devrait se stabiliser demain autour de 2 600 mètres, voire atteindre 2 800 mètres sur les massifs les plus méridionaux comme le Mercantour.
Ce redoux massif, associé à un rayonnement solaire qui reste puissant malgré le voile nuageux, va agir directement sur le manteau neigeux récent. On attend des températures maximales flirtant avec les 8°C à 10°C vers 1 500 mètres d’altitude. Pour les versants ensoleillés (sud et sud-ouest), ce réchauffement rapide est synonyme d’une perte brutale de cohésion de la neige.
Risque d’avalanche : le piège de la neige humide
Contrairement aux Alpes du Nord où les plaques friables dominent, le danger dans les Alpes du Sud pour ce mardi se concentre sur les avalanches de neige humide. Le risque est estimé à 3 sur 5 (marqué) sur la plupart des massifs (Écrins, Pelvoux, Queyras, Ubaye).
L’humidification du manteau neigeux par la surface va alourdir la neige tombée en fin de semaine dernière. Au fil de la journée, sous l’effet de la chaleur, des départs spontanés de coulées de neige lourde sont à prévoir, notamment dans les pentes raides et les couloirs orientés au sud. Ces avalanches, bien que souvent moins rapides que les coulées de neige poudreuse, possèdent une force d’impact et une densité capables de briser des arbres ou d’emporter un skieur sur leur passage.
Sur les massifs frontaliers comme le Queyras ou la Haute-Ubaye, le vent de Sud qui a soufflé durant la tempête Goretti a également laissé des traces. Des plaques à vent subsistent sur les versants Nord et Est, souvent dissimulées sous une fine couche de neige plus récente. Ces plaques restent sensibles au passage d’un skieur, d’autant plus que le redoux peut venir fragiliser leurs points d’ancrage.
Conditions de ski et sécurité
La qualité de la neige va radicalement changer au cours de la journée de mardi. Si les skieurs trouveront une neige encore froide et agréable sur les sommets au-dessus de 2 500 mètres au lever du jour, elle deviendra rapidement « soupe » ou collante en dessous de cette altitude dès le milieu de matinée.
Les autorités rappellent que le danger de demain est cyclique : il augmentera avec la montée du soleil. Les sorties en montagne, que ce soit en ski de randonnée ou en raquettes, doivent être programmées très tôt le matin pour viser un retour avant l’heure la plus chaude. La prudence est particulièrement recommandée à proximité des barres rocheuses, où des chutes de corniches ou des coulées de fonte peuvent se déclencher sans prévenir.
Dans les stations des Hautes-Alpes comme Serre Chevalier, Montgenèvre ou Orcières Merlette, les domaines skiables restent sécurisés par les plans d’intervention (PIDA), mais la vigilance doit être totale dès que l’on s’écarte des pistes balisées. Le bilan humain du week-end dernier reste dans tous les esprits, et les services de secours en montagne (PGHM de Briançon et de Jausiers) sont en alerte renforcée pour cette journée de transition thermique.
En résumé pour ce mardi 13 janvier dans les Alpes du Sud :
-
Météo : Ensoleillé avec des voiles d’altitude. Redoux très net.
-
Isotherme 0°C : Remontée vers 2 600 / 2 800 mètres.
-
Risque d’avalanche : Niveau 3 (Marqué). Danger principal : neige humide et lourde l’après-midi, plaques résiduelles en altitude.
-
Conseil : Privilégiez les sorties précoces et restez sur les secteurs sécurisés.




