La fin septembre 2026 est particulièrement agitée sur plusieurs continents. Bangkok reste confrontée à des inondations importantes après des pluies diluviennes, l’Inde et le Népal subissent de nouvelles crues et glissements de terrain, la Grèce connaît des épisodes orageux violents tandis que la Libye a été touchée par des pluies intenses et des crues soudaines. Dans le Pacifique, les ouragans Polo et Nolo mobilisent les autorités autour du Mexique et d’Hawaï. En parallèle, le développement d’un épisode El Niño très puissant constitue l’un des grands paramètres météorologiques à surveiller pour les prochains mois.
Les événements sont très différents selon les régions. Il ne faut donc pas parler d’une seule situation météorologique mondiale. Certaines régions affrontent des pluies exceptionnelles et des inondations, tandis que d’autres connaissent encore chaleur, sécheresse ou déficit pluviométrique. Le point commun de cette fin septembre réside plutôt dans la succession de phénomènes météorologiques marqués sur plusieurs continents.
Bangkok sous les eaux après des pluies exceptionnelles
La situation la plus spectaculaire de ces derniers jours concerne Bangkok, en Thaïlande. La capitale a reçu près de 300 à 320 mm de pluie en deux à trois jours, une quantité proche de ce que la ville reçoit normalement pendant l’ensemble du mois de septembre. Plusieurs quartiers ont été inondés et le réseau d’évacuation des eaux a été saturé.
Au 28 septembre, les autorités thaïlandaises indiquaient que les inondations avaient touché 41 provinces depuis le 16 septembre, avec au moins huit décès et plus de 580 000 habitations affectées. À Bangkok, plusieurs milliers de personnes avaient rejoint des centres d’évacuation et certaines zones restaient difficiles d’accès.
La situation est aggravée par la géographie de Bangkok. Une grande partie de la ville est construite sur un delta très bas, à environ 1,5 mètre au-dessus du niveau de la mer, avec des sols argileux. La ville connaît également un affaissement de plusieurs millimètres par an, ce qui complique l’évacuation naturelle des eaux.
Dans la province de Rayong, à l’est de Bangkok, la montée des eaux dans deux réservoirs a également conduit les autorités à ordonner des évacuations. Les conséquences économiques pourraient être importantes : une première estimation citée par Reuters évoque au moins 11 milliards de bahts, soit environ 327 millions de dollars, de dommages à l’échelle du pays.
Le niveau des eaux baissait dans plusieurs secteurs de Bangkok lundi, mais les autorités restaient confrontées aux conséquences des pluies précédentes et à de nouvelles averses possibles.
Inde : crues et glissements de terrain
L’Inde connaît elle aussi une nouvelle séquence de pluies intenses. Dans plusieurs régions du nord du pays, des précipitations importantes ont provoqué des inondations et des glissements de terrain.
Selon un bilan publié le 28 septembre, les intempéries avaient fait 56 morts en Inde, avec 46 personnes blessées et plus de 1 000 habitations endommagées. L’Uttar Pradesh a notamment enregistré 66,5 mm de pluie entre le 25 septembre et le matin du 27, contre seulement 7,6 mm en moyenne sur cette période.
La situation restait évolutive. Les services météorologiques indiens prévoyaient encore plusieurs jours de pluie et d’orages dans différentes régions du nord et de l’est du pays, de l’Haryana et du Rajasthan jusqu’au Bengale. Plusieurs systèmes météorologiques étaient impliqués, dont une dépression sur le nord de la mer d’Andaman et une perturbation active sur le nord-ouest de l’Inde.
Le risque n’est donc pas limité à l’accumulation d’eau dans les villes. Lorsque les sols sont déjà saturés, les pluies supplémentaires augmentent rapidement le risque de crues soudaines, de débordements de cours d’eau et de mouvements de terrain.
Le Népal reste très exposé aux crues soudaines
Le Népal est également concerné par cette nouvelle séquence pluvieuse. Le bilan disponible lundi faisait état de 14 morts et 11 personnes portées disparues après des inondations et glissements de terrain. Les autorités avaient en outre averti d’un risque de nouvelles crues soudaines dans plusieurs dizaines de districts.
Le relief joue ici un rôle majeur. Les pluies intenses peuvent rapidement provoquer une montée des torrents et rivières dans les vallées encaissées. Les glissements de terrain représentent une menace supplémentaire lorsque les sols des versants sont saturés.
Ces épisodes interviennent alors que le Népal tente encore de se remettre des catastrophes hydrologiques particulièrement importantes survenues durant l’été. Les dégâts accumulés rendent certaines populations beaucoup plus vulnérables à une nouvelle dégradation météorologique.
Japon : le typhon Dujuan a provoqué des pluies extrêmement importantes
Quelques jours plus tôt, le typhon Dujuan a touché les abords du Japon. Le système a provoqué de très fortes précipitations sur la façade Pacifique, avec des inondations et des glissements de terrain dans la région de Tokyo et dans plusieurs préfectures.
Le bilan communiqué le 22 septembre faisait état de quatre morts et six personnes disparues. Environ 45 000 foyers avaient également perdu l’électricité.
Les îles Izu ont été particulièrement arrosées. Avant le passage du typhon près de la région de Kanto, certains secteurs avaient déjà reçu plus de 300 mm de pluie. Les services météorologiques japonais avaient alors averti du risque de bandes pluvieuses stationnaires capables de produire des précipitations très importantes sur une zone restreinte.
Le Japon avait déjà subi d’importantes inondations dans la région de Chiba le mois précédent. Le passage de Dujuan a donc frappé des territoires déjà sensibilisés aux risques liés aux pluies intenses.
Grèce : fortes pluies, orages et ruissellements
L’Europe méridionale n’est pas épargnée. La Grèce connaît à son tour une dégradation marquée du temps avec de fortes pluies, des orages, de la grêle et des rafales de vent.
Les régions du centre et du sud du pays ainsi que plusieurs îles ont été touchées, notamment l’Eubée, le Péloponnèse, les Sporades et certaines îles des Cyclades. Des inondations et des glissements de terrain ont été signalés.
Cette situation illustre bien les contrastes de la fin septembre autour de la Méditerranée. Après une longue période estivale souvent très chaude et sèche, l’arrivée de masses d’air plus instables peut provoquer des précipitations très concentrées dans le temps.
Un épisode orageux méditerranéen ne signifie donc pas nécessairement un retour uniforme à un temps humide. Une partie d’un territoire peut recevoir plusieurs dizaines ou centaines de millimètres tandis qu’une autre reste relativement sèche.
Libye : des pluies intenses dans un pays particulièrement vulnérable aux crues
La Libye a également connu une séquence météorologique inhabituelle entre le 18 et le 26 septembre.
L’Organisation météorologique mondiale rapporte une période d’instabilité importante avec de nombreux nuages convectifs et des précipitations intenses. Le phénomène s’est déplacé progressivement du nord-ouest et du centre du pays vers le sud-ouest, provoquant des ruissellements dans les vallées, des crues soudaines et des accumulations d’eau.
Le mécanisme météorologique décrit par les services libyens est intéressant : de l’humidité tropicale et subtropicale a remonté vers l’Afrique du Nord et rencontré de l’air plus froid en altitude. Cette configuration a renforcé l’instabilité atmosphérique et favorisé le développement de puissantes cellules convectives.
La Libye reste particulièrement vulnérable à ces épisodes. Dans un environnement généralement aride, les infrastructures d’évacuation des eaux ne sont pas conçues pour absorber facilement des précipitations intenses et concentrées.
Mexique : l’ouragan Polo menace la péninsule de Basse-Californie
Dans le Pacifique oriental, l’ouragan Polo constitue l’autre grand événement météorologique de cette fin septembre.
Le 27 septembre, Polo était encore classé en catégorie 3 et se trouvait à environ 320 km de la côte de Basse-Californie. Les vents soutenus atteignaient environ 200 km/h selon le National Hurricane Center, tandis que le système se dirigeait vers le nord-nord-ouest.
Les prévisions faisaient état de 100 à 200 mm de pluie, avec localement jusqu’à 300 mm en Basse-Californie du Sud. Le risque concernait donc autant le vent que les inondations et les glissements de terrain.
Des évacuations avaient déjà été décidées dans certaines zones et plusieurs ports et établissements scolaires avaient été fermés. Les autorités mexicaines avaient mobilisé environ 7 000 personnes et ouvert 169 installations susceptibles de servir de centres d’accueil.
Le système avait déjà provoqué des pluies importantes sur la côte pacifique mexicaine. Deux enfants sont morts et leurs parents étaient portés disparus après que leur maison a été emportée dans l’État de Jalisco, selon les autorités locales citées par Reuters.
Hawaï : Nolo ajoute une nouvelle menace
Dans le Pacifique central, l’ouragan Nolo a également attiré l’attention. Le système a frôlé Hawaï et représentait encore un risque de fortes pluies, de crues soudaines, de vents violents et de forte houle.
Cette situation est particulièrement surveillée parce que l’archipel avait déjà subi plusieurs épisodes cycloniques durant la saison. Même lorsqu’un centre dépressionnaire ne touche pas directement une île, les bandes pluvieuses peuvent provoquer des accumulations d’eau importantes sur des reliefs très abrupts.
Nord-est des États-Unis : un puissant nor’easter
La façade est des États-Unis a également connu une forte tempête à la fin de la semaine dernière.
Un nor’easter a apporté de fortes pluies, des vents violents et une mer dangereuse sur une partie du nord-est du pays. Les régions côtières du Rhode Island, du Massachusetts, du Connecticut et de Long Island ont notamment été concernées.
Le système a provoqué des coupures d’électricité et des perturbations des transports. Plus de 119 000 clients avaient été privés d’électricité au plus fort de l’épisode, avant une baisse du nombre de foyers et entreprises encore concernés.
Les autorités avaient également surveillé le risque d’inondations côtières liées à la combinaison de la surcote, de la houle et des fortes pluies.
Le phénomène El Niño change la toile de fond météorologique
Derrière ces événements régionaux, un phénomène climatique de grande échelle attire particulièrement l’attention des météorologues : El Niño 2026.
Le réchauffement anormal du Pacifique équatorial est en train de s’intensifier et plusieurs analyses indiquent qu’il pourrait devenir l’un des épisodes les plus puissants observés depuis le début des mesures modernes. L’Organisation météorologique mondiale prévoit un maximum d’intensité autour du début de 2027.
Il faut cependant faire attention à l’interprétation. El Niño ne signifie pas que toutes les régions du monde vont devenir plus chaudes ou plus humides simultanément. Il modifie la circulation atmosphérique et déplace les zones où les risques de pluies, de sécheresse ou de chaleur augmentent.
Le Centre commun de recherche de la Commission européenne constate déjà des conséquences agricoles liées à El Niño en Amérique centrale et en Afrique de l’Est, avec des déficits de production dans certaines zones et des risques pour les prochaines campagnes agricoles dans plusieurs régions du monde.
L’impact exact des prochains mois dépendra toutefois de l’intensité du phénomène, de sa durée et de la manière dont l’atmosphère répondra à cette anomalie océanique.
Australie : la pluie revient dans l’ouest après un hiver sec
Tous les événements météo de cette fin septembre ne sont pas destructeurs.
Dans le sud-ouest de l’Australie-Occidentale, les pluies de ces derniers jours ont été accueillies avec soulagement par une partie du monde agricole. Certaines zones ont reçu près de 100 mm en un week-end, après un hiver particulièrement sec.
Ces précipitations sont donc bénéfiques dans plusieurs secteurs, notamment pour les cultures qui approchent de la récolte. Elles montrent aussi qu’une forte quantité de pluie ne constitue pas nécessairement un événement extrême négatif : son effet dépend du contexte hydrologique, de la durée des précipitations et de l’état préalable des sols.
Le Bureau australien de météorologie prévoit d’ailleurs pour le printemps austral des températures généralement supérieures aux normales sur une grande partie du pays, tandis que les perspectives de pluie restent contrastées selon les régions.
Un mois de septembre très contrasté
La carte météorologique mondiale de cette fin septembre est donc loin d’être uniforme.
| 🌍 Région | 🌧️ Situation fin septembre 2026 | 📌 Fait marquant |
| 🇹🇭 Thaïlande | 🌧️ Très fortes pluies et inondations | 320 mm en 2-3 jours à Bangkok |
| 🇮🇳 Inde | 🌧️ Pluies, crues, glissements de terrain | 56 morts selon le bilan du 28 septembre |
| 🇳🇵 Népal | 🌧️ Crues et glissements | 14 morts et 11 disparus selon le bilan cité |
| 🇯🇵 Japon | 🌀 Typhon et pluies torrentielles | 4 morts, 6 disparus |
| 🇬🇷 Grèce | ⛈️ Orages et fortes pluies | Inondations et glissements de terrain |
| 🇱🇾 Libye | ⛈️ Orages violents | Crues soudaines dans plusieurs régions |
| 🇲🇽 Mexique | 🌀 Ouragan Polo | Risque de fortes pluies et crues |
| 🇺🇸 Nord-Est américain | 🌧️ Nor’easter | Fortes pluies, vents et inondations côtières |
| 🇭🇺 Hawaï | 🌀 Nolo | Risque de pluies intenses et crues |
| 🇦🇺 Australie-Occidentale | 🌧️ Fortes pluies | Jusqu’à près de 100 mm localement, bénéfique pour les cultures |
Pourquoi autant d’inondations en cette période ?
Il serait trop simple d’expliquer chaque événement par une seule cause. Les mécanismes sont différents selon les régions.
En Asie du Sud et du Sud-Est, la mousson et les circulations tropicales fournissent encore énormément d’humidité. Lorsque cette humidité rencontre une zone de convergence, une dépression ou un relief favorable aux ascendances, les précipitations peuvent devenir très importantes.
Au Japon, le passage d’un typhon ajoute une source majeure d’humidité et de fortes ascendances atmosphériques. Les bandes pluvieuses peuvent ensuite se maintenir plusieurs heures au-dessus d’une même zone.
En Méditerranée, le mécanisme est différent. Une mer encore chaude fournit une quantité importante de vapeur d’eau à l’atmosphère. Lorsqu’une dépression ou une poche d’air froid en altitude arrive au-dessus de cette masse d’air humide, l’instabilité peut devenir importante et favoriser des orages très pluvieux.
En Afrique du Nord, la situation libyenne montre également qu’une région généralement sèche peut subir des précipitations très fortes lorsqu’une circulation atmosphérique transporte exceptionnellement de l’humidité vers le désert.
Le danger ne vient pas seulement de la quantité totale de pluie
Un chiffre comme 300 mm peut impressionner, mais les météorologues regardent surtout la durée et l’intensité des précipitations.
300 mm répartis sur un mois n’ont pas les mêmes conséquences que 300 mm tombés en deux jours. De même, 100 mm répartis sur une semaine ne produisent pas le même ruissellement que 100 mm tombés en quelques heures.
La nature des sols intervient aussi. Un sol déjà saturé ne peut pratiquement plus absorber l’eau. Une grande partie des précipitations devient alors du ruissellement qui rejoint rapidement les rivières et les zones basses.
En ville, le phénomène est encore plus rapide. Routes, parkings, toitures et surfaces bétonnées empêchent l’infiltration. Le réseau d’évacuation doit alors transporter une quantité considérable d’eau en très peu de temps.
Bangkok illustre parfaitement cette difficulté.
Une fin septembre qui annonce aussi un automne très surveillé
Le développement d’El Niño ajoute une dimension supplémentaire aux prochaines semaines. Il ne permet pas de prévoir précisément le temps qu’il fera dans une ville donnée, mais il modifie le contexte climatique dans lequel évolueront les circulations atmosphériques.
La communauté météorologique surveillera notamment l’évolution du Pacifique tropical, les températures de surface de la mer, les vents en altitude et la réaction de l’atmosphère. Ces paramètres permettront de mieux comprendre comment le phénomène se met en place et quelles régions pourraient connaître davantage de précipitations ou, au contraire, un risque accru de sécheresse.
Il faut aussi garder une distinction importante entre météo et climat. Une inondation particulière ne peut pas être attribuée automatiquement au changement climatique ou à El Niño. Chaque événement possède sa propre combinaison de facteurs : circulation atmosphérique, température de la mer, relief, état des sols, urbanisation et infrastructures.
En revanche, les scientifiques peuvent étudier si certaines caractéristiques des événements extrêmes évoluent sur le long terme.
Les principaux faits à retenir
Bangkok est actuellement l’un des principaux points chauds météorologiques, avec environ 320 mm de pluie en deux à trois jours et plus de 580 000 habitations touchées par les inondations dans l’ensemble de la Thaïlande depuis le 16 septembre.
L’Inde et le Népal affrontent une nouvelle séquence de pluies intenses, avec des crues et des glissements de terrain meurtriers. Le Japon vient de subir les conséquences du typhon Dujuan, avec des pluies torrentielles, des glissements de terrain, quatre morts et six disparus selon le bilan cité par Reuters. La Grèce connaît une forte dégradation orageuse, avec pluies intenses, inondations et glissements de terrain dans plusieurs régions. La Libye a subi une séquence de pluies et d’orages inhabituelle entre le 18 et le 26 septembre, avec des crues soudaines dans plusieurs secteurs.
L’ouragan Polo menace la Basse-Californie, avec un risque de fortes pluies, d’inondations et de glissements de terrain. El Niño 2026 reste le grand phénomène climatique à surveiller, avec une intensification attendue vers la fin de l’année et le début de 2027. Cette fin septembre 2026 présente donc un visage météo particulièrement contrasté : inondations en Asie, pluies méditerranéennes, cyclones dans le Pacifique, tempête sur la côte américaine, orages en Afrique du Nord et, ailleurs, retour de pluies attendues après des périodes sèches. Il faudra surtout suivre l’évolution d’El Niño et des températures océaniques au cours des prochaines semaines, car ces paramètres contribueront à définir le contexte météorologique de la fin de l’automne et du début de l’hiver.




