Prévisions saisonnières : vers un printemps doux et plutôt sec sur la France ?.

On entre dans la dernière décade de février 2026 et la question que tout le monde se pose dans les rédactions météo et sur les forums agricoles est simple : après cet hiver qui n’en finit pas, qu’est-ce qui nous attend à partir de mars ? Les modèles saisonniers et les ensembles mensuels commencent à converger sur un scénario qui tranche avec les hivers très perturbés qu’on subit depuis novembre. Pas de révolution, mais un changement de régime assez net. Voici ce que disent les principales informations des modèles.

Les ensembles ECMWF (European Centre for Medium-Range Weather Forecasts) et CFSv2 (NOAA) tournent autour d’une anomalie de température positive pour mars-avril-mai 2026 sur l’Europe de l’Ouest et le proche Atlantique. L’anomalie moyenne sur l’ensemble des membres se situe entre +0,8 °C et +1,4 °C par rapport à la climatologie 1991-2020 pour l’ensemble MAM (mars-avril-mai), avec un signal plus marqué sur la France du Nord et de l’Ouest (+1,2 à +1,6 °C) que sur le pourtour méditerranéen (+0,5 à +1,0 °C). Le C3S (Copernicus Climate Change Service) confirme cette tendance dans son bulletin mensuel du 15 février : probabilité de températures au-dessus de la normale de l’ordre de 65-75 % pour mars et avril sur le quart nord-ouest de l’Europe, 55-65 % sur le bassin méditerranéen occidental.

Côté précipitations, le signal est plus contrasté mais penche vers un déficit sur une large partie de la France. L’ECMWF montre un déficit de l’ordre de –10 à –25 % par rapport à la normale sur le quart nord-ouest (Bretagne, Normandie, Pays de la Loire, Île-de-France, Hauts-de-France) pour l’ensemble mars-avril, avec un déficit qui s’atténue vers le sud-est. Le CFSv2 est un peu plus sec encore sur l’ouest, avec des anomalies de –20 à –35 % sur la façade atlantique. Le C3S donne une probabilité de précipitations inférieures à la normale de 60-70 % sur la Bretagne, la Normandie et les Pays de la Loire, et 50-60 % sur le reste du pays. Seul le sud-est (Languedoc, Provence, Corse) affiche un léger signal humide (+10 à +20 % sur certains membres), mais sans certitude forte.
Le NAO (North Atlantic Oscillation) est un bon indicateur pour comprendre ce qui se profile. À l’heure actuelle, les ensembles prévoient un NAO positif pour mars (moyenne des membres autour de +0,8 à +1,2) et avril (+0,6 à +1,0). Un NAO positif durable signifie anticyclone des Açores renforcé, flux d’ouest dominant, air doux et souvent sec sur l’Europe de l’Ouest. C’est exactement le régime qui expliquerait les températures douces et les précipitations inférieures à la normale sur la France. Le signal est cohérent entre ECMWF, UKMO, CFSv2 et GEFS : probabilité de NAO positif > 70 % pour mars, > 60 % pour avril.

Pour mai, le signal s’affaiblit un peu. Les ensembles gardent une légère préférence pour des températures au-dessus de la normale (+0,5 à +1,2 °C), mais les précipitations redeviennent plus incertaines, avec une répartition proche de la normale sur la plupart des membres. Le NAO perd de sa force, oscillant autour de +0,3 à +0,7 selon les ensembles. On retrouve donc un printemps qui démarre doux et sec, puis qui pourrait devenir plus contrasté en mai.
Ce que disent les indices océaniques

L’ENSO est actuellement en phase neutre, avec des températures de surface de l’océan Pacifique équatorial proches de la normale depuis décembre 2025. Les modèles prévoient une poursuite de cette neutralité jusqu’à l’été 2026, avec une très faible probabilité de basculer vers La Niña fin printemps (moins de 20 % selon les ensembles). Un ENSO neutre n’impose pas de signal fort sur l’Europe, mais il laisse la place au NAO pour dominer. L’AMO (Atlantic Multidecadal Oscillation) est toujours en phase positive depuis 1995, ce qui favorise globalement des hivers doux et des printemps-étés chauds sur l’Europe de l’Ouest. Rien ne change de ce côté-là.Le MJO (Madden-Julian Oscillation) est actuellement en phase 6-7 (Pacifique ouest), ce qui soutient un NAO positif à court terme (fin février-début mars). Les prévisions MJO à 15 jours gardent le signal en phase 6-8, ce qui maintient la probabilité d’un flux d’ouest anticyclonique pour la première quinzaine de mars.

Les conséquences attendues en France.

Si le scénario dominant se confirme (NAO positif, températures +1 à +1,5 °C, déficit pluviométrique de 10-30 % sur l’ouest et le nord), on peut s’attendre à :Une décrue progressive mais lente des grands fleuves (Garonne, Charente, Loire aval, Vilaine) dès la fin février et surtout en mars. Les sols gorgés vont continuer à libérer de l’eau pendant plusieurs semaines, mais sans nouvelles pluies massives, les niveaux devraient redescendre sous les seuils orange mi-mars sur la plupart des tronçons.
Une recharge des nappes phréatiques qui ralentit fortement en mars-avril. Après un hiver record, les niveaux resteront hauts jusqu’en avril, mais le déficit printanier pourrait faire baisser les piézomètres plus vite que la normale dès mai.
Un risque d’incendies de forêt qui démarre tôt (fin mars-avril) sur les massifs méditerranéens et les landes girondines si les pluies restent déficitaires.
Une végétation qui redémarre vite : débourrement précoce des fruitiers et des vignes dès la mi-mars dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, risque de gel tardif accentué si des nuits claires s’installent sous l’anticyclone.
Une consommation d’eau agricole qui reprend plus tôt que d’habitude en avril-mai, avec des tensions possibles sur les nappes peu profondes si l’été s’annonce chaud.

 

Les incertitudes qui restent

Les ensembles saisonniers ne sont pas infaillibles en cette période de transition. La variabilité interne reste forte en mars : un basculement du NAO vers la négative (anticyclone bloqué sur l’Europe de l’Est) pourrait ramener des flux froids et humides du nord-est. La probabilité est faible (20-30 % selon ECMWF), mais pas nulle. De même, une dégradation orageuse méditerranéenne en mars-avril reste possible si le flux s’oriente sud-ouest et que l’air chaud remonte du Maghreb.Les modèles à plus courte échéance (ECMWF EPS 15 jours, GEFS) montrent une bascule vers un régime anticyclonique durable autour du 25-26 février, avec un dôme de haute pression qui s’étend de l’Espagne aux îles Britanniques. Si ça se confirme, mars débuterait très doux et sec sur la quasi-totalité du pays.Bref, à ce stade (mi-février 2026), les tendances saisonnières pour mars-avril-mai penchent clairement vers un printemps doux et plutôt sec sur la France, avec un NAO positif dominant, des températures supérieures à la normale de +0,8 à +1,5 °C, et des précipitations inférieures à la normale de 10 à 30 % sur l’ouest et le nord. L’épisode pluvieux interminable de l’hiver devrait enfin s’essouffler, laissant place à une décrue progressive et à un redémarrage végétatif précoce. Mais rien n’est gravé dans le marbre : un coup de théâtre du NAO ou une dégradation méditerranéenne peut encore tout changer.Pour l’instant, les modèles et les indices océaniques-atmosphériques regardent dans la même direction : après l’eau, le calme et la douceur. On verra si ça tient.

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