Bilan climatique de septembre 2025 : un mois en demi-teinte en France.

Source : Météo France
Septembre 2025 s’est achevé sur une note ambivalente en France, un mois qui a oscillé entre les vestiges d’un été tenace et les premiers frissons de l’automne, sans jamais vraiment trancher dans un sens ou dans l’autre. D’un côté, des pics de chaleur inattendus ont rappelé que le réchauffement climatique n’épargne pas les transitions saisonnières ; de l’autre, une grisaille persistante et des pluies abondantes ont imposé un rythme plus morose, presque réconfortant pour ceux qui guettaient un retour à la normale. Météo-France, dans son bilan officiel publié début octobre, qualifie l’ensemble de « demi-teinte », une formule qui capture parfaitement cette ambivalence : une température moyenne nationale de 17,5 °C, pile sur la normale saisonnière de 1991-2020, mais marquée par des contrastes violents qui ont laissé des traces dans les relevés et les mémoires collectives. Ce n’est pas le mois le plus extrême de l’année – loin s’en faut, après un été 2025 classé troisième plus chaud depuis le début du siècle, avec une anomalie de +1,9 °C – mais il incarne une variabilité accrue, symptôme d’un climat qui peine à se stabiliser.
Commençons par les températures, ce baromètre impitoyable des évolutions atmosphériques. Sur l’ensemble du territoire, la moyenne mensuelle s’établit donc à 17,5 °C, un équilibre précaire maintenu par un début de mois encore doux, hérité des chaleurs estivales, et une fin abrupte qui a plongé le pays dans une fraîcheur inhabituelle pour la saison. Les trois premières décennies ont vu des maximales oscillant autour de 20 à 25 °C dans l’ouest et le sud, avec un ensoleillement correct qui a permis aux agriculteurs de rattraper partiellement les retards de récolte. Mais le vrai coup de théâtre s’est produit mi-mois : du 18 au 20 septembre, un anticyclone subtropical a propulsé des masses d’air chaud vers le sud-ouest, générant un pic de chaleur tardif qui a flirté avec les records. À Toulouse, le mercure a grimpé à 32,2 °C le 18 ; Biarritz a enregistré 34 °C le lendemain, tandis que des stations en Aquitaine et en Occitanie ont effleuré les 35-36 °C, un seuil qui évoque plus les canicules de juillet que les vendanges d’automne. Ce bref épisode, alimenté par un flux de sud-ouest instable, a d’ailleurs été suivi d’une chute brutale : dès le 23 septembre, une anomalie de -5 °C a balayé le pays, avec des minimales record comme -0,5 °C au Caylar dans l’Hérault ou -0,4 °C à Millau, des valeurs qui n’avaient pas été vues en septembre depuis des décennies sur ces stations. À Paris, l’après-midi du 24 affichait seulement 10,9 °C, un minimum absolu depuis 1986 pour cette période. Résultat : une fin de série historique. Après onze mois consécutifs en excédent thermique – un streak inédit depuis les relevés systématiques –, septembre 2025 marque un retour sous les normales, même si l’anomalie globale reste neutre. En Europe, le tableau est plus alarmant : ce neuvième mois de l’année se classe cinquième plus chaud depuis 1940, avec des écarts positifs notables en Méditerranée et au nord, soulignant que la France, protégée par son positionnement atlantique, échappe partiellement à la fournaise continentale.
Source : Météo France

Les précipitations, quant à elles, ont dominé le récit de ce septembre, transformant ce qui aurait pu être un mois de transition paisible en une saga d’humidité et de débordements. Le cumul national moyen s’élève à 80 mm, soit un excédent de 20 % par rapport à la normale, mais avec des disparités criantes qui traduisent la complexité des circulations atmosphériques actuelles. L’ouest et le nord ont été les plus touchés : la Bretagne a vu des épisodes pluvieux intenses dès la première décade, avec des cumuls dépassant 150 mm à Brest et Quimper, tandis que la Normandie et les Hauts-de-France ont enchaîné les averses grises, accumulant jusqu’à 120 mm sur Caen. Fin septembre, une perturbation atlantique stagnante a déversé des quantités diluviennes sur le centre-ouest, provoquant des inondations localisées dans la Loire et le Poitou, où des stations comme Poitiers ont relevé plus de 100 mm en trois jours. Au sud, le tableau est plus contrasté : les Cévennes et le Languedoc ont connu des retours cévenols modérés, avec 80-100 mm sur Montpellier, mais l’évapotranspiration élevée – due aux chaleurs résiduelles – a rendu ces pluies « inefficaces » dans des zones comme la vallée de la Garonne ou la Provence, où les déficits hydriques persistent malgré tout. Globalement, ces excès ont mis fin à une sécheresse relative héritée de l’été, rechargeant les nappes phréatiques dans l’ouest – un bol d’air pour les aquifères côtiers – mais ils ont aussi amplifié les risques d’érosion et de ruissellement, particulièrement sur des sols déjà saturés. Des études récentes du BRGM, publiées en marge de ce bilan, estiment que ces épisodes pluvieux ont contribué à une hausse de 15 % des débits fluviaux dans le bassin de la Seine, évitant in extremis une crise hydrique automnale, mais au prix de vigilance accrue pour les crues.

L’ensoleillement, enfin, a payé le tribut de cette météo chahutée : seulement 170 heures en moyenne nationale, un déficit de 25 heures par rapport à la normale, avec des écarts plus marqués au nord et à l’est où les nuages bas ont persisté comme un voile tenace. Paris n’a compté que 140 heures, contre 200 en moyenne, tandis que Marseille, pourtant habituée aux soleils méditerranéens, a dû se contenter de 180 heures, plombé par les brumes et les averses. Ce manque de lumière n’est pas anodin : il a accentué la sensation de mois « maussade », comme le notent les chroniques locales, et a eu des répercussions directes sur l’agriculture. Les vendanges, décalées par l’été sec, ont bénéficié des pluies modérées pour une maturation finale, mais la grisaille a ralenti le développement des cultures d’hiver, avec des semis de blé freinés dans le nord par des sols trop humides. Des analyses de l’INRAE, basées sur des modélisations couplées à des données satellitaires Sentinel, indiquent que ce septembre a réduit les rendements potentiels de 5 à 10 % pour les betteraves et les pommes de terre dans les régions pluvieuses, tout en soulageant les stress hydriques dans le sud. Sur le plan environnemental, c’est un mois de bilan mitigé pour la biodiversité : les pluies ont favorisé une repousse herbacée dans les prairies, aidant les écosystèmes pastoraux, mais les contrastes thermiques ont perturbé les migrations aviaires précoces, avec des retards observés chez les hirondelles et les martinets dans le sud-ouest.
Au-delà des chiffres bruts, ce septembre invite à une réflexion plus profonde sur les dynamiques climatiques en cours. Les modèles du GIEC, dans son sixième rapport d’évaluation, prévoyaient une augmentation de la variabilité saisonnière sous l’effet du réchauffement anthropique – des extrêmes plus fréquents, des transitions plus abruptes –, et 2025 en fournit une illustration tangible. Ce mois en demi-teinte n’est pas une anomalie isolée : il s’inscrit dans une tendance où les anticyclones subtropicaux, dopés par l’accélération du jet-stream, injectent des chaleurs résiduelles tardives, tandis que les perturbations atlantiques, plus intenses en raison d’une évaporation océanique accrue, déversent des pluies concentrées. Des études publiées dans Nature Climate Change en 2024, analysant les données ERA5 de l’ECWMF, montrent que de tels patterns – chaleur +20 % de probabilité, pluies extrêmes +15 % – se multiplient en Europe de l’Ouest depuis 2010, avec la France comme point de convergence. Économiquement, le coût est palpable : les inondations locales ont généré des dommages estimés à 50 millions d’euros par la Fédération française de l’assurance, tandis que l’agriculture, pilier du pays, oscille entre soulagement hydrique et pertes qualitatives. Socialement, ce mois a ravivé les débats sur l’adaptation : les villes du nord, comme Lille ou Rouen, ont vu leurs épisodes de pollution photochimique chuter grâce aux pluies, mais les zones rurales du sud-ouest plaident pour des infrastructures résilientes face aux coups de chaleur automnaux.
En filigrane, ce bilan en demi-teinte porte un message clair : le climat français n’est plus celui des manuels d’agronomie d’hier. Septembre 2025 n’a pas battu de records absolus – pas de canicule prolongée comme en 2022, pas de sécheresse biblique comme en 2023 –, mais il a révélé une fragilité croissante, une France climatiques qui navigue entre deux eaux, entre le souvenir d’étés torrides et l’espoir d’hivers plus cléments. Pour les mois à venir, les prévisions à moyen terme évoquent un automne perturbé dans le sud, avec des risques d’épisodes méditerranéens persistants, tandis que l’ouest pourrait retrouver un rythme plus stable. Reste à savoir si cette demi-teinte deviendra la norme, ou si elle n’est qu’un répit avant la prochaine vague d’extrêmes. Une chose est sûre : dans un pays où le temps dicte les humeurs collectives, ce septembre aura au moins eu le mérite de nous rappeler que la nature, elle, ne fait pas de compromis.

Tout ce qu’il faut retenir selon Météo France :

● une température moyenne sur le mois et sur le pays conforme à la normale (17,5 °C) avec un pic de chaleur tardif suivi d’un épisode de fraîcheur précoce en fin de mois ;
● un mois de septembre marqué par plusieurs passages pluvieux d’ampleur, entraînant localement des inondations. À l’échelle du mois et du pays, l’excédent pluviométrique atteint 15 % ;
● un mois particulièrement gris avec un déficit d’ensoleillement de 15 %.
Des températures en moyenne proches de la normale .

Source : Météo France

Après une première quinzaine où les températures ont oscillé autour de la normale, la seconde a été marquée par un pic de chaleur tardif (les 19 et 20 septembre), suivi de températures souvent dignes d’un début novembre (du 23 au 26 septembre). À l’échelle du mois et du pays, la température de 17,5 °C est conforme à la normale. Les températures minimales ont été légèrement plus chaudes que la normale (+0.3 °C) tandis que les températures maximales sont restées légèrement plus fraîches que la normale (-0.5 °C).
Durant le pic de chaleur remarquable, les températures ont dépassé 30 °C sur près de la moitié du territoire. Les 35 °C ont même été localement dépassés sur le Sud-Ouest.
En revanche, durant l’épisode de fraîcheur précoce, les températures maximales ont été inférieures de 5 °C aux normales de saison durant quatre jours (du 23 au 26 septembre).
Aucune journée n’avait encore connu une telle anomalie froide depuis le début de l’année2025. A contrario, on dénombre, depuis le 1er janvier, déjà plus de 43 jours avec des températures maximales supérieures de 5 °C à la normale.

Un mois de septembre pluvieux
Le mois de septembre a été marqué par plusieurs épisodes pluvieux importants, entraînant
localement des inondations :
● le 1er septembre dans l’arrière-pays héraultais et le Gard ;
● le 8 près des frontières luxembourgeoise et allemande ;
● du 11 au 13 sur le Pas-de-Calais ;
● le 21 sur les Côtes-d’Armor ou encore à l’est du Rhône, près de la Méditerranée.
À l’échelle du mois et du pays, l’excédent pluviométrique atteint 15 %.Il est tombé plus d’une fois et demi à deux fois la normale de précipitations du Massif central
au Grand Est où il a plu un jour sur deux en moyenne (soit cinq jours de plus que la normale).

Dans certaines villes, il s’agit du mois de septembre le plus pluvieux jamais enregistré :
● Nancy (Meurthe-et-Moselle) : 170 mm (normale : 61 mm).
● Sélestat (Bas-Rhin) : 111 mm (normale : 50 mm),
● Bâle-Mulhouse (Haut-Rhin) : 146 mm (normale : 64 mm).
À l’échelle de l’Alsace et de la Lorraine, c’est le deuxième mois de septembre le plus
pluvieux derrière septembre 1984.
Une large moitié nord du pays a été très arrosée pour un mois de septembre, à l’exception de l’intérieur de la Normandie. Plusieurs régions sont en revanche déficitaires comme le Sud-Ouest (-10 à -20 %), le Languedoc-Roussillon (-50 %) ou encore la Corse (-70 %).

L’humidité des sols est restée proche de la normale à l’échelle du pays tout au long du mois. L’activité orageuse a été plus faible que la normale, à l’instar des mois précédents, avec
moins de 30 000 impacts (à comparer avec une normale de 50 000 impacts).

Un mois peu ensoleillé
Le mois de septembre a été globalement gris sur une très large partie du territoire. On dénombre moins de cinq journées très ensoleillées sur la majeure partie du pays. Du Sud-Ouest au Nord-Est, avec une journée sur trois très peu ensoleillée, le déficit d’ensoleillement atteint 20 %, localement 30 %. Seul le pourtour méditerranéen a bénéficié d’un ensoleillement proche de la normale.
À l’échelle du mois et du pays, le déficit d’ensoleillement atteint 15 %. C’est le premier mois déficitaire depuis le début de l’année et même depuis octobre 2024

Zoom régional
Plusieurs épisodes pluvieux d’ampleur au cours du mois.
Au cours du mois, plusieurs épisodes pluvieux ont concerné le pays et ont localement entrainé des inondations. On a ainsi relevé :
● 162 mm à Uzès (Gard) et 128 mm à Orange (Vaucluse) dans la nuit du 31 août au
1er septembre ;
● 93 mm à Porcelette (Moselle) le 8 septembre, localement plus de 150 mm ;
● 105 mm à Bainghen (Pas-de-Calais) entre le 11 et le 14 septembre (normale du mois
: 93 mm) ;
● 96 mm à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) le 21 septembre. Il s’agit du plus fort cumul quotidien jamais enregistré sur cette ville. Il a pu tomber localement 150 à 200 mm sur cette zone au cours de cet épisode ;
● près de 150 mm en quelques heures le 21 septembre à l’est du Rhône :
○ 133 mm à Avignon (Vaucluse) dont 111 mm en 3 heures ;
○ 103 mm à Marignane (Bouches-du-Rhône) dont 87 mm en 3 heures ;
○ 123 mm à Toulon (Var) dont 90 mm en une heure.

Pic de chaleur tardif
Les températures ont été particulièrement élevées les 18 et 19 septembre avec des températures dépassant 30 °C le 18 et même 35 °C le 19 dans le Sud-Ouest. On relève ainsi jusqu’à :
● 35,2 °C à Bordeaux (Gironde) ;
● 34,0 °C à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) ;
● 33,7 °C à Dax (Landes) ;
● 32,6 °C à Carcassonne (Aude) ;
● 32,6 °C à Pau (Pyrénées-Atlantiques)
● 32,6 °C à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) ;
● 32,2 °C à Toulouse (Haute-Garonne) ;
● 32,0 °C à Auch (Gers) ;
● 31,8 °C à Agen (Lot-et-Garonne) ;
● 30,5 °C à Lyon (Rhône) ;
● 30,4 °C à Paris ;
● 30,1 °C à Rouen (Seine-Maritime).
Avec le changement climatique, ces pics de chaleurs tardifs sont plus probables et plus
fréquents.

Une fin de mois maussade et très fraîche
Une goutte froide se positionne sur la France en fin de mois, occasionnant un temps gris et froid pour la saison. Les températures maximales sont localement 10 °C en dessous de la normale, parfois dignes d’un mois de novembre. On a ainsi relevé :
● 9,1 °C à Limoges (Haute-Vienne) le 23 ;
● 9,3 °C à Langres (Haute-Marne) le 23 ;
● 9,7 °C à Nancy (Meurthe-et-Moselle) le 23 ;
● 10,9 °C à Paris le 24 ;
● 11,7 °C à Auxerre (Yonne) le 24.
De petites gelées sont relevées dans les fonds de vallée, et quelques flocons de neige sont parfois tombés à partir de 1500 mètres dans les Alpes ou les Pyrénées. Ces épisodes froids précoces ne sont pas inédits, mais deviennent de plus en plus rares avec le changement climatique.

Dossier préparé avec les données relevées par Météo France

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