La sécheresse de l’été 2026 a fortement réduit la pousse de l’herbe en France. À l’approche de l’hiver, les éleveurs ont déjà consommé une partie des réserves prévues pour nourrir leurs troupeaux. Le risque de manque est réel, mais son ampleur dépend des régions, des récoltes de maïs et de foin, ainsi que des stocks conservés dans chaque exploitation.
Un déficit national exceptionnel. Au 30 septembre 2026, la pousse cumulée des prairies permanentes affichait un déficit de 42 % par rapport à la moyenne 1989-2018, selon le bilan publié le 7 octobre par le service statistique du ministère de l’Agriculture. Ce niveau dépasse celui de la sécheresse de 2003. Dans la majorité des départements, les prairies ont souffert du manque d’eau et des fortes chaleurs, sans reprise suffisante après l’été.
Des écarts importants selon les régions. Les estimations techniques publiées le 8 octobre par ARVALIS font état de déficits de production d’herbe de l’ordre de 20 à 30 % dans le Grand Ouest, les Hauts-de-France, les Alpes et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans le Grand Est, en Bourgogne-Franche-Comté, en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine et dans le Centre, les déficits atteignent parfois 40 à 50 %. Ces valeurs régionales sont des ordres de grandeur : elles ne signifient pas que chaque exploitation a perdu exactement la même proportion de sa récolte.
Les réserves d’hiver ont déjà commencé à fondre. Faute d’herbe disponible dans les pâtures, de nombreux éleveurs ont dû distribuer du foin, de l’ensilage ou d’autres aliments stockés plus tôt que prévu. Cette consommation anticipée réduit les quantités disponibles pour les mois les plus froids, lorsque les animaux restent plus longtemps à l’étable. Le problème n’est donc pas seulement la récolte insuffisante : c’est aussi le fait d’avoir déjà entamé les réserves avant le début de l’hiver.
Le maïs fourrage a lui aussi souffert. La sécheresse a accéléré le développement de certaines parcelles et dégradé leur potentiel de rendement. ARVALIS signalait dès juillet des récoltes très précoces dans les situations les plus pénalisées, avec des plantes soumises à un stress hydrique marqué. La quantité récoltée ne suffit toutefois pas à juger la valeur du fourrage : le stade de récolte, la présence de grains, la digestibilité et la teneur en matière sèche comptent aussi. Deux exploitations touchées par la même sécheresse peuvent donc disposer de stocks très différents en quantité comme en qualité.
La Normandie a déjà tiré la sonnette d’alarme. Fin juillet, la FRSEA de Normandie avait lancé une enquête pour recenser les besoins en foin, en maïs ensilage et en paille, ainsi que les disponibilités éventuelles entre exploitations. La pousse de l’herbe était à l’arrêt depuis plusieurs semaines et les parcelles de maïs laissaient prévoir des récoltes inférieures aux années précédentes. Cette démarche montre que les difficultés ne relèvent pas uniquement de prévisions théoriques : des éleveurs ont commencé à rechercher des solutions d’approvisionnement avant l’hiver.
Va-t-on manquer de fourrage partout ? Non. Le déficit national ne signifie pas que toutes les fermes seront à court de foin ou d’ensilage. Certaines disposent de réserves issues de bonnes récoltes précédentes, d’autres ont des systèmes d’élevage moins consommateurs de stocks ou peuvent acheter des fourrages. En revanche, les exploitations déjà fragilisées par plusieurs mois d’affouragement, avec peu de réserves et une récolte de maïs médiocre, sont les plus exposées. À ce stade, les données disponibles établissent une tension importante, mais ne permettent pas d’affirmer qu’une pénurie totale touchera tous les élevages français.
Le risque économique s’ajoute au manque de volume. Si les exploitations doivent acheter du foin, de la luzerne, de la paille ou des aliments complémentaires, leurs coûts de production peuvent augmenter. Les frais de transport comptent également, car les fourrages sont volumineux et leur acheminement sur de longues distances peut vite coûter cher. Les exploitations les plus dépendantes des achats extérieurs seront donc particulièrement vulnérables si la demande augmente dans plusieurs régions à la fois.
Ce qui peut encore limiter les dégâts. Des pluies régulières peuvent favoriser une reprise de la pousse sur les prairies encore capables de repartir, mais une repousse d’automne ne compensera pas automatiquement plusieurs mois de déficit. Les semis de prairies et de cultures dérobées peuvent aussi contribuer aux stocks futurs, à condition que l’humidité du sol permette une bonne levée. ARVALIS recommande de ne pas remettre trop tôt les animaux sur les prairies fragilisées, afin de laisser les plantes se rétablir. Un apport d’azote ne peut pas remplacer l’eau qui manque.
Le verdict au 10 octobre 2026. Le risque de manque de fourrage cet hiver est élevé dans une partie importante de la France. Le déficit de pousse des prairies atteint 42 % au niveau national, plusieurs régions enregistrent des pertes de 40 à 50 %, et les stocks sont déjà sollicités depuis des mois. Le point qui reste à préciser est l’ampleur exacte des déficits de stocks dans les exploitations, car la situation dépend des récoltes réalisées, des réserves héritées de 2025 et des possibilités d’achat. Le constat est clair : l’hiver 2026-2027 s’annonce difficile pour les élevages les moins autonomes en fourrage, sans que l’on puisse parler d’une pénurie uniforme sur tout le territoire.




