On a longtemps considéré la canicule comme une mauvaise nouvelle pour le thermomètre, les vacanciers et les personnes qui dorment avec trois ventilateurs autour du lit. En 2026, le problème change d’échelle : la chaleur commence aussi à se lire dans les comptes de la Nation. Agriculture moins productive, travail perturbé, consommation électrique modifiée, forêts ravagées par les incendies, eau sous pression : la facture climatique ne se contente plus de faire transpirer les Français, elle commence à peser sur le PIB.
Il y a des chiffres qui ont une drôle de manière de refroidir l’ambiance. Celui dévoilé cette semaine par la Direction générale du Trésor en fait partie : les vagues de chaleur et la sécheresse de l’été 2026 pourraient amputer de 0,1 point la croissance du PIB français sur l’ensemble de l’année. Ce chiffre reste une première estimation, il ne constitue pas une révision officielle de la prévision gouvernementale et il ne signifie surtout pas que la France « perd » 0,1 % de son PIB en valeur. Il traduit un manque de croissance par rapport à une situation dans laquelle ces événements météorologiques n’auraient pas pesé sur l’activité. La nuance paraît comptable, mais elle est importante. Elle montre surtout que la météo vient désormais s’inviter directement dans les modèles économiques.
Pour donner un ordre de grandeur sans transformer une estimation en chiffre officiel, un dixième de point de PIB représente une masse économique considérable à l’échelle nationale. La France produit chaque année plusieurs milliers de milliards d’euros de richesses. Une variation de 0,1 point de croissance représente donc potentiellement plusieurs milliards d’euros d’activité qui ne se réalisent pas par rapport à un scénario sans choc climatique. Il faut toutefois éviter le raccourci « la canicule coûte X milliards à la France » : les mécanismes sont multiples, certains effets sont temporaires, d’autres se déplacent d’un secteur à l’autre et certaines dépenses supplémentaires peuvent même soutenir mécaniquement l’activité. Acheter davantage de climatiseurs, de ventilateurs ou de boissons fraîches fait tourner des entreprises, mais cela ne signifie évidemment pas que la chaleur crée de la richesse nette. Elle oblige surtout à dépenser davantage pour maintenir un niveau de fonctionnement identique.
Le premier secteur qui encaisse le choc reste l’agriculture. Et dans ce domaine, le thermomètre ne laisse pas beaucoup de place aux négociations. Une céréale ne peut pas reporter sa floraison parce que la météo annonce 39 °C, une vache ne peut pas programmer son stress thermique après 18 heures et un maraîcher ne peut pas commander de l’eau supplémentaire en appuyant sur un bouton. Les cultures dépendent de la température, du rayonnement, de l’humidité du sol et de la disponibilité de l’eau. Lorsque plusieurs facteurs se dégradent simultanément, les pertes peuvent devenir rapides.
Les travaux économiques déjà consacrés aux épisodes de chaleur montrent que les rendements agricoles peuvent fortement reculer. Lors de la canicule de 2019, les rendements du maïs avaient diminué de 9 % et ceux du blé de 10 % selon les données reprises par la Direction générale du Trésor. Les vagues de chaleur de 2026 interviennent dans un contexte encore plus tendu, puisque juin a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France avec une température moyenne nationale de 22,7 °C, soit 3,8 °C au-dessus de la normale 1991-2020. Le déficit de précipitations avait atteint environ 50 % sur le mois.
Juillet a ensuite enfoncé le clou. Avec une température moyenne de 24,9 °C, il est devenu le mois le plus chaud jamais mesuré en France depuis le début des relevés en 1900, devant août 2003 et juillet 2006. L’anomalie atteignait +3,8 °C pour la température moyenne et +5,2 °C pour les températures maximales. Plus impressionnant encore pour les agriculteurs, le déficit pluviométrique a approché 70 % à l’échelle nationale, ce qui place juillet 2026 parmi les mois de juillet les plus secs jamais observés. Les sols superficiels avaient atteint des niveaux de sécheresse comparables aux plus bas historiques observés en août 2022.
Cette combinaison est beaucoup plus problématique qu’une simple température élevée. Une culture peut parfois supporter un pic thermique bref si elle dispose d’une réserve hydrique suffisante. Elle résiste beaucoup moins bien lorsque la chaleur arrive sur un sol déjà desséché et que l’évapotranspiration augmente fortement. La plante doit alors arbitrer entre croissance, transpiration et survie. Les stomates des feuilles se ferment pour limiter les pertes d’eau, la photosynthèse ralentit et les rendements peuvent diminuer. Chez certaines céréales, quelques journées très chaudes au mauvais moment du cycle végétatif peuvent suffire à réduire le nombre ou le poids des grains.
Le bétail subit lui aussi le phénomène. Les animaux d’élevage augmentent leur fréquence respiratoire lorsque la température et l’humidité deviennent trop élevées. Chez les bovins laitiers, le stress thermique peut réduire l’ingestion alimentaire et la production de lait. Des travaux cités par la Direction générale du Trésor estiment qu’une heure passée au-dessus de 26 °C de température humide peut réduire de 0,5 % la production laitière quotidienne, avec des pertes pouvant atteindre 10 % lorsque l’exposition se prolonge plusieurs jours. La chaleur n’est donc pas seulement une question de confort animal : elle devient une variable économique.
La deuxième facture est beaucoup moins visible mais probablement appelée à prendre de l’importance : celle du travail. Un chantier ne fonctionne pas de la même manière à 22 °C et à 39 °C. Une toiture en plein soleil, une route en cours de réalisation, une exploitation agricole, une usine mal ventilée ou une intervention de maintenance sur une infrastructure extérieure deviennent des environnements difficiles dès que la température grimpe fortement. Le corps humain doit consacrer davantage d’énergie à évacuer la chaleur et les performances physiques et cognitives peuvent diminuer.
Des travaux économétriques repris par la Direction générale du Trésor indiquent qu’au-delà de 38 °C, la durée quotidienne de travail pourrait diminuer d’environ une heure dans les secteurs les plus exposés au stress thermique. Ce n’est pas une règle mécanique applicable à chaque salarié et à chaque métier, mais cela donne une idée du mécanisme économique. Une entreprise peut compenser une partie de cette perte par des horaires décalés, des pauses supplémentaires, de la ventilation, de la climatisation ou une organisation différente des tâches. Mais toutes ces adaptations ont un coût.
En France, entre 14 % et 36 % des travailleurs seraient exposés à la chaleur selon une étude citée par la Direction générale du Trésor, avec une exposition particulièrement forte dans l’agriculture, la construction et le tourisme. Entre 2018 et 2023, 48 décès liés à la chaleur au travail ont été recensés par Santé publique France. Ces données ne racontent pas toute la réalité des effets sanitaires, mais elles montrent que la question dépasse largement le simple inconfort estival.
L’économie fonctionne alors comme une gigantesque chaîne de transmission. Un salarié travaille moins longtemps ou dans des conditions dégradées, une entreprise doit réorganiser ses horaires, une livraison est décalée, un chantier prend du retard, une récolte diminue, un prix augmente, un consommateur modifie ses achats. Pris séparément, chaque événement semble modeste. Mis bout à bout à l’échelle de 68 millions d’habitants, ils finissent par apparaître dans les indicateurs macroéconomiques.
Le secteur énergétique offre un autre exemple particulièrement intéressant. La chaleur fait monter la demande d’électricité lorsque les climatiseurs et les systèmes de refroidissement fonctionnent davantage. Mais dans le même temps, les fortes températures et le manque d’eau peuvent compliquer certaines productions électriques. La production nucléaire dépend notamment de ressources en eau pour les systèmes de refroidissement, tandis que l’hydraulique dépend directement des débits disponibles dans les cours d’eau et du remplissage des retenues. La Direction générale du Trésor souligne cette double contrainte : demande accrue liée à la climatisation d’un côté, pression sur certaines capacités de production de l’autre.
Cela explique une situation assez paradoxale. La France dispose d’un parc électrique largement décarboné, mais la chaleur peut tout de même créer une tension locale ou temporelle. Une pointe de consommation en fin d’après-midi ou en soirée ne correspond pas nécessairement au moment où la production solaire est maximale. Le photovoltaïque produit beaucoup au milieu de la journée, tandis que la climatisation peut continuer à fonctionner après le coucher du soleil, lorsque la température intérieure des bâtiments reste élevée. L’adaptation énergétique passe donc aussi par le stockage, la flexibilité de la demande, l’isolation et une meilleure gestion des bâtiments.
Les logements constituent justement l’un des grands chantiers qui se dessinent derrière cette année 2026. Environ 80 % des logements qui existeront en 2050 sont déjà construits. Cela signifie que le problème du confort d’été ne peut pas être réglé uniquement avec les constructions neuves. Une partie considérable du parc immobilier actuel devra apprendre à supporter des températures estivales plus élevées. Isolation adaptée, protections solaires extérieures, volets, végétation, ventilation nocturne, inertie thermique, vitrages performants et équipements de rafraîchissement vont prendre une importance croissante.
La climatisation peut apporter une réponse efficace lorsqu’elle est correctement dimensionnée et utilisée, mais elle ne constitue pas une solution magique. Dans les environnements urbains denses, les groupes extérieurs rejettent de la chaleur vers l’extérieur. Selon les travaux cités par la Direction générale du Trésor, les rejets des climatiseurs peuvent augmenter localement la température extérieure de 1 à 3 °C à proximité immédiate des bâtiments. Plus la climatisation se généralise, plus la consommation électrique peut également augmenter pendant les périodes chaudes.
La stratégie la plus rationnelle ressemble donc davantage à une combinaison de solutions qu’à une bataille entre « climatisation » et « pas de climatisation ». Un bâtiment qui limite les apports solaires par des protections extérieures, dispose d’une bonne inertie, profite de la ventilation nocturne lorsque les températures le permettent et utilise une pompe à chaleur réversible performante aura besoin de moins d’énergie pour conserver une température acceptable. C’est moins spectaculaire qu’un gros climatiseur qui ronronne à fond à 15 heures, mais beaucoup plus cohérent sur la durée.
Il faut aussi parler des infrastructures. La chaleur accélère le vieillissement de certains matériaux et modifie le comportement des routes, des rails, des joints, des ouvrages métalliques et de nombreuses installations techniques. L’asphalte peut se ramollir lors des épisodes extrêmes, les rails peuvent subir des contraintes thermiques et les équipements électroniques installés dans des locaux mal ventilés peuvent fonctionner dans des conditions plus difficiles. Les gestionnaires d’infrastructures doivent donc intégrer davantage la température dans leurs plans de maintenance.
Pour les routes, la température de surface peut devenir nettement supérieure à la température mesurée sous abri. Une chaussée exposée au soleil peut accumuler une quantité considérable d’énergie, notamment lorsqu’elle est sombre et peu ventilée. C’est l’une des raisons pour lesquelles les systèmes modernes de surveillance utilisent de plus en plus des capteurs capables de mesurer la température de la chaussée, l’humidité, l’état du revêtement et les conditions atmosphériques. Demain, une route intelligente ne servira peut-être plus uniquement à prévenir le verglas en hiver : elle devra aussi anticiper les effets de la chaleur.
La facture environnementale de l’été 2026 est encore plus impressionnante avec les incendies. Plus de 96 000 hectares avaient brûlé en France au 26 août selon les données européennes reprises ces derniers jours, contre environ 14 000 hectares par an en moyenne sur la période 2003-2025. Les émissions de carbone associées aux incendies dépassaient 1,5 million de tonnes, un niveau inédit dans les données disponibles depuis 2003 et près de quatre fois supérieur à la moyenne annuelle de cette période.
Ces incendies représentent une double facture. Il y a d’abord les coûts directs : intervention des sapeurs-pompiers, avions bombardiers d’eau, évacuations, fermeture de routes, hébergement temporaire, dégâts aux habitations, pertes agricoles et forestières. Il y a ensuite une facture écologique beaucoup plus longue à absorber. Une forêt détruite ne retrouve pas son fonctionnement en quelques semaines. La reconstitution du stock de carbone, la régénération des sols, le retour de certaines espèces et la restauration des écosystèmes peuvent prendre des décennies.
Le paradoxe est particulièrement cruel. La végétation constitue un puits de carbone, mais les incendies transforment une partie de ce stock en émissions atmosphériques. Plus les épisodes de sécheresse et de chaleur fragilisent les forêts, plus leur vulnérabilité augmente. La forêt devient alors à la fois une victime du changement climatique et un élément dont la capacité de stockage peut être temporairement réduite par les incendies.
Le tourisme, lui, présente un bilan plus ambigu. La chaleur peut faire fuir certains visiteurs des zones méditerranéennes lors des épisodes extrêmes, mais elle peut aussi stimuler certaines destinations, les activités aquatiques, les séjours en altitude ou les territoires où les températures restent plus supportables. Le changement climatique ne signifie donc pas automatiquement « moins de tourisme ». Il signifie surtout que la carte touristique peut évoluer. Une ville qui affiche 38 °C pendant plusieurs jours n’offre pas la même expérience à un visiteur qu’une destination à 25 ou 27 °C avec des nuits fraîches.
Pour les entreprises, cette évolution pose une question de fond : combien coûte l’adaptation et combien coûterait l’absence d’adaptation ? Installer des protections solaires, végétaliser un parking, modifier les horaires d’une équipe, isoler une toiture, améliorer la ventilation ou installer des capteurs représente une dépense. Mais perdre régulièrement des jours de production, des récoltes, du matériel ou des heures de travail représente également une dépense. La logique économique finit donc par se déplacer vers la prévention.
Les technologies jouent déjà un rôle dans cette transition. Les stations météorologiques connectées permettent de suivre température, humidité, rayonnement solaire et parfois température du sol. Les sondes agricoles peuvent mesurer l’humidité disponible à différentes profondeurs. Les systèmes d’irrigation pilotée peuvent déclencher les apports d’eau selon les besoins réels plutôt que selon un calendrier fixe. Les bâtiments intelligents peuvent ajuster automatiquement ventilation, stores, climatisation et renouvellement d’air. Dans l’industrie, des capteurs thermiques peuvent surveiller les moteurs, les armoires électriques et les équipements sensibles.
L’intelligence artificielle apporte une autre couche. Son intérêt n’est pas de « prévoir la météo à coup sûr », mais de croiser rapidement de grandes quantités de données. Prévisions météorologiques, occupation des bâtiments, consommation électrique, température des équipements, humidité des sols et historique des incidents peuvent être utilisés ensemble afin d’anticiper les situations à risque. Pour une entreprise, cela peut permettre de déplacer une opération très physique vers les premières heures du jour, d’augmenter la ventilation d’un atelier avant le pic thermique ou de déclencher une irrigation avant que la plante n’entre dans un stress hydrique trop important.
Le particulier n’est évidemment pas obligé de transformer sa maison en laboratoire de recherche. Quelques investissements relativement simples peuvent déjà réduire fortement la facture. Les protections solaires extérieures sont souvent plus efficaces que des rideaux intérieurs classiques, car elles bloquent le rayonnement avant qu’il n’entre dans le logement. Une ventilation nocturne bien utilisée peut évacuer une partie de la chaleur accumulée dans les murs et les planchers. Un ventilateur consomme généralement beaucoup moins d’électricité qu’un climatiseur et peut améliorer nettement le confort lorsque la température intérieure reste raisonnable.
Pour un logement soumis à des températures très élevées, le budget d’adaptation peut toutefois grimper rapidement. Une installation de climatisation réversible correctement dimensionnée peut représenter environ 1 000 à 3 000 euros pour une solution monosplit selon le matériel et la pose, davantage pour plusieurs pièces. Des protections solaires extérieures peuvent demander quelques centaines à plusieurs milliers d’euros selon le nombre de fenêtres. Une VMC performante, des travaux d’isolation ou une rénovation complète peuvent atteindre plusieurs milliers voire plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ces montants restent indicatifs et varient fortement selon le logement.
| 🌡️ Poste | 💶 Ordre de grandeur | 📉 Effet recherché |
| 🪟 Protection solaire extérieure | 300 à 3 000 € | Réduire les apports solaires |
| 🌬️ Ventilateurs performants | 40 à 300 € | Améliorer le confort à faible consommation |
| ❄️ Climatisation monosplit | 1 000 à 3 000 € posé | Rafraîchir une pièce principale |
| 🏠 Plusieurs unités | 2 500 à 6 000 € et plus | Traiter plusieurs zones |
| 🌳 Végétalisation extérieure | 100 à plusieurs milliers € | Créer ombre et évapotranspiration |
| 📡 Station météo connectée | 100 à 500 € | Surveiller température et humidité |
| 💧 Capteurs d’humidité du sol | 30 à 150 € l’unité | Adapter l’arrosage |
| ⚡ Pilotage énergétique | 100 à 1 000 € et plus | Réduire les consommations de pointe |
À l’échelle nationale, cependant, la question devient beaucoup plus vaste. Une économie qui perd 0,1 point de croissance à cause d’un épisode météorologique ne fait pas face à un simple accident isolé. Le risque apparaît surtout lorsque ces épisodes deviennent plus fréquents. Une année très chaude peut être absorbée. Une succession d’années chaudes, sèches et ponctuées d’incendies oblige à modifier progressivement les investissements, les assurances, les infrastructures et les pratiques professionnelles.
C’est probablement là que se trouve la véritable facture climatique. Le problème n’est pas seulement le coût d’une canicule donnée, mais celui de l’adaptation répétée. Un agriculteur qui doit investir dans l’irrigation, modifier ses variétés, installer de l’ombrage pour ses animaux et renforcer ses réserves en eau supporte une dépense supplémentaire. Une commune qui doit végétaliser ses rues, créer des îlots de fraîcheur et adapter ses bâtiments engage aussi de l’argent. Une entreprise qui doit revoir les horaires de travail ou refroidir ses locaux fait de même. Additionnés à l’échelle du pays, ces investissements deviennent considérables.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille considérer l’adaptation comme une dépense perdue. Une partie de ces investissements peut réduire les pertes futures. Une toiture correctement isolée protège contre la chaleur mais aussi contre le froid. Des arbres apportent de l’ombre mais participent aussi à la qualité du cadre de vie. Une meilleure gestion de l’eau limite les tensions en période sèche. Une agriculture plus résistante réduit la vulnérabilité des récoltes. L’adaptation peut donc devenir une forme d’assurance économique.
Les chiffres de 2026 donnent en tout cas un avertissement assez difficile à ignorer. Juin a battu son record national de chaleur avec une moyenne de 22,7 °C et une anomalie de +3,8 °C. Juillet a ensuite atteint 24,9 °C de moyenne, devenant le mois le plus chaud jamais enregistré en France. La troisième vague de chaleur de l’année, du 28 juillet au 19 août, a duré 23 jours, égalant le record de durée établi en juillet 1983 tout en affichant une intensité supérieure. La France a ainsi connu trois vagues de chaleur nationales en 2026, après un épisode de fortes chaleurs déjà observé en mai.
Il faut aussi replacer cette répétition dans une perspective plus longue. Depuis 1947, la France a enregistré 54 vagues de chaleur selon le décompte de Météo-France, dont 37 depuis le début du XXIe siècle. Autrement dit, plus de la moitié des épisodes recensés se sont produits depuis 2000, alors que cette période ne représente qu’un peu plus d’un quart de la durée totale d’observation. Les vagues de chaleur apparaissent également plus tôt et plus tard dans la saison.
La facture de 2026 n’est donc pas seulement une histoire de comptabilité nationale. Elle permet de mesurer quelque chose de beaucoup plus concret : la manière dont la chaleur pénètre progressivement tous les compartiments de la société. Elle entre dans les champs, les usines, les bureaux, les maisons, les routes, les centrales, les forêts et jusque dans les budgets publics.
Et le chiffre de 0,1 point de PIB pourrait même donner une impression trompeuse de modération. Le Trésor précise qu’il s’agit d’une première estimation, centrée sur les effets déjà identifiables, avec une forte incertitude. Tous les dommages environnementaux, sanitaires ou patrimoniaux ne se transforment pas immédiatement en perte de PIB. La destruction d’un écosystème, par exemple, peut représenter une perte réelle pour la société sans apparaître directement dans le produit intérieur brut. À l’inverse, les dépenses consacrées à réparer les dégâts peuvent augmenter le PIB, alors qu’elles correspondent simplement à une remise en état après catastrophe. Le PIB mesure l’activité économique ; il ne mesure pas à lui seul la qualité de l’environnement ni le bien-être.
C’est probablement l’une des limites les plus importantes de cette affaire. Si une forêt brûle et que l’on dépense ensuite beaucoup d’argent pour reconstruire une route, héberger des sinistrés ou remplacer des équipements, une partie de cette activité entre dans le PIB. Pourtant, personne ne peut sérieusement considérer qu’une catastrophe qui déclenche des dépenses de reconstruction constitue une bonne nouvelle économique. Le thermomètre des comptes nationaux et celui de la santé d’un territoire ne mesurent donc pas exactement la même chose.
Repères et points clés à retenir
| 📊 Indicateur | 🔎 Valeur 2026 |
| 🌡️ Température moyenne juin | 22,7 °C |
| 📈 Anomalie de juin | +3,8 °C |
| ☀️ Juillet | 24,9 °C de moyenne |
| 🏆 Record de juillet | mois le plus chaud depuis 1900 |
| 🌧️ Déficit de pluie en juillet | près de 70 % |
| 🔥 Vague de chaleur n°3 | 23 jours |
| 🌾 Impact économique estimé | −0,1 point de croissance du PIB 2026 |
| 🌲 Surfaces brûlées au 26 août | plus de 96 000 ha |
| 💨 Carbone lié aux feux | plus de 1,5 Mt |
| 👷 Travailleurs exposés à la chaleur | 14 à 36 % selon les estimations |
| ⚠️ Décès liés à la chaleur au travail, 2018-2023 | 48 |
Le chiffre qui mérite peut-être le plus d’attention reste finalement celui que l’on voit le moins dans les bulletins météo : le temps de récupération. Après une canicule, le corps récupère. Après une sécheresse, les sols récupèrent si la pluie revient. Après un incendie, la forêt récupère, mais beaucoup plus lentement. Après une perte agricole, l’exploitation peut parfois se redresser l’année suivante. Mais si les épisodes se succèdent avant que le système ait eu le temps de récupérer, les dommages peuvent devenir cumulatifs.
C’est cette accumulation qui pourrait changer profondément la manière dont nous regardons les prévisions météo. Une température de 35 °C en juillet 1990 n’avait pas forcément la même signification qu’une température de 35 °C en 2026 après plusieurs semaines de chaleur, de déficit pluviométrique et de sols desséchés. Le chiffre est identique, mais le contexte ne l’est pas. Pour les agriculteurs, les pompiers, les gestionnaires de réseaux et les médecins, ce contexte est déterminant.
Le focus : la chaleur coûte surtout lorsqu’elle se répète
Une seule journée à 38 °C peut provoquer des désagréments importants. Plusieurs semaines avec des températures élevées, des nuits chaudes, une humidité faible et des sols très secs changent complètement la donne. C’est précisément ce que montre 2026. Le pays a connu une canicule historique en juin, une deuxième vague de chaleur du 4 au 19 juillet et une troisième du 28 juillet au 19 août. Cette dernière a duré 23 jours et égalé le record établi en juillet 1983.
La succession de ces épisodes augmente les besoins d’adaptation. Un logement qui reste chaud plusieurs nuits consécutives offre moins de récupération à ses occupants. Un sol agricole qui perd progressivement son humidité ne repart pas à zéro après un petit orage. Une forêt soumise à plusieurs semaines de sécheresse devient plus vulnérable au feu. Une entreprise qui modifie son organisation pendant plusieurs épisodes de chaleur accumule aussi des coûts de fonctionnement supplémentaires.
Pour aller plus loin : vers une économie qui devra apprendre à compter les degrés
La question posée par l’été 2026 dépasse donc largement la prochaine prévision à sept jours. Les entreprises vont devoir intégrer davantage la température dans leurs plans de continuité d’activité, les collectivités dans leurs programmes d’investissement, les agriculteurs dans leurs choix variétaux et hydriques, les propriétaires dans la rénovation des logements et les gestionnaires d’infrastructures dans leurs programmes de maintenance.
La météo devient progressivement une variable économique à part entière. Pendant longtemps, elle servait surtout à expliquer pourquoi les ventes de parapluies avaient augmenté ou pourquoi une terrasse était pleine. Désormais, elle peut contribuer à expliquer une baisse de rendement agricole, une consommation électrique plus forte, une diminution du temps de travail, une perturbation des transports ou plusieurs milliers d’hectares partis en fumée.
Et c’est peut-être là le vrai enseignement de cette année 2026 : la canicule ne coûte pas seulement parce qu’il fait chaud ; elle coûte parce que toute notre économie a été construite dans un climat qui devient différent. Adapter les bâtiments, les cultures, les horaires, les infrastructures et les réseaux ne sera donc plus une dépense exceptionnelle réservée aux années records. Cela devient progressivement une nouvelle ligne budgétaire.
Reste une petite consolation : la météo a au moins l’avantage d’être honnête. Elle ne présente jamais la facture avant de passer. Elle laisse d’abord monter le thermomètre, sécher les sols, chauffer les murs, fatiguer les organismes… puis elle envoie l’addition quelques semaines ou quelques mois plus tard. En 2026, la France vient simplement de découvrir que cette addition peut aussi apparaître dans les statistiques du PIB.




