🌍 L’Ă©dito du 18 septembre : la planĂšte ne tourne plus au rythme des saisons

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L’étĂ© 2026 est officiellement terminĂ© dans quelques jours, mais la planĂšte ne semble pas vraiment avoir reçu le mĂ©mo. En France, les sols restent exceptionnellement secs et le danger de feu demeure Ă©levĂ© dans le Sud. À l’échelle mondiale, aoĂ»t a Ă©galĂ© le record de chaleur Ă©tabli en juillet 2023, tandis que l’eau douce stockĂ©e sur les continents continue de diminuer. Dans le Pacifique, El Niño se renforce et pourrait devenir l’un des plus puissants jamais observĂ©s. DerriĂšre cette accumulation de nouvelles, une rĂ©alitĂ© apparaĂźt de plus en plus nettement : le changement climatique ne se rĂ©sume plus Ă  quelques degrĂ©s supplĂ©mentaires sur un thermomĂštre. Il modifie la circulation de l’eau, la durĂ©e des sĂ©cheresses, la vĂ©gĂ©tation, les incendies, les glaciers et jusqu’au calendrier auquel nous avions pris l’habitude de nous fier.

Il y a quelque chose d’assez Ă©trange dans ce 18 septembre. Le calendrier nous explique que l’Ă©tĂ© touche Ă  sa fin, les journĂ©es raccourcissent, les premiĂšres fraĂźcheurs matinales apparaissent et les rayons des magasins commencent dĂ©jĂ  Ă  remplir les rayons de dĂ©corations d’automne. Pourtant, dans de nombreuses rĂ©gions, la rĂ©alitĂ© mĂ©tĂ©orologique raconte une autre histoire. En France, aprĂšs un Ă©tĂ© 2026 exceptionnellement chaud, les sols restent dans un Ă©tat de sĂ©cheresse remarquable pour une mi-septembre. MĂ©tĂ©o-France indique que l’indicateur national de sĂ©cheresse des sols atteint encore des niveaux jamais observĂ©s Ă  cette pĂ©riode dans de nombreux dĂ©partements. Depuis le dĂ©but de septembre, les prĂ©cipitations restent trĂšs faibles Ă  l’Ă©chelle nationale et les pluies de la fin aoĂ»t n’ont offert qu’un rĂ©pit temporaire.

Le plus Ă©tonnant est peut-ĂȘtre que les tempĂ©ratures ne constituent mĂȘme plus le seul sujet. AprĂšs les canicules, c’est dĂ©sormais l’Ă©tat du sol qui raconte l’histoire de l’Ă©tĂ©. Une terre dessĂ©chĂ©e ne retrouve pas son Ă©tat initial aprĂšs quelques averses. Il faut que l’eau pĂ©nĂštre profondĂ©ment, recharge les rĂ©serves, alimente les nappes, restaure progressivement la vĂ©gĂ©tation et permette aux cours d’eau de retrouver un fonctionnement plus proche des normales. Une pluie de quelques millimĂštres peut humidifier la surface sans rĂ©ellement remettre les compteurs Ă  zĂ©ro. Et lorsque le soleil revient, l’Ă©vaporation reprend trĂšs vite.

En France, le danger d’incendie reste donc prĂ©sent alors que l’automne mĂ©tĂ©orologique a dĂ©jĂ  commencĂ©. MĂ©tĂ©o-France signalait encore le 17 septembre un danger Ă©levĂ© autour du golfe du Lion, avec mistral et tramontane pouvant atteindre 50 Ă  60 km/h en pointe. Une nouvelle remontĂ©e des tempĂ©ratures est attendue au cours du week-end, avec des maximales pouvant atteindre 30 °C dans le Sud.

Ce dĂ©calage entre le calendrier et l’Ă©tat rĂ©el des milieux naturels mĂ©rite davantage d’attention. Nous avons longtemps pensĂ© les saisons comme des blocs relativement ordonnĂ©s : printemps, Ă©tĂ©, automne, hiver. Dans la rĂ©alitĂ© climatique actuelle, les frontiĂšres deviennent moins nettes. Une vague de chaleur peut apparaĂźtre en septembre, une sĂ©cheresse peut traverser l’automne, une vĂ©gĂ©tation peut entrer dans une forme de stress estival alors que les calendriers agricoles annoncent dĂ©jĂ  la fin de saison.

L’Ă©tĂ© 2026 a justement montrĂ© jusqu’oĂč cette Ă©volution pouvait aller en France. Les tempĂ©ratures moyennes de l’Ă©tĂ© ont atteint un niveau inĂ©dit depuis le dĂ©but des mesures nationales en 1900, avec environ 24 °C de moyenne, soit environ 3,6 °C au-dessus de la normale 1991-2020. La pluie a Ă©galement fait dĂ©faut, avec un dĂ©ficit proche de 40 % Ă  l’Ă©chelle de la saison. Le mois de septembre n’a pas suffi Ă  effacer cette situation.

Et pendant que la France surveille ses sols et ses forĂȘts, le reste du monde apporte une autre piĂšce au puzzle.

Août 2026 a remis la planÚte au-dessus de 1,5 °C

Les donnĂ©es publiĂ©es par le service europĂ©en Copernicus le 16 septembre sont particuliĂšrement parlantes. AoĂ»t 2026 a Ă©tĂ© le mois le plus chaud jamais mesurĂ© Ă  Ă©galitĂ© avec juillet 2023. La tempĂ©rature moyenne mondiale de l’air en surface a atteint 16,96 °C, soit 1,65 °C au-dessus de l’estimation de la pĂ©riode prĂ©industrielle 1850-1900. L’ocĂ©an extra-polaire, entre 60° sud et 60° nord, a lui aussi atteint un record pour un mois d’aoĂ»t.

Il faut toutefois Ă©viter une interprĂ©tation trop simpliste. Un mois au-dessus de 1,5 °C ne signifie pas que l’objectif de l’Accord de Paris est officiellement dĂ©passĂ© au sens oĂč il est dĂ©fini sur le long terme. La rĂ©fĂ©rence de 1,5 °C concerne une moyenne climatique sur une pĂ©riode suffisamment longue, pas la tempĂ©rature d’un mois isolĂ©.

Mais voir un mois atteindre 1,65 °C au-dessus de la pĂ©riode prĂ©industrielle reste un signal climatique considĂ©rable. Surtout lorsqu’il intervient aprĂšs une succession d’annĂ©es trĂšs chaudes et dans un contexte oĂč les ocĂ©ans eux-mĂȘmes affichent des tempĂ©ratures exceptionnellement Ă©levĂ©es. Copernicus indique Ă©galement que la pĂ©riode juin-aoĂ»t 2026 figure parmi les Ă©tĂ©s les plus chauds jamais observĂ©s Ă  l’Ă©chelle mondiale, tandis que l’Europe occidentale a connu son Ă©tĂ© le plus chaud enregistrĂ©.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’un thermomĂštre isolĂ© qui aurait dĂ©cidĂ© de faire des siennes pendant quelques semaines. Plusieurs composantes du systĂšme climatique Ă©voluent simultanĂ©ment.

Et maintenant arrive El Niño

Le deuxiÚme grand sujet de cette fin septembre se trouve à des milliers de kilomÚtres des cÎtes françaises, dans le Pacifique tropical.

El Niño est dĂ©sormais solidement installĂ© et l’Organisation mĂ©tĂ©orologique mondiale prĂ©voit qu’il se renforce fortement au cours des prochains mois. Les tempĂ©ratures de surface de l’ocĂ©an dans la rĂ©gion concernĂ©e sont dĂ©jĂ  nettement supĂ©rieures aux normales et les tempĂ©ratures sous la surface atteignaient localement des anomalies particuliĂšrement importantes durant juillet et le dĂ©but aoĂ»t.

Ce phĂ©nomĂšne naturel modifie la circulation atmosphĂ©rique Ă  l’Ă©chelle planĂ©taire. Il ne provoque pas partout le mĂȘme temps, et il ne permet surtout pas de prĂ©dire la mĂ©tĂ©o d’une ville six mois Ă  l’avance. En revanche, il modifie les probabilitĂ©s de certains types de situations : davantage de chaleur dans certaines rĂ©gions, davantage de prĂ©cipitations dans d’autres, des risques de sĂ©cheresse ailleurs encore.

Le problÚme de 2026 tient au contexte dans lequel El Niño apparaßt.

Le Pacifique ne part pas d’une situation climatique neutre. Il se trouve sur une planĂšte dĂ©jĂ  beaucoup plus chaude qu’au XIXe siĂšcle. L’ocĂ©an mondial accumule de la chaleur depuis des dĂ©cennies et les tempĂ©ratures de surface des mers ont atteint des niveaux remarquables. El Niño vient donc se superposer Ă  un rĂ©chauffement de fond.

C’est un peu comme si le systĂšme climatique possĂ©dait dĂ©jĂ  un niveau de chauffage plus Ă©levĂ© et qu’un phĂ©nomĂšne naturel venait temporairement modifier encore la distribution de cette chaleur. Les deux phĂ©nomĂšnes ne sont pas identiques, mais leurs effets peuvent se cumuler dans certaines rĂ©gions.

La question des prochains mois sera donc moins de savoir si El Niño « provoquera » une catastrophe mondiale que de comprendre oĂč les risques de chaleur, sĂ©cheresse, pluies intenses ou incendies seront renforcĂ©s.

Le problĂšme dont on parle moins : l’eau douce

Et c’est probablement l’une des informations les plus importantes de cette semaine.

Le rapport de l’Organisation mĂ©tĂ©orologique mondiale sur les ressources mondiales en eau, publiĂ© le 17 septembre, montre que les rĂ©serves d’eau douce stockĂ©es sur les continents diminuent. En 2025, 42 % des terres Ă©mergĂ©es disposaient de rĂ©serves d’eau douce infĂ©rieures Ă  la normale, contre moins de 20 % au dĂ©but des annĂ©es 2000.

Ce chiffre englobe plusieurs compartiments : humidité des sols, eaux de surface, nappes, neige et glace.

Le signal est particuliĂšrement prĂ©occupant parce qu’il ne concerne pas uniquement les rĂ©gions oĂč l’on parle habituellement de sĂ©cheresse. Le systĂšme mondial de l’eau devient plus irrĂ©gulier. Certaines rĂ©gions connaissent des dĂ©ficits prolongĂ©s tandis que d’autres subissent des Ă©pisodes de prĂ©cipitations extrĂȘmes.

En 2025, seulement environ 36 % de la surface des bassins fluviaux mondiaux se situait dans une zone de dĂ©bits considĂ©rĂ©e comme normale, contre 46 % en moyenne sur la pĂ©riode 1991-2020. L’OMM classe 2025 parmi les annĂ©es les plus sĂšches pour les dĂ©bits des riviĂšres sur les 35 derniĂšres annĂ©es.

Voilà une information qui mérite de sortir des rubriques environnementales.

L’eau n’est pas uniquement une question de nature. Elle conditionne l’agriculture, l’hydroĂ©lectricitĂ©, l’industrie, la navigation, l’alimentation en eau potable, les forĂȘts, les zones humides et une grande partie de l’Ă©conomie.

Une riviĂšre plus basse n’est donc pas simplement une riviĂšre qui offre un joli paysage de sĂ©cheresse.

C’est potentiellement moins d’eau pour les cultures, moins de production hydroĂ©lectrique, davantage de contraintes pour certaines industries et une pression supplĂ©mentaire sur les Ă©cosystĂšmes.

Les glaciers perdent leur rÎle de réservoir

Le rapport de l’OMM apporte une autre donnĂ©e particuliĂšrement frappante : les glaciers de l’ensemble des grandes rĂ©gions glaciaires ont encore perdu de la masse en 2025, pour la quatriĂšme annĂ©e consĂ©cutive. Entre 2023 et 2025, les pertes de glace reprĂ©sentent environ 1 400 gigatonnes d’eau.

Un glacier fonctionne comme une sorte de rĂ©servoir naturel qui stocke de l’eau sous forme solide et la restitue progressivement.

Lorsque les glaciers fondent fortement, les cours d’eau peuvent recevoir davantage d’eau Ă  court terme. Mais cette logique ne peut pas durer Ă©ternellement. Lorsque le stock de glace diminue suffisamment, la contribution estivale des glaciers finit par baisser.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui inquiĂšte les hydrologues dans certaines rĂ©gions de montagne.

Les Alpes europĂ©ennes font partie des rĂ©gions oĂč la notion de « pic de l’eau glaciaire » est particuliĂšrement surveillĂ©e. Une fois ce maximum passĂ©, la diminution progressive du volume de glace signifie moins de rĂ©serve disponible lors des pĂ©riodes chaudes.

Et cela nous ramĂšne directement Ă  la France.

Les glaciers alpins ne sont pas seulement des paysages blancs destinĂ©s aux cartes postales. Ils participent au fonctionnement hydrologique des vallĂ©es. Leur diminution intervient dans un systĂšme oĂč les besoins en eau augmentent prĂ©cisĂ©ment au moment oĂč les tempĂ©ratures sont les plus Ă©levĂ©es.

L’Europe n’a pas fini de payer son Ă©tĂ© 2026

L’Europe a connu une saison estivale exceptionnelle, et les consĂ©quences ne disparaissent pas avec le changement de page du calendrier.

Le Centre commun de recherche de la Commission europĂ©enne indiquait encore mi-septembre que la sĂ©cheresse avait touchĂ© une grande partie du continent depuis le printemps. Les donnĂ©es du systĂšme europĂ©en de suivi des incendies faisaient Ă©tat de 666 534 hectares brĂ»lĂ©s dans l’Union europĂ©enne au 15 septembre 2026, pour les feux de plus de 30 hectares pris en compte par cet indicateur. Ce total reste infĂ©rieur Ă  celui de 2025 Ă  la mĂȘme date, annĂ©e record, mais dĂ©passe trĂšs largement la moyenne 2006-2025, Ă©tablie Ă  environ 338 000 hectares.

L’Espagne, le Portugal, la France, l’Italie et plusieurs secteurs des Balkans ont Ă©tĂ© particuliĂšrement exposĂ©s, mais le phĂ©nomĂšne ne concerne plus uniquement les territoires mĂ©diterranĂ©ens.

L’Organisation mondiale de la santĂ© rappelle que les conditions plus chaudes et plus sĂšches favorisent la propagation et l’intensitĂ© des incendies, tandis que les changements d’usage des sols jouent Ă©galement un rĂŽle. Elle souligne que plus de 600 000 hectares avaient dĂ©jĂ  brĂ»lĂ© dans l’Union europĂ©enne au cours des huit premiers mois de 2026, soit bien davantage que la moyenne des deux derniĂšres dĂ©cennies.

Cela pose une question assez simple : oĂč commence dĂ©sormais la saison des feux et oĂč finit-elle ?

La réponse devient moins évidente.

En Indonésie, El Niño montre déjà un autre visage

Pendant que l’Europe sort difficilement d’un Ă©tĂ© extrĂȘmement chaud, l’IndonĂ©sie affronte une saison des incendies particuliĂšrement intense.

DĂ©but septembre, les Ă©missions de CO₂ liĂ©es aux incendies ont atteint des niveaux exceptionnellement Ă©levĂ©s. Entre le 1er et le 7 septembre, les Ă©missions estimĂ©es ont atteint environ 19,7 millions de tonnes de CO₂, soit plus d’un tiers du total mondial des Ă©missions de feux sur la pĂ©riode selon les donnĂ©es de Fire Emissions Watch relayĂ©es par Reuters.

Les incendies touchent notamment des zones forestiĂšres et des tourbiĂšres de BornĂ©o et de Sumatra. La combinaison d’une saison sĂšche sĂ©vĂšre et du renforcement d’El Niño favorise les conditions propices aux feux.

Et les consĂ©quences ne restent pas dans les forĂȘts.

Les fumĂ©es ont affectĂ© certaines zones de Malaisie et de BornĂ©o, avec une forte dĂ©gradation de la qualitĂ© de l’air. À Kuching, l’indice de pollution de l’air avait dĂ©passĂ© 400 au dĂ©but du mois de septembre selon les donnĂ©es rapportĂ©es par les autoritĂ©s malaisiennes.

VoilĂ  encore un rappel utile : un incendie de forĂȘt n’est jamais seulement une affaire de forĂȘt.

Il touche l’air, la santĂ©, les transports, l’agriculture, les infrastructures et parfois l’Ă©conomie de rĂ©gions situĂ©es Ă  plusieurs centaines de kilomĂštres du foyer.

Dans l’Himalaya, le climat rencontre la gĂ©ographie

Autre actualitĂ© lourde de cette rentrĂ©e : la catastrophe survenue dans l’Himalaya Ă  la fin aoĂ»t.

Des inondations et mouvements de terrain ont dĂ©vastĂ© plusieurs secteurs du NĂ©pal aprĂšs un Ă©vĂ©nement impliquant un glacier dans la rĂ©gion frontaliĂšre avec le Tibet. Au 14 septembre, World Weather Attribution rapportait plus de 1 300 morts confirmĂ©s au NĂ©pal, avec un bilan susceptible d’Ă©voluer.

Des travaux scientifiques rĂ©cents cherchent Ă  dĂ©terminer prĂ©cisĂ©ment le rĂŽle du rĂ©chauffement dans cette catastrophe et dans l’Ă©volution des risques glaciaires et gĂ©ologiques de haute montagne.

Il faut rester prudent sur ce type d’Ă©vĂ©nement : le changement climatique n’est pas une explication automatique de chaque avalanche, glissement de terrain ou crue.

En revanche, le rĂ©chauffement modifie les glaciers, le pergĂ©lisol, la stabilitĂ© des pentes et les volumes d’eau disponibles dans certaines zones de haute montagne. Les chaĂźnes de risques peuvent donc devenir plus complexes : fonte, instabilitĂ©, rupture, ruissellement, crue, glissement de terrain et destruction d’infrastructures peuvent se succĂ©der.

Ce que montre l’Himalaya, c’est aussi la difficultĂ© d’adapter des infrastructures construites dans un climat qui n’est plus tout Ă  fait celui qui existait lorsque certaines routes, centrales hydroĂ©lectriques ou villages ont Ă©tĂ© implantĂ©s.

L’atmosphĂšre contient elle aussi davantage d’eau

Une autre donnĂ©e publiĂ©e ce 18 septembre mĂ©rite un regard particulier : la quantitĂ© de vapeur d’eau dans l’atmosphĂšre mondiale a atteint un nouveau record en aoĂ»t 2026.

Selon les donnĂ©es de Copernicus analysĂ©es par des chercheurs, l’atmosphĂšre contenait en moyenne environ 27,35 kg de vapeur d’eau par mĂštre carrĂ©, un niveau lĂ©gĂšrement supĂ©rieur au prĂ©cĂ©dent record Ă©tabli en juillet 2024.

Cela peut sembler abstrait. Pourtant, la vapeur d’eau joue un rĂŽle majeur dans la mĂ©tĂ©o.

Une atmosphĂšre plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau. Lorsque cette vapeur se condense, elle libĂšre de l’Ă©nergie sous forme de chaleur latente, ce qui peut alimenter les systĂšmes pluvieux et les phĂ©nomĂšnes convectifs.

Cela ne signifie pas que chaque orage devient automatiquement plus violent. La dynamique atmosphérique reste complexe. Mais une atmosphÚre plus chaude et plus humide peut disposer de davantage de « carburant » pour certaines précipitations intenses.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le changement climatique produit parfois un paradoxe apparent : sĂ©cheresse durable et pluies diluviennes peuvent se succĂ©der dans une mĂȘme rĂ©gion.

Le sol sĂšche pendant des semaines, puis reçoit en quelques heures une quantitĂ© d’eau qu’il ne peut pas forcĂ©ment absorber.

La sĂ©cheresse et l’inondation ne sont donc pas deux phĂ©nomĂšnes totalement opposĂ©s. Elles peuvent devenir deux Ă©pisodes d’un mĂȘme dĂ©rĂšglement hydrologique.

Le climat ne devient pas simplement plus chaud

C’est peut-ĂȘtre le point le plus important de cet Ă©ditorial.

Lorsque l’on parle de changement climatique, on utilise encore trĂšs souvent l’image d’une planĂšte qui se rĂ©chauffe. L’image est juste, mais elle est dĂ©sormais trop incomplĂšte.

Le climat se rĂ©chauffe, mais il modifie aussi le cycle de l’eau.Les glaciers reculent.

Les sols s’assĂšchent dans certaines rĂ©gions.Les prĂ©cipitations deviennent plus irrĂ©guliĂšres.Les ocĂ©ans accumulent de la chaleur.Les vagues de chaleur se prolongent ou deviennent plus frĂ©quentes dans plusieurs rĂ©gions.

Les incendies trouvent des conditions plus favorables dans des secteurs oĂč ils Ă©taient historiquement moins frĂ©quents.Et lorsque les pluies reviennent, elles peuvent parfois arriver sous forme d’Ă©pisodes beaucoup plus intenses.La vĂ©ritable difficultĂ© pour les sociĂ©tĂ©s n’est donc pas seulement de savoir quelle tempĂ©rature moyenne sera atteinte en 2050 ou en 2100.

Il faut savoir comment l’eau circulera dans un climat plus chaud.

C’est beaucoup plus concret.

Une commune doit savoir si son rĂ©seau d’eau potable pourra supporter une longue pĂ©riode sĂšche. Un agriculteur doit savoir si son sol conservera suffisamment d’humiditĂ©. Un gestionnaire de barrage doit connaĂźtre les Ă©volutions des dĂ©bits. Une station de ski doit rĂ©flĂ©chir Ă  l’Ă©volution de l’enneigement. Une ville doit gĂ©rer les pluies intenses. Une forĂȘt doit supporter des pĂ©riodes de stress hydrique plus longues.

Le changement climatique arrive donc jusque dans les décisions les plus ordinaires.

Et l’automne qui arrive ?

Il serait tentant de penser que l’arrivĂ©e de l’automne va remettre progressivement les compteurs Ă  zĂ©ro.

Ce serait une erreur.

En France, Météo-France prévoit encore une remontée des températures ce week-end, avec des valeurs supérieures aux normales dans plusieurs régions et des températures pouvant atteindre 30 °C dans le Sud. Le danger de feu reste élevé dans le Sud-Est.

Mais surtout, le sol ne fonctionne pas avec un calendrier.

Une date sur le calendrier ne recharge pas une nappe.

Une feuille qui tombe ne restaure pas l’humiditĂ© d’une forĂȘt.

Une baisse de cinq degrĂ©s ne reconstitue pas une rĂ©serve d’eau.

L’automne devra donc ĂȘtre jugĂ© sur les prĂ©cipitations rĂ©ellement reçues, leur rĂ©partition, leur capacitĂ© Ă  pĂ©nĂ©trer dans les sols et leur succession dans le temps.

Une grosse pluie isolée ne suffira pas forcément.

Il faudra regarder les semaines qui viennent.

Le paradoxe de septembre 2026

Nous voilĂ  donc face Ă  une situation assez paradoxale.

D’un cĂŽtĂ©, la saison chaude se termine.

De l’autre, les consĂ©quences de cette saison continuent.

Les forĂȘts restent sĂšches.

Les sols restent déficitaires en eau.

Les glaciers continuent de perdre de la masse.

Les ocĂ©ans restent extrĂȘmement chauds.

L’atmosphĂšre contient beaucoup de vapeur d’eau.

El Niño se renforce.

Et certaines rĂ©gions du monde connaissent dĂ©jĂ  de nouveaux Ă©pisodes d’incendies, d’inondations ou de sĂ©cheresse.

Ce n’est pas un scĂ©nario de film catastrophe. Ce sont des observations mĂ©tĂ©orologiques, hydrologiques et climatiques rĂ©alisĂ©es dans des systĂšmes de surveillance trĂšs diffĂ©rents.

La difficultĂ© consiste dĂ©sormais Ă  relier ces informations sans tomber dans l’exagĂ©ration.

Il ne sert Ă  rien de transformer chaque Ă©vĂ©nement mĂ©tĂ©o en preuve automatique du changement climatique. Une vague de chaleur peut avoir des causes mĂ©tĂ©orologiques immĂ©diates. Un incendie peut ĂȘtre dĂ©clenchĂ© par une activitĂ© humaine. Une crue peut rĂ©sulter d’une configuration locale.

Mais lorsque les tendances se répÚtent sur plusieurs années et que les conditions de fond changent, le diagnostic climatique devient beaucoup plus solide.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce que montrent les observations rĂ©centes.

Le vrai sujet de l’automne sera l’eau

Si je devais retenir une seule information de cette semaine du 18 septembre 2026, ce ne serait finalement pas le record de chaleur d’aoĂ»t, ni mĂȘme El Niño.

Ce serait l’eau.

Parce que l’eau relie tout.

Elle relie les glaciers aux riviĂšres, les riviĂšres aux cultures, les cultures Ă  l’alimentation, les forĂȘts aux incendies, les sols aux rĂ©coltes, les ocĂ©ans aux prĂ©cipitations et les prĂ©cipitations aux risques d’inondation.

Le rapport mondial de l’OMM publiĂ© cette semaine montre que les rĂ©serves d’eau douce continentales diminuent et que les rĂ©gimes des cours d’eau deviennent plus irrĂ©guliers.

C’est probablement lĂ  que se trouve l’un des grands dĂ©fis des prochaines dĂ©cennies.

Nous avons beaucoup parlé du thermomÚtre.

Nous allons devoir parler davantage du pluviomĂštre, de la nappe phrĂ©atique, de l’humiditĂ© du sol, du dĂ©bit des riviĂšres, de la neige et de la glace.

Parce qu’une planĂšte plus chaude est aussi une planĂšte oĂč l’eau change de place, de forme et de calendrier.

Et le 18 septembre 2026, alors que certains pensent dĂ©jĂ  aux premiĂšres gelĂ©es, aux feuilles mortes et aux stations de ski, la Terre nous rappelle une chose assez simple : l’Ă©tĂ© peut se terminer sur le calendrier sans que ses consĂ©quences aient fini de produire leurs effets.

L’automne sera donc beaucoup plus qu’un changement de saison.

Il sera un test.

Un test pour les sols français aprĂšs l’Ă©tĂ© le plus chaud jamais enregistrĂ©.

Un test pour les forĂȘts encore sĂšches.

Un test pour les rĂ©serves d’eau.

Un test pour les glaciers.

Un test pour les agriculteurs.

Et, Ă  l’Ă©chelle mondiale, un test supplĂ©mentaire pour un systĂšme climatique qui combine dĂ©sormais rĂ©chauffement de fond, ocĂ©ans trĂšs chauds et puissant El Niño.

Le thermomĂštre n’est plus seul Ă  parler.

Cette fois, c’est toute l’eau de la planĂšte qui commence Ă  raconter la mĂȘme histoire.