Et si les prochaines grandes destinations estivales françaises n’étaient plus forcément celles auxquelles vous pensez aujourd’hui ? Avec des étés plus chauds, des canicules plus fréquentes, une ressource en eau plus fragile et un risque d’incendie qui gagne du terrain, la carte des vacances françaises pourrait progressivement se déplacer vers les régions capables d’offrir davantage de fraîcheur, d’eau, d’ombre et de nuits respirables. Bretagne, Normandie, Jura, Vosges, Massif central, Alpes et Pyrénées disposent chacune de sérieux atouts, mais aussi de leurs propres fragilités. À l’inverse, la Méditerranée, reine incontestée des vacances françaises depuis des décennies, pourrait devoir réinventer une partie de son modèle.
Le tourisme français n’a aucune raison de disparaître sous l’effet du changement climatique. En revanche, il pourrait changer de géographie, de calendrier et même de définition. Le séjour d’été de demain ne sera peut-être plus systématiquement synonyme de plage, de 32 °C, de terrasse plein sud et de recherche désespérée d’un ventilateur dans une chambre sous les toits. Pour une partie des vacanciers, la question pourrait devenir beaucoup plus pragmatique : où peut-on encore passer une semaine agréable au mois de juillet sans transformer chaque après-midi en épreuve d’endurance ?
La question mérite d’autant plus d’attention que le réchauffement français ne constitue plus une hypothèse lointaine. La trajectoire de référence retenue pour l’adaptation prévoit une hausse moyenne de l’ordre de 2,7 °C en France à l’horizon 2050 par rapport à la période préindustrielle. À cette échéance, les vagues de chaleur pourraient devenir environ cinq fois plus fréquentes qu’au cours des années 1990, tandis que la France connaîtrait en moyenne davantage de nuits chaudes, une période de sols secs plus longue et des épisodes de pluies intenses plus marqués. Pour le tourisme, cela signifie que la température ne sera plus seulement un élément de confort : elle deviendra un véritable critère de choix géographique.
La France possède toutefois une chance assez remarquable : sa diversité climatique et géographique. En quelques centaines de kilomètres, vous pouvez passer d’un littoral océanique soumis aux vents d’ouest à un massif montagneux dépassant 2 000 mètres, d’une région fraîche et humide à une plaine continentale beaucoup plus chaude. Cette diversité pourrait permettre aux Français de modifier leurs habitudes sans forcément partir à l’étranger.
| 🗺️ Destination | 🌡️ Atout face aux fortes chaleurs | 💧 Ressource en eau | 🔥 Risque futur | ⭐ Potentiel touristique 2030-2050 |
| 🌊 Bretagne | Très bon, surtout littoral | Moyenne à fragile en été | En hausse | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🌊 Normandie | Très bon | Moyenne | Modéré à moyen | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| 🌬️ Atlantique nord | Bon à très bon | Variable | En hausse | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🌲 Vosges | Très bon en altitude | Variable | En progression | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🏞️ Jura | Bon en altitude | Variable | En progression | ⭐⭐⭐⭐ |
| ⛰️ Alpes | Excellent en altitude | Pression croissante | Incendies localisés, sécheresse | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| ⛰️ Pyrénées | Excellent en altitude | Pression croissante | Sécheresse et incendies | ⭐⭐⭐⭐ |
| 🌋 Massif central | Très bon en altitude | Variable | En progression | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
| ☀️ Méditerranée | De moins en moins favorable lors des canicules | Forte pression | Très élevé | ⭐⭐⭐ |
| 🏝️ Corse | Très attractif mais vulnérable | Forte pression locale | Très élevé | ⭐⭐⭐ |
La Bretagne pourrait figurer parmi les grandes gagnantes, mais avec une précision importante : il s’agira surtout d’une Bretagne capable de gérer son eau, ses littoraux et ses infrastructures. Les projections de Météo-France indiquent une hausse moyenne annuelle de 1,8 °C à l’horizon 2050 par rapport à 1976-2005. Durant l’été, la hausse atteindrait environ 1,9 à 2,3 °C selon les départements. Des journées dépassant 35 °C, quasiment absentes de la période de référence, deviendraient plus fréquentes, avec environ 1,2 jour par an en moyenne régionale. Les nuits dépassant 20 °C atteindraient environ quatre occurrences annuelles. Cela reste très inférieur à ce que connaissent déjà certaines régions du sud, ce qui pourrait devenir un avantage touristique considérable.
Le paradoxe breton réside toutefois dans l’eau. Un climat plus chaud ne signifie pas automatiquement une Bretagne sèche toute l’année. Les projections annoncent au contraire des hivers plus humides, avec une hausse des précipitations hivernales, mais des étés plus secs. Les pluies estivales pourraient diminuer d’environ 11 %, tandis que le nombre de jours de sols secs augmenterait. Le risque de feux de végétation progresserait lui aussi. Autrement dit, la Bretagne pourrait devenir plus attractive pour les touristes qui fuient les fortes chaleurs, mais elle devra aussi apprendre à gérer des périodes estivales où la disponibilité de l’eau sera moins confortable qu’aujourd’hui.
Le littoral breton possède un autre avantage : l’influence maritime. À distance raisonnable de la mer, les températures maximales sont souvent moins élevées que dans les terres. La Manche, les Côtes-d’Armor, le Finistère et certaines parties du Morbihan pourraient ainsi devenir des refuges recherchés durant les épisodes caniculaires. Le vacancier de 2040 pourrait parfaitement préférer une journée à 24 ou 26 °C avec une brise marine à une journée à 37 °C sur une plage méditerranéenne.
Il faudra cependant regarder la carte à une échelle beaucoup plus fine. Une maison située directement sur le littoral ne présente pas les mêmes risques qu’un logement installé à quelques kilomètres dans l’arrière-pays. La montée du niveau marin et l’érosion côtière représentent déjà un problème de long terme. Les projections évoquent environ 26 cm de hausse du niveau marin en Bretagne à l’horizon 2050 par rapport à 1995-2014. La fraîcheur ne protège donc pas automatiquement contre les risques climatiques.
La Normandie pourrait suivre une trajectoire comparable. Elle possède même un argument supplémentaire : son climat est déjà tempéré et son littoral pourrait conserver un avantage thermique important lors des épisodes de chaleur. Les projections régionales donnent une hausse moyenne de 1,8 °C d’ici 2050, avec environ +2,1 °C pour les températures estivales. Le réchauffement serait donc sensible, mais la région resterait globalement moins exposée aux très fortes chaleurs que le sud et le sud-est de la France.
La Manche pourrait ainsi prendre une place plus importante dans les choix touristiques. Cherbourg, Granville, Barfleur, la côte d’Albâtre ou le Cotentin disposent d’un environnement maritime capable de limiter les excès thermiques. Le tourisme pourrait aussi profiter d’un changement psychologique : lorsque la chaleur devient pénible, une météo simplement douce devient beaucoup plus désirable.
La Normandie ne sera toutefois pas épargnée par les sécheresses estivales. Les projections annoncent une diminution des précipitations estivales d’environ 6 % et une hausse des précipitations hivernales. Le risque de tension sur l’eau pourrait donc progresser, même si les niveaux resteront différents de ceux observés dans le sud-est. Le littoral devra aussi composer avec l’élévation du niveau marin.
L’Atlantique pourrait constituer une autre grande zone gagnante, mais là encore avec une forte différence entre les secteurs. La Vendée, la Charente-Maritime, le nord de la Gironde et une partie des Pays de la Loire bénéficient d’une influence océanique appréciable, mais leur situation géographique les expose également à des épisodes de chaleur parfois importants. Le littoral ne constitue donc pas une climatisation naturelle garantie.
La fréquentation actuelle montre néanmoins que le modèle reste très puissant. En 2025, le littoral français a enregistré 104,6 millions de nuitées dans les hébergements collectifs durant la saison estivale. La fréquentation progressait de 2,7 % sur un an, et les campings représentaient à eux seuls 68,5 millions de nuitées. Le bord de mer reste donc extrêmement populaire malgré l’évolution climatique.
La question sera de savoir quelle partie du littoral conservera le meilleur compromis entre chaleur, eau, incendies, érosion et confort. Une côte sableuse très basse pourrait devenir plus vulnérable à l’érosion et aux submersions, alors qu’une ville littorale légèrement en retrait pourrait gagner en attractivité grâce à sa proximité avec la mer sans subir directement tous les risques côtiers.
Le Massif central mérite probablement davantage d’attention qu’il n’en reçoit aujourd’hui. Il possède un avantage météorologique assez simple : l’altitude. À mesure que les plaines françaises deviennent plus chaudes, les territoires situés entre 800 et 1 300 mètres pourraient devenir des destinations estivales recherchées. La température diminue avec l’altitude, même si le gradient varie selon les situations météorologiques. Quelques centaines de mètres de dénivelé peuvent donc modifier sensiblement le confort lors d’une période chaude.
Le Massif central pourrait aussi profiter de son patrimoine naturel, de ses lacs, de ses volcans, de ses forêts et de son offre touristique moins dépendante du littoral. Le tourisme pourrait y évoluer vers des séjours plus longs, davantage tournés vers la randonnée, le vélo, les activités nautiques en lac, la gastronomie et la recherche de fraîcheur.
Le même raisonnement vaut pour les Vosges et le Jura. Leur avenir touristique est paradoxal : le changement climatique fragilise fortement leur activité hivernale, mais il pourrait renforcer leur intérêt estival. Une montagne qui perd progressivement de la neige en hiver peut gagner de nouveaux visiteurs en juillet et août à condition de proposer des logements confortables, des activités diversifiées et une gestion sérieuse de l’eau.
La transformation est déjà visible dans les statistiques touristiques. Au troisième trimestre 2025, la fréquentation des massifs de montagne avait progressé de 2,0 % par rapport à l’année précédente, au même niveau que le littoral. La montagne n’est donc plus uniquement un produit hivernal.
Dans les Vosges, l’altitude devient particulièrement intéressante lorsque les températures grimpent dans les plaines d’Alsace ou de Lorraine. Un séjour à 900 ou 1 000 mètres peut offrir des nuits nettement plus agréables qu’en plaine lors d’une vague de chaleur. Le même avantage existe dans le Jura, notamment autour des secteurs suffisamment élevés.
Le Jura possède cependant une fragilité particulière : sa ressource en eau et ses sols peuvent souffrir des périodes de sécheresse. Les lacs, rivières et zones humides deviennent alors des indicateurs précieux de l’état du territoire. Une destination touristique qui attirerait beaucoup plus de visiteurs précisément au moment où l’eau devient plus rare pourrait rapidement rencontrer une contradiction économique et environnementale.
Les Alpes pourraient paraître les grandes gagnantes naturelles du réchauffement estival. Plus l’altitude augmente, plus le contraste avec les plaines chaudes devient marqué. À 1 500, 1 800 ou 2 000 mètres, les températures estivales peuvent rester particulièrement agréables pendant les épisodes de forte chaleur. Les stations qui disposent déjà d’infrastructures touristiques pourraient donc bénéficier d’un déplacement progressif de la demande vers l’altitude.
Mais les Alpes ne sont pas à l’abri. Le réchauffement y est plus marqué que dans le nord-ouest de la France et les glaciers reculent. Les périodes de sécheresse peuvent perturber les débits des cours d’eau et la disponibilité de la ressource. Les risques naturels évoluent aussi avec la chaleur : instabilités de terrain, retrait-gonflement de certains sols, incendies dans les secteurs forestiers, épisodes de pluie intense et fonte rapide de la neige.
La montagne de 2050 ne sera donc pas simplement « plus fraîche ». Elle sera un territoire soumis à une combinaison de changements. La randonnée, le vélo électrique, le gravel, les sports d’eau douce, les activités thermales, la découverte du patrimoine et la gastronomie pourraient prendre une place supérieure à celle qu’occupent actuellement les activités hivernales.
Les Pyrénées suivent une logique proche, avec un avantage supplémentaire pour certains secteurs : leur éloignement des grandes concentrations urbaines et leur diversité d’altitude. Une station ou un village situé à 1 500 mètres pourrait devenir une destination estivale recherchée par des vacanciers souhaitant fuir les températures des plaines du sud-ouest.
Mais là encore, l’eau sera le juge de paix. Les Pyrénées connaissent déjà des évolutions importantes de l’enneigement et de la disponibilité de la ressource. Le changement climatique pourrait donc déplacer une partie de l’activité touristique vers l’été, mais il ne supprime pas les contraintes physiques. Les destinations les plus performantes seront probablement celles qui auront investi dans la sobriété hydrique, la rénovation thermique et les mobilités collectives.
La Méditerranée, elle, se trouve dans une situation beaucoup plus délicate. Elle conservera évidemment une puissance touristique exceptionnelle. La mer, les paysages, la gastronomie, le patrimoine et les infrastructures continueront d’attirer des millions de visiteurs. Mais son avantage historique, celui d’un été chaud et sec, pourrait progressivement se transformer en handicap lors des périodes les plus extrêmes.
En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les projections donnent une hausse moyenne annuelle de 2,2 °C à l’horizon 2050 par rapport à 1976-2005. Les étés deviendraient particulièrement chauds et secs, tandis que le risque de feu de forêt resterait très élevé.
La différence entre « chaud » et « trop chaud » deviendra donc déterminante. Une température de 29 °C avec une brise marine peut être parfaitement compatible avec des vacances agréables. Une succession de journées à 38, 40 ou davantage, accompagnées de nuits très chaudes, change totalement la perception du séjour. Les touristes disposent aussi de davantage d’informations qu’autrefois et peuvent modifier leurs réservations quelques jours avant le départ.
Le modèle touristique méditerranéen pourrait donc évoluer vers un calendrier plus étalé. Mai, juin, septembre et octobre pourraient gagner du terrain au détriment des semaines les plus chaudes de juillet et août. Les hébergeurs disposant de piscines, de climatisation performante, de bâtiments bien isolés, d’espaces ombragés et de systèmes de gestion de l’eau pourraient mieux résister à cette transformation.
Le problème dépasse d’ailleurs largement la seule température. Les incendies constituent un facteur déterminant. Une destination magnifique peut perdre une partie de son attractivité si les visiteurs associent leur séjour à des restrictions d’accès aux massifs, des fumées, des routes coupées ou des évacuations. La sécurité deviendra progressivement un élément du produit touristique lui-même.
Le littoral ajoute une autre contrainte. Les estimations nationales indiquent qu’à l’horizon 2050 environ 5 200 logements et 1 400 locaux d’activité pourraient être affectés par le recul du trait de côte dans les secteurs étudiés. Cela représente une valeur totale de l’ordre de 1,2 milliard d’euros. Le tourisme côtier devra donc intégrer progressivement l’érosion dans ses choix d’aménagement, d’assurance et d’investissement.
Le véritable gagnant des étés 2030-2050 ne sera donc pas nécessairement une région entière. Ce sera souvent un territoire capable de réunir plusieurs conditions : une température estivale modérée, une bonne disponibilité de l’eau, une faible exposition aux incendies, des logements adaptés à la chaleur, une accessibilité correcte et une offre touristique suffisamment diversifiée.
C’est ici que la technologie pourrait modifier considérablement l’expérience. Les hébergements touristiques vont probablement multiplier les systèmes de pilotage intelligent de la ventilation, les protections solaires automatisées, les vitrages performants, les pompes à chaleur réversibles, les capteurs de température et d’humidité, les systèmes de récupération d’eau et les dispositifs d’arrosage économes. Dans les campings, les infrastructures électriques devront aussi mieux supporter les pointes de consommation liées à la climatisation.
Les collectivités disposent déjà d’outils capables de simuler les conditions climatiques futures à l’échelle locale. À terme, le choix d’une destination pourrait même intégrer des indicateurs climatiques beaucoup plus précis : nombre moyen de journées dépassant 35 °C, nombre de nuits au-dessus de 20 °C, disponibilité de l’eau, risque de feu, fréquence des restrictions d’eau, température moyenne nocturne et distance d’un espace naturel accessible.
Vous pourriez ainsi voir apparaître un véritable « indice de confort climatique touristique ». Il ne mesurerait pas uniquement le soleil, mais un ensemble de paramètres. Une destination affichant 30 °C tous les après-midi ne serait pas forcément mieux classée qu’une autre à 26 °C si la seconde offre des nuits fraîches, une eau disponible, des espaces boisés et une bonne qualité de l’air.
Le budget pourrait lui aussi influencer la nouvelle carte touristique. Les territoires qui deviennent plus recherchés peuvent voir leurs prix progresser. Une partie du gain climatique risque donc d’être absorbée par la hausse de la demande immobilière et touristique. Une petite station vosgienne ou jurassienne qui deviendrait une destination estivale à la mode pourrait rapidement connaître une pression sur les logements comparable, à une autre échelle, à celle observée dans certaines stations alpines.
| 🧳 Destination | 💶 Budget indicatif 7 jours, famille de 4 | 🌡️ Confort lors des fortes chaleurs | 💧 Vigilance eau | 🔥 Vigilance incendie |
| 🌊 Bretagne | 1 500 à 3 000 € | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ | ⭐⭐ |
| 🌊 Normandie | 1 400 à 2 800 € | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐ |
| 🌊 Atlantique | 1 500 à 3 100 € | ⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ |
| 🌲 Vosges | 1 200 à 2 600 € | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ | ⭐⭐ |
| 🏞️ Jura | 1 300 à 2 700 € | ⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ | ⭐⭐ |
| ⛰️ Alpes | 1 700 à 3 500 € | ⭐⭐⭐⭐⭐ en altitude | ⭐⭐ | ⭐⭐⭐ |
| ⛰️ Pyrénées | 1 400 à 3 000 € | ⭐⭐⭐⭐⭐ en altitude | ⭐⭐ | ⭐⭐⭐ |
| 🌋 Massif central | 1 200 à 2 600 € | ⭐⭐⭐⭐⭐ | ⭐⭐⭐ | ⭐⭐ |
| ☀️ Méditerranée | 1 800 à 3 800 € | ⭐⭐ lors des canicules | ⭐ | ⭐⭐⭐⭐⭐ |
Ces montants restent des ordres de grandeur pour quatre personnes et sept nuits, avec des différences très importantes selon la période, le type d’hébergement, la réservation, les transports et les activités. Ils permettent surtout de comprendre un phénomène économique : les destinations qui deviendront populaires pour leur fraîcheur pourraient voir leur prix augmenter progressivement.
Le changement climatique pourrait aussi accélérer le développement des vacances sans voiture. Les grandes destinations de montagne ou littorales accessibles par train pourraient disposer d’un avantage supplémentaire. La chaleur rend les longs trajets automobiles moins agréables et augmente la consommation énergétique des véhicules équipés de climatisation. Pour un séjour d’une semaine, la possibilité de descendre du train directement dans une ville touristique puis d’utiliser une navette électrique, un vélo ou un service d’autopartage pourrait devenir un argument commercial.
La Bretagne et la Normandie disposent ici d’une carte intéressante grâce au réseau ferroviaire. Certaines destinations alpines possèdent également une excellente accessibilité ferroviaire. Les Vosges et le Jura ont davantage de travail à accomplir sur ce terrain, mais les mobilités collectives pourraient devenir un facteur de compétitivité touristique.
Le calendrier sera probablement encore plus important que la destination. Un séjour en septembre pourrait devenir le meilleur compromis dans plusieurs régions. La mer reste suffisamment chaude, les journées demeurent longues, la fréquentation diminue et les températures deviennent souvent plus supportables. Pour les familles sans contrainte scolaire, juin et septembre pourraient prendre une valeur nouvelle. Pour les autres, juillet et août resteront incontournables, mais les choix de destination pourraient changer.
Les professionnels du tourisme devront eux aussi revoir leurs réflexes. Le simple argument « soleil garanti » risque de perdre une partie de sa valeur. Une publicité touristique pourrait demain insister davantage sur la fraîcheur nocturne, les plages ombragées, les baignades accessibles, les forêts, les lacs, les bâtiments climatiquement adaptés et la disponibilité de l’eau.
Les stations de montagne ont déjà commencé cette mutation. Le ski reste un produit majeur, mais la diversification estivale permet de réduire la dépendance à l’enneigement. Le vélo à assistance électrique, les itinéraires de randonnée, les activités de pleine nature, les événements culturels, les centres thermaux et les séjours bien-être peuvent transformer une ancienne destination hivernale en véritable destination quatre saisons.
Le changement climatique pourrait donc produire une situation assez paradoxale : les territoires qui souffrent le plus de la disparition de certaines conditions hivernales pourraient devenir parmi les plus intéressants en été. Les Vosges, le Jura, les Alpes, les Pyrénées et le Massif central disposent d’un capital climatique lié à l’altitude qui pourrait prendre beaucoup de valeur.
À l’inverse, les régions méditerranéennes ne vont pas disparaître de la carte touristique. Elles pourraient simplement connaître une transformation de leur saison reine. Les séjours pourraient se décaler, les équipements évoluer et les activités se dérouler davantage tôt le matin ou en soirée. Les logements devront être conçus pour supporter plusieurs semaines de chaleur intense sans dépendre uniquement de la climatisation.
La France pourrait ainsi connaître une nouvelle hiérarchie touristique. Dans les années 2030, la Bretagne et la Normandie pourraient devenir des destinations de plus en plus recherchées lors des épisodes chauds. Le Massif central, les Vosges et le Jura pourraient gagner des visiteurs à la recherche d’altitude et de nature. Les Alpes et les Pyrénées pourraient renforcer leur clientèle estivale, surtout au-dessus de 1 000 mètres. Le littoral atlantique conserverait une puissance considérable, mais avec une gestion accrue de l’eau et de l’érosion. La Méditerranée resterait extrêmement attractive, tout en devenant plus dépendante de la période du séjour et de la capacité d’adaptation de ses infrastructures.
Repères et points clés à retenir : à l’horizon 2050, le climat français devrait être nettement plus chaud, avec une hausse particulièrement marquée durant l’été. Le confort touristique ne dépendra donc plus seulement du nombre de journées ensoleillées. La température nocturne, l’accès à l’eau, le risque d’incendie, l’ombre, la qualité du logement et la possibilité de pratiquer des activités tôt le matin ou en soirée pèseront davantage dans les décisions.
La Bretagne et la Normandie possèdent probablement l’un des meilleurs profils pour les vacanciers qui cherchent à éviter les excès de chaleur. Les massifs montagneux pourraient connaître une progression touristique estivale grâce à leur altitude. La Méditerranée conservera son attractivité, mais son été pourrait devenir moins confortable lors des épisodes extrêmes. Le littoral français restera très fréquenté, mais il devra composer avec l’érosion et la montée du niveau marin. Les territoires ruraux et de moyenne montagne pourraient enfin profiter d’un regain d’intérêt à condition de préserver leurs ressources en eau et leur capacité d’accueil.
Le futur ne sera donc pas celui d’un simple déplacement massif des vacanciers du sud vers le nord. Les Français ne vont pas tous abandonner la Côte d’Azur pour aller planter leur parasol dans les Vosges dès le premier bulletin de canicule. Les habitudes culturelles, familiales et économiques resteront puissantes. Mais les critères de sélection vont changer progressivement.
Le vacancier de 2050 pourrait consulter une prévision météo à quinze jours, mais aussi une carte du risque de feu, les restrictions d’eau, la température de la mer, la qualité de l’air et la température nocturne avant de confirmer son séjour. Les applications touristiques pourraient proposer des itinéraires adaptés à la chaleur, calculer les horaires les plus confortables pour une randonnée et signaler les secteurs ombragés. Les hébergements pourraient afficher leur performance thermique comme ils affichent aujourd’hui leur classement.
C’est probablement là que se trouve le changement le plus profond. Le tourisme de demain ne cherchera pas uniquement le beau temps. Il cherchera le bon temps, celui qui permet de profiter réellement de ses vacances.
Dans cette nouvelle géographie climatique, la France possède une carte exceptionnelle : elle offre presque toutes les altitudes, tous les grands types de littoraux et une remarquable diversité de climats sur un territoire relativement compact. Si les étés deviennent plus difficiles dans certaines régions, il sera possible de chercher quelques centaines de kilomètres plus au nord ou quelques centaines de mètres plus haut un environnement nettement plus confortable.
La grande gagnante pourrait finalement ne pas être une région précise, mais une idée nouvelle des vacances françaises : partir moins loin, choisir plus intelligemment son altitude et son exposition, décaler les dates lorsque cela reste possible, privilégier les logements adaptés à la chaleur et sélectionner une destination selon son climat réel plutôt que selon sa réputation historique.
Et dans ce domaine, les Vosges, le Jura, le Massif central, les Alpes, les Pyrénées, la Bretagne et la Normandie ont toutes une carte à jouer. Reste à savoir laquelle sera capable de la jouer sans épuiser son eau, bétonner ses paysages ou transformer son nouveau succès climatique en problème touristique. C’est probablement cette équation, beaucoup plus que le simple thermomètre, qui décidera des grandes destinations françaises des étés 2030 à 2050.




