Cet hiver 2025-2026 restera dans les mémoires comme l’un des plus déchaînés depuis des décennies sur l’ouest de l’Europe, et particulièrement en France. Depuis fin décembre, les perturbations se succèdent sans répit : tempêtes nommées les unes après les autres (Benjamin en octobre, Goretti en janvier, puis Joseph, Chandra, Kristin, Harry, Nils, …), pluies diluviennes qui battent des records mensuels dans le Roussillon, en Bretagne, dans les Pyrénées ou en Charente, inondations généralisées, crues majeures sur la Garonne et d’autres cours d’eau, vents qui arrachent des toitures et couchent des arbres par centaines. En Bretagne sud, on parle de cumuls jamais vus depuis les relevés modernes ; à Perpignan, à l’heure où ont été écrites ces lignes l’hiver provisoire dépasse déjà les 500 mm alors que la moyenne tourne autour de 150-160 mm. Au Portugal et en Espagne, c’est la même rengaine : sept tempêtes majeures depuis le début de l’année, inondations catastrophiques, morts et dégâts considérables. En France, on en est à des excédents pluviométriques de 30 % sur janvier, et février n’arrange rien.
Pourquoi un tel enchaînement ? Les météorologues s’accordent sur l’explication principale : un courant-jet (ou jet stream) particulièrement vigoureux et dévié vers le sud. Ce « rail des dépressions », comme on l’appelle souvent, est ce puissant courant d’altitude (à 9-12 km) qui file d’ouest en est à plus de 200-300 km/h en moyenne. En hiver, il transporte les perturbations atlantiques vers l’Europe. Normalement, il oscille autour de 45-50° de latitude nord, balayant la France de manière équilibrée. Mais cet hiver, il s’est positionné beaucoup plus bas, souvent au niveau de l’Espagne ou du nord du Maghreb. Résultat : les dépressions qui naissent sur l’Atlantique n’ont pas d’autre choix que de suivre ce rail fixe, fonçant droit sur le sud-ouest de la France, le Portugal, l’Espagne et parfois la Méditerranée occidentale
Ce positionnement inhabituel vient d’un blocage de haute pression au nord : un anticyclone puissant et persistant s’est installé sur la Scandinavie et l’Arctique, repoussant le jet stream vers le sud. Un autre anticyclone s’est parfois calé au nord du Maghreb, créant un couloir coincé entre les deux. Les perturbations atlantiques, chargées d’humidité subtropicale venue des zones chaudes, se heurtent alors à de l’air plus froid descendant d’Amérique du Nord ou du Groenland, creusant des dépressions très actives. C’est ce qu’on appelle un « rail de dépressions » durable : les systèmes se suivent comme des wagons, sans pause, alimentés par des contrastes thermiques forts entre masses d’air polaire et subtropical. Ce régime ralentit parfois la circulation globale, rendant les situations plus bloquées et persistantes, mais violemment actives quand les dépressions passent.
Est-ce exceptionnel ? Pas totalement. On a déjà connu des hivers très perturbés : janvier 2016 ou 2014 avec des séries similaires, ou les tempêtes des années 1980-1990 (comme les grandes de 1987 ou 1999). Mais là, l’enchaînement depuis mi-janvier est remarquable par sa durée et son intensité cumulée. Météo-France et d’autres services soulignent que les mois d’hiver sont structurellement agités à cause des contrastes thermiques maximums entre pôles froids et tropiques doux. Cette année, le jet stream a été « particulièrement vigoureux », avec des ondulations amplifiées qui canalisent les systèmes directement sur nous.
Et le réchauffement climatique dans tout ça ? La réponse est nuancée, mais de plus en plus documentée. Sur la fréquence ou la trajectoire des tempêtes hivernales extratropicales en Europe, les observations des dernières décennies ne montrent pas encore de tendance claire liée au changement climatique. Pas de hausse franche du nombre de tempêtes nommées, ni de vents moyens plus forts sur la France. Météo-France le répète : « Sur les observations, on ne voit pas d’impact significatif sur les tempêtes hivernales en France, ni sur leur fréquence, ni sur leur trajectoire, ni sur l’intensité des vents. »
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Par contre, le climat plus chaud joue un rôle amplificateur évident sur les conséquences. Une atmosphère plus chaude contient plus de vapeur d’eau – environ 7 % de plus par degré de réchauffement global, selon la relation de Clausius-Clapeyron. À +1,4-1,5 °C déjà atteint, les perturbations transportent donc plus d’humidité, et quand elles lâchent leur cargaison, les pluies sont plus intenses. ClimaMeter, un groupe de chercheurs (dont ceux du LSCE Paris-Saclay), a analysé Nils spécifiquement : par rapport à un climat pré-1950, les tempêtes similaires sont aujourd’hui jusqu’à 10 % plus humides sur la France, l’Espagne et le Portugal, et localement 5 % plus venteuses. L’air subtropical chaud chargé d’humidité (souvent via des « rivières atmosphériques » ou « Rhum Express ») rencontre des contrastes plus marqués avec l’air froid, creusant des dépressions plus actives et produisant des pluies torrentielles. Résultat : des cumuls qui saturent instantanément des sols déjà gorgés, des crues qui montent plus vite et plus haut, des inondations amplifiées.
Le lien indirect avec le vortex polaire et le jet stream ondulant est aussi débattu. Le réchauffement rapide de l’Arctique (4 fois plus vite que la moyenne globale) réduit les contrastes thermiques nord-sud, ce qui affaiblit et rend plus méandreux le jet stream. Certains modélisent que cela favorise des blocages anticycloniques persistants au nord (comme cette année en Scandinavie), déviant le rail vers le sud et prolongeant les séquences perturbées. Mais les simulations divergent énormément : pas de consensus robuste sur le fait que le réchauffement « cause » directement plus de déstabilisations du vortex ou de rails sudistes. C’est un sujet de recherche actif, avec des incertitudes fortes.
En attendant, les faits sont là : des sols saturés depuis des mois, des pluies qui tombent sans discontinuer, des tempêtes qui se suivent comme sur un tapis roulant, et des impacts cumulés qui battent des records locaux (crues Garonne supérieures à 2021 par endroits, cumuls hivernaux historiques en Roussillon). Ce n’est pas « la mousson européenne » (un terme abusif), mais un régime zonal très actif et dévié sud, amplifié en intensité pluvieuse par un climat plus chaud. Et comme les prévisions pour les prochaines semaines annoncent encore des perturbations atlantiques, avec potentiellement une nouvelle dépression active mi-février, on est loin d’une accalmie durable. Les sols ne peuvent plus absorber, les rivières restent hautes, et chaque nouveau passage risque de faire déborder le vase un peu plus.
Bref, cet hiver n’est pas le fruit d’un seul coupable, mais d’une combinaison : un jet stream dévié par des blocages nordiques, des contrastes thermiques hivernaux classiques boostés, et un climat qui charge les perturbations en eau. Ça donne ce cocktail explosif qu’on subit depuis des semaines, et qui rappelle cruellement que même sans évolution radicale de la fréquence des tempêtes, leurs effets deviennent plus dévastateurs quand l’atmosphère est surchauffée.
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