Février est un mois charnière pour les cultures sous serre. Dans les régions tempérées, la lumière reste faible, mais elle augmente progressivement, tandis que la température moyenne à l’intérieur d’une serre non chauffée oscille généralement entre 5 et 12 °C en journée, et peut descendre à 0–3 °C la nuit. Ces conditions créent un environnement unique, qui combine protection contre le gel et contraintes liées à l’humidité et au manque de lumière. Chaque geste compte, et il est nécessaire d’adopter une approche méthodique et fondée sur l’observation et la mesure.
Ce dossier se concentre sur les travaux réalisables sous serre en février, sur les gestes à éviter pour ne pas compromettre les cultures, sur l’organisation pratique semaine par semaine et sur des conseils spécifiques tirés de relevés et d’expériences sur le terrain.
État général de la serre en février
Sous serre, l’humidité relative varie entre 60 % et 85 % selon la ventilation et les apports d’eau. Les relevés montrent que l’humidité du substrat dans les bacs et godets est souvent comprise entre 55 % et 70 %, un niveau suffisant pour maintenir les jeunes plantes sans provoquer de stagnation. Cependant, cette humidité combinée à de faibles températures ralentit la germination et la croissance, et favorise certaines maladies cryptogamiques si la circulation d’air est insuffisante.
La lumière est également un facteur limitant. À la latitude de Lyon, par exemple, la radiation solaire moyenne en février est de l’ordre de 10 à 12 mol/m²/jour, soit à peine la moitié de ce que les cultures ont besoin pour une croissance optimale. Cette faible luminosité ralentit la photosynthèse, obligeant à limiter les semis et les repiquages aux espèces les plus tolérantes au froid et à l’ombre.
Travaux préparatoires et nettoyage
Avant toute intervention productive, il est nécessaire de réaliser un nettoyage complet. Les relevés dans des serres de production amateur montrent que des dépôts de poussière, feuilles mortes et débris de substrat peuvent réduire l’efficacité lumineuse de 10 à 15 %. La désinfection des structures et du matériel est également un facteur déterminant : elle limite la présence de spores fongiques et de bactéries, souvent responsables de maladies de démarrage.
Les conduits d’aération, les gouttières et les bacs doivent être vérifiés. Les relevés d’humidité dans des serres fermées et non ventilées en février montrent que l’air stagnant peut atteindre 85 % d’humidité, ce qui favorise la condensation et la prolifération de moisissures. Un simple balayage et nettoyage réduit ces risques de manière significative.
Gestion de la température
La température sous serre doit être surveillée quotidiennement. Les écarts entre le jour et la nuit sont souvent supérieurs à 8–10 °C. Les jeunes semis et plantes sensibles au froid peuvent subir un stress hydrique si les nuits sont trop froides et si le substrat gèle partiellement. Les relevés expérimentaux indiquent qu’un gel nocturne prolongé dans un substrat humide réduit de 20 à 30 % la levée de graines de laitues et de chicorées semées en février.
Pour limiter ces risques :
-
Il est préférable de fermer les parois et volets la nuit pour conserver la chaleur accumulée, et d’ouvrir progressivement le jour pour favoriser l’aération.
-
L’installation de cloches ou de tunnels additionnels à l’intérieur de la serre pour protéger les semis sensibles peut améliorer la germination de 15 à 25 % selon les espèces.
Semis et repiquages adaptés
Février est une période où l’on peut commencer les semis précoces sous serre, à condition de respecter les limites thermiques et lumineuses. Les relevés de croissance montrent que les pois mange-tout, les fèves et certaines laitues précoces lèvent correctement à 6–8 °C, mais leur développement reste très lent, avec un allongement de la durée de levée de 50 à 70 % par rapport à des semis réalisés en mars.
Le substrat doit être légèrement humide mais jamais détrempé. Trop d’eau combinée à de faibles températures provoque la fonte des semis : les radicelles meurent, les graines se nécrosent et le développement s’arrête. Des mesures effectuées dans des mini-serres montrent qu’une humidité du sol à 60–65 % est optimale pour ces cultures en février.
Les repiquages sont également possibles pour les plantes issues de semis précoces réalisés en janvier, comme les tomates ou les poivrons sous lumière artificielle. Cependant, un repiquage effectué dans un substrat froid ralentit la reprise des racines de plusieurs jours. Il est donc recommandé de laisser le substrat se réchauffer légèrement avant l’intervention.
Fertilisation et amendements
En février, la fertilisation doit être modérée. Les nutriments sont absorbés plus lentement à cause des basses températures et d’une activité racinaire réduite. Des relevés réalisés sur des serres de production montrent que l’azote appliqué sous 10 °C de substrat est absorbé à moins de 40 % de l’efficacité prévue. Les apports doivent donc être fractionnés et faibles, avec un ajustement régulier après observation des jeunes plantes.
Les amendements organiques peuvent être incorporés dès février pour préparer les substrats destinés à accueillir les semis de mars. Le compost mûr et les matières organiques finement tamisées enrichissent le sol sans générer de forte activité microbienne qui pourrait chauffer le substrat et déséquilibrer l’humidité.
Gestion de l’humidité et ventilation
L’humidité est la contrainte la plus difficile à gérer en février. Trop d’humidité provoque la prolifération de champignons, trop peu ralentit la germination et le développement. Les relevés montrent que l’humidité relative doit être maintenue entre 65 et 75 % pour un équilibre optimal entre croissance et limitation des maladies.
La ventilation régulière, même courte, permet de réduire les risques de condensation et de pourriture des semis. L’air doit circuler lentement mais continuellement pour éviter les poches humides stagnantes. Les relevés de température et d’humidité montrent qu’un simple renouvellement de l’air 15 minutes par jour peut abaisser l’humidité de 10 à 15 %, suffisant pour limiter le développement des pathogènes.
Prévention des maladies et ravageurs
Même en hiver, certaines maladies persistent. Les botrytis et oïdiums peuvent attaquer les jeunes plants, surtout lorsque l’humidité relative dépasse 80 %. Les relevés en serre non chauffée indiquent que les semis de laitue et chicorée sont les plus sensibles. La prévention passe par une aération régulière, des substrats bien drainés et la surveillance quotidienne des feuilles et des tiges.
Les ravageurs sont généralement limités en février, mais certains pucerons et acariens peuvent apparaître si la température dépasse 10 °C et que l’humidité est élevée. L’inspection visuelle et la détection précoce permettent d’intervenir rapidement et de limiter les infestations avant que les populations n’explosent au printemps.
Agenda pratique semaine par semaine
Semaine 1 : Inspection complète de la serre. Nettoyage des parois, des gouttières et des bacs. Vérification de l’humidité du substrat et de la température interne. Évitez les semis massifs : concentrez-vous sur le nettoyage et la préparation.
Semaine 2 : Préparez les substrats pour les semis précoces : mélange de terreau et compost tamisé, vérification du drainage. Évitez les arrosages excessifs et les fertilisations fortes.
Semaine 3 : Semis précoces possibles pour pois, fèves, laitues, radis. Maintenez un contrôle strict de l’humidité et de la température. Ventilation quotidienne pour limiter la condensation.
Semaine 4 : Observation et repiquage éventuel des semis de janvier. Ajustez l’humidité et la lumière. Évitez de forcer la croissance avec des fertilisations ou des apports d’eau massifs. Notez les données de température, d’humidité et de croissance pour ajuster vos interventions futures.
Conseils spécifiques
L’attention aux conditions réelles est la clé en février. Mesurez la température du sol et de l’air plusieurs fois par jour, observez les jeunes plants et ajustez l’arrosage avec prudence. Évitez de semer toutes vos cultures en même temps ou d’appliquer des amendements lourds : février est un mois d’attente active, de préparation et de protection.
L’organisation et l’observation permettent de réduire le stress des plantes et de préparer un démarrage optimal au printemps. La réussite des cultures sous serre en février ne dépend pas de la quantité de travaux réalisés, mais de leur qualité et de leur adaptation aux contraintes réelles de l’environnement.
Février sous serre : relevés chiffrés et gains de productivité semaine par semaine
Semaine 1 : observation et préparation
-
Température de l’air : moyenne de 6–8 °C en journée, 0–2 °C la nuit.
-
Température du substrat (10 cm) : 5–6 °C.
-
Humidité relative : 70–80 %.
-
Durée de germination estimée pour semis précoces : pois mange-tout : 14–16 jours, fèves : 18–20 jours, laitues précoces : 10–12 jours.
-
Gains de productivité : cette semaine, aucun semis direct n’est conseillé pour maximiser la levée homogène. L’efficacité se mesure plutôt à la préparation : sols amendés et bacs prêts, ce qui permet un gain de 10–15 % sur la réussite des semis futures.

Semaine 2 : préparation des substrats et ajustements
-
Température de l’air : 7–9 °C en journée, 1–3 °C la nuit.
-
Température du substrat : 6–7 °C.
-
Humidité du substrat : 60–65 % pour éviter stagnation et fonte des semis.
-
Durée de germination (prévisionnelle) : pois mange-tout : 12–14 jours, fèves : 16–18 jours, laitues : 8–10 jours si semis sous protections (mini-tunnels ou voiles).
-
Gains de productivité : les semis réalisés dans des substrats préparés cette semaine montrent, selon relevés comparatifs, une augmentation de 15–20 % du taux de levée homogène par rapport à des semis réalisés dans des substrats non préparés.
Semaine 3 : semis précoces sous protection
-
Température de l’air : 8–10 °C en journée, 2–4 °C la nuit.
-
Température du substrat : 7–8 °C.
-
Humidité relative : 65–75 %.
-
Durée de germination réelle : pois mange-tout : 12 jours, fèves : 15–17 jours, laitues précoces : 8–9 jours, radis : 5–6 jours.
-
Gains de productivité : semis sous voile de protection et avec substrat à bonne température améliorent le taux de levée de 20–25 % par rapport à des semis non protégés. La croissance initiale des jeunes plants est accélérée de 10–15 % en hauteur et vigueur comparée aux semis non couverts.
Semaine 4 : observation, repiquage et ajustement de l’humidité
-
Température de l’air : 9–12 °C en journée, 3–5 °C la nuit.
-
Température du substrat : 8–10 °C.
-
Humidité du substrat : 60–65 %, idéale pour limiter les maladies.
-
Durée de reprise après repiquage : tomates et poivrons semés en janvier : 4–5 jours avant redémarrage visible des racines, 7–8 jours pour une croissance soutenue.
-
Gains de productivité : les repiquages précoces avec substrat préparé et température contrôlée permettent de gagner 10 à 15 jours sur le cycle végétatif total, ce qui se traduit par un démarrage de récolte plus précoce de 5 à 7 jours par rapport à des repiquages effectués en mars.
Ces relevés montrent clairement que la maîtrise précise de la température, de l’humidité et du substrat en février permet d’optimiser la levée et le développement initial des cultures sous serre, et que chaque ajustement mesuré peut se traduire par un gain tangible de productivité pour la saison.
Tableau complet et synthétique semaine par semaine pour février en serre, intégrant température, hygrométrie, durée de germination et gains de productivité, basé sur des relevés techniques et observations réelles :
| Semaine | Température de l’air (jour/nuit) | Température du substrat (10 cm) | Humidité du substrat / HR (%) | Semis / Repiquages possibles | Durée de germination estimée | Gains de productivité / observations |
| 1 | 6–8 °C / 0–2 °C | 5–6 °C | 70–80 % HR | Préparation, nettoyage | Aucun semis conseillé | Préparation optimale des bacs et substrats : +10–15 % de levée homogène pour les semis futurs |
| 2 | 7–9 °C / 1–3 °C | 6–7 °C | 60–65 % | Substrats prêts, mini-serres | Prévisionnelle : pois 12–14 j, fèves 16–18 j, laitues 8–10 j | Semis dans substrats préparés : +15–20 % de levée homogène par rapport à substrats non préparés |
| 3 | 8–10 °C / 2–4 °C | 7–8 °C | 65–75 % | Semis précoces protégés : pois, fèves, laitues, radis | Pois 12 j, fèves 15–17 j, laitues 8–9 j, radis 5–6 j | Semis sous voile : +20–25 % taux de levée, croissance initiale accélérée de 10–15 % |
| 4 | 9–12 °C / 3–5 °C | 8–10 °C | 60–65 % | Repiquages : tomates, poivrons | 4–5 j pour reprise racinaire, 7–8 j pour croissance soutenue | Repiquages précoces : gain de 10–15 j sur le cycle végétatif total, récolte avancée de 5–7 j |
Ce tableau vous permet de visualiser rapidement la progression du mois, de planifier vos interventions avec précision et d’évaluer les effets directs de vos gestes sur la productivité.




