Tempête Goretti : encore près de 150 000 foyers privés d’électricité ce soir.

Gros dégâts sur le front de mer à Fécamp en Seine-Maritime après la grosse houle submersive de la tempête Goretti. La station du sémaphore a mesuré 157 km/h !(© Le Phare à Images)

Ce vendredi 9 janvier 2026 à 19 heures, la France panse encore ses plaies alors que la tempête Goretti s’évacue vers l’Europe centrale. Si l’alerte a été levée dès la mi-journée, le bilan matériel s’alourdit à mesure que les communes isolées parviennent à communiquer leurs rapports. Entre infrastructures dévastées, réseaux électriques à terre et un trafic ferroviaire encore convalescent, le pays vit une fin de journée sous haute tension.

Voici le point complet sur la situation au crépuscule de cette journée historique.

Un littoral meurtri et des records pulvérisés

La « bombe météorologique » Goretti a tenu ses promesses, ou plutôt ses menaces. Avec une pression atmosphérique qui a chuté de façon vertigineuse en moins de 24 heures, la tempête a frappé le Cotentin et la Seine-Maritime avec une violence que les météorologues comparent désormais aux grands épisodes de 1999.

Le record absolu de cette nuit restera les 213 km/h enregistrés à la pointe de Gatteville, dans la Manche. Dans les terres, la force du vent n’a pas faibli, dépassant les 130 km/h à Caen (147 en pointe)  et atteignant les 115 km/h jusque dans l’Oise et le Bassin Parisien. Ce soir, à 18 heures, si les rafales sont retombées sous les 80 km/h sur la majorité du territoire, c’est l’heure du constat pour les maires des communes littorales.

Électricité : la course contre la montre d’Enedis

C’est le nerf de la guerre de cette journée du 9 janvier. Si à l’aube, Enedis recensait 380 000 foyers dans le noir, le dernier point de situation de 18 heures fait état d’une mobilisation sans précédent.

  • Bilan à 18h : Environ 145 000 foyers sont toujours privés d’électricité. Après une pointe à 380 000 ce matin, on était encore à la mi-journée à 320 000.

  • Répartition géographique : La Normandie reste le point noir du réseau avec près de 90 000 clients encore coupés (principalement dans la Manche et l’Eure). Les Hauts-de-France comptent 30 000 foyers dans l’obscurité, et la Bretagne environ 15 000.

  • Forces en présence : La Force d’Intervention Rapide Électricité (FIRE) a déployé son artillerie lourde. Ce sont désormais 2 450 techniciens ( +800 personnes de sociétés externes), venus de toute la France, qui sont à pied d’œuvre. Des renforts partis de Bordeaux, de Lyon et de Marseille sont arrivés en début d’après-midi pour prêter main-forte aux équipes locales épuisées.

  • Moyens techniques : Plus de 2 000 groupes électrogènes ont été héliportés ou acheminés par camion pour réalimenter les sites prioritaires (EHPAD, centres de soins, stations de pompage d’eau).

La direction d’Enedis reste prudente mais espère rétablir 90 % des situations d’ici demain soir, bien que l’accès à certaines lignes haute tension en zone boisée soit rendu périlleux par l’instabilité des sols détrempés.

Dégâts matériels : Étretat et le Cotentin en première ligne

Le bilan humain, par miracle, reste léger avec quatre blessés signalés, mais les dégâts matériels sont colossaux.

À Étretat, l’image de la verrière du casino pulvérisée par les galets projetés par les vagues a fait le tour des réseaux sociaux. La digue-promenade a subi des affouillements importants, et la mairie craint de nouveaux effondrements de falaise dans les prochains jours.

En Basse-Normandie, des dizaines de toitures de bâtiments agricoles ont été littéralement soufflées. Dans les centres-villes de Rouen et de Caen, les pompiers ont multiplié les interventions (plus de 1 200 sur la journée) pour des chutes de cheminées, de tuiles et d’enseignes publicitaires. À Paris, plusieurs parcs resteront fermés demain samedi, le temps que les bûcherons sécurisent les arbres dont les racines ont été fragilisées.

Transports : un retour à la normale laborieux

À 18 heures, la SNCF tente de rétablir un service minimum sur les grands axes, mais le réseau secondaire est encore paralysé par des « chutes d’arbres en cascade ».

    • SNCF : Le trafic reste très perturbé sur les lignes Paris-Caen-Cherbourg et Paris-Rouen-Le Havre. Des équipes de reconnaissance ont parcouru des centaines de kilomètres de voies aujourd’hui pour dégager des troncs massifs. Les voyageurs sont invités à ne pas se rendre en gare sans avoir vérifié leur trajet sur l’application.

  • Routes : Les ponts majeurs (Pont de Normandie, Viaduc de Calix) ont rouvert cet après-midi, mais avec des restrictions pour les véhicules de grand gabarit. Dans l’Eure et l’Orne, une dizaine de routes départementales demeurent barrées par des inondations ou des arbres au sol.

Ce qu’il faut retenir ce soir

Le danger immédiat est passé, mais la phase de reconstruction commence. Les autorités appellent à la plus grande vigilance ce week-end : le sol saturé d’eau et les arbres fragilisés peuvent encore provoquer des accidents mortels, même par vent calme.

Les préfectures de l’Ouest maintiennent l’interdiction d’accès aux forêts et aux sentiers côtiers jusqu’à lundi. Pour les sinistrés, les assureurs ont déjà annoncé une simplification des procédures de déclaration, compte tenu du caractère exceptionnel de Goretti.

PARTAGEZ CET ARTICLE