La tempête Martinho arrive avec un nuage de sable du Sahara.

En ce 20 mars 2025, alors que le printemps s’installe progressivement sur la France avec une douceur généralisée, une nouvelle invitée météorologique fait parler d’elle : la tempête Martinho. Nommée le 18 mars par l’agence espagnole AEMET, cette dépression venue du sud de l’Europe promet de secouer l’Hexagone dans les prochains jours, accompagnée d’un phénomène aussi spectaculaire qu’inattendu : un nuage de sable du Sahara. Des rafales hurlantes, des orages grondants et une poussière ocre venue d’un désert lointain s’apprêtent à traverser nos régions, du sud-ouest à la Bretagne, en passant par un large axe méditerranéen.

C’est au large du Portugal que Martinho a pris forme ce mercredi matin. Cette tempête s’est creusée dans l’Atlantique avant de glisser vers l’Espagne jeudi, puis de remonter dans le golfe de Gascogne pour atteindre les côtes françaises dès ce soir, jeudi 20 mars. Les prévisions de Météo-France, mises à jour à 15h aujourd’hui, confirment une dégradation rapide : plusieurs départements, dont la Haute-Garonne, le Tarn et la Gironde, passent en vigilance orange pour vents violents et orages. Les modèles météo, comme celui d’Icon annoncent des rafales atteignant 120 à 140 km/h dans le sud-ouest, notamment autour de Toulouse et dans le Tarn, où l’autan noir – ce vent chaud et tumultueux – souffle déjà au seuil de la tempête depuis mercredi. Une analyse de La Chaîne Météo précise que ce flux de sud, poussé par Martinho, crée un conflit de masses d’air : l’air frais du golfe de Gascogne rencontre l’air doux qui domine la France, un cocktail explosif pour des averses et des éclairs attendus vendredi.

Mais Martinho ne voyage pas seule. Avec elle, un panache de sable saharien, soulevé par des vents puissants au-dessus du désert nord-africain, fait route vers l’Europe. Une étude de l’observatoire Copernicus, publiée en 2023 dans son bulletin atmosphérique, explique ce mécanisme bien connu : le sirocco, un vent sec et brûlant, arrache des millions de tonnes de poussières limoneuses – des grains de quelques micromètres – et les propulse dans l’atmosphère. Ce jeudi, selon Charente Libre, ce nuage a déjà touché le Portugal et l’Espagne, où le ciel s’est teinté d’orange, avant de viser les deux tiers de la France. Les relevés de notre confrère Météo Express, mis en ligne ce matin, montrent que le sable arrivera par le sud-ouest dès ce soir, atteignant un pic vendredi sur un axe allant de la Méditerranée aux frontières du nord-est. Sébastien Decaux, de Météo Bretagne, précisait sur X que la Bretagne sera concernée entre ce soir et vendredi après-midi, avec des concentrations modérées mais suffisantes pour salir voitures et fenêtres.

Ce n’est pas la première fois que le Sahara nous rend visite. Une analyse de Libération datée d’avril 2024 rappelle que ces épisodes, bien que spectaculaires, ne sont pas rares : en moyenne, la France en connaît un à trois par an, surtout au printemps, quand les flux de sud s’intensifient. En mars 2022, la neige des Pyrénées avait viré à l’orange sous un nuage similaire, un événement documenté par Le Figaro. Mais avec Martinho, le timing est particulier. Une enquête de tameteo.com sur les tempêtes depuis  le début 2025 note que ce mois de mars, marqué par Jana, Konrad, Laurence et maintenant Martinho, accumule les perturbations au sud de l’Europe, une anomalie liée à un anticyclone bloqué sur les Îles Britanniques et l’Europe centrale. Résultat : le nord de la France a vu plus de soleil que le sud, une inversion rare qui concentre les dépressions – et leurs poussières – sur nos régions méridionales.

Les conséquences sont multiples, et elles touchent autant la météo que notre quotidien. D’abord, le vent. Les relevés de Météo-France pour vendredi 21 mars prévoient des rafales de 100 à 130 km/h dans le Languedoc-Roussillon et jusqu’à 140 km/h dans le Tarn, où l’autan noir devrait culminer jeudi soir. À Marseille, actu.fr signale une vigilance jaune pour orages dès 18h vendredi, avec des averses et de la foudre attendues jusqu’à 23h. Sur la côte, des vagues de trois à quatre mètres sont prévues au large de Port-la-Nouvelle, dans l’Aude, selon actu.fr, tandis que la Gironde verra son temps doux – 21 °C mercredi à Bordeaux – se gâter avec des pluies vendredi. Une étude de Nature Communications en 2023 sur les tempêtes européennes souligne que ces conflits de masses d’air, exacerbés par des températures élevées (jusqu’à 24 °C jeudi en Nouvelle-Aquitaine), dopent l’intensité des orages, un phénomène que Martinho illustre à merveille.

Densité de poussières de sable du Sahara les jeudi 20 et vendredi 21 mars 2025 – © SKIRON

Et puis, il y a ce sable, qui ne se contente pas de voiler le ciel. Une analyse de Copernicus en juillet 2023 montre que ces poussières, riches en particules PM10, dégradent la qualité de l’air. Vendredi, des seuils d’alerte – 50 µg/m³ sur 24 heures selon les normes européennes – pourraient être dépassés dans le sud-ouest, près des Pyrénées et en Rhône-Alpes, comme lors d’un épisode similaire en 2021 rapporté par tameteo.com. Vincent Guidard, chercheur à Météo-France, précisait à Libération en 2024 que ces particules, bien que moins toxiques que la pollution urbaine, posent des risques pour les personnes sensibles, surtout quand la pluie les rabat au sol. Charente Libre conseille d’ailleurs d’attendre le week-end pour laver sa voiture, car les averses de vendredi, mêlées de sable, risquent de laisser des traces boueuses.

Que disent les experts de tout ça ? Régis Crépet, météorologue interrogé par Le Figaro en 2023, notait que ces remontées de sable « ont probablement toujours existé », mais leur récurrence semble augmenter depuis trois ans. Une étude de Remote Sensing en 2023 va plus loin : en croisant des données satellitaires et des modèles climatiques, elle suggère que le changement climatique, en asséchant certains sols et en modifiant les vents, pourrait amplifier ces phénomènes, bien que les séries longues manquent pour trancher. Pour Martinho, l’enquête de actu.fr auprès de Yann Amice confirme une trajectoire claire : après avoir longé la façade atlantique, la tempête glissera vers le sud de l’Irlande d’ici samedi, emportant son sable vers l’Allemagne, tandis que la France retrouvera un calme relatif dimanche.

Ce ballet météorologique, avec ses vents hurlants et son voile ocre, nous rappelle combien notre monde est connecté. Les relevés de ce jeudi soir, à 16h, montrent déjà des rafales à 100 km/h dans le Tarn, selon Météo-France, et les premières poussières sahariennes pointent sur les images satellites de Météociel. Demain, vendredi, sera une journée agitée : orages dans le sud, pluie boueuse à l’ouest, air plus frais chassant la douceur. Pour nous, c’est une leçon d’adaptation : fermer les fenêtres, éviter les efforts dehors si l’air pique les poumons, et peut-être admirer, depuis un coin abrité, ce ciel étrange qui porte un peu de désert dans nos vies. Martinho et son nuage de sable ne sont pas qu’une tempête : c’est une histoire de vents, de terres lointaines et de notre fragile place sous un ciel qui ne cesse de nous surprendre.

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