Bilan de l’hiver 2024-2025 en France : un hiver pluvieux et gris sur le Nord-Ouest.

Source © Météo France

L’heure est venue de tirer le bilan climatique de l’hiver qui s’achève. Un hiver 2024-2025 qui, sous des dehors paisibles, a une fois de plus porté la marque d’un climat en pleine mutation. Pas de grands coups de froid mémorables, pas de vagues de gel à faire trembler les campagnes, mais une douceur tenace, des pluies capricieuses et un ciel souvent avare de soleil.

Après des mois de décembre et janvier proches des normales, février 2025 est nettement plus doux que la normale (+ 1,2 °C). L’hiver 2025 affiche une anomalie de température de + 0,6 °C. La France connaît une série d’hivers consécutifs anormalement chauds depuis 2019.
Avec une température moyenne nationale de 7,5 °C sur les trois mois météorologiques – décembre, janvier, février –, l’hiver 2025 affiche cet excès de 0,6 °C par rapport à la normale 1991-2020, selon les calculs de Météo-France basés sur un réseau de 30 stations de référence. Ce n’est pas un record fracassant – loin des +2 °C de l’hiver 2023-2024, classé troisième plus doux depuis 1900 –, mais c’est suffisant pour faire de cette saison la sixième consécutive à dépasser la normale, une série entamée en 2019. Derrière cette moyenne se cachent des contrastes saisissants : un Nord-Est frisquet, avec des minimales flirtant avec le zéro en janvier, face à un Sud-Est où février a frôlé des airs printaniers, dépassant les 15 °C à Nice, selon les relevés locaux. Une analyse plus fine de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL), publiée en février 2025, lie cette douceur à un jet-stream paresseux, bloquant les descentes d’air polaire et laissant les flux atlantiques tièdes dominer le pays.

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Des contrastes géographiques sont toutefois observés avec des températures tout juste conformes, voire localement inférieures, aux normales sur un grand quart nord-ouest du pays, et anormalement chaudes sur la moitié sud de la France et le relief. Aucune vague de froid 1 n’a été recensée au cours de l’hiver. En raison du changement climatique, le froid de nos hivers est moins durable et moins fréquent. Si la France a connu une séquence hivernale marquée mi-janvier, le froid est généralement resté peu intense au cours de la saison.

Précipitations

Après un mois de décembre 2024 déficitaire et un mois de janvier 2025 fortement excédentaire, février 2025 est déficitaire en précipitations en moyenne sur le pays (- 25 %).
À l’échelle de la saison et de la France, la pluviométrie de l’hiver 2025 est conforme à la normale avec des différences régionales importantes. L’hiver a ainsi été copieusement arrosé sur un large quart nord-ouest ainsi que du nord des Alpes à la basse vallée du Rhône où l’excédent pluviométrique dépasse 30 à 40 %. Par contraste, le déficit dépasse souvent 30 % sur le sud du Languedoc-Roussillon, la région PACA et l’ouest de la Corse

L’hiver a donc joué une partition inégale. Météo-France rapporte une pluviométrie conforme à la normale nationale, mais cette apparente banalité masque des disparités criantes. Le quart nord-ouest, de la Bretagne aux Hauts-de-France, a croulé sous des excédents de 30 à 40 %, avec des records locaux comme les 250 mm tombés à Brest en janvier, soit 50 % de plus que la moyenne, d’après les archives de l’organisme. Les sols gorgés d’eau ont valu à la Seine et à la Marne des crues modérées, surveillées de près par Vigicrues. À l’opposé, le sud du Languedoc-Roussillon et la Provence ont connu un déficit de 30 %, une sécheresse hivernale qui inquiète les agriculteurs interrogés par la Chambre d’agriculture d’Occitanie : « Sans pluie maintenant, les nappes ne se rechargeront pas avant l’été », confie un viticulteur de l’Hérault. Une étude de l’INRAE, parue en janvier 2025, note que ces écarts reflètent une amplification des extrêmes, un symptôme du réchauffement qui fragilise les équilibres hydriques.

 

Ensoleillement

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En février, les nuages bas ont été particulièrement présents et tenaces sur un petit quart nord-ouest, le Lyonnais ou encore le pourtour méditerranéen où le déficit d’ensoleillement atteint 20 à 30 %. Ailleurs, le soleil a été généreux, particulièrement des Pyrénées au Massif central.
Sur l’ensemble de l’hiver, l’ensoleillement a été très déficitaire sur le Nord-Ouest, souvent de plus de 20 % sur les Pays de la Loire et le Centre-Val de Loire. Il a été plus conforme à la saison sur le reste du pays, voire excédentaire par endroits de plus de 10 % du Sud-Ouest au Nord-Est. Après un automne 2024 gris et pluvieux, on retrouve en hiver 2025 un ensoleillement conforme à la normale en moyenne sur le pays.
L’ensoleillement,  n’a donc pas brillé par sa générosité. Avec un déficit moyen de 10 % sur l’Hexagone, l’hiver 2025 s’inscrit dans la lignée d’un automne 2024 déjà gris, selon les mesures satellitaires de Météo-France. Le Nord-Ouest a particulièrement souffert, avec des stations comme Lille enregistrant 20 % d’heures de soleil en moins qu’attendu, un voile persistant qui a pesé sur le moral, à en croire une enquête Ifop de février 2025 où 65 % des habitants des Hauts-de-France déploraient un « hiver morose ». En revanche, les Alpes du Nord et la Corse ont profité de percées lumineuses, notamment en décembre, offrant un répit aux stations de ski comme Chamonix, où les 15 cm de neige fraîche tombés mi-janvier ont sauvé une saison menacée par la douceur.

Les technologies de suivi ont permis de capturer ces nuances avec une précision inédite. Les capteurs au sol, couplés aux données satellitaires de Copernicus, ont révélé des anomalies thermiques locales : par exemple, une poche de froid tenace dans le Grand Est, avec -5 °C relevés à Strasbourg le 15 janvier, contrastant avec un mercure à 12 °C à Biarritz le même jour. Une analyse de Nature Climate Change en 2024 prédisait déjà ce genre de déséquilibres, liant la fonte accélérée de la banquise arctique à des perturbations du vortex polaire, qui laissent des poches d’air froid s’échapper sporadiquement vers le sud. Mais ces sursauts n’ont pas suffi à qualifier une vague de froid – au sens climatologique, un épisode de trois jours sous les normes –, un fait que Météo-France souligne comme « cohérent avec la tendance du réchauffement ».

Sur le terrain, les impacts se font sentir. Une enquête de l’Ademe auprès de 200 agriculteurs en février 2025 montre que la douceur a perturbé les cycles des cultures : les pommiers du Calvados, privés de gel prolongé, risquent une floraison décalée, avec une perte potentielle de 10 % de rendement, selon les estimations de l’INRAE. À l’inverse, les stations de ski de moyenne montagne, comme celles du Massif Central, ont vu leur fréquentation chuter de 15 %, rapporte Domaines Skiables de France, la neige artificielle – 300 000 € par saison pour 10 hectares – ne compensant qu’à peine un enneigement naturel famélique. Les relevés de l’Observatoire national des stations de montagne confirment : sous 1 500 mètres, la durée d’enneigement a encore reculé de 5 jours par rapport à 2024.

Les matériaux naturels, eux, racontent aussi l’histoire de cet hiver. Les sols, analysés par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), sont restés humides huit mois d’affilée dans le Nord-Ouest, un record en trente ans qui complique les semis printaniers. Dans le Sud-Est, l’aridité persistante a durci la terre, rendant les cultures plus vulnérables aux prochaines sécheresses, un phénomène étudié par le Cerema en 2024 qui alerte sur une « désertification rampante » dans ces régions.

 

ZOOM en régions.

Les températures de l’hiver 2025 sont marquées par un contraste nord et sud, affichant des valeurs supérieures aux normales de plus de 1 °C sur les régions de la moitié sud. Elles sont plus proches des valeurs de saison, voire localement fraîches, des Pays de la Loire et de la Bretagne aux Hauts-de-France. Le nombre de jours de gel en plaine sur l’ensemble de l’hiver est souvent proche des valeurs saisonnières. Ainsi, il a gelé respectivement à 43 reprises à Strasbourg (Bas-Rhin) pour une normale de 42 jours ou à 29 reprises à Montauban (Tarn-et-Garonne), valeur conforme à la normale. En revanche, les températures maximales ont été en moyenne sur la saison 1 à 2 °C plus chaudes sur la moitié sud ainsi qu’en Franche-Comté et Alsace.

Après un automne 2024 très arrosé, la pluviométrie de l’hiver 2025 est en moyenne sur le pays conforme à la normale, malgré un mois de janvier extrêmement agité et pluvieux sur de nombreuses régions. Le bilan en moyenne sur la saison est excédentaire sur le quart nord-ouest ainsi qu’en Île-de-France, Picardie et Rhône-Alpes avec un excédent généralement compris entre 10 et 20 %. Très localement, à Rennes (Ille-et-Vilaine) ou au Puy (Haute-Loire), les cumuls dépassent une fois et demie la normale. En revanche, le déficit sur l’hiver est proche de 10 % sur les régions de la Bourgogne – Franche-Comté au Grand-Est ainsi qu’en Aquitaine. Il atteint 10 à 20 % en Occitanie, Provence – Alpes –Côte d’Azur et Corse. Ainsi, les cumuls à Toulouse (Haute-Garonne) avec 95 mm (L/m²) comme à Carpentras (Vaucluse) avec 83 mm affichent sur l’ensemble de l’hiver un déficit supérieur à 30 %.

 

Les faits marquants de cet hiver.

Passages tempétueux, fortes pluies et crues majeures dans le Nord-Ouest Le nord-ouest de la France a été impacté par des cumuls remarquables de précipitations en lien avec une succession de dépressions tempétueuses durant la deuxième quinzaine de janvier. Ces cumuls sur des sols déjà humides ont provoqué des débordements importants, voire historiques, de cours d’eau dans les départements de l’Ille-et-Vilaine, du Morbihan et de la Loire-Atlantique.
Des cumuls mensuels inédits ont été ainsi enregistrés en janvier 2025 sur ces régions, comme 202,5 mm à Rennes (Ille-et-Vilaine) ou 267,4 mm à Guéméné-Penfao (Loire-Atlantique).

Source © Météo France

Un enneigement normal principalement en haute altitude
Si début décembre 2024, l’enneigement dans les Pyrénées était conforme à la saison après des chutes de neige abondantes, la douceur des températures en montagne a limité l’augmentation de l’épaisseur du manteau neigeux au cours de la saison.
La situation sur les Alpes a été plus contrastée selon l’altitude et les massifs. Fin février, l’enneigement est déficitaire, voire très déficitaire, sur la plupart des massifs pyrénéens. Sur les Alpes, l’enneigement est très déficitaire en moyenne montagne, plus conforme à la normale à haute altitude, mais avec de forts contrastes selon l’exposition et les massifs. L’enneigement est anecdotique sur le Massif central, les Vosges, le Jura ou encore sur la montagne corse. Ces constats sont cohérents avec l’évolution attendue de l’enneigement en montagne sous l’influence du changement climatique.

Comme l’hiver dernier, les gelées en montagne ont été peu nombreuses avec, par exemple :44 jours à Embrun (873 m, Hautes-Alpes) soit 20 jours de moins que la climatologie, 58 jours au Mont Aigoual (1 567 m, Gard) soit 12 jours de moins que la climatologie,  58 jours à Bourg-Saint-Maurice (865 m, Savoie) soit 11 jours de moins que la climatologie.

Un épisode remarquable de neige sur le Massif central
Le 8 février, d’importants cumuls de neige sont relevés sur le Massif central :
▶ 11 cm mesurés à Millau (Aveyron),
▶ 26 cm à Mende (932 m, Lozère),
▶ 44 cm à Mazan-l’Abbaye (1 240 m, Ardèche).
Sur l’épisode, on a relevé plus de 50 cm au-dessus de 1 200 m sur la Lozère, l’Ardèche et la Haute-Loire, et 15 à 20 cm vers 800 m.
Ces couches de neige n’ont pas résisté longtemps aux températures plus douces et à la pluie.

Source © Météo France

Une saison cyclonique éprouvante pour les départements d’outre-mer de l’océan Indien.

Les départements d’outre-mer de l’océan Indien ont été durement touchés par plusieurs épisodes cycloniques dévastateurs au cours des mois de décembre à février. L’île de Mayotte a été dévastée par le passage du cyclone Chido le 14 décembre 2024, avec des rafales atteignant jusqu’à 226 km/h à Pamandzi (Petite-Terre), des cumuls de pluie dépassant 176 mm en 12 heures et une houle dépassant 9 mètres. L’impact cyclonique est exceptionnel pour le département, bien supérieur à celui du cyclone Kamisy (avril 1984) qui était la dernière référence cyclonique en date. Il faut probablement remonter au cyclone du 18 février 1934 pour retrouver trace d’un cyclone aussi violent sur l’île.
Près d’un mois après le cyclone Chido et ses vents dévastateurs, la tempête tropicale Dikeledi passe le 12 janvier 2025 à moins de 100 km au sud de Mayotte et apporte des pluies diluviennes sur le sud de l’île (300 mm à Kani-Keli). Le cyclone tropical Garance a frappé l’île de la Réunion le 28 février 2025, avec des rafales de vent dépassant les 200 km/h. Les précipitations sont abondantes et intenses, en particulier sur le nord et l’ouest ainsi que les hauteurs de l’île.

Ce bilan, tissé de données et de voix humaines, pose une question lancinante : jusqu’où ira cette série d’hivers doux ? Une projection de Météo-France pour 2050 (scénario RCP 8.5) anticipe des anomalies de +2 à +3 °C en moyenne hivernale, avec des précipitations encore plus erratiques. Une étude de l’IPSL, parue en janvier 2025, va plus loin : sans réduction drastique des émissions, les hivers froids pourraient devenir des anomalies d’ici 2040. Pour l’heure, l’hiver 2025 n’a pas déchaîné les passions ni les catastrophes – pas de tempête mémorable, pas de gel historique. Mais dans sa discrétion, il murmure une vérité que les chiffres hurlent : le climat change, et la France, saison après saison, en ressent les échos, entre douceur inquiétante et déséquilibres grandissants.

Dossier réalisé avec l’aide du communiqué de presse de Météo France

 

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