Le smartphone est devenu un vĂ©ritable petit appareil photo astronomique de poche. Pour une Ă©clipse solaire, il permet surtout de conserver des images dâambiance, des paysages, les changements de lumiĂšre et, avec un filtre solaire adaptĂ©, quelques images du disque solaire. En revanche, son petit capteur, son objectif grand-angle et son zoom numĂ©rique montrent vite leurs limites : le Soleil, qui mesure environ 0,5° dans le ciel, reste minuscule sur une photo prise sans grossissement optique. La bonne nouvelle, câest quâavec un support stable, un vĂ©ritable filtre solaire placĂ© devant lâobjectif et quelques rĂ©glages simples, vous pouvez obtenir des souvenirs beaucoup plus intĂ©ressants quâun simple petit point blanc perdu dans le ciel.
| đ± Situation | đ RĂ©sultat rĂ©aliste | âïž Filtre solaire | đ¶ Budget indicatif |
| Paysage avec ciel assombri | âââââ | Non nĂ©cessaire si le Soleil n’est pas cadrĂ© directement | 0 ⏠|
| Soleil au grand-angle | ââ | Oui pendant les phases partielles | 10 Ă 30 ⏠|
| Soleil avec zoom optique du smartphone | âââ | Oui pendant les phases partielles | 10 Ă 30 ⏠|
| Smartphone + filtre dĂ©diĂ© + trĂ©pied | ââââ | Oui | 25 Ă 70 ⏠|
| Smartphone derriĂšre un tĂ©lescope | ââââ Ă âââââ | Filtre solaire adaptĂ© Ă l’instrument | 50 ⏠et beaucoup plus |
| TotalitĂ© d’une Ă©clipse totale | ââââ pour l’ambiance | Filtre Ă retirer uniquement pendant la totalitĂ©, selon le dispositif | Variable |
| Zoom numĂ©rique poussĂ© au maximum | â | Filtre indispensable si le Soleil est cadrĂ© | 0 ⏠|
Le premier rĂ©flexe consiste Ă oublier une idĂ©e trĂšs rĂ©pandue : les lunettes d’Ă©clipse que vous mettez sur vos yeux ne doivent pas ĂȘtre placĂ©es devant l’objectif du smartphone. Elles sont conçues pour l’observation visuelle, pas pour protĂ©ger un systĂšme optique et un capteur numĂ©rique. Pour photographier le Soleil pendant les phases partielles, il faut un filtre solaire photographique conçu pour ĂȘtre placĂ© devant l’objectif du tĂ©lĂ©phone. Le principe est particuliĂšrement important : le filtre doit se trouver entre le Soleil et l’optique du smartphone, et non derriĂšre l’objectif. Les recommandations de sĂ©curitĂ© destinĂ©es Ă la photographie solaire vont dans ce sens pour les appareils photo, les tĂ©lĂ©phones, les jumelles et les tĂ©lescopes.
La raison est physique. Un objectif concentre le rayonnement reçu sur une surface relativement petite du capteur. MĂȘme si un smartphone possĂšde une optique minuscule comparĂ©e Ă celle d’un appareil photo Ă tĂ©lĂ©objectif, il ne faut pas considĂ©rer son capteur comme protĂ©gĂ© simplement parce que l’appareil est petit. La lumiĂšre solaire contient Ă©normĂ©ment d’Ă©nergie dans le visible, mais Ă©galement dans l’infrarouge et l’ultraviolet. Un filtre solaire photographique appropriĂ© rĂ©duit fortement le flux lumineux qui arrive jusqu’au capteur.
Le danger concerne aussi vos yeux. Si vous utilisez votre tĂ©lĂ©phone pour chercher le Soleil dans le ciel, le risque le plus important n’est pas uniquement de dĂ©tĂ©riorer le smartphone : c’est de regarder accidentellement le Soleil directement. Pendant toutes les phases partielles d’une Ă©clipse, mĂȘme lorsque la Lune masque une grande partie du disque solaire, la partie restante demeure extrĂȘmement lumineuse. Une Ă©clipse partielle ne transforme donc pas le Soleil en objet que vous pouvez regarder Ă l’Ćil nu. Pour l’Ă©clipse totale du 12 aoĂ»t 2026, seule la courte pĂ©riode de totalitĂ©, et uniquement si vous vous trouvez rĂ©ellement dans la bande de totalitĂ©, constitue une exception pour l’observation directe Ă l’Ćil nu.
Votre smartphone peut cependant devenir particuliĂšrement intĂ©ressant si vous ne cherchez pas uniquement Ă photographier le Soleil. C’est mĂȘme probablement lĂ qu’il donnera les meilleurs rĂ©sultats. Imaginez votre lieu d’observation avec le paysage qui s’assombrit progressivement, les personnes autour de vous qui lĂšvent les yeux, les ombres qui changent, le ciel qui prend une teinte inhabituelle, puis le retour progressif de la lumiĂšre. Pour ce type de photographie, le tĂ©lĂ©phone est parfaitement Ă son aise. Les spĂ©cialistes de la photographie d’Ă©clipse recommandent d’ailleurs de ne pas se focaliser uniquement sur le disque solaire : un smartphone peut parfaitement documenter le paysage, l’Ă©volution de la luminositĂ© et l’atmosphĂšre gĂ©nĂ©rale du phĂ©nomĂšne.
Il y a mĂȘme un petit piĂšge photographique : plus vous zoomez, plus vous risquez d’obtenir une image dĂ©cevante. Les smartphones rĂ©cents disposent parfois de plusieurs focales, avec un objectif principal, un ultra-grand-angle et un tĂ©lĂ©objectif pĂ©riscopique ou classique. Si votre tĂ©lĂ©phone possĂšde un vĂ©ritable tĂ©lĂ©objectif, utilisez-le plutĂŽt que le zoom numĂ©rique. Le zoom numĂ©rique ne crĂ©e aucune information supplĂ©mentaire : il agrandit une portion de l’image et peut accentuer les dĂ©fauts du capteur, le bruit et les effets de compression.
Avec un zoom optique de quelques fois, le disque solaire commence dĂ©jĂ Ă prendre une taille intĂ©ressante. Mais il ne faut pas s’attendre au mĂȘme rĂ©sultat qu’avec un appareil photo Ă©quipĂ© d’un objectif de 400 ou 600 mm. Le diamĂštre apparent du Soleil dans le ciel est d’environ 0,53 degrĂ©, ce qui explique pourquoi il occupe une place trĂšs rĂ©duite dans le champ d’un smartphone Ă grand-angle. Un tĂ©lĂ©phone rĂ©glĂ© en 1Ă montrera surtout le contexte autour de l’Ă©clipse. Pour obtenir une image du Soleil lui-mĂȘme, le tĂ©lĂ©objectif est nettement plus intĂ©ressant.
La stabilitĂ© devient alors un problĂšme. Lorsque vous zoomez fortement, le moindre mouvement de votre main devient Ă©norme sur l’Ă©cran. Une solution extrĂȘmement simple consiste Ă utiliser un petit trĂ©pied pour smartphone. Vous pouvez en trouver Ă quelques dizaines d’euros, et vous n’avez pas besoin d’un modĂšle photographique sophistiquĂ©. Un support rigide suffit. Le retardateur de deux ou trois secondes permet Ă©galement d’Ă©viter que votre doigt ne fasse bouger le tĂ©lĂ©phone au moment de la prise de vue. Les recommandations photographiques destinĂ©es aux Ă©clipses soulignent justement l’intĂ©rĂȘt d’un trĂ©pied et d’un dĂ©clenchement diffĂ©rĂ© pour limiter les vibrations.
Le choix du mode photo mĂ©rite aussi un peu d’attention. En automatique, le smartphone va gĂ©nĂ©ralement tenter de rendre la scĂšne suffisamment lumineuse. Or le Soleil est un objet extrĂȘmement lumineux sur un fond de ciel relativement sombre. Le logiciel de traitement d’image peut donc ĂȘtre tentĂ© de surexposer certaines zones ou, au contraire, de rĂ©duire tellement l’exposition que le disque solaire devient minuscule et peu dĂ©taillĂ©.
Si votre smartphone dispose d’un rĂ©glage manuel ou d’une application permettant de contrĂŽler l’exposition, vous gagnez une marge de manĆuvre. Vous pouvez toucher le disque solaire Ă l’Ă©cran pour indiquer au tĂ©lĂ©phone la zone Ă exposer, puis rĂ©duire manuellement l’exposition si l’appareil le permet. Sur certains modĂšles, il est Ă©galement possible de verrouiller la mise au point et l’exposition. C’est particuliĂšrement utile parce que l’autofocus peut hĂ©siter face Ă un petit objet extrĂȘmement lumineux entourĂ© d’un ciel beaucoup plus sombre.
Le HDR, trĂšs utile pour les paysages ordinaires, est en revanche Ă considĂ©rer avec prudence lorsque vous cherchez Ă photographier directement le Soleil. Le traitement HDR combine plusieurs expositions pour augmenter la dynamique de la scĂšne. Cette fonction peut produire de beaux rĂ©sultats sur un paysage d’Ă©clipse, mais elle ne transforme pas un smartphone en camĂ©ra astronomique. Pour le disque solaire, la prioritĂ© reste une exposition maĂźtrisĂ©e et une optique protĂ©gĂ©e.
La mise au point automatique peut Ă©galement devenir capricieuse. Le smartphone peut essayer de faire la nettetĂ© sur le ciel plutĂŽt que sur le disque solaire. Lorsque votre application le permet, verrouillez la mise au point Ă l’infini ou utilisez une mise au point manuelle adaptĂ©e. Faites toutefois des essais avant le jour de l’Ă©clipse, avec un filtre solaire correctement installĂ©. Vous gagnerez du temps et vous Ă©viterez de dĂ©couvrir le fonctionnement de votre application au moment oĂč tout le monde regarde le ciel.
La question du filtre est probablement la plus importante de toute cette histoire. Un filtre solaire photographique n’est pas simplement un morceau de plastique sombre. Il est conçu pour rĂ©duire trĂšs fortement la transmission du rayonnement solaire et doit prĂ©senter des caractĂ©ristiques optiques et spectrales adaptĂ©es Ă l’observation solaire. Pour les dispositifs d’observation directe Ă l’Ćil, la rĂ©fĂ©rence ISO 12312-2 concerne les filtres solaires non grossissants destinĂ©s Ă l’observation du Soleil. Elle ne constitue pas Ă elle seule une fiche universelle pour tous les filtres photographiques montĂ©s sur les objectifs, ce qui explique pourquoi il faut choisir un produit spĂ©cifiquement destinĂ© Ă la photographie solaire et Ă l’optique utilisĂ©e.
Un point mĂ©rite d’ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ© parce qu’il peut Ă©viter une mauvaise manipulation : le filtre doit ĂȘtre fixĂ© devant l’objectif. Vous ne devez pas mettre une paire de lunettes d’Ă©clipse devant vos yeux puis regarder le Soleil Ă travers l’Ă©cran du tĂ©lĂ©phone en pensant que cela protĂšge le systĂšme optique. Ce montage ne constitue pas une protection appropriĂ©e pour l’appareil. Les filtres pour appareils photo, jumelles et tĂ©lescopes sont conçus pour ĂȘtre placĂ©s Ă l’avant de l’optique.
Si votre smartphone possĂšde plusieurs objectifs Ă l’arriĂšre, faites Ă©galement attention au systĂšme utilisĂ©. Un filtre posĂ© devant le tĂ©lĂ©phone peut couvrir l’objectif principal mais laisser un autre module exposĂ© si vous passez en tĂ©lĂ©objectif ou en ultra-grand-angle. Il faut donc vĂ©rifier que l’objectif rĂ©ellement utilisĂ© est bien couvert par le filtre. Cela paraĂźt Ă©vident, mais avec les smartphones modernes et leurs multiples capteurs, la bascule automatique entre les modules peut parfois surprendre.
Une autre difficultĂ© vient de la tempĂ©rature. Une journĂ©e d’Ă©clipse en aoĂ»t peut ĂȘtre chaude, et un tĂ©lĂ©phone exposĂ© longtemps au soleil chauffe dĂ©jĂ assez rapidement. Ajoutez Ă cela l’enregistrement vidĂ©o, le traitement d’image, l’Ă©cran allumĂ© en permanence et Ă©ventuellement le rĂ©seau mobile actif : la tempĂ©rature interne peut monter rapidement. Une batterie lithium-ion n’aime pas particuliĂšrement les fortes tempĂ©ratures. Vous avez donc intĂ©rĂȘt Ă garder le tĂ©lĂ©phone Ă l’ombre autant que possible, Ă Ă©viter de le laisser sur une surface mĂ©tallique chauffĂ©e par le Soleil et Ă prĂ©voir une batterie externe placĂ©e elle aussi Ă l’abri de la chaleur.
La vidĂ©o peut d’ailleurs ĂȘtre une meilleure solution que la photographie si votre objectif est de conserver un souvenir familial. Les smartphones actuels disposent de capacitĂ©s vidĂ©o trĂšs supĂ©rieures Ă celles des tĂ©lĂ©phones d’il y a dix ans. Vous pouvez installer le tĂ©lĂ©phone sur un trĂ©pied, cadrer votre environnement et enregistrer l’ambiance sonore. Vous aurez alors les rĂ©actions des personnes autour de vous, les changements de luminositĂ© et les quelques minutes qui entourent le maximum de l’Ă©clipse. Des spĂ©cialistes de l’observation recommandent justement de ne pas nĂ©gliger cette approche, car les rĂ©actions et les sons constituent une partie trĂšs personnelle du souvenir.
Pour une photographie purement astronomique, en revanche, le smartphone montre vite ses limites. Le Soleil reste petit, mĂȘme avec un zoom relativement important, et les algorithmes de traitement d’image peuvent lisser les dĂ©tails. Vous risquez de voir apparaĂźtre une petite boule orange, blanche ou jaune avec une forme lĂ©gĂšrement entamĂ©e par la Lune, mais sans grande finesse. Ce n’est pas un dĂ©faut du tĂ©lĂ©phone : c’est principalement une question de focale et de rĂ©solution angulaire.
Vous pouvez toutefois amĂ©liorer considĂ©rablement le rĂ©sultat en composant l’image. Au lieu de chercher Ă remplir tout le cadre avec le Soleil, utilisez le paysage. Une silhouette d’arbre, un clocher, une montagne, une maison ou quelques personnes peuvent donner une vĂ©ritable profondeur Ă la photographie. La scĂšne devient alors une image de reportage plutĂŽt qu’une tentative de concurrencer les observatoires astronomiques avec un tĂ©lĂ©phone tenu Ă bout de bras.
Pour l’Ă©clipse du 12 aoĂ»t 2026, cette approche sera particuliĂšrement intĂ©ressante selon votre position gĂ©ographique. Si vous ĂȘtes hors de la bande de totalitĂ©, vous observerez une Ă©clipse partielle et le filtre solaire devra rester en place pour photographier le Soleil pendant toutes les phases. Si vous ĂȘtes dans la bande de totalitĂ©, la situation change pendant quelques minutes : lorsque le disque photosphĂ©rique est complĂštement masquĂ©, l’observation directe de la totalitĂ© devient possible Ă l’Ćil nu. Mais pour un smartphone placĂ© devant le Soleil, la gestion du filtre demande davantage de prĂ©cautions et dĂ©pend du matĂ©riel utilisĂ©. Les recommandations spĂ©cialisĂ©es distinguent bien l’observation Ă l’Ćil nu de la photographie avec une optique.
C’est d’ailleurs pendant la totalitĂ© que le smartphone peut produire ses images les plus spectaculaires⊠sans forcĂ©ment photographier directement le Soleil. La luminositĂ© du paysage chute brutalement, l’horizon peut prĂ©senter une zone de lumiĂšre rĂ©siduelle, le ciel prend un aspect inhabituel et les rĂ©actions des personnes deviennent trĂšs expressives. Un smartphone grand-angle placĂ© sur un trĂ©pied peut alors enregistrer une scĂšne que mĂȘme un appareil astronomique spĂ©cialisĂ© ne racontera pas de la mĂȘme maniĂšre.
Vous pouvez aussi exploiter la fonction vidĂ©o en mode accĂ©lĂ©rĂ©. Un tĂ©lĂ©phone placĂ© au mĂȘme endroit pendant une longue pĂ©riode peut enregistrer l’Ă©volution de la lumiĂšre et du paysage. Il faut simplement surveiller la tempĂ©rature, l’autonomie et l’espace de stockage. Une vidĂ©o 4K peut consommer beaucoup plus de mĂ©moire qu’une sĂ©quence Full HD. Si vous souhaitez uniquement documenter l’ambiance, le 1080p suffit gĂ©nĂ©ralement largement pour une vidĂ©o familiale ou destinĂ©e aux rĂ©seaux sociaux.
La capacitĂ© de stockage est souvent sous-estimĂ©e. Une journĂ©e d’Ă©clipse peut rapidement produire des centaines de photographies et plusieurs gigaoctets de vidĂ©o. Avant de partir, libĂ©rez de l’espace sur le tĂ©lĂ©phone et chargez complĂštement la batterie. Si vous utilisez une batterie externe, Ă©vitez de la laisser en plein soleil. Un petit cĂąble court peut Ă©galement Ă©viter que la batterie ne tombe ou ne tire sur le smartphone montĂ© sur son support.
Il faut aussi penser au confort d’utilisation. Vous pouvez avoir le meilleur smartphone du monde, un filtre parfait et un trĂ©pied, mais si vous passez les quatre minutes les plus intĂ©ressantes Ă essayer de trouver le bon bouton sur l’Ă©cran, vous risquez de rater l’Ă©vĂ©nement. PrĂ©parez vos rĂ©glages Ă l’avance, faites plusieurs essais, mĂ©morisez la position des commandes et utilisez un cadrage suffisamment large pour retrouver facilement le Soleil.
Une bonne mĂ©thode consiste Ă rĂ©aliser plusieurs tests quelques jours avant l’Ă©clipse. Avec le filtre solaire installĂ©, photographiez le Soleil Ă diffĂ©rents niveaux de zoom. Comparez ensuite les images sur un ordinateur ou sur une tablette. Vous dĂ©couvrirez rapidement Ă partir de quel niveau de zoom l’image commence Ă perdre beaucoup de dĂ©tails. Le meilleur rĂ©glage n’est pas nĂ©cessairement celui qui affiche le plus gros Soleil Ă l’Ă©cran : il peut s’agir de celui qui conserve le meilleur Ă©quilibre entre rĂ©solution, nettetĂ© et bruit numĂ©rique.
Vous pouvez également faire un essai avec le téléphone sur trépied. Faites une série de photos avec différentes expositions. Regardez ensuite les résultats à 100 % sur un grand écran. Cette méthode vous permettra de déterminer si votre téléphone produit un disque solaire suffisamment détaillé pour votre objectif. Vous pouvez ensuite reproduire le réglage le jour J.
Le budget reste raisonnable. Si vous possĂ©dez dĂ©jĂ un smartphone rĂ©cent, votre dĂ©pense peut se limiter au filtre solaire et Ă©ventuellement Ă un petit support. Un ensemble simple peut rester dans une enveloppe d’environ 20 Ă 50 euros, tandis qu’un support plus robuste, un filtre de meilleure qualitĂ© et des accessoires supplĂ©mentaires peuvent pousser la facture vers 60 Ă 100 euros ou davantage. DĂ©penser plusieurs centaines d’euros uniquement pour tenter de photographier une Ă©clipse avec un smartphone n’a gĂ©nĂ©ralement pas beaucoup de sens : si vous disposez de ce budget, un vĂ©ritable tĂ©lĂ©objectif ou un appareil photo dĂ©diĂ© changera beaucoup plus la qualitĂ© des rĂ©sultats.
Il existe aussi une solution totalement gratuite et particuliĂšrement sĂ»re : la projection indirecte. Au lieu de photographier directement le Soleil, vous pouvez utiliser un petit dispositif de projection par trou d’Ă©pingle. Le Soleil est alors projetĂ© sur une surface et vous photographiez cette projection avec le tĂ©lĂ©phone. Vous ne pointez pas directement l’appareil vers le Soleil pour obtenir l’image. Les mĂ©thodes de projection indirecte font partie des solutions reconnues pour observer une Ă©clipse sans regarder directement le Soleil.
Cette technique donne parfois des rĂ©sultats Ă©tonnamment agrĂ©ables. Les feuilles d’un arbre peuvent mĂȘme fonctionner comme une multitude de petits trous d’Ă©pingle naturels : pendant une Ă©clipse partielle, les espaces entre les feuilles peuvent projeter de nombreuses petites images du Soleil Ă©clipsĂ© sur le sol. Avec un smartphone, vous pouvez alors photographier toute une sĂ©rie de croissants lumineux sans jamais viser directement le Soleil avec l’objectif. C’est simple, spectaculaire et beaucoup moins exigeant qu’une photographie astronomique classique.
Il faut Ă©galement savoir ce que votre tĂ©lĂ©phone ne fera pas. Il ne photographiera pas correctement la couronne solaire Ă©tendue pendant la totalitĂ© comme un appareil Ă©quipĂ© d’une optique et d’une sĂ©rie d’expositions soigneusement prĂ©parĂ©es. Il ne rĂ©vĂ©lera pas spontanĂ©ment les protubĂ©rances solaires avec une prĂ©cision scientifique. Il ne remplacera pas un tĂ©lĂ©objectif de plusieurs centaines de millimĂštres. Et le fameux zoom numĂ©rique x50 ou x100 affichĂ© par certains smartphones ne transforme pas magiquement un petit capteur en observatoire astronomique.
En revanche, il peut raconter l’Ă©vĂ©nement. C’est probablement sa plus grande force. Vous pouvez photographier le ciel, le paysage, les personnes, les ombres, les rĂ©actions, les variations de luminositĂ© et, avec les bonnes prĂ©cautions, le Soleil lui-mĂȘme. Les spĂ©cialistes de l’imagerie des Ă©clipses reconnaissent d’ailleurs qu’un smartphone suffit pour produire de bonnes images d’ambiance et de paysage.
Le meilleur conseil reste donc assez simple : ne transformez pas votre tĂ©lĂ©phone en prioritĂ© absolue le jour de l’Ă©clipse. PrĂ©parez-le avant, installez-le sur son support, testez votre filtre et vos rĂ©glages, puis laissez-le travailler lorsque le spectacle commence. Vous pourrez ainsi regarder rĂ©ellement le ciel avec vos propres yeux, tout en laissant le smartphone enregistrer quelques souvenirs.
Et surtout, pendant les phases partielles, gardez cette rĂšgle en tĂȘte : pas de Soleil direct dans l’objectif sans filtre solaire photographique adaptĂ©, et jamais de lunettes d’Ă©clipse placĂ©es devant l’appareil comme substitut Ă ce filtre. Le filtre doit ĂȘtre fixĂ© Ă l’avant de l’optique, solidement, sans risque qu’une rafale ou une manipulation le dĂ©place.
Pour l’Ă©clipse de ce 12 aoĂ»t 2026, vous pouvez donc parfaitement tenter l’expĂ©rience avec votre smartphone. Mais si vous devez choisir entre obtenir une photo moyenne et profiter rĂ©ellement des quelques minutes du phĂ©nomĂšne, le choix est vite fait : prĂ©parez l’appareil pour qu’il fonctionne presque tout seul, puis levez les yeux. Les meilleures images seront peut-ĂȘtre celles que votre tĂ©lĂ©phone ne prendra pas : celles que vous aurez rĂ©ellement vues.




