Tempêtes successives sur la France : mortalité inquiétante d’oiseaux marins.

Les tempêtes successives et particulièrement intenses qui frappent la France, surtout la façade atlantique et la Bretagne, depuis le début de l’hiver 2025-2026 épuisent gravement les populations d’oiseaux marins, avec une mortalité élevée observée ces dernières semaines. Ce phénomène, signalé par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et d’autres réseaux naturalistes, touche principalement des espèces pélagiques comme les macareux moines (Fratercula arctica), les pingouins torda, les guillemots de Troïl et d’autres alcidés, qui passent la majeure partie de leur vie en haute mer hors période de reproduction.
Depuis mi-janvier 2026, le Réseau d’Échouages des Oiseaux Marins Atlantique (REOMA), coordonné par la LPO, a documenté plus de 300 échouages sur le littoral français, concentrés entre le Finistère et la Charente-Maritime, avec une forte intensification en février. Plus de 1 500 macareux moines ont été retrouvés morts ou très affaiblis rien qu’en France entre le 1er et le 12 février, et les estimations globales parlent de plusieurs milliers d’individus touchés sur l’ensemble de la façade atlantique européenne (Bretagne, Vendée, Charente-Maritime, Pays basque, jusqu’au Portugal et à l’Espagne). Pour chaque oiseau échoué sur une plage et repéré, les experts estiment que plusieurs (parfois jusqu’à 10) meurent en mer sans être détectés, ce qui rend la mortalité réelle bien supérieure aux chiffres recensés. En Bretagne sud (Finistère, Morbihan), des centaines de macareux ont été signalés à chaque marée haute depuis début février, sur des plages comme celles d’Audierne, Concarneau, Larmor-Plage, Etel ou Groix.
La cause principale est l’épuisement lié à la succession quasi ininterrompue de tempêtes hivernales, dont Nils n’est que l’un des derniers exemples (rafales à plus de 100-120 km/h sur les côtes, houles de 8-10 mètres ou plus). Ces oiseaux plongeurs (macareux jusqu’à 20-30 mètres de profondeur en général) peinent à accéder à leur nourriture : les proies (poissons fourrage comme les lançons ou sprats) descendent plus profondément pour se protéger des vagues violentes, et les fortes houles empêchent les oiseaux de chasser efficacement. Affaiblis par le vent constant, le froid, la déshydratation et la sous-nutrition, ils perdent rapidement leurs réserves énergétiques, deviennent hypothermiques, dérivent pendant des jours et finissent par s’échouer, souvent agonisants ou déjà morts. Les autopsies et observations sur les cadavres montrent un état de maigreur extrême, sans signes de maladie infectieuse majeure (grippe aviaire écartée dans la plupart des cas) ni de pollution massive récente (bien que des cas isolés de mazoutage, potentiellement liés à des résidus de l’Erika ou d’autres sources, aient été notés).



Olivier Retail, directeur de la LPO Bretagne, explique que « les oiseaux pélagiques vivent en pleine mer et la succession de tempêtes et de mauvais temps les épuise. L’accès à la nourriture devient de plus en plus compliqué parce que fortes houles, vent, et les sources de nourriture partent un peu plus profondément ». Il ajoute que ce phénomène reste exceptionnel pour l’instant, mais pose la question du rôle du réchauffement climatique : un jet-stream plus dynamique, des contrastes thermiques accentués et une atmosphère plus humide favorisent des tempêtes plus fréquentes et intenses en hiver, ce qui pourrait amplifier ces crises à l’avenir.
Ce n’est pas la première fois : l’épisode rappelle l’hécatombe massive de l’hiver 2013-2014 (plus de 50 000 oiseaux échoués sur les côtes européennes, dont 42 000 en France), liée à une succession similaire de tempêtes. Mais en 2026, l’ampleur semble moindre que 2014, bien que très préoccupante, surtout pour des espèces vulnérables comme le macareux moine (déjà classé vulnérable en Europe). Des centres de soins comme celui de l’île Grande (Côtes-d’Armor) ou Hegaldia au Pays basque ont pris en charge des dizaines d’individus vivants, mais le pronostic reste sombre pour les plus épuisés.
Les naturalistes appellent à la vigilance : si un oiseau vivant est trouvé (souvent très faible, incapable de voler), ne pas le toucher directement (risque de stress supplémentaire) et contacter SOS Faune sauvage Bretagne au 02 57 63 13 13 ou la LPO locale pour une prise en charge. Éviter de déranger les cadavres pour ne pas perturber les comptages. Ce drame souligne une fois de plus la sensibilité des écosystèmes marins aux aléas climatiques extrêmes, aggravés par la surexploitation des ressources halieutiques qui affaiblit déjà ces populations.
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