Foudre : quel est donc cet « effet flash » ?.

Une douzaine de personnes ont été touchées dans un zoo près de Marseille ce mercredi par la foudre via ce que l’on appelle un effet flash. C’est un phénomène bien connu en électrophysiologie de la foudre, souvent désigné dans la littérature par le terme d’« effet flash-over humain », « effet de pas », ou plus généralement effet de conduction par proximité. L’idée que la foudre puisse « sauter » d’un corps à un autre dans un groupe de personnes est réelle, bien documentée, et représente une des causes indirectes majeures d’électrocution par orage.

Il y a parfois, au sommet d’un col de montagne, sur un terrain de sport ou en forêt, un silence qui précède le drame. Un impact de foudre éclate non loin, et plusieurs personnes tombent simultanément, fauchées par une décharge qui n’a pourtant touché directement qu’un seul point. Ce scénario n’est pas rare, et il est l’un des aspects les plus redoutés des secours d’urgence en milieu orageux. Il s’explique par un phénomène particulier : le transfert de courant d’un corps humain à un autre, phénomène que certains vulgarisateurs appellent « effet flash » dans un sens figuré, mais que la science désigne par d’autres termes.

Le corps humain est un conducteur d’électricité. Riche en eau et en électrolytes, il offre un chemin de moindre résistance lorsque la foudre cherche à se dissiper dans le sol. Quand une personne est directement frappée, une partie du courant s’écoule dans le corps, mais une autre partie peut continuer sa course à travers les corps proches, s’ils sont suffisamment rapprochés. Ce mécanisme est accentué par l’humidité ambiante, la sueur, ou un sol mouillé, qui favorisent la conduction latérale entre les individus.

Ce transfert secondaire est particulièrement dangereux dans les regroupements : scouts, sportifs, spectateurs, randonneurs, ou familles abritées sous un même arbre. L’électricité de la foudre, qui se propage dans toutes les directions à partir du point d’impact, trouve alors dans les corps humains des relais conducteurs successifs. Les conséquences peuvent aller d’un simple choc électrique à un arrêt cardiaque. Contrairement à une idée reçue, la foudre ne tombe pas forcément “sur une personne” mais peut frapper le sol à proximité et affecter tous ceux présents dans le rayon de diffusion du courant.

Un autre phénomène connexe est l’effet de pas : lorsqu’une onde de choc électrique se propage dans le sol, une différence de potentiel peut exister entre les deux pieds d’un individu. Cette différence suffit parfois à faire passer un courant par les jambes, le bassin, ou la colonne vertébrale. Cela explique pourquoi même sans contact direct avec un point d’impact, une personne peut être grièvement blessée.

L’accident du col de la Croix-de-Fer en 2015, où plusieurs randonneurs ont été blessés simultanément par un orage soudain, est un exemple frappant de ces effets multiples. L’un des marcheurs, en tête, a vraisemblablement servi de point d’entrée, mais les autres ont été atteints par conduction via le sol et entre les corps. Une autopsie électrique, rare mais pratiquée par les experts en foudroiement, a mis en évidence des brûlures de sortie sur des membres éloignés du point d’impact principal, et des marques en “feuillage” sur la peau : signes classiques de foudre.

Les recommandations des services de secours sont claires : en cas d’orage, il ne faut jamais se regrouper, même sous un abri. Mieux vaut s’éloigner les uns des autres d’au moins 3 à 4 mètres, s’accroupir isolément sur un support isolant (sac à dos, vêtement sec), garder les pieds joints pour limiter la différence de potentiel, et éviter tout contact physique entre individus.

Sur les terrains de foot, les écoles ont reçu des protocoles précis : évacuation rapide, dispersion, mise à l’abri dans des structures fermées (et non sous des arbres). Malgré cela, chaque année en France, plusieurs dizaines de personnes sont blessées par la foudre, et certains décès sont causés non par l’impact direct, mais par la conduction entre proches.

Ce danger silencieux, cet “éclair qui circule de l’un à l’autre”, est donc un risque collectif dans un phénomène pourtant solitaire par nature. Ce n’est pas seulement la foudre qui frappe, c’est l’électricité de la foudre qui se propage — par le sol, l’air humide, ou même par les corps eux-mêmes — lorsqu’ils sont assez proches.

Que retenir concrètement ?

La foudre n’est pas seulement verticale et brutale : elle est diffuse, latérale, multiple, et parfois sociale. Elle nous rappelle que, face à un phénomène électrique, la proximité est un danger. Comprendre ce que certains appellent à tort « effet flash » dans ce contexte, c’est intégrer que l’électricité cherche toujours le chemin le plus court… même si ce chemin passe par nous.

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