Les événements naturels en France auraient coûté 5 milliards d’euros aux assurances en 2024 selon un rapport publié par France Assureurs. Ce chiffre semble marquer une année particulièrement lourde pour les assureurs, dans un contexte où les intempéries, dopées par le changement climatique, se multiplient.
Selon les informations partagées, les 5 milliards d’euros se décomposent ainsi : 2,2 milliards pour les tempêtes, la grêle et la neige, 2 milliards pour les catastrophes naturelles reconnues (inondations, sécheresses, glissements de terrain), et 800 millions pour l’assurance récoltes, qui couvre les agriculteurs face aux aléas climatiques. Ce total de 5 milliards marque tout de même une baisse par rapport à 2023, où les sinistres climatiques avaient coûté 6,5 milliards d’euros aux assureurs, selon un rapport de France Assureurs publié sur RFI le 27 mars 2024. Mais il reste bien au-dessus de la moyenne annuelle de 3,5 milliards sur 2017-2021, comme le notait Florence Lustman, présidente de France Assureurs, dans une interview à Europe 1 en janvier 2023. Cela montre une tendance claire : les coûts des événements naturels augmentent, même dans une année comme 2024, qui semble moins extrême que 2022 (10,6 milliards) ou 1999 (13,8 milliards, ajustés à l’inflation).
Pourquoi un tel coût en 2024 ? Le changement climatique est, sans surprise, au cœur du problème. L’année dernière a été marquée par une série d’événements météorologiques intenses. Les inondations dans le Pas-de-Calais en décembre 2024, qui ont touché 15 000 foyers selon actu.fr, ont probablement pesé lourd dans la balance des 2 milliards attribués aux catastrophes naturelles. Les tempêtes, comme Frederico en novembre 2023, qui a apporté des vents à plus de 100 km/h et des pluies torrentielles dans le nord, ont aussi contribué, même si elles se sont prolongées en 2024. Une analyse de Nature Climate Change de 2023 estimait que chaque degré de réchauffement augmente l’intensité des événements extrêmes de 5 à 15 %, et avec une France à +1,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle (ecologie.gouv.fr), les chiffres de 2024 s’inscrivent dans cette logique. Les 800 millions pour l’assurance récoltes reflètent aussi les sécheresses et les vagues de chaleur, qui ont frappé les agriculteurs, notamment dans le sud-est, où 90 % des propriétés sont menacées par le retrait-gonflement des argiles, selon Connexion France (30 octobre 2024).
Mais ce chiffre de 5 milliards, bien qu’impressionnant, doit être nuancé. D’une part, il est inférieur à 2023, ce qui pourrait suggérer une année moins cataclysmique, ou peut-être une meilleure anticipation des sinistres par les assureurs et les autorités. D’autre part, il ne couvre que les pertes assurées, pas les pertes économiques totales, qui incluent les dommages non couverts – un « protection gap » que Gallagher Re estimait à 63 % des pertes globales en 2024, soit 263 milliards de dollars sur 417 milliards à l’échelle mondiale (Risk & Insurance, 21 janvier 2025). En France, ce gap est moindre grâce au régime CatNat, mais il existe : les 24 milliards de dollars de pertes non assurées au Canada en 2024 (The Globe and Mail, 13 janvier 2025) rappellent que beaucoup de dégâts échappent aux indemnisations, notamment pour les petites entreprises ou les foyers sous-assurés.
Ce coût de 5 milliards met aussi en lumière la pression sur le système d’assurance français. Le régime CatNat, qui repose sur une surprime prélevée sur tous les contrats habitation, a vu cette surprime passer de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025, comme prévu par la loi de finances 2024. Cette hausse, qui vise à renflouer les caisses de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), fait suite à des années de sinistres records : 10,6 milliards en 2022, 6,5 milliards en 2023, et donc 5 milliards en 2024. Mais elle pèse sur les ménages. Une famille payant 400 euros de prime annuelle voit sa surprime CatNat passer de 48 à 80 euros, soit 32 euros de plus par an. Dans des régions à risque comme le Gard, où les primes sont déjà élevées – 650 euros en moyenne contre 450 euros à Rennes (Le Figaro, 2024) –, cette augmentation est un coup dur. Une enquête de 60 Millions de Consommateurs en février dernier montrait que 15 % des Français envisagent de réduire leurs garanties pour absorber ce surcoût, un choix qui les expose davantage.
Et les agriculteurs ? Les 800 millions d’euros pour l’assurance récoltes en 2024 montrent à quel point ils sont en première ligne. Les sécheresses, comme celle de 2022 qui a coûté 2,3 milliards d’euros au secteur agricole (Agreste), se répètent, et les vagues de chaleur de 2024 n’ont pas dû arranger les choses. Un viticulteur du Languedoc, interrogé par La Tribune en janvier 2025, résumait bien la situation : « Entre la grêle, les inondations et maintenant cette hausse, on ne s’en sort plus. » Avec des primes d’assurance multirisques professionnelles qui grimpent, certains exploitants réduisent leur couverture, jouant un pari risqué face à un climat imprévisible.
Que nous dit ce chiffre de 5 milliards sur l’avenir ? Il confirme une tendance lourde : les événements naturels, portés par un réchauffement qui ne faiblit pas, coûtent de plus en plus cher. Le PNACC-3, publié le 10 mars 2025, prévoit une France à +4 °C d’ici 2100, avec des pluies extrêmes en hausse de 20 % dans le nord et des sécheresses prolongées dans le sud. La CCR estimait en 2024 que les sinistres CatNat pourraient atteindre 3 milliards d’euros par an d’ici 2050, rendant le système actuel difficilement tenable sans réformes. Certains experts, comme ceux de Munich Re, plaident pour plus de prévention – digues, urbanisme adapté – pour réduire les coûts. Une étude de SMACL (Connexion France, 30 octobre 2024) avançait qu’un euro investi en prévention peut économiser sept euros en indemnisations, un calcul qui donne à réfléchir.
Mais au-delà des chiffres, c’est une réalité humaine qui se dessine. Derrière ces 5 milliards, il y a des familles évacuées dans le Pas-de-Calais, des agriculteurs qui regardent leurs champs brûler sous le soleil, des petites entreprises qui peinent à se relever après une tempête. C’est aussi une facture qui nous concerne tous, à travers nos primes d’assurance qui grimpent comme on l’a évoqué récemment dans un reportage, et un climat qui, lui, ne montre aucun signe d’apaisement. En 2024, les événements naturels ont donc coûté cher aux Français, mais ils nous rappellent toujours cette urgence d’agir de prévenir. Et qu’il va falloir véritablement face notamment au réchauffement des températures repenser notre façon de vivre avec une nature qui, de plus en plus, nous met à l’épreuve. Et pendant qu’on compte les milliards, la prochaine intempérie, elle, n’est peut-être déjà pas si loin.




