Réunion : le point sur le cyclone Garance ce samedi matin.

Le plus dur est désormais passé sur l’île de la réunion ce samedi matin pour les 870 000 habitants. Alors que l’alerte rouge s’apprête à être levée ce samedi à 10h locales, il est temps de faire le point sur la situation.

Tout a débuté mardi, quand Météo-France a repéré une dépression à 480 kilomètres au nord-ouest de l’île. Baptisée Garance, elle n’était alors qu’une tempête tropicale modérée, avec des vents à 65 km/h et une trajectoire encore floue, glissant vers l’est à un rythme nonchalant de 9 km/h. Mais dès mercredi, l’ambiance change. À 390 kilomètres des côtes, elle passe en tempête tropicale forte, ses vents grimpant à 95 km/h, et les prévisionnistes commencent à froncer les sourcils. Les modèles AROME et ECMWF s’accordent : une intensification rapide se profile, portée par une mer chaude à 29-30 °C, un faible cisaillement vertical et une humidité abondante – un cocktail parfait pour un cyclone. Jeudi matin, à 310 kilomètres, Garance devient un cyclone tropical, avec des vents moyens à 120 km/h et des rafales à 150 km/h. À midi, il est à 290 kilomètres, classé cyclone intense, ses vents atteignant 165 km/h et des rafales à 230 km/h près de l’œil. Les images satellites captent un œil qui se dessine, un signe inquiétant de sa puissance croissante.

La tension monte sur l’île. Mercredi à 14h, l’alerte orange est déclenchée, les écoles ferment, les habitants se ruent dans les magasins pour faire des stocks – eau, conserves, piles. Jeudi à 19h, l’alerte rouge tombe : confinement total, plus personne dehors sauf les secours. Les prévisions sont claires : Garance frappera entre minuit et le matin, passant à moins de 50 kilomètres du nord, peut-être même sur Saint-Denis. À 4h vendredi, il n’est plus qu’à 135 kilomètres, ses vents à 180 km/h. Puis à 6h, l’alerte violette – le niveau maximal – s’active, une mesure rare qui fige tout. À 10h, l’œil touche terre près de Saint-Denis, déversant une fureur mesurée à 214 km/h à l’aéroport de Gillot, 174 km/h au Maïdo, 169 km/h à Bellevue-Bras Panon, et 160 km/h à la Plaine des Cafres. L’alerte violette est levée à midi, mais l’alerte rouge persiste, le cyclone s’attardant encore, ses vents ravageant le nord avant de glisser sud-est.

Les premières heures post-impact sont un chaos organisé. Les vents ont tout secoué : arbres déracinés, toitures envolées, lignes électriques à terre. À 18h vendredi, 182 000 foyers – plus d’un tiers des abonnés – sont sans électricité, selon EDF Réunion. Les pluies battent des records : 376 mm en six heures à Commerçon, dont 186 mm en une heure – un déluge absolu, note La Chaîne Météo. Dans les hauts, comme à la Plaine des Chicots, les cumuls atteignent 540 mm en 24 heures. Les rivières débordent : à Saint-Benoît, la Rivière des Marsouins menace une crue centennale, forçant l’évacuation de l’îlet Coco et Danclas. La houle, avec des vagues de 7 à 8 mètres, submerge la route du littoral, tandis que des routes comme la RD48 à Salazie s’effondrent sous des blocs rocheux.
Le bilan humain est tragique. Vendredi soir, la préfecture annonce trois morts : une femme dans la cinquantaine noyée près d’une bouche d’égout à Domenjod (Saint-Denis), un homme tué dans un incendie électrique, et une autre femme ensevelie par une coulée de boue à Trois Bassins. Ce matin, une 4e victime a été dénombrée alors que deux disparus sont recherchés; les secours fouillant dans des conditions encore instables. Côté matériel, 171 000 personnes n’ont plus d’eau potable, 134 000 sont coupées d’internet, et 342 relais mobiles sont hors service. L’aéroport Roland Garros, fermé depuis jeudi 10h30, reste muet, isolant l’île jusqu’à samedi au moins.

Les experts scrutent déjà Garance avec gravité. Sébastien Langlade, chef du département cyclone au CMRS de La Réunion, le décrit comme « très impressionnant et bien structuré », un système compact – 200 km de diamètre – mais d’une intensité hors norme. Les vents les plus violents, dans le mur de l’œil, ont dévasté le nord, mais toute l’île a subi des rafales cycloniques dépassant 150 km/h. Les pluies, amplifiées par le relief, ont surpris par leur abondance : François Bonnardot de Météo-France parle de cumuls « exceptionnels » dans les hauts, où des torrents ont transformé des pentes en rivières boueuses – Champ Fleuri, Bellepierre, Cilaos. La trajectoire, incertaine jusqu’à mercredi, s’est précisée en un virage sud-est, évitant un survol total mais pas les dégâts majeurs.

Les impacts immédiats sont lourds. Les inondations au nord – Saint-Denis, La Possession – évoquent Belal en 2024, qui avait fait quatre morts et 100 millions d’euros de dégâts. L’agriculture est à genoux : bananeraies aplaties, cultures maraîchères noyées, un désastre que les agriculteurs estiment déjà à des millions. Les infrastructures plient : 800 pompiers, gendarmes et secouristes s’activent, mais des routes restent impraticables, et EDF lutte sous des pluies persistantes. Pourtant, les Réunionnais, habitués aux cyclones, tiennent bon : 675 personnes ont trouvé refuge dans 128 centres d’hébergement dès jeudi, un réseau de solidarité qui a amorti le choc.

Les études climatiques jettent une lumière crue sur l’événement. Une analyse de Météo-France Océan Indien (2023) lie l’intensification des cyclones dans la région à des eaux plus chaudes – 1 °C de plus depuis 1950 – et à un réchauffement global qui dope leur puissance. Garance, avec ses 234 km/h au Gros-Piton Sainte-Rose, n’est pas un cas isolé : il suit Belal, rappelle Dina (2002), et préfigure peut-être une nouvelle norme sous un climat à +4 °C d’ici 2100 (SSP5-8.5). Pour l’instant, les habitants n’ont pas le temps de théoriser : ils balaient, réparent, espèrent.

Le regard se tourne vers demain. L’alerte rouge sera donc levée ce samedi à 10h, promet le préfet Patrice Latron, alors que Garance, à 100 km sud-ouest vendredi midi, s’affaiblit en tempête tropicale forte – vents à 80-100 km/h d’ici samedi. EDF mobilise 300 agents, renforcés par 104 collègues de Mayotte et 100 pompiers de l’Hexagone dès dimanche, tandis que le RSMA dégage les routes. Les secours maintiennent 54 évacuations préventives, et des aides d’urgence affluent. À plus long terme, Garance alimentera les plans de résilience : renforcer les réseaux, protéger les cultures, anticiper les crues – des leçons tirées au prix fort.

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