Réunion : le cyclone Garance rétrogradé en alerte rouge.

Photo d'illustration

L’alerte rouge est toujours en vigueur, bien que l’alerte violette, déclenchée brièvement ce matin à 6h heure locale (3h à Paris), ait été levée. Les habitants, confinés depuis jeudi 19h, attendent, retenant leur souffle, que le pire passe. Mais où en est-on vraiment ce matin ?

Ce mardi, Météo-France détecte une dépression tropicale à 480 km au nord-ouest de l’île, un système encore modeste baptisé Garance. À ce stade, rien d’alarmant : une tempête tropicale modérée, avançant lentement vers l’est à 9 km/h, avec des vents moyens à 65 km/h. Mais mercredi, le ton change. À 10h, Garance, devenue une forte tempête tropicale, se rapproche à 390 km, ses vents grimpant à 95 km/h, avec des rafales à 130 km/h en mer. Les modèles – AROME, ECMWF – s’affolent : les conditions sont réunies pour une intensification rapide. Une mer chaude à 29-30 °C, un faible cisaillement vertical, une humidité abondante : tout nourrit le monstre. À 16h, elle n’est plus qu’à 370 km, et le préfet Patrice Latron place l’île en alerte orange à 14h, un signal clair que la menace grandit.

Jeudi, l’escalade s’accélère. À 7h, Garance, désormais cyclone tropical, se tient à 310 km au nord-ouest, avec des vents moyens à 120 km/h et des rafales à 150 km/h. Les images satellites montrent un œil qui se forme, un signe que le système s’organise, gagne en puissance. À 10h30, il atteint 290 km au nord, ses vents moyens bondissant à 165 km/h, des rafales à 230 km/h près de l’œil – catégorie 3 sur 5, un cyclone intense selon le Centre Météorologique Régional Spécialisé (CMRS) de La Réunion. À 16h, il n’est plus qu’à 245 km, ralentissant à 7 km/h, une lenteur qui inquiète : plus il traîne, plus il risque de déverser sa colère. À 19h, l’alerte rouge est déclenchée, confinant 870 000 habitants. Les prévisions convergent : Garance frappera dans la nuit, entre minuit et 10h vendredi, passant à moins de 50 km des côtes – voire directement sur le nord de l’île.

La nuit de jeudi à vendredi devient un huis clos tendu. À 4h locales (1h à Paris), Garance est à 135 km au nord, ses vents moyens à 180 km/h, des rafales flirtant avec les 200 km/h. Les relevés s’affolent : à 6h, l’alerte violette, niveau maximal, est activée – une première depuis Belal en janvier 2024 –, signifiant un danger extrême. Puis, à 10h, l’œil touche terre près de Saint-Denis : 214 km/h à l’aéroport de Gillot, 174 km/h au Maïdo, 169 km/h à Bellevue-Bras Panon, 160 km/h à la Plaine des Cafres, selon Météo-France. L’alerte violette est levée peu après, redescendant en rouge, mais le cyclone reste là, compact, violent, lent à s’éloigner. À 9h CET (6h locales), il oscille encore près de l’île, ses vents ravageant le nord avant de pivoter sud-est.
Les impacts sont déjà massifs, même si le bilan complet reste à venir. À 9h11 CET, TF1 Info rapporte 145 000 foyers sans électricité – 17 % des abonnés –, des lignes arrachées par des rafales dépassant 200 km/h. Les pluies, torrentielles, s’abattent : 800 mm attendus dans les hauts, 200 à 300 mm en plaine, selon le CMRS. La Rivière des Marsouins menace une crue centennale, poussant Saint-Benoît à évacuer l’îlet Coco et l’îlet Danclas. La houle, avec des vagues de 7 à 8 mètres, submerge la route du littoral, fermée depuis jeudi midi. À Salazie, des blocs rocheux s’effondrent sur la RD48, un danger que les pompiers peinent à juguler en pleine tempête. Les arbres tombent, les toitures s’envolent, et la foudre, active dans les bandes orageuses, ajoute au chaos.
Les habitants, eux, vivent l’attente dans une tension palpable. Depuis mercredi, les supermarchés de Saint-Denis se vident : eau, conserves, piles – les stocks fondent sous la ruée. « On est très angoissés », confie Marta, éleveuse de vaches laitières à TF1 Info, tandis que Wilson, producteur de tomates, se résigne : « C’est un cyclone puissant, on sait ce que ça veut dire. » Les 127 centres d’hébergement, ouverts dès jeudi 16h, accueillent 521 personnes à 4h vendredi, dont 55 mineurs, selon Réunion La 1ère. Mais la nuit, malgré les chiffres, reste étrangement calme pour certains : à la Plaine des Cafres, les pluies restent mesurées, une accalmie trompeuse avant la tempête.

Les analyses des experts oscillent entre gravité et prudence. Sébastien Langlade, chef du département cyclone au CMRS, qualifie Garance de « très impressionnant et bien structuré » sur Cyclone OI, un système rare par sa puissance et sa compacité – un diamètre de 200 km, contre 500 km pour Belal. La trajectoire, initialement incertaine (est ou ouest ?), s’est précisée jeudi : un impact nord, avec l’œil frôlant Saint-Denis avant de descendre sud-est. Les vents les plus forts, dans le mur de l’œil, frappent la moitié nord, mais toute l’île ressent les effets cycloniques – rafales à 150 km/h minimum. La lenteur du déplacement (6-7 km/h) inquiète : « Plus il reste, plus il déverse », note François Bonnardot de Météo-France, prévoyant des cumuls pluviométriques « exceptionnels » dans les hauts.

Les impacts à venir se dessinent en pointillés. Vendredi matin, alors que Garance s’attarde, les autorités redoutent des crues éclair, des glissements de terrain, et une submersion côtière accrue – le nord-ouest et le nord-est sont en première ligne. EDF mobilise 300 agents pour rétablir le courant, mais les dégâts sur le réseau électrique pourraient prendre des jours à réparer. L’agriculture, déjà éprouvée par Belal, tremble : les cultures maraîchères, les bananeraies, risquent d’être dévastées. L’aéroport Roland Garros, fermé depuis jeudi 10h30, ne rouvrira pas avant samedi, isolant l’île. Et pourtant, Garance, attendu pour s’éloigner vers le sud vendredi midi (21.8°S, 55.7°E à 4h), pourrait laisser un répit dès l’après-midi, les vents faiblissant à 60-70 km/h samedi.

Ce cyclone, analysé à chaud, pose des questions plus larges. Une étude de Météo-France Océan Indien (2023) lie l’intensification des systèmes tropicaux à des eaux plus chaudes – un effet du réchauffement, avec 2024 à +1,5 °C globalement. Garance n’est pas une anomalie : c’est un signal, après Belal (2024) ou Dina (2002), d’un climat qui s’emballe. Les relevés historiques montrent que les cyclones intenses frappant directement La Réunion restent rares – Jenny en 1962, Firinga en 1989 –, mais leur fréquence pourrait croître. Pour l’heure, l’île fait face : 800 pompiers, gendarmes et secouristes sont mobilisés, et une cellule de crise à la préfecture veille. Celle-ci, n’ayant pas hésitér à basculer quelques heures en alerte violente cette menace cyclonique, où les vents ont dépassé les 200 km/h.

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