Le gouvernement veut améliorer le repérage des ménages modestes qui ont droit au chèque énergie, mais que l’administration ne parvient pas toujours à identifier automatiquement. Le projet de budget pour 2027 prévoit de nouveaux croisements de données afin de faire parvenir cette aide à environ 100 000 foyers supplémentaires. Une évolution bienvenue pour les ménages concernés, alors que le nombre de bénéficiaires automatiques a fortement varié ces dernières années. Attention toutefois : à ce stade, il s’agit d’un objectif annoncé dans le cadre du budget, pas d’une garantie déjà acquise pour chaque foyer.
Un problème d’identification devenu plus visible depuis la fin de la taxe d’habitation
Le chèque énergie aide les ménages aux revenus modestes à régler une partie de leurs dépenses d’énergie : électricité, gaz, fioul, bois ou autres combustibles utilisés pour le logement. Son attribution dépend principalement des ressources du foyer et de sa composition. Pourtant, remplir les conditions ne signifie pas toujours recevoir automatiquement le chèque. Une partie des bénéficiaires potentiels échappe aux fichiers utilisés par l’administration et doit alors entreprendre une démarche pour obtenir l’aide.
La difficulté s’est accentuée depuis la suppression de la taxe d’habitation sur les résidences principales. Auparavant, cet impôt fournissait à l’administration des informations utiles pour identifier les occupants d’un logement. Avec sa disparition, le dispositif a dû s’appuyer davantage sur le croisement des données fiscales, des informations liées au logement et des données transmises par les fournisseurs d’électricité ou les gestionnaires de réseau. Ce changement a rendu le repérage automatique plus complexe, notamment lorsque les informations disponibles ne permettent pas de relier facilement un foyer fiscal à son logement.
Le constat se lit dans les chiffres. Environ 5,5 millions de foyers avaient reçu automatiquement le chèque énergie en 2024. Le nombre est tombé à quelque 3,8 millions en 2025, avant de remonter à environ 4,5 millions en 2026. Cette baisse ne signifie pas que tous les ménages concernés ont perdu leur droit à l’aide : une partie des foyers éligibles n’a simplement pas été détectée automatiquement et a dû passer par une demande.
Comment l’administration compte-t-elle retrouver 100 000 foyers de plus ?
Le projet de budget pour 2027 prévoit d’améliorer le système de détection des bénéficiaires potentiels. L’administration croise déjà les informations fiscales avec les données des gestionnaires de réseaux de distribution et des fournisseurs d’électricité. L’objectif est désormais d’exploiter plus largement les coordonnées disponibles, notamment les adresses électroniques et les numéros de téléphone enregistrés dans les fichiers de ces opérateurs.
Ces informations supplémentaires pourraient faciliter le rapprochement entre un foyer fiscal modeste et le logement auquel le chèque doit être attribué. Un ménage peut, en effet, respecter les plafonds de ressources sans apparaître dans la liste des bénéficiaires automatiques, par exemple lorsque les données disponibles ne permettent pas d’associer correctement son dossier au point de livraison électrique de sa résidence principale.
Il ne s’agit donc pas d’ouvrir le dispositif à 100 000 foyers qui n’y avaient jusque-là pas droit. L’objectif consiste plutôt à identifier automatiquement des ménages qui remplissent déjà les conditions, mais que le système ne repère pas correctement. Cette distinction est importante : le nombre de bénéficiaires supplémentaires dépendra de la qualité des données, de leur rapprochement et de l’application des critères d’éligibilité.
Combien de ménages pourraient recevoir le chèque énergie en 2027 ?
Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit que le dispositif bénéficie à environ 5,1 millions de ménages modestes. Il prévoit également une augmentation de 7 % des crédits consacrés au chèque énergie, afin de tenir compte de l’évolution attendue du nombre de bénéficiaires. Ces montants et objectifs s’inscrivent toutefois dans un budget encore soumis à l’examen du Parlement : ils ne doivent pas être présentés comme définitivement adoptés.
| 📊 Repère | Chiffre annoncé ou constaté |
| Foyers identifiés automatiquement en 2024 | Environ 5,5 millions |
| Foyers identifiés automatiquement en 2025 | Environ 3,8 millions |
| Foyers identifiés automatiquement en 2026 | Environ 4,5 millions |
| Bénéficiaires visés en 2027 | Environ 5,1 millions |
| Identification automatique supplémentaire visée en 2027 | Environ 100 000 foyers |
| Évolution des crédits prévue dans le projet de budget | +7 % |
Ces chiffres ne décrivent pas tous exactement la même chose : les premiers correspondent aux foyers repérés automatiquement au cours des campagnes passées, tandis que les 5,1 millions représentent une cible annoncée pour 2027. Les 100 000 foyers supplémentaires sont un objectif d’amélioration de l’identification automatique, et non une aide financière distincte.
Le recul observé en 2025 a mis en évidence les limites du nouveau système d’attribution. En 2026, le nombre de foyers identifiés automatiquement a déjà progressé, avec environ 4,5 millions de bénéficiaires. La nouvelle étape prévue en 2027 doit poursuivre ce rattrapage. Reste à vérifier, une fois la campagne lancée, combien de dossiers supplémentaires auront effectivement été reconnus.
Qui peut bénéficier du chèque énergie ?
L’aide est destinée aux ménages dont les ressources sont modestes. Le critère repose notamment sur le revenu fiscal de référence par unité de consommation, ou RFR/UC, calculé à partir des revenus fiscaux et de la composition du foyer. Pour la campagne 2026, le seuil de référence est fixé à moins de 11 000 euros par unité de consommation, sur la base du revenu fiscal de référence de l’année 2024.
Le calcul des unités de consommation permet de tenir compte de la taille du foyer. Le premier déclarant compte pour une unité, le second déclarant pour 0,5 unité et chaque personne supplémentaire à charge pour 0,3 unité. Le montant de l’aide dépend ensuite des ressources et de la composition du foyer. Pour 2026, il varie de 48 à 277 euros, avec une moyenne annoncée de 153 euros.
Ces montants et seuils ne doivent pas être considérés comme automatiquement reconduits à l’identique pour 2027. Les paramètres applicables à la prochaine campagne devront être confirmés. En pratique, il est donc préférable de vérifier les conditions de l’année concernée plutôt que de se fier uniquement à un avis d’imposition ancien ou au montant perçu par un voisin.
Autre point à retenir : le chèque énergie est attribué à raison d’un chèque par logement, selon les règles qui associent les revenus du foyer fiscal du titulaire du contrat d’électricité à la résidence principale. Deux personnes qui vivent sous le même toit ne peuvent donc pas supposer qu’elles recevront chacune un chèque au titre du même logement.
À quoi sert cette aide, et que peut-on payer avec ?
Le chèque énergie permet de régler une partie des factures d’électricité, de gaz et d’autres dépenses liées à l’énergie du logement, notamment le bois ou le fioul. Il est destiné à alléger les dépenses courantes des ménages, pas à financer n’importe quelle dépense domestique.
Depuis le 15 février 2025, il ne peut plus servir à financer des travaux de rénovation énergétique. Cette modification a réduit son champ d’utilisation : il faut le considérer comme une aide au paiement de l’énergie, et non comme une enveloppe pour remplacer des fenêtres, isoler les combles ou installer un nouvel équipement de chauffage.
Pour un foyer qui reçoit un chèque de 150 euros, l’aide peut ainsi couvrir une partie d’une facture d’électricité ou de gaz, mais elle ne supprime pas le reste à payer. Son effet concret dépend du montant de la facture, du type de contrat et des consommations du ménage. Pour les foyers qui consacrent déjà une part élevée de leur budget au chauffage et à l’électricité, quelques dizaines ou centaines d’euros peuvent néanmoins faire une différence tangible.
Faut-il faire une demande pour 2027 ?
Le principe demeure celui d’une attribution automatique aux ménages que l’administration parvient à identifier. Mais il ne faut pas confondre « attribution automatique prévue » et « droit garanti sans démarche dans toutes les situations ». Si les données ne permettent pas de repérer un foyer éligible, une procédure de réclamation ou de demande reste nécessaire.
Pour la campagne 2026, les foyers qui pensent remplir les conditions sans avoir reçu leur chèque peuvent encore le demander jusqu’au 31 décembre 2026, selon les modalités prévues pour cette campagne. L’administration a également prévu d’avancer le calendrier de versement de 2027 : le lancement de la campagne est annoncé pour janvier, au lieu du printemps pour les campagnes récentes. Les modalités précises de la nouvelle campagne doivent toutefois être vérifiées lorsqu’elles seront publiées.
Un conseil pratique : conservez votre avis d’imposition, vérifiez que les informations relatives à votre résidence principale sont exactes et assurez-vous que le contrat d’électricité correspond bien au logement concerné. En cas de difficulté, les conseillers France Services peuvent accompagner les démarches des personnes qui ont besoin d’aide.
Enfin, la prudence reste de mise face aux messages prétendant accélérer le versement du chèque. L’administration ne demande pas les coordonnées bancaires des bénéficiaires pour leur attribuer cette aide. Un SMS ou un courriel qui réclame un numéro de carte bancaire, un paiement de frais ou des informations bancaires doit donc éveiller la méfiance.
Ce qu’il faut retenir
L’annonce des 100 000 foyers supplémentaires vise d’abord à corriger un problème de repérage administratif. Le gouvernement veut mieux croiser les données fiscales et les coordonnées disponibles chez les opérateurs afin que davantage de ménages modestes reçoivent automatiquement une aide à laquelle ils ont droit. L’objectif affiché pour 2027 est de 5,1 millions de ménages bénéficiaires, avec des crédits en hausse de 7 % dans le projet de budget.
La mesure pourrait simplifier la vie de foyers qui passent aujourd’hui à côté du dispositif faute d’avoir été identifiés. Mais les 100 000 bénéficiaires supplémentaires restent une cible annoncée, pas un résultat déjà acquis. Le véritable test sera le nombre de chèques effectivement distribués et la capacité du système à réduire les démarches pour les ménages modestes.




