Si vous avez eu l’impression que l’hiver 2025-2026 ne finissait jamais de pleuvoir, votre ressenti correspond assez bien aux observations scientifiques. Les relevés météorologiques, compilés par les climatologues et les prévisionnistes, décrivent une saison agitée, humide, souvent ventée et étonnamment douce. Pendant trois mois, l’atmosphère a multiplié les perturbations, avec une régularité presque mécanique. Des pluies abondantes ont balayé une grande partie du pays, les rivières ont réagi rapidement, les sols ont atteint des niveaux de saturation rarement observés et les tempêtes atlantiques ont parfois fait parler d’elles.
Le bilan climatique de cet hiver, établi sur la période météorologique du 1er décembre 2025 au 28 février 2026, met en évidence une saison dominée par les intempéries. Les données nationales montrent un excédent pluviométrique d’environ 35 % par rapport aux normales climatiques. L’hiver se classe ainsi parmi les dix plus arrosés enregistrés en France depuis le début des données homogènes en 1959, occupant précisément le huitième rang de ce classement.
La saison n’a pas seulement été humide. Elle a aussi été douce, avec une anomalie thermique nationale proche de +1,7 °C par rapport aux normales climatiques récentes. Dans l’histoire météorologique française, cet hiver se positionne au quatrième rang des hivers les plus doux observés depuis le début du XXᵉ siècle.
Ce mélange de douceur, de perturbations incessantes et de fortes pluies a donné naissance à une saison météorologique particulièrement active, qui restera longtemps dans les archives climatologiques.
Une atmosphère dominée par les dépressions atlantiques
Pour comprendre cet hiver agité, il faut regarder du côté de la circulation atmosphérique à grande échelle. Pendant une longue partie de la saison, les centres d’action ont favorisé un flux océanique humide sur l’Europe occidentale.
Les dépressions atlantiques se sont succédé dans un couloir dynamique reliant l’Atlantique nord aux îles Britanniques puis au continent européen. Les cartes de pression atmosphérique montrent une trajectoire perturbée persistante entre l’Islande et la mer du Nord.
Ce type de configuration entraîne généralement un flux d’ouest ou de sud-ouest sur la France, transportant des masses d’air relativement douces et chargées d’humidité. Lorsque cette circulation s’installe durablement, les perturbations peuvent traverser le pays presque sans interruption.
C’est exactement ce qui s’est produit pendant une grande partie de l’hiver. Les périodes anticycloniques ont été rares et souvent brèves. Entre deux perturbations, les éclaircies avaient parfois l’air de simples pauses atmosphériques, le temps que la dépression suivante se prépare à l’ouest.
Décembre : un début d’hiver contrasté
Le mois de décembre 2025 a ouvert la saison avec un scénario assez contrasté. Sur une grande partie du pays, les conditions météorologiques ont été relativement calmes au début du mois, avec quelques périodes plus sèches et des températures proches des normales.
La situation s’est ensuite modifiée progressivement. Plusieurs épisodes méditerranéens ont apporté de fortes précipitations sur le sud-est du pays. Les régions proches du golfe du Lion ont connu des pluies parfois intenses, notamment sur les reliefs exposés.
Pendant ce temps, les régions du nord et de l’ouest restaient relativement moins arrosées. Le contraste pluviométrique entre les différentes régions du pays était encore assez marqué.
Les températures ont oscillé autour des normales saisonnières. Quelques journées plus froides ont été observées autour des fêtes de fin d’année, avec des gelées matinales parfois assez marquées dans les vallées et les zones rurales.
Janvier : la mécanique des perturbations s’emballe
Le mois de janvier 2026 marque un changement de rythme beaucoup plus net. Les perturbations atlantiques deviennent plus fréquentes et plus actives.
Les pluies deviennent abondantes sur plusieurs régions, en particulier sur la Bretagne, le sud-ouest et le pourtour méditerranéen. Dans ces zones, les cumuls mensuels dépassent parfois largement les moyennes saisonnières.
Les cours d’eau commencent alors à réagir. Dans certaines vallées, les niveaux montent progressivement, parfois jusqu’aux premiers débordements.
Les vents deviennent également plus vigoureux. Plusieurs tempêtes traversent l’Atlantique et atteignent la façade occidentale de la France. Les rafales dépassent régulièrement 100 km/h sur les littoraux exposés.
Les zones côtières de la Manche et de l’Atlantique connaissent des coups de vent assez fréquents. Dans certaines stations météorologiques situées sur les caps ou les pointes littorales, les rafales dépassent ponctuellement les 140 km/h.
Février : le mois de tous les records de pluie
Si janvier a donné le ton, février 2026 a véritablement marqué les esprits. Les relevés météorologiques montrent que ce mois devient le plus pluvieux jamais observé en France depuis le début des données homogènes en 1959.
Les perturbations se succèdent presque quotidiennement. Les météorologues observent un phénomène particulièrement remarquable : une série de quarante jours consécutifs avec des précipitations mesurées quelque part sur le territoire français.
Cette séquence, qui s’étend de la mi-janvier jusqu’à la fin février, constitue la plus longue série de jours pluvieux enregistrée à l’échelle nationale.
Les cumuls de pluie atteignent alors des niveaux impressionnants dans certaines régions.
À Quimper, en Bretagne, les relevés totalisent environ 798 millimètres de précipitations sur l’ensemble de la saison hivernale. Dans le sud du pays, la station de Durban-Corbières atteint environ 737 millimètres. À Montpellier, les cumuls dépassent 526 millimètres.
Ces valeurs correspondent parfois à l’équivalent de plusieurs mois de pluie concentrés sur une seule saison.
Des excédents pluviométriques marqués
Lorsque l’on compare ces cumuls aux normales climatiques, les anomalies deviennent particulièrement visibles.
Dans l’ouest, le sud-ouest et une grande partie du pourtour méditerranéen, les excédents saisonniers dépassent souvent 20 à 70 %.
Certaines zones enregistrent même localement près du double des précipitations habituelles pour un hiver.
En revanche, la moitié nord-est du pays connaît des anomalies plus modérées. Le Grand Est et certaines régions voisines présentent même des précipitations proches des normales, voire légèrement déficitaires.
Ce contraste régional rappelle une caractéristique classique du climat français : la forte variabilité spatiale des précipitations.
Les rivières sous surveillance permanente
L’accumulation progressive des pluies a entraîné une réaction rapide des bassins hydrologiques.
Au cours de l’hiver, plusieurs épisodes de crues ont touché différents bassins fluviaux. Les rivières de l’ouest et du sud-ouest ont été particulièrement concernées.
La Garonne, la Charente, la Maine et la Loire ont connu plusieurs phases de montée des eaux.
Les services de surveillance hydrologique ont enregistré quarante-neuf jours de vigilance crues de niveau orange ou rouge pendant la saison.
Ce chiffre témoigne de la fréquence des situations hydrologiques tendues.
Lorsque les sols sont saturés d’eau, les pluies supplémentaires provoquent rapidement du ruissellement. L’infiltration devient difficile et les rivières réagissent presque immédiatement.
Une humidité des sols exceptionnelle
Les indicateurs d’humidité des sols ont atteint des niveaux remarquables pendant l’hiver.
Les analyses montrent que l’indice d’humidité des sols a atteint des valeurs record depuis le début des mesures homogènes en 1959 dans certaines régions.
Cette situation résulte directement de la succession de perturbations. Les pluies répétées n’ont laissé que peu de temps aux sols pour se ressuyer.
Dans certaines zones agricoles, les parcelles sont restées saturées pendant plusieurs semaines. Les agriculteurs ont parfois rencontré des difficultés pour intervenir sur les terres.
Les tempêtes de l’hiver
Les vents forts ont également marqué la saison. Plusieurs tempêtes ont traversé le pays.
Certaines d’entre elles ont généré des rafales dépassant largement les 120 km/h sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique.
Dans les secteurs les plus exposés, les rafales ont parfois atteint ou dépassé 200 km/h sur les caps et les pointes littorales les plus exposées.
Ces vents violents ont provoqué des chutes d’arbres, des coupures d’électricité et des perturbations dans les transports.
Les tempêtes hivernales restent un phénomène classique dans l’Atlantique nord. Mais lorsque plusieurs systèmes dépressionnaires se succèdent en peu de temps, les effets cumulés deviennent particulièrement visibles.
Les montagnes bien enneigées
Alors que la pluie dominait sur les plaines, les massifs montagneux ont connu une situation très différente.
Les Alpes, les Pyrénées et le Massif central ont reçu des quantités importantes de neige. Les perturbations successives ont régulièrement apporté de nouvelles chutes.
Dans certaines stations alpines, l’épaisseur du manteau neigeux a atteint des niveaux élevés pour la saison.
Cette abondance de neige a parfois entraîné un risque avalancheux marqué. Les services de sécurité en montagne ont observé plusieurs avalanches atteignant des altitudes relativement basses.
Pour les stations de sports d’hiver, cette saison s’est révélée favorable en termes d’enneigement.
Un hiver doux dans une série d’hivers chauds
La douceur de l’hiver 2025-2026 s’inscrit dans une tendance observée depuis plusieurs années.
Depuis la fin des années 2010, la France enchaîne les hivers plus chauds que la normale.
Les analyses climatiques montrent que les températures hivernales ont augmenté de manière significative au cours des dernières décennies.
Dans ce contexte, les hivers très froids deviennent plus rares, tandis que les épisodes doux sont plus fréquents.
Les impacts sur l’agriculture et les territoires
Un hiver aussi humide a des conséquences concrètes sur les activités humaines.
Dans certaines régions agricoles, les sols saturés ont retardé les travaux de préparation des cultures. Les machines agricoles peuvent difficilement circuler sur des terres détrempées.
Les excès d’eau favorisent également certaines maladies des cultures, notamment les maladies cryptogamiques.
En revanche, ces précipitations abondantes présentent aussi un avantage : elles contribuent à recharger les nappes phréatiques.
Après plusieurs années marquées par des sécheresses estivales importantes, ces réserves en eau peuvent s’avérer précieuses pour la saison chaude suivante.
Une saison météorologique qui marque les archives
Lorsque l’on examine les différents indicateurs climatiques de l’hiver 2025-2026, plusieurs éléments ressortent clairement.
La saison combine plusieurs caractéristiques remarquables : une douceur marquée, des précipitations très abondantes, une série exceptionnelle de jours pluvieux et une succession de perturbations atlantiques.
Dans les archives météorologiques, cet hiver restera probablement associé à cette impression persistante d’un ciel chargé et d’une pluie presque quotidienne.
Pour les climatologues, il constitue également un exemple intéressant de la variabilité du climat européen.
Les données recueillies durant ces trois mois viendront enrichir les analyses sur l’évolution des hivers en France et sur la manière dont les perturbations atlantiques peuvent façonner les saisons.
Et si vous avez parfois eu l’impression que votre parapluie faisait partie intégrante de votre tenue quotidienne cet hiver, les relevés météorologiques confirment une chose : cette sensation n’était pas une simple impression.
Les principaux chiffres météo de l’hiver 2025-2026
(pluie, vent, températures et records issus du bilan de saison)
Température : un hiver étonnamment doux
La saison hivernale affiche une anomalie thermique moyenne nationale de +1,7 °C par rapport à la normale climatique 1991-2020. Cela place l’hiver 2025-2026 au 4ᵉ rang des hivers les plus doux depuis 1900.
Dans le détail des mois :
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Décembre 2025 : +1,5 °C
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Janvier 2026 : +0,3 °C
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Février 2026 : +3,5 °C, très anormalement doux
Ce dernier mois explique en grande partie la douceur globale de la saison.
En nombre de jours :
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73 jours au-dessus des normales
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17 jours seulement en dessous des normales
Les séquences de froid ont donc été brèves. L’épisode le plus froid se situe entre fin décembre et début janvier.
Dans plusieurs stations de l’Est et du Massif central, les températures minimales sont descendues ponctuellement sous –10 °C, mais ces épisodes ont été courts et isolés.
Les chiffres de pluie : un hiver parmi les plus arrosés
La pluviométrie constitue l’élément dominant de la saison.
Sur l’ensemble de la France :
-
+35 % de pluie par rapport aux normales
-
8ᵉ hiver le plus arrosé depuis 1959
Les pluies ont été particulièrement fréquentes :
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40 jours consécutifs de précipitations à l’échelle nationale entre janvier et février
-
record de continuité pluviométrique depuis le début des données homogènes
Cumuls remarquables observés
Certaines stations ont enregistré des quantités impressionnantes sur l’ensemble de la saison :
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Quimper : 798 mm
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Durban-Corbières : 737 mm
-
Montpellier : 526 mm
Ces valeurs correspondent parfois à plus de six mois de pluie normale concentrés sur un seul hiver.
Dans plusieurs régions :
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excédents de 20 à 70 %
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localement près du double des normales hivernales
Les régions les plus arrosées :
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Bretagne
-
Pays de la Loire
-
sud-ouest
-
pourtour méditerranéen
En revanche, le Grand Est a connu une pluviométrie plus proche des normales.
Un mois de février record
Le mois de février 2026 constitue l’un des événements majeurs du dossier.
Il devient :
-
le mois de février le plus pluvieux depuis 1959
Les cumuls mensuels ont parfois dépassé 150 à 200 % des normales.
Cette situation s’explique par une succession presque continue de dépressions atlantiques.
Les vents et tempêtes de la saison
Plusieurs tempêtes ont traversé la France au cours de l’hiver, provoquant des rafales parfois très fortes.
Les valeurs les plus élevées ont été observées sur les caps et littoraux exposés.
Rafales maximales relevées
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plus de 200 km/h sur certaines pointes exposées de la Manche
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140 à 160 km/h fréquemment sur les caps bretons
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110 à 130 km/h dans les terres lors des tempêtes principales
Ces rafales ont été mesurées lors du passage de plusieurs dépressions atlantiques hivernales.
Les tempêtes ont également généré :
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chutes d’arbres
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coupures d’électricité
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perturbations ferroviaires et maritimes
Certaines tempêtes ont également provoqué des surcotes marines et fortes houles sur l’Atlantique.
Les crues et rivières sous pression
Les précipitations répétées ont rapidement saturé les sols.
L’indice national d’humidité des sols a atteint :
-
un niveau record depuis le début des mesures en 1959
Conséquence directe : plusieurs bassins fluviaux ont connu des crues importantes.
Les rivières les plus touchées :
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Garonne
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Charente
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Maine
-
Loire
Dans certaines villes, les inondations ont touché des milliers d’habitations.
Plusieurs centaines de communes ont été placées en état de catastrophe naturelle.
L’enneigement en montagne
Malgré la douceur en plaine, les massifs ont bénéficié d’un enneigement relativement abondant.
Les perturbations successives ont apporté :
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de fréquentes chutes de neige dans les Alpes et les Pyrénées
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parfois jusqu’à plus d’un mètre de neige fraîche en quelques épisodes
Ces accumulations ont entraîné :
-
un risque avalancheux marqué
-
plusieurs avalanches observées à altitude relativement basse
Pour les stations de sports d’hiver, la saison a globalement été favorable.
La circulation atmosphérique responsable
Les météorologues expliquent cet hiver perturbé par la configuration de la circulation atmosphérique sur l’Atlantique nord.
Le schéma dominant a été :
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un flux d’ouest à sud-ouest persistant
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alimenté par une succession de dépressions entre l’Islande et les îles Britanniques
Cette configuration favorise :
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des masses d’air doux venant de l’Atlantique
-
des perturbations fréquentes
-
des épisodes pluvieux répétitifs
Les périodes anticycloniques ont été rares et souvent brèves.
Les sols saturés : un phénomène exceptionnel
Les pluies répétées ont progressivement saturé les sols.
Lorsque les sols atteignent leur capacité maximale d’absorption :
-
l’infiltration devient très limitée
-
la moindre pluie supplémentaire génère du ruissellement
Les analyses hydrologiques montrent que :
-
l’indice d’humidité des sols a atteint son niveau le plus élevé depuis 1959
Cela explique la durée inhabituelle des crues observées cet hiver.
Une série d’hivers doux qui se poursuit
L’hiver 2025-2026 s’inscrit dans une séquence récente d’hivers particulièrement doux en France.
Depuis 2019, plusieurs hivers ont enregistré des anomalies thermiques positives.
Les trois plus doux restent :
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2019-2020
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2015-2016
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2023-2024
L’hiver 2025-2026 arrive juste derrière ces épisodes.
Cette succession d’hivers doux constitue une tendance observée dans de nombreuses analyses climatiques.
Ce que cet hiver révèle du climat actuel
Le dossier montre une saison dominée par trois caractéristiques principales :
-
douceur thermique marquée
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pluies très abondantes
-
succession de perturbations atlantiques
La combinaison de ces facteurs explique :
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les crues prolongées
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les sols saturés
-
la fréquence des tempêtes
Les climatologues observent que ce type de configuration correspond à ce que suggèrent plusieurs projections climatiques pour l’Europe occidentale : des hivers souvent plus doux et parfois plus humides.




