Crues et inondations en France : situation critique persistante.

Images aérienne de la région de Langon montrant l'ampleur des inondations ! ( cap. écran vidéo -© Marc Labadie)
La situation des crues et des inondations en France ce lundi 16 février 2026 à 11 heures montre une phase critique persistante, malgré une décrue lente amorcée sur certains tronçons de la Garonne depuis le week-end. Vigicrues maintient un niveau d’alerte exceptionnel avec 2 tronçons en vigilance rouge, 22 en orange et 128 en jaune, confirmant une « crue généralisée » inédite depuis la création du service en 2006. La directrice de Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, a répété que la situation dépasse tous les records en termes de saturation des sols (niveau le plus haut depuis 1959) et de durée continue en vigilance orange ou rouge (plus de 30 jours). La baisse actuelle des niveaux sur la Garonne aval est qualifiée de temporaire, car de nouvelles pluies soutenues, particulièrement sur les Pyrénées et le Sud-Ouest, risquent de relancer les montées dès ce lundi et surtout en milieu de semaine. Météo-France prolonge les vigilances crues jusqu’à mardi minuit au moins, avec des averses qui se succèdent de l’estuaire girondin aux frontières nord-est, parfois mêlées de grésil ou d’orages.

 

Les départements en vigilance rouge pour crues restent la Gironde et le Lot-et-Garonne, où la Garonne maintient des niveaux très élevés malgré une décrue progressive. Sur le secteur Garonne girondine (autour de La Réole), les eaux ont atteint un plateau haut ce week-end, avec des pics observés dimanche matin vers 9,78-9,88 mètres selon les points précis, provoquant des débordements importants qui se maintiennent. Des communes comme La Réole, Floudès (où une digue a cédé), Barsac ou Bourdelles restent partiellement isolées, avec des habitations submergées et des accès uniquement en barque pour certains hameaux. Les préfectures rapportent que les niveaux descendent lentement (quelques centimètres par heure), mais restent critiques, avec des submersions de zones rarement inondées. En Lot-et-Garonne, sur la Garonne marmandaise, les pics ont été atteints samedi-dimanche : à Tonneins 9,58 mètres (supérieur à 2021 à 9,51 m, loin du record 1930 à 10,72 m), à Marmande autour de 10,24-10,33 mètres (légèrement au-dessus de 2021). La décrue est engagée ce lundi (baisse de 2-7 cm/h selon les sites), mais les inondations persistent sur les berges, quais, routes et quartiers riverains, avec des ruptures de digues naturelles impactant des villages comme Jusix, Hure ou Bourdelles. À Agen plus en amont, les niveaux ont baissé à environ 6,70-6,80 mètres, en décrue marquée. La vigilance rouge est maintenue pour ces deux départements en raison du risque de reprise de hausse sous l’effet des pluies pyrénéennes attendues lundi et mardi.
La région de Langon sous les eaux de la Garonne (images Sécurité Civile)
En vigilance orange pour crues, une quinzaine à une vingtaine de départements sont concernés, formant un large arc ouest du pays : Aude, Charente, Charente-Maritime, Dordogne, Haute-Garonne, Gers, Ille-et-Vilaine, Indre-et-Loire, Landes, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Sarthe, Tarn, Tarn-et-Garonne, et d’autres comme l’Ariège ou le Lot selon les mises à jour. Ces zones voient des débordements importants ou attendus dans les prochaines 24-48 heures, sur des affluents ou cours d’eau secondaires : Dordogne aval (pic observé, décrue lente avec niveaux hauts à Bergerac), Isle aval, Vézère, ou encore la Vilaine et la Sèvre nantaise en Bretagne et Pays de la Loire. En Haute-Garonne, Toulouse reste impactée avec des quais inondés, bien que la décrue s’amorce. Quatre départements pyrénéens (Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Ariège, Haute-Garonne) sont aussi en orange pour pluie-inondation toute la journée, avec des cumuls qui pourraient aggraver les réactions locales. Une soixantaine de départements en jaune couvrent le reste du territoire, où des risques résiduels persistent.
L’évolution prévue n’est pas rassurante à court terme. Vigicrues anticipe une décrue très lente sur la Garonne aval ce lundi et mardi, avec des niveaux qui resteront élevés plusieurs jours (pas de retour à la normale avant la fin de la semaine). Mais une perturbation active dès lundi après-midi et surtout mardi-mercredi, avec des pluies soutenues (plus de 50 mm localement, jusqu’à 100 mm sur reliefs pyrénéens), va réalimenter les bassins versants en amont, provoquant une « deuxième crue » attendue pour le milieu de semaine sur les secteurs les plus réactifs (Sud-Ouest, Bretagne, Ouest). Les coefficients de marée élevés sur l’estuaire girondin compliquent l’écoulement vers la mer. Météo-France prévoit des averses persistantes lundi, et la situation globale reste « exceptionnelle », avec un appel à maintenir la vigilance maximale près des cours d’eau.
Les routes coupées ou inondées demeurent très nombreuses, particulièrement dans le Sud-Ouest, où les déplacements sont déconseillés sauf nécessité absolue. En Gironde, environ 90-97 routes départementales sont fermées ou restreintes ce lundi matin, en hausse due aux inondations persistantes : portions autour de La Réole, Langon, Cadillac (ponts interdits), RD 208 au Pian et Moulis (arbre et câble Enedis), RD 3 à Lacanau (eau et câble), RD 1 au Pian, et de nombreuses autres dans le Sud-Gironde et le Val de Garonne. Aucun franchissement de la Garonne n’est possible entre Agen et Bordeaux, avec des ponts comme ceux de Langon ou La Réole fermés. En Lot-et-Garonne, des dizaines d’axes restent barrés : RD 933 (accès aux ponts de Marmande coupés), RD 813 Marmande-Tonneins à Saint-Pardoux-du-Breuil (déviation par RD 641/299), RD 927 à Lafrançaise, RD 953 au pont de Mondou, RD 77 à Mas-Grenier, RD 113 à Maubec, RD 57 à Mirabel, RD 90 à Caussade, RD 25 à Gramont, RD 74 à Saint-Clair, RD 2 à Lauzerte, RD 115 bis à Saint-Antonin, RD 95 à Bioule, RD 928 à Beaumont-de-Lomagne, RD 65 bis à Albias, RD 91 à Léojac, RD 98 à Beaumont, RD 19 à Saint-Antonin, RD 45 à divers points, RD 72 à Moissac et Albefeuille, RD 64 à Bioule-Nègrepelisse, RD 959 à Birac, RD 101 à Lizac, RD 78 à Bioule-Montricoux, RD 820E à Réalville-Cayrac. La réouverture de certaines comme la RD 933 entre Marmande et Pont des Sables est remise en cause ce lundi. En Dordogne, une cinquantaine d’axes impactés, dont RD 6089 fermée par inondations ou arbres. En Aveyron et Lot, plus de 40 routes perturbées chacune. Ces fermetures s’expliquent par inondations, éboulements, arbres tombés ou lignes au sol, avec déviations saturées et Bison Futé insistant sur le report des voyages.
Concernant les foyers encore sans courant issus de la tempête Nils, Enedis a beaucoup progressé depuis le pic de 900 000 jeudi 12 février. Ce lundi matin, le nombre est descendu à quelques milliers à dizaines de milliers au total, avec des estimations régionales : environ 10 500 foyers en Gironde (dont 11 communes totalement coupées, attention particulière avec groupes électrogènes), 11 000 dans les Landes (où le préfet assure que « les équipes arrivent »), et 12 600 en Occitanie (principalement Haute-Garonne et Gers). En Dordogne et autres zones, des résidus persistent, souvent isolés par inondations ou arbres sur lignes aériennes. Enedis mobilise toujours des milliers d’agents, avec des inspections par hélicoptère et des réalimentations prioritaires, promettant une quasi-totalité d’ici mardi-mercredi pour la plupart, mais délais plus longs dans les secteurs inondés (Sud-Gironde, Val de Garonne). Des points de recharge et d’eau potable restent organisés localement, et les coupures impactent parfois téléphonie et eau.
Cette crise hydrologique historique, amplifiée par des pluies intenses et répétées, souligne la vulnérabilité des territoires face aux extrêmes climatiques. Les autorités maintiennent les appels à la prudence : éviter berges et routes inondées (30 cm d’eau suffisent à emporter un véhicule), suivre les bulletins Vigicrues et Météo-France, et signaler les urgences. Les pompiers et gendarmes restent mobilisés pour sauvetages et évacuations, tandis que les coûts des dommages se chiffrent en centaines de millions. La suite de la semaine s’annonce tendue avec les nouvelles pluies, et la population est invitée à rester informée en temps réel.
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