Crues et inondations en France : accalmie relative ce dimanche.

Ce dimanche matin, la crue de la Garonne atteint son pic à La Réole en Gironde avec un niveau de 9,86 mètres ! Ici, une boulangerie totalement noyée. (© Fournil des Dam's)
La situation des crues et des inondations en France ce dimanche 15 février 2026 à 14 heures montre une phase de stabilisation relative sur les tronçons les plus critiques de la Garonne, mais l’épisode reste loin d’être terminé, avec une « crue généralisée » qui touche une grande partie du pays et des perspectives de remontée des niveaux dès le milieu de la semaine prochaine en raison de nouvelles pluies attendues. Vigicrues qualifie toujours cet événement d’exceptionnel et historique, ayant dépassé tous les records en termes de vigilance simultanée : jusqu’à 81 départements concernés pour 154 rivières à un moment donné, un indice d’humidité des sols au plus haut depuis 1959, et des sols saturés qui ne peuvent plus absorber l’eau, favorisant des réactions rapides et durables sur les cours d’eau. La directrice de Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, a répété ces derniers jours que « l’épisode n’est pas du tout terminé » et que « les prévisions ne sont guère réjouissantes », avec une accalmie relative ce dimanche mais une perturbation arrivant par la Bretagne qui pourrait réactiver les crues sur les bassins les plus réactifs.
Les deux départements maintenus en vigilance rouge pour crues sont la Gironde et le Lot-et-Garonne, où la Garonne a atteint un « plateau » ce dimanche matin après des pics atteints dans la nuit ou tôt le matin. Sur le secteur Garonne girondine (autour de La Réole), le pic a été observé vers 5-6 heures avec des niveaux autour de 10 mètres ou plus selon les points précis, provoquant des débordements importants qui se maintiennent, avec des submersions de digues et des inondations dans des zones rarement touchées. Des villages comme Floudès (où une digue a cédé), Barsac (submergée par le Ciron) ou d’autres hameaux en Sud-Gironde se retrouvent partiellement ou totalement isolés, avec des habitations envahies par les eaux boueuses et des évacuations qui se poursuivent.

 

En Lot-et-Garonne, sur la Garonne marmandaise, les niveaux ont culminé à des hauteurs records ou quasi-records : à Tonneins, 9,58 mètres observés (supérieur à la crue de 2021 à 9,51 m, mais loin du record absolu de 1930 à 10,72 m), à Marmande autour de 10,24-10,33 mètres (légèrement au-dessus de 2021 à 10,22 m). Ces pics ont entraîné des inondations massives des berges, des quais, des routes et des quartiers riverains, avec des ruptures de digues naturelles ou des brèches comme à Jusix impactant des communes comme Hure et Bourdelles. À Agen plus en amont, les niveaux ont redescendu à environ 6,76 mètres en décrue notable, mais les apports résiduels maintiennent une vigilance. La vigilance rouge est prolongée au moins jusqu’à lundi pour ces deux départements, avec des risques persistants de débordements majeurs et de sécurité pour les biens et les personnes.
En vigilance orange pour crues, on compte une dizaine à une vingtaine de départements selon les bulletins actualisés, incluant l’Eure-et-Loir, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, l’Indre-et-Loire, la Charente-Maritime, la Charente, la Dordogne, le Tarn-et-Garonne, le Gers, la Haute-Garonne, l’Ariège et le Tarn. Dans ces zones, des débordements importants sont en cours ou attendus dans les prochaines 24 heures, avec des rivières comme la Dordogne aval (pic observé samedi, décrue lente mais niveaux hauts), l’Isle, la Vézère ou des affluents de la Loire qui montent et inondent des zones habituellement vulnérables. En Dordogne, Bergerac et d’autres secteurs voient des évacuations et des inondations locales. Plus au nord et à l’ouest, la Loire-Atlantique, le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine subissent des crues sur la Sèvre nantaise, la Vilaine ou d’autres cours d’eau côtiers, avec des marais comme celui de Brière touchés. Le Bassin parisien (Eure-et-Loir, Indre-et-Loire) et le Centre-Ouest entrent progressivement dans le viseur, avec des risques amplifiés par les nouvelles pluies. Une soixantaine de départements restent en jaune, couvrant une large partie du territoire, où des réactions locales peuvent survenir.
L’évolution prévue indique une stabilisation sur la Garonne aval ce dimanche, avec une décrue très lente qui s’amorcera dans la nuit ou lundi, mais sans retour rapide à la normale : les niveaux resteront hauts plusieurs jours, et une deuxième crue est anticipée pour le milieu de semaine prochaine à cause d’une nouvelle perturbation active dès dimanche après-midi et lundi, avec des cumuls notables (plus de 50 mm localement dans l’Ouest et le Sud-Ouest, jusqu’à 100 mm sur reliefs). Cette pluie réalimentera les bassins versants en amont, risquant de faire repartir à la hausse les cours d’eau les plus réactifs, particulièrement en Bretagne, Pays de la Loire et quart Sud-Ouest. Météo-France prévoit une accalmie relative ce dimanche (sauf averses persistantes), mais les sols gorgés et les coefficients de marée élevés sur l’estuaire girondin compliquent l’écoulement. Globalement, Vigicrues insiste sur le fait que les inondations durables vont persister, avec des risques de prolongation jusqu’en fin de semaine.
Les routes coupées ou inondées restent très nombreuses, particulièrement dans le Sud-Ouest, où les déplacements sont fortement déconseillés. En Gironde, 90 à 95 routes départementales sont fermées ou restreintes ce dimanche, en hausse due aux inondations récentes : axes comme la RD 208 au Pian et Moulis (barrée avec câble Enedis), RD 3 à Lacanau (eau et câble), RD 1 au Pian, et de nombreuses portions autour de La Réole, Langon, Cadillac (ponts interdits). En Lot-et-Garonne, la situation est similaire avec des dizaines d’axes barrés : RD 933 (accès aux ponts de Marmande coupés), RD 813 Marmande-Tonneins à Saint-Pardoux-du-Breuil (déviation par RD 641/299), RD 927 à Lafrançaise, RD 953 au pont de Mondou, RD 77 à Mas-Grenier, RD 113 à Maubec, RD 57 à Mirabel, RD 90 à Caussade, RD 25 à Gramont, RD 74 à Saint-Clair, RD 2 à Lauzerte, RD 115 bis à Saint-Antonin, RD 95 à Bioule, RD 928 à Beaumont-de-Lomagne, RD 65 bis à Albias, RD 91 à Léojac, RD 98 à Beaumont, RD 19 à Saint-Antonin, RD 45 à divers points, RD 72 à Moissac et Albefeuille, RD 64 à Bioule-Nègrepelisse, RD 959 à Birac, RD 101 à Lizac, RD 78 à Bioule-Montricoux, RD 820E à Réalville-Cayrac. Aucun franchissement de la Garonne n’est possible entre Agen et Bordeaux, y compris aux ponts de Langon et La Réole. En Dordogne, une cinquantaine d’axes impactés, avec RD 6089 et autres fermées par inondations ou arbres. En Aveyron, plus de 40 routes perturbées, dont RD 638 à Monteils, RD 47/638 à Monteil, RD 558 à Naussac, RD 146 à Salvagnac-Cajarc. Dans le Lot, plus d’une trentaine de routes fermées par inondations ou éboulements. Ces fermetures s’ajoutent à des déviations saturées et à des interventions pour arbres tombés ou lignes au sol, avec Bison Futé recommandant de reporter les voyages.
Concernant les foyers encore sans courant issus de la tempête Nils, Enedis a fortement progressé depuis le pic de 900 000 jeudi matin. Ce dimanche, le nombre est descendu à quelques dizaines de milliers, avec des estimations autour de 20 000 à 30 000 foyers au total, principalement isolés ou dans des zones inondées compliquant les accès. En Gironde, environ 27 800 foyers étaient encore privés samedi soir, et les réparations se poursuivent avec hélicoptères pour inspections et groupes électrogènes. En Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, les zones les plus touchées (Dordogne, Landes, Gers, Haute-Garonne) voient des coupures résiduelles, souvent dues à des chutes d’arbres persistantes sur lignes aériennes. En Limousin (Creuse), 272 foyers supplémentaires touchés samedi par un coup de vent.

 

Enedis mobilise toujours des milliers d’agents, promettant une réalimentation quasi-totale d’ici lundi-mardi pour la plupart, mais dans les secteurs inondés (Sud-Gironde, Val de Garonne), les délais s’allongent. Des points de recharge et d’eau sont maintenus localement, et les coupures impactent parfois téléphonie et eau potable.Cette crise met en évidence la vulnérabilité face à des épisodes pluvieux intenses et répétés, avec des coûts énormes en dommages et une mobilisation massive des services de secours. Les autorités appellent à éviter les zones à risque, ne pas traverser les routes inondées et suivre les bulletins en temps réel, car la suite reste incertaine avec les pluies à venir.
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