L’arum, souvent confondu avec le lys par sa silhouette élégante et ses fleurs en cornet, est une plante au tempérament délicat qui réagit avec subtilité aux caprices de la météo. Qu’il s’agisse du Zantedeschia aethiopica, plus rustique et généralement blanc, ou des arums de couleurs (issus de croisements variés), leur comportement au jardin est intimement lié au climat, à l’humidité du sol et à la température ambiante.
L’arrosage est sans doute l’un des aspects les plus cruciaux dans la réussite de cette plante. L’arum blanc (Zantedeschia aethiopica), qui supporte très bien les zones humides voire détrempées à la sortie de l’hiver, peut pousser jusqu’en bordure de bassin ou dans un sol inondable temporairement. Il aime avoir les pieds au frais, surtout en été. Les arums colorés, en revanche, exigent un drainage irréprochable, et redoutent la pluie continue. Dans les zones de pluviométrie abondante au printemps, un paillage minéral ou un lit de graviers sous la plantation est recommandé pour éviter la pourriture du rhizome. L’eau stagnante, en particulier par temps tiède, est souvent à l’origine de leur dépérissement.
Les maladies liées à la météo sont assez peu nombreuses, mais les plus notables incluent la pourriture bactérienne, qui survient surtout par temps chaud et humide, ainsi que le botrytis, qui profite des épisodes frais et humides pour se développer sur les feuilles ou les fleurs fanées. Une bonne aération, l’élimination rapide des parties atteintes, et une plantation espacée réduisent fortement ces risques.
La taille de l’arum n’est pas contraignante. Il suffit de couper les feuilles fanées à ras du sol à la fin de la floraison, généralement entre juillet et septembre. Pour les arums en pot, cette taille peut se faire dès que la plante entre en repos. Certaines variétés colorées perdent totalement leur feuillage l’hiver venu, une dormance normale à ne pas confondre avec un dépérissement.
La période idéale pour planter les arums dépend de la variété. L’arum blanc se plante en rhizome à l’automne, en sol frais, ou au printemps dans les régions plus froides. Les arums colorés préfèrent une plantation printanière, lorsque les risques de gel sont totalement écartés, idéalement après la mi-avril. Le sol doit être souple, riche, bien drainé, et réchauffé, surtout pour les variétés sensibles. Un compost bien mûr mélangé à un peu de sable constitue un bon substrat de base.
L’exposition joue un rôle essentiel : les arums blancs tolèrent mieux l’ombre ou la mi-ombre, tandis que les arums colorés nécessitent davantage de lumière pour bien fleurir. En cas d’été caniculaire, un ombrage léger en milieu de journée leur est bénéfique, surtout dans le sud de la France. Dans les régions où l’ensoleillement est modéré, une exposition plein sud n’est pas problématique.
D’un point de vue agronomique, plusieurs essais réalisés en zones littorales (comme en Vendée ou dans les Landes) ont montré une meilleure résistance des arums blancs aux épisodes de submersion temporaire, en comparaison avec d’autres plantes ornementales. En revanche, ils ont également montré que ces mêmes plantes deviennent sensibles à la chlorose en sol trop calcaire. L’apport d’un amendement acide (terre de bruyère ou compost d’aiguilles de pin) est alors conseillé. En climat continental, la rusticité des arums blancs est suffisante jusqu’à -10°C si le sol reste bien drainé. Une couche de paillage épais les protège alors efficacement des fortes gelées.
Concernant les espèces à éviter ou à privilégier, le Zantedeschia aethiopica est incontestablement le plus robuste pour les jardins soumis à des conditions météorologiques variables. Les hybrides colorés, bien que plus décoratifs, sont à réserver aux climats plus doux ou à la culture en pot, pour les rentrer l’hiver dans une véranda ou une serre. Le Zantedeschia elliottiana, au jaune éclatant, ou le rehmannii, au rose tendre, sont très sensibles à l’humidité froide et nécessitent un sol filtrant et un emplacement abrité du vent.
Le réchauffement climatique semble avoir un double effet sur les arums : d’une part, les étés plus longs et plus chauds favorisent la floraison des variétés colorées, mais d’autre part, les hivers plus humides et irréguliers peuvent fragiliser les rhizomes, en particulier dans les sols lourds. Une étude menée dans le sud-ouest a montré qu’un sol couvert d’un paillis végétal et légèrement surélevé permettait de préserver une croissance continue, même lors d’hivers pluvieux.
En résumé, l’arum reste une plante fascinante dans sa réponse aux éléments. Rustique mais exigeante, florifère mais capricieuse selon la météo, elle s’installe durablement si ses besoins spécifiques sont anticipés. Que ce soit en bordure de jardin humide, en bac sur une terrasse ensoleillée ou nichée dans une haie fleurie, elle a toute sa place dès lors qu’on adapte son emplacement à son tempérament.




