L’idée que l’eau protège contre les coups de soleil est une idée reçue qui, bien qu’intuitive pour beaucoup, ne correspond pas à la réalité des effets du soleil et de ses rayons ultraviolets (UV) sur la peau. Pour comprendre pourquoi, il convient d’examiner en profondeur les mécanismes des coups de soleil, l’interaction entre l’eau et les rayons UV, ainsi que les résultats des études scientifiques qui ont exploré ce phénomène.
Les rayons ultraviolets et leur impact sur la peau
Les coups de soleil sont causés par une exposition excessive aux rayons ultraviolets (UV) du soleil, qui pénètrent la peau et provoquent une réaction inflammatoire. Il existe trois types de rayons UV : UVA, UVB et UVC. Les UVC sont filtrés par l’atmosphère terrestre, donc seuls les UVA et les UVB atteignent la surface de la Terre.
Les UVB sont les principaux responsables des coups de soleil, car ils sont plus énergétiques et pénètrent la couche supérieure de la peau, les épidermes. Les UVA, bien qu’ils pénètrent plus profondément dans la peau et jouent un rôle dans le vieillissement prématuré et le cancer de la peau, ne sont pas responsables des coups de soleil immédiats. Cependant, leur rôle dans la détérioration de l’ADN et des cellules cutanées est également bien documenté.
L’eau et sa relation avec les UV
L’eau ne bloque pas efficacement les rayons ultraviolets. En réalité, elle peut même amplifier leur impact. Les rayons UV peuvent pénétrer l’eau jusqu’à une certaine profondeur, ce qui signifie qu’une personne immergée n’est pas protégée de manière significative contre l’exposition solaire. La surface de l’eau, qu’il s’agisse d’un lac, de l’océan ou d’une piscine, peut aussi agir comme un miroir, renvoyant les rayons UV vers la peau des personnes qui se trouvent à proximité ou sous l’eau.
Une étude menée en 2009 par des chercheurs de l’Université de Southampton a révélé que les eaux peu profondes (comme celles des lagons ou des plages) renvoient environ 25 à 50 % des rayons UV, augmentant ainsi l’exposition. Cette réflexion des rayons UV à la surface de l’eau expose les baigneurs à une double radiation : celle qui provient directement du soleil et celle qui est réfléchie par l’eau.
Les dangers de l’eau et des coups de soleil : les dangers invisibles
Un autre aspect souvent sous-estimé est que l’eau, en elle-même, ne protège pas de l’intensité des UV, mais peut au contraire favoriser un faux sentiment de sécurité. Lorsque nous sommes dans l’eau, la sensation de fraîcheur et le fait d’être immergés peuvent détourner notre attention des signes de l’exposition solaire excessive. Cette confusion peut amener les individus à passer plus de temps sous le soleil sans penser à se protéger ou à sortir régulièrement pour réappliquer de la crème solaire.
Cela est particulièrement vrai pour les personnes qui se trouvent dans des eaux transparentes ou claires, comme celles des mers tropiques ou des lacs de montagne. La réverbération des UV à la surface de l’eau est un phénomène qui peut entraîner des coups de soleil sur des parties du corps normalement protégées par l’eau, comme le dos ou le haut des jambes.
Cas concrets et études
Des études ont montré que des coups de soleil peuvent survenir même si une personne se trouve sous l’eau. Par exemple, une étude de 2014, menée par la Skin Cancer Foundation, a mis en évidence qu’après seulement 30 minutes d’exposition au soleil en nageant ou en se baignant, la peau peut être sujette à des coups de soleil en raison des rayons UV réfléchis par l’eau. Une autre étude, réalisée par la Fondation contre le cancer de la peau, a révélé que les coups de soleil étaient plus fréquents chez les baigneurs qu’on ne le pensait, particulièrement dans des conditions où le soleil est à son apogée et où l’eau renvoie les UV.
Des recherches menées dans des environnements marins ont également montré que les baigneurs, en particulier dans les eaux peu profondes des récifs coralliens, sont exposés à des niveaux d’UV aussi élevés, voire plus, que s’ils se trouvaient directement sous le soleil sans être dans l’eau. Les récifs coralliens, par exemple, peuvent réfléchir jusqu’à 50 % des rayons UV. Une étude sur l’île de l’archipel des Galápagos a révélé que les baigneurs étaient exposés à un facteur de risque UV supérieur à ceux qui prenaient simplement des bains de soleil sur le sable.
L’importance de la protection solaire en milieu aquatique
Même si l’eau ne bloque pas les rayons UV, cela ne signifie pas que les protections solaires sont inutiles. Au contraire, les crèmes solaires sont essentielles, même en présence d’eau. Il existe des produits spécifiquement formulés pour être résistants à l’eau, et ces crèmes permettent de maintenir un niveau de protection pendant des périodes plus longues d’immersion. Cependant, ces produits ne sont pas une solution miracle. Il est essentiel de réappliquer la crème solaire régulièrement, surtout après avoir nagé ou s’être essuyé avec une serviette.
Les lunettes de soleil et les vêtements de protection sont également recommandés pour protéger les zones sensibles comme les yeux et le dos. De plus, pour les baignades longues ou les activités nautiques, il est conseillé de chercher un abri pendant les heures de pointe, lorsque le soleil est au plus fort (généralement entre 11h et 16h).
L’idée reçue selon laquelle l’eau empêche les coups de soleil est donc erronée et repose sur une mauvaise compréhension des effets des rayons UV. Bien que l’eau puisse apporter un sentiment de fraîcheur, elle n’offre aucune protection significative contre les rayons ultraviolets. En fait, elle peut même augmenter le risque de coups de soleil en réfléchissant les rayons UV vers la peau et en masquant la douleur causée par une exposition excessive au soleil. Les études et les enquêtes menées dans ce domaine montrent clairement que la prévention des coups de soleil en milieu aquatique nécessite une protection solaire rigoureuse et régulière, ainsi qu’une vigilance face à l’intensité accrue de l’exposition solaire due à la réflexion des rayons UV.




