La présence de cyanobactéries dans les lacs, rivières ou retenues d’eau est devenue un sujet majeur de surveillance environnementale, en particulier depuis que plusieurs épisodes de proliférations massives ont entraîné la fermeture de sites de baignade ou d’activités nautiques. Leur détection repose sur une combinaison d’observations visuelles, de mesures in situ et d’analyses de laboratoire normalisées, visant à évaluer à la fois leur concentration et leur potentiel toxique.
Sur le terrain, la première étape reste souvent l’inspection visuelle. Les agents chargés de la surveillance recherchent les signes caractéristiques d’une efflorescence : coloration inhabituelle de l’eau, aspect trouble ou présence de nappes flottantes bleu-vert, parfois mêlées à des teintes rougeâtres ou brunâtres selon l’espèce dominante. Lorsque la densité est forte, l’eau peut ressembler à une soupe épaisse, un phénomène parfois accentué par le vent qui concentre les cellules en bordure. Mais cette observation n’a qu’une valeur indicative : une eau claire peut contenir des concentrations significatives de cyanobactéries ou de toxines invisibles à l’œil nu.
Viennent ensuite les mesures in situ. Certains laboratoires ou services d’eau utilisent des sondes multiparamètres immergeables, capables de détecter par fluorescence les pigments caractéristiques des cyanobactéries, notamment la phycocyanine. Ces capteurs donnent une estimation rapide de la biomasse présente, exprimée souvent en microgrammes par litre, et permettent de repérer les zones à forte densité pour cibler les prélèvements. L’oxygène dissous, la température et le pH sont également mesurés, car ces paramètres influencent directement leur développement.
Le prélèvement, quant à lui, répond à un protocole précis. Les échantillons destinés à l’analyse cellulaire sont généralement prélevés à environ 20 à 30 cm sous la surface, là où la concentration est la plus représentative, à l’aide de bouteilles stériles ou de dispositifs de type bouteille Van Dorn pour les lacs. Si l’on cherche à caractériser la distribution verticale, des prélèvements sont effectués à différentes profondeurs. Pour les analyses de toxines, les échantillons peuvent être filtrés sur place afin de séparer les cellules de l’eau, ou congelés rapidement pour préserver l’intégrité des molécules.
Une fois au laboratoire, les analyses se déroulent en plusieurs volets. L’identification et le comptage cellulaires se font au microscope optique, souvent après coloration spécifique pour mieux distinguer les espèces. Les taxonomistes utilisent les critères morphologiques – forme, taille, disposition des cellules dans les colonies – pour déterminer la ou les espèces présentes, car certaines sont connues pour produire des toxines plus dangereuses que d’autres. Des méthodes de cytométrie en flux peuvent aussi être employées pour un comptage rapide et précis.
Pour l’évaluation du risque sanitaire, le dosage des cyanotoxines est essentiel. Les laboratoires se conforment aux méthodes normalisées, telles que le dosage par ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay) pour une détection rapide, ou par HPLC (chromatographie liquide haute performance) couplée à la spectrométrie de masse pour une analyse plus fine et spécifique. Les toxines recherchées incluent principalement les microcystines, cylindrospermopsines, anatoxines et saxitoxines. Le seuil réglementaire fixé pour la microcystine-LR dans l’eau destinée à la consommation humaine est de l’ordre de 1 µg/L, mais les seuils d’alerte pour les eaux de loisirs peuvent être bien plus élevés, selon la densité cellulaire et le type d’activité pratiquée.
En France, les recommandations pour les zones de baignade reposent sur des paliers de surveillance. Un comptage dépassant 20 000 cellules par millilitre déclenche souvent une intensification des contrôles, tandis qu’au-delà de 100 000 cellules/mL ou de 10 µg/L de microcystines, la fermeture préventive est envisagée. Ces seuils s’appuient sur des études toxicologiques montrant que les effets aigus (irritations cutanées, troubles digestifs) peuvent survenir dès quelques heures après l’exposition.
Les protocoles incluent aussi des contrôles réguliers durant toute la période à risque, généralement de mai à septembre, avec une fréquence accrue lors d’épisodes chauds et calmes favorisant la stagnation de l’eau. Certaines collectivités ont investi dans des bouées de mesure en continu, capables d’envoyer en temps réel les données de phycocyanine et d’alerter avant que la prolifération ne devienne visible.
Ces opérations de détection et d’analyse nécessitent donc une coordination étroite entre les équipes de terrain, les laboratoires et les autorités sanitaires. Elles combinent observation directe, technologie de pointe et rigueur réglementaire, avec un objectif clair : intervenir avant que la prolifération ne mette en danger la santé publique ou les écosystèmes.
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Dans de nombreux protocoles de suivi des cyanobactéries, l’une des méthodes de détection indirecte consiste à mesurer la chlorophylle a, qui est le pigment photosynthétique commun à toutes les algues, y compris les cyanobactéries.
La chlorophylle a n’est pas spécifique aux cyanobactéries — elle est aussi présente chez les microalgues eucaryotes — mais elle constitue un indicateur global de biomasse phytoplanctonique. En période de prolifération, une forte concentration de chlorophylle a mesurée dans l’eau alerte les gestionnaires qu’un bloom est en cours ou imminent.
La procédure classique est la suivante :
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Un échantillon d’eau est prélevé sur site, souvent à différentes profondeurs, et filtré sur membrane pour concentrer la matière organique.
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Le filtre est ensuite placé dans un solvant (souvent de l’acétone ou du méthanol) qui extrait les pigments.
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L’extrait est analysé par spectrophotométrie ou fluorimétrie pour mesurer la quantité de chlorophylle a.
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Les résultats sont exprimés en microgrammes par litre (µg/L).
Les seuils d’alerte varient selon les réglementations locales, mais dans la pratique, un dépassement de 10 à 20 µg/L en eau douce en été est souvent corrélé à un risque de prolifération cyanobactérienne.
Cependant, pour distinguer spécifiquement cyanobactéries et autres phytoplanctons, on complète généralement ce dosage par des comptages microscopiques ou des techniques moléculaires (PCR ciblant l’ADN des cyanobactéries).




