Le mois de mai peut être un grand allié du jardinier, mais aussi un traître silencieux. On l’attend comme le vrai départ du jardinage estival, et pourtant, il continue parfois à porter les stigmates d’un printemps instable.
Pour les plantes : le faux départ du plein air
Mai est souvent marqué par des alternances brutales de températures. Les gelées blanches tardives, bien que rares, ne sont pas exclues, surtout en altitude ou dans les fonds de vallées exposés aux inversions thermiques. Ces épisodes peuvent griller les jeunes pousses, les plants de tomates fraîchement repiqués ou encore les fleurs des arbres fruitiers, compromettant les récoltes à venir. C’est aussi la période où les orages se multiplient en fin de mois, avec des épisodes de grêle localement destructeurs. Le vent de nord ou le mistral, s’il persiste, peut également dessécher les feuillages tendres.
Côté maladies, la chaleur suivie d’humidité crée des conditions idéales pour le mildiou sur pommes de terre et tomates, surtout en cas de plantations précoces. Le botrytis peut aussi frapper les fraisiers si les pluies sont fréquentes et l’aération insuffisante. Les pucerons, attirés par la montée de sève, sont déjà actifs, parfois en lien avec des printemps trop doux. En serre, la montée rapide des températures oblige à aérer massivement sous peine de provoquer stress hydrique et brûlures, notamment sur les jeunes plants de poivrons ou aubergines.
Pour le jardinier : un mois physique, à surveiller de près
Mai est aussi un mois à risque pour celui ou celle qui travaille dehors. L’ensoleillement soudain et durable, couplé à l’activité physique intense – bêchage, paillage, repiquage, entretien – expose au coup de chaleur. Le risque est d’autant plus grand que le corps n’est pas encore acclimaté à la chaleur. Le choc thermique entre les matinées fraîches et les après-midis lourds peut créer une fatigue inhabituelle. Les gestes répétitifs, souvent accélérés par la quantité de choses à faire au jardin, favorisent également les tendinites (poignets, coudes, genoux). L’humidité matinale et la rosée facilitent aussi les glissades, notamment lors des tontes de pelouse.
Les pollens (graminées, bouleaux tardifs…) explosent en mai, ce qui représente une gêne réelle pour de nombreux jardiniers. Enfin, la présence accrue de tiques dans les hautes herbes, en l’absence de froid marqué en hiver, devient un sujet de vigilance, notamment dans les jardins en zone boisée ou en lisière.
Mai est donc une saison de tous les paradoxes : pleine de promesses, mais aussi bourrée de pièges. Le jardinier doit y avancer avec enthousiasme, mais aussi avec prudence, en adaptant ses horaires, en se protégeant mieux (lunettes, chapeau, pauses à l’ombre) et en n’hésitant pas à attendre quelques jours supplémentaires avant de mettre en pleine terre les plants les plus fragiles.




