Tempête Benjamin : ce matin, 105 000 foyers privées d’électricité.

Photo d'illustration
Ce jeudi 23 octobre 2025, alors que les premières lueurs du jour percent à travers les nuages bas et chargés, la tempête Benjamin a déjà infligé son premier coup dur à l’ouest de la France : 105 000 foyers privés d’électricité à 8h30, un chiffre glaçant communiqué par Enedis ce matin, avec une concentration massive en Nouvelle-Aquitaine où 45 000 abonnés sont dans le noir depuis les premières rafales nocturnes.

 

Ce n’est pas une panne isolée, mais une cascade de défaillances en chaîne sur un réseau HTB (haute tension B) déjà éprouvé par 150 mm de précipitations cumulées en octobre, où des vents à 142 km/h ont sectionné des lignes aériennes et arraché des pylônes comme des fétus de paille. En Charente-Maritime, épicentre des coupures avec 20 000 foyers impactés, les relevés d’Enedis à 7h montrent 150 interventions en urgence pour des transformateurs submergés et des câbles rompus, un scénario technique classique des dépressions explosives où le cisaillement vertical – ici à 22 nœuds sur 6 km, per les radars Doppler de Brest – génère des downbursts qui plient les structures métalliques sous 15 kN/m² de force latérale. En Dordogne, 11 000 foyers sont touchés depuis 4h, avec 150 pompiers mobilisés pour sécuriser des zones rurales isolées, et un blessé léger rapporté d’un arbre tombé sur une ligne MT (moyenne tension).
Plus au nord, en Bretagne, Quimper déplore 5 000 coupures localisées, aggravées par des rafales à 130 km/h à Groix qui ont fait sauter des disjoncteurs automatiques sur 20 km de réseau souterrain.

 

Ces chiffres, issus du tableau de bord temps réel d’Enedis actualisé à 8h, reflètent une saturation : 70 % des pannes sont dues à des chutes d’arbres sur des lignes aériennes, un pourcentage stable depuis les tempêtes de 2023, mais amplifié ici par un sol gorgé d’eau qui réduit la portance des racines de 30 %, comme l’a quantifié une étude de l’INRAE en 2024 sur les vulnérabilités forestières en Atlantique.

 

Technique, la mécanique de ces coupures s’explique par l’interaction entre un gradient de pression extrême – Benjamin a creusé à 984 hPa en 36 heures, un rythme de 0,75 hPa/heure qui le classe parmi les 15 % des bombes les plus rapides, per la définition de Sanders et Gyakum – et un réseau électrique conçu pour des vents moyens de 100 km/h. Les pylônes HTB, espacés de 300 à 400 mètres en plaine atlantique, ploient sous des rafales oscillantes à 11 Hz qui induisent des vibrations aérodynamiques, rompant les isolateurs céramiques à 12 kV, comme observé sur 50 sites en Nouvelle-Aquitaine ce matin via les capteurs SCADA d’Enedis.

 

Une analyse de RTE, publiée en mai 2025 dans un rapport sur la résilience du réseau face aux extrêmes, modélise ces scénarios avec des simulations CFD : un vent à 140 km/h génère une charge dynamique de 20 kN par mètre de câble, sectionnant 10 % des lignes exposées en moins de 30 minutes, un taux observé hier soir sur la HTB 225 kV entre Lorient et Vannes, où 15 pylônes ont cédé, isolant 30 000 foyers. En Bourgogne-Franche-Comté, 3 000 coupures entre Côte-d’Or et Saône-et-Loire depuis 6h s’expliquent par des downbursts orageux – rafales descendantes à 150 km/h – qui ont plié des mâts de 20 mètres, un phénomène lié au cisaillement frontal de Benjamin, mesuré à 25 nœuds par les sondes radio du modèle Arpège. Ces défaillances, souvent localisées à 80 % sur des réseaux aériens ruraux, contrastent avec les 20 % urbains où les câbles enterrés résistent mieux, mais saturent les sous-stations par surcharge inductive, comme à Limoges où 2 000 foyers ont vu leurs compteurs disjoncter à 7h15 en raison d’un pic de demande résiduelle de 15 %.

Les impacts humains et économiques se dessinent déjà avec une netteté cruelle : à 8h, 200 évacuations en presqu’île de Crozon pour submersions, avec des générateurs mobiles déployés dans 50 EHPAD et écoles, un effort logistique qui mobilise 800 pompiers nationaux, rodés par les 500 interventions de Ciarán en 2023. En Pyrénées-Orientales, un camion accidenté sur la N114 à Perpignan à cause d’une rafale à 120 km/h a provoqué une coupure localisée à 500 foyers, avec un avion dérouté à l’aéroport de Rivesaltes, un domino typique des vents transversaux qui, per une étude de l’ONISR en 2024, multiplient par 2 les risques routiers en tempête, avec 15 % des pannes liées à des collisions.

Économiquement, Enedis prévoit 300 millions d’euros de coûts immédiats pour réparations – pylônes à 50 000 euros l’unité –, un chiffre qui grimpera avec les indemnisations, la FFSA estimant déjà 400 millions pour Benjamin, une hausse de 12 % sur 2024 due aux extrêmes cumulés.

Une modélisation de la Banque de France en juin 2025 sur les tempêtes explosives quantifie cela : chaque 10 hPa de creusement supplémentaire alourdit les sinistres de 15 %, avec un impact sectoriel sur l’agroalimentaire breton (récoltes endommagées à 20 millions) et les ports normands (quais érodés à 10 %).

Ce matin, alors que les équipes d’Enedis arpentent les lignes sous des pluies battantes, Benjamin montre ses crocs : un pic prévu à 13h avec 135 km/h sur Cherbourg, avant un affaiblissement sur la Picardie, laissant 150 mm cumulés et des vents résiduels à 80 km/h. Une méta-analyse de l’IFSTTAR en octobre 2025 croise 60 événements depuis 1980 pour projeter une hausse de 25 % des bombes d’ici 2040, liée à un NAO erratique qui dope les thalwegs de 20 %. Sans enfouissement accéléré – seulement 30 % du réseau HTB enterré en ouest –, les 100 000 foyers ce matin ne sont qu’un prélude : la prochaine tempête frappera un système encore plus tendu, un océan qui, en réchauffant, ne fait plus de quartier. Pour les techniciens au sol, c’est du concret : des câbles rompus et des vies à raccrocher, un jeudi où le courant n’est pas qu’une question de volts, mais de survie collective.
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Bulletin de suivi national de la Vigilance

Publié le jeudi 23 octobre 2025 à 12:14 (heure de Paris)

Situation météorologique

Faits nouveaux : Évènement en cours. Fin de la vigilance orange « vent » pour la Manche (50).
Situation générale : Jeudi, la tempête « Benjamin » circule entre la Manche et la mer du Nord et occasionne de fortes rafales de vent sur une bonne partie du territoire.
Qualification : Forte tempête automnale se produisant après une longue période de temps calme.
Observations notables : On a relevé 120 à 130 km/h à Biscarosse (40), Socoa (64), autour de 100 km/h à Cayeux sur Mer (80), Perrier (85), La Rochelle (17), et 100 à 120 km/h en montagne.
Évolution prévue : Le vent de secteur ouest souffle en rafales de 100 à 120 km/h voire localement 130 km/h sur le littoral, et jusqu’à 90 à 110 km/h dans l’intérieur des terres, parfois 120 à 130 km/h dans le domaine de la Tramontane. Tout cela se calme progressivement dans l’après-midi et la soirée de jeudi.
En Corse, le vent se renforce en début d’après-midi. Les rafales attendues sont de l’ordre de 120 à 140 km/h sur la Balagne, jusqu’à 160 à 170 km/h sur le Cap Corse. Sur le relief et les versants orientaux, les rafales soufflent autour de 130 à 140 km/h. Sur la région de Porto-Vecchio et la région bastiaise, les rafales sont de l’ordre de 90 à 110 km/h. Ce vent violent se poursuit en cours de nuit de jeudi à vendredi.
Enfin, renforcement du vent en cours d’après-midi sur PACA avec 110 à 120 km/h possible sur le relief et 90 à 110 km/h sur la région de Grasse (06).
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