Rétro : il y a 90 ans en mars 1931, le département de l’Ain est sous les eaux.

Photo d'illustration.

Inondations de mars 1931 dans l’ Ain

6 mars : Après la neige tombée les jours précédents et la pluie continuelle qui suivit, la Saône inonda nos  prairies. Les communications et le ravitaillement pour le petit pays d’ Asnières se font par barques comme cela se fit à peu près tout l’ hiver. Dans le secteur de Pont d’ Ain, suite au redoux de la température et  des pluies qui ont amené la fonte des quantités de neige qui étaient accumulées dans les montagnes du Jura, tous nos cours d’ eau ont subi une rapide et très forte crue, laquelle cette nuit-là s’ est encore augmentée d ‘une façon inquiétante. Quittant les gorges d’ amont, la rivière d’ Ain dans sa partie inférieure est de ce fait sortie de son lit pour inonder la plaine jusque vers le Rhône, entre Neuville et Pont d’ Ain. Vers la fameuse trouée de Bottière, les eaux affleurent de se frayer un passage, ce qui risquait d’ amener fatalement l’ inondation de toute la rive gauche vers le Blanchon. L’ Ain arrose le quai de Pont d’ Ain. Sous les ponts, les eaux s’ engouffrent avec furie et plus bas vers Gévrieux, l’ inquiétude grandit pour la route qui assure les communications avec le Bugey car du fait de la déviation du cours de l’ Ain, les eaux battent en plein contre la levée de la rive gauche. Vers le confluent de l’Albarine, dans la soirée, l’ Ain charria d’ importantes quantités d’ arbres enlevés sur ses rives. A ce moment, vers le pont de la route nationale, les eaux marquèrent 3,45 m à l’ échelle d’ étiage des Ponts et Chaussées. Le Suran qui se jette ici dans l’ Ain est sorti de son lit et inonde toute la vallée qu’ il traverse. La crue se continue à un rythme moins accéléré, lequel est de 3 cm à l’ heure.

7 mars : le lendemain, les eaux commencent à baisser. Le point culminant de la crue a été de 3,45 m. Après avoir été pendant un certain temps stationnaire à ce niveau, l’ Ain a baissé petit à petit. Cette rapide crue qui a été la conséquence de la fonte des neiges qui étaient tombées en grande quantité dans les montagnes du Jura et du Bugey causa de l’ inquiétude sur toute la rive gauche comme suite aux inondations terribles 3 ans plus tôt.

9 mars : après les crues, voici le retour de la neige. Ce matin du 9 mars, Bourg en Bresse s’ est réveillée sous plusieurs cm de neige comme on en avait jamais vu. Le mauvais temps est général et dans nos montagnes la neige s’ entasse. On craint à nouveau de futures crues dans le bas des montagnes comme la saison est bien avancée.

10 mars : après la neige, on note de fortes gelées; il faut souvent remonter jusqu’ en 1890 pour trouver un pareil froid à cette date de l’ année.

11 mars : succédant à la chute abondante de neige, un froid vif a fait son apparition et le mercure a battu les records de cette hiver 1931. Il a marqué -17° cette nuit sur Bourg et au matin on relevait encore -11° et -8° vers 8 h. La neige rend les communications difficiles. Manziat de son côté est envahi par l’ eau. Vésines et Asnières complètement bloquées par l’ inondation de la Saône sont ravitaillées par bateau. Le tramway a déraillé sur plusieurs lignes. A Bâgé la ville, 2 habitations se sont écroulées par suite du mauvais temps. On a pu heureusement les évacuer à temps. A St Trivier de Courtes, durant toute la nuit la neige tomba et atteint une couche de 30 cm comme en plein hiver. Les agriculteurs  sont inquiets; ils ne peuvent entrer dans les terres pour préparer les semailles et les travaux du printemps. La neige tombe aussi en abondance dans les plaines de Feillens. On craint des crues lors du redoux.

14 mars : le froid perdure encore; jamais de mémoire nous n’ avions connu un froid générale et aussi intense que celui-ci en cette période de l’ année.

16 mars : nouvelle crue de l’ Ain. Elle causa de sérieux méfaits en amont en raison de son importance et de sa rapidité. Quantité de bois coupé sur ses rives ont été emportées. Elle s’ étale dans toutes les plaines environnantes. En raison de ces fortes pluies, de nombreux éboulements ont été signalés un peu partout dans le département comme du côté de la Chapelle du Chatelard ou bien de Fort l’ Ecluse.