Les inondations des 23-24 octobre 1865 en Rhône Alpes.

La pluie du dimanche 22 est à une seule exception près la plus forte qui soit tombée depuis 22 ans.
l’ Ain a grossi dès le lendemain de plus de 2 mètres et le Suran dépassa les limites qu’ il avait atteintes dans les fortes inondations du passé. Les rivières du haut Bugey, l’ Oignin et le Merdanson sont devenue torrentielles. L’ écoulement a été aussi rapide que la crue et l’ Ain déjà rentrait dans son lit.
L’ abondance de ces précipitations a causé des dégâts dans plusieurs localités et occasionné des accidents. Dans la matinée du 23, les eaux de l’ Oignin grossies par les pluies se précipitèrent avec violence, arrachant les arbres plantés sur les rives. Au hameau de Béard, commune de Geovressiat, un pont construit sur cette rivière a été emporté par les eaux. Le Suran a aussi débordé; plusieurs porcs auraient péri; des bois et des planches furent emportés. Dans les départements au-dessus et au-dessous de Lyon, il est tombé le 22 une pluie diluvienne qui transforma les ruisseaux en torrents.
Tous les cours d’ eau du département ont été le plus souvent en crue et on ne comptait plus les prairies inondées.
La Saône a subi une crue importante.

De fortes averses sont tombées sur les montagnes de l’ Ardèche, dans le nord du département de la Drôme, en Isère, dans le Rhône, l’ Ain, jusqu’ à Genève où les pluies auraient fait beaucoup de mal. Au-dessus de Valence, le Rhône a été littéralement couvert d ‘objets de natures diverses qu’ il entraina vers la mer. On observa  flottant des berceaux, meubles, fragments de charpentes faisant supposer de lourds désastres. Plusieurs maisons ont été complètement détruites.
On annonce que des dégâts assez considérables auraient été causés par les dernières pluies aux gares et maisons de garde du chemin de fer de la Dombes. Ces constructions en pisé n’ ont pu résister; les terres sont détrempées mais aucun accident signalé.
Sur la rive droite du Rhône, dans les montagnes Ardéchoises l’ orage se déchaina le dimanche. On aurait dit un ouragan sur la ville d’ Annonay. L’ orage y causa presque autant de ravages qu’ un typhon. La pluie qui commença à 2 h augmenta de violence jusqu’ à 17 h où elle s’ est changée en une trombe épouvantable qui dura 2 heures. Les eaux s’ engouffrèrent de tous côtés au fond de la gorge escarpée dans laquelle la ville est bâtie en amphithéâtre, ont transformé toutes les rues en torrents, ont envahi la plupat des maisons et des usines, en ont renversé plusieurs et ont fait périr quelques personnes. Les torrents pendant toute la nuit suivante ravinèrent les rues, rompant les conduites de gaz. Une grande papeterie toute neuve fut en aprtie emportée par le torrent, l’ autre moitié restant bénate debout sur le roc. Dans un autre quartier, un rocher de plus de 3 tonnes tomba en travers d ‘une rue qu’ il barra complètement et les graviers s’ accumulant contre cette masse solide finirent par complber la voie publique jusqu’ au niveau des premiers étages. Une foule d’ autres accidents ont causé de graves dommages dans presque toutes les habitations et fabriques; on estima à près de 3 à 4 millions la masse de marchandises avariées par les eaux ou entrainées par les torrents. Le lendemain, les 2 bords de la rivière jusqu’ au Rhône étaient couverts de papiers et de peaux de gants accrochées aux arbres et buissons ou semés dans les prairies. Le pont de Sarra jeté sur la rivière d’ Annonay près de son embouchure dans le Rhône fut emporté.

Les villages des environs d’ Annonay ont beaucoup moins souffert mais on a évoqué de grands dommages éprouvés par d’ autres localités de l’ Ardèche méridionale. des routes ont été coupées, des terrains entrainés, des chemins ravinés, des fabriques inondées et beaucoup d’ autres graves dommages matériels, telle fut la situation de cette contrée.