Le mistral

Le mistral (mistrau en occitan provençal, mistral en occitan languedocien, mestral en catalan, maestrale en corse) est un vent catabatique de nord-ouest à nord, frais ou froid et souvent violent, qui concerne le nord du bassin de la Méditerranée occidentale. Généralement sec et accompagné d’un temps très ensoleillé, son caractère dominant lui confère un rôle important dans l’originalité du climat provençal.

Il peut souffler à plus de 90 km/h surtout dans la vallée du Rhône à cause de l’effet de cuvette du Massif central et des Alpes.

Le mistral concerne la Provence, du Languedoc (Est de Montpellier), au Var (Frejus), et toute la vallée du Rhône (de Lyon à Marseille). Dans toutes ces régions, on parle de mistral lorsqu’un vent sec de secteur ouest à nord et soufflant par rafales dégage le ciel et rend l’air limpide. Ce vent souffle généralement du nord-ouest au nord, mais dans certaines vallées préalpines et sur la côte d’Azur le relief le canalise à l’ouest. Quelquefois, il souffle du nord-nord-est sur l’est du Languedoc et jusqu’au cap Béar. Il n’est pas rare qu’un épisode de mistral ne concerne qu’une partie du domaine cité ci-dessus, en particulier quand il n’est pas dû à un flux de nord-ouest.

Le mistral naît de la différence de pression entre une dorsale anticyclonique sur le proche Atlantique ou l’Europe du Nord et un minimum dépressionaire sur la Méditerranée (Golfe de Gênes). Le flux de nord-est à nord-ouest engendré par cette configuration est canalisé et accéléré dans la vallée du Rhône jusqu’à une altitude d’environ 3000 m (contournement de la chaîne alpine). Mais l’extension du phénomène dépend des circonstances dans lesquelles s’installe un régime de mistral. Le mistral peut souffler toute l’année, et c’est en hiver et au printemps qu’il est le plus fréquent.

Flux de nord-ouest généralisé

Cette situation est à l’origine des épisodes de mistral et de tramontane les plus fréquents. Un front froid associé à une dépression sur l’Europe du Nord se déplace vers l’est. Le flux s’oriente au nord-ouest, apportant de l’air océanique frais. Le vent de nord-est, frais, assèche l’air et dissipe tous les nuages très rapidement. L’accélération du vent est provoquée par la formation d’une dépression dans le golfe de Gênes, sous le vent des Alpes. L’épisode de mistral concerne alors toute la vallée du Rhône, la Provence jusque dans l’arrière-pays et la Côte d’Azur, où il vient de l’ouest. Dans le Languedoc, c’est la tramontane qui souffle fort. Mistral et tramontane, ici associés, soufflent sur le Golfe du Lion et le nord-ouest de la Méditerranée occidentale, et peut être ressenti à l’est des Baléares, en Sardaigne et quelquefois jusqu’à la côte africaine.

Lorsque le flux est orienté au nord-nord-ouest, voire nord, avec un anticyclone très étendu en latitude sur l’Atlantique et un flux perturbé sur la France, l’air est plus froid, aussi bien en altitude qu’au sol. Le mistral engendré par cette circulation méridienne est plus violent et le temps moins clément, avec la formation de cumulus porteurs de faibles averses. Le mistral est moins ressenti à l’est.

Lorsque le flux est plutôt d’ouest (régime zonal), la masse d’air n’est pas forcément froide et le mistral n’est ressenti que sur la plaine du delta du Rhône et sur la côte d’Azur. Il ne fait beau que près des côtes méditerranéennes ; il peut pleuvoir dans l’arrière-pays. La Côte d’Azur a un ciel dégagé et un temps plus chaud grâce à un effet de Fœhn.

De loin les plus courants, ces épisodes de mistral sont assez brefs : pas plus d’un à trois jours en général

 

Flux de nord-est généralisé

Cette situation est à l’origine d’un mistral très différent : il ne souffle que sur l’ouest de la Provence et jusqu’à Montpellier, d’une direction nord ou nord-nord-est. Ce mistral est de loin le plus froid en hiver, car l’air transporté est de l’air continental provenant d’Europe centrale voire de Russie. Il est dû à la présence d’un anticyclone sur l’Europe du Nord. Le vent peut alors souffler pendant plus d’une semaine, jusqu’à ce que l’anticyclone se soit assez déplacé vers l’est pour que le flux change de direction. Ce type de mistral, est souvent associé à une dépression sur le golfe de Gênes, porteuse d’un temps instable sur la Côte d’Azur et l’est de la Provence, avec de la neige quelquefois très abondante à basse altitude en hiver

 

Mistral d’ été

Ce type de mistral, contrairement aux précédents, n’est pas engendré par une configuration synoptique particulière. Il se produit essentiellement en juillet et concerne la vallée du Rhône et la côte provençale. Il est engendré par la formation d’une dépression thermique sur l’arrière-pays provençal (Var, Alpes de Haute-Provence) surchauffé en journée. L’appel d’air créé engendre un flux de nord sur l’ouest de la Provence et ce mistral est souvent annulé près du littoral par des brises maritimes. Il ne souffle qu’en journée, car sa formation est liée à l’évolution diurne. Ce type de mistral est redouté en Provence car, en plus d’assécher la végétation pendant la saison la plus sèche de l’année, il attise les incendies de forêt.

 

Mistral et retour d’ est

Le mistral n’est pas toujours synonyme de beau temps. En particulier, lorsqu’une dépression méditerranéenne s’approche de la côte par le sud-est, le temps peut se dégrader brutalement : le mistral et son ciel clair laissent place à un vent d’est humide et des nuages menaçants. La position de la dépression engendre un flux de secteur nord-ouest à nord-est, canalisé en vent de nord dans la vallée du Rhône. Si cette dépression repart vers le sud-est, le mistral reprend le dessus et le beau temps revient ; mais si la dépression continue de s’approcher des terres, le mauvais temps peut s’installer pour plusieurs jours sur tout le bassin méditerranéen, se transformant quelquefois en épisode cévenol, avec son cortège d’intempéries

 

Les effets du mistral

Ensoleillement et sécheresse

Le mistral est un vent sec, et son apparition dégage presque toujours le ciel et assèche l’air. Sa fréquence explique en partie l’ensoleillement exceptionnel (2700 à 2900 heures par an) et la limpidité de l’air en Provence. Pour les Provençaux, le mistral est un élément important dans l’identité régionale. Lorsque des perturbations traversent la France, la Provence est généralement très peu touchée et le mistral dégage très vite l’atmosphère : en moins de deux heures on peut passer d’un ciel complètement couvert à un ciel complètement dégagé. La dispersion des poussières et des brumes rend l’air très limpide, de sorte que par temps de mistral on peut voir des montagnes distantes de 150 km ou plus.

 

Salubrité

Le mistral a la réputation d’être un vent salubre, car l’air sec qu’il véhicule assèche les eaux stagnantes et la boue, d’où son surnom de « mange-fange ». Il dissipe vers le large la pollution de l’air au-dessus des villes et des grands centres industriels.

 

Incendies de forêt

L’ensoleillement et la sécheresse, alliés au vent, engendrent une pression importante sur la végétation par temps de mistral. La végétation, qui souffre déjà de stress hydrique à cause du manque de précipitations, est complétement désséchée. Elle peut alors très facilement s’enflammer, et le vent attise les incendies naissants et leur permet de se propager très rapidement, dévastant quelquefois des massifs entiers sans que l’homme puisse vraiment les arrêter. Chaque été, des milliers d’hectares partent en fumée quand le mistral se lève.

 

Croissance des végétaux

Dans la vallée du Rhône et sur la plaine de la Crau, la régularité et la violence du mistral fait que les arbres poussent penchés vers le sud. Et là où la forêt a disparu, les arbres repoussent difficilement à cause du vent fort que plus aucun arbre n’arrête. Les agriculteurs de la vallée du Rhône sont ainsi obligés de planter des haies de cyprès, pour éviter que leurs cultures se dessèchent. Enfin, le mistral peut sauver des récoltes du gel de printemps qui peut sévir jusqu’en fin avril, à l’occasion d’un coup de froid.

 

Refroidissement de la température de la mer

Phénomène très marqué l’été sur la côte touchée par le mistral, celui-ci repoussant au large les eaux chaudes de surface remplacées par les eaux froides plus profondes.